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Catégorie : articles divers

Le crétinisme, nouvelle religion mondiale du XXIe siècle

Les sociologues des religions ont forgé un sigle pour désigner les nouvelles croyances apparues à partir du milieu du XXe siècle : NMR ou Nouveau Mouvement Religieux. Ce sigle permet de caser sous la même étiquette les croyances les plus diverses, allant des sectes parachrétiennes à des groupements farfelus, tels les adorateurs de l’oignon. Je propose aujourd’hui d’en ajouter une nouvelle : le crétinisme.

Certes, le crétinisme, sous le nom commun de bêtise, a toujours existé. Mais il était plutôt subi que recherché et jamais revendiqué. Depuis le début du XXIe siècle, les choses ont changé et il faut bien admettre que le crétinisme est devenu une véritable religion de masse d’audience mondiale, s’enracinant dans toutes les civilisations : il y a un crétinisme occidental, un crétinisme islamique, un crétinisme oriental … Ces variantes ne sont pas nées de schismes, comme pour les églises chrétiennes, mais par un développement parallèle, comme les hominidés dans le temps de l’histoire. Cette variété ne doit cependant pas cacher la grande unité de fond de cette religion moderne. Il y a déjà et il y aura bientôt encore plus de savants sociologues et anthropologues pour étudier ce mouvement dans le détail. Je voudrais seulement ici en souligner quelques caractères remarquables afin, pourquoi pas, d’éveiller des vocations de chercheurs sur ce sujet.

Une religion se caractérise par quelques aspects structurants. Il y a toujours des fondateurs et des apôtres à l’origine de cette foi. Elle est exprimée par des articles de croyances, des dogmes ou des confessions de foi. Elle est marquée par des rites et des célébrations, elle a un culte et une liturgie. Elle fait émerger des héros, des « saints » qui sont donnés en exemple. Elle a un clergé et des enseignants. Tout cela se retrouve dans le crétinisme.

Une foi a toujours une origine, réelle ou mythique. Elle a un ou des fondateurs, lesquels s’entourent en général de disciples zélés qui diffusent le message des créateurs. Quelle est l’origine du crétinisme ? Il faut avouer que le mystère demeure et que les savants sont partagés. On dispose bien de certains indices, avec des expressions géographico-ethniques comme le « crétin des Alpes », mais c’est trop ténu pour en faire la base unique. Le crétin des Alpes est simplement une branche religieuse archaïque. Il faut sans nul doute remonter aux origines mêmes de l’homme pour trouver la racine de cette foi, qui semble accompagner toute l’histoire humaine. On peut ainsi dire que le malheureux Caïn, dans le livre de la Genèse biblique, est un bel exemple de fondateur ancien. Au lieu de chercher à comprendre pourquoi son frère était le chouchou de Dieu, il le bute tout simplement ! C’est bien le meilleur moyen de ne jamais savoir : superbe preuve de crétinisme à l’état brut. La Bible ajoute d’ailleurs que Caïn fut un bâtisseur et fondateur d’une lignée : le crétinisme commençait à se développer. Si l’on prend la peine de parcourir les grands textes fondateurs et les cosmogonies, on trouvera des exemples similaires partout. Le crétinisme émerge partout où croît l’humanité. Les Égyptiens ont leurs crétins, les Grecs et les Romains aussi, comme les Incas ou les Bantous. Partout naissent des fondateurs qui feront lignée. Il y aura le crétin-meurtrier, le crétin-chasseur, le crétin-prêtre, le crétin-roi et la masse des crétins de base. Les fondateurs sauront à chaque fois s’entourer de fidèles qu’ils enseigneront par l’exemple et/ou la parole et qui diffuseront ensuite la nouvelle foi. Des légendes entoureront les fondateurs, légendes où il sera difficile de séparer le réel du mythe. Ceci traversera le temps et nous avons pu constater cela avec les fondateurs des crétinismes du XXe siècle (Mao Zedong ou Hitler par exemple). Il faut noter que le crétinisme n’est pas inoffensif, il peut même être très dangereux et ce fait a fait oublier qu’il était d’abord un crétinisme avant d’être une idéologie de haine ou de guerre. Il faut donc remonter à la source pour identifier le crétin initial, afin de ne pas faire de contresens en la matière. On peut dégager un invariant à cet acte fondateur : son manque de réflexion et d‘analyse logique et rationnelle. À la base du crétinisme il y a toujours un vice de pensée, l’essence de la sottise.

Une religion, aussi floue soit-elle a ses articles foi, organisés soit oralement et transmis par apprentissage, ou mis par écrit et diffusés. Prenons deux exemples différents : la Révolution française, ce grand moment historique mythifié (merci les historiens marxistes français !) a eu sa dogmatique initiale, sous la forme de la DDH, la Déclaration des droits de l’homme (on oublie souvent la fin : et du citoyen). C’est devenu au fil du temps LA référence démocratique par excellence, même si la plupart de ceux qui s’en réclament ne l’ont jamais lue en entier, voire jamais lue du tout. Le christianisme a aussi ses articles de foi ; au-delà des Évangiles, il se trouve des textes primitifs ou anciens, élaborés par les communautés de croyants, qui sont devenus des professions de foi, selon la formulation catholique. Citons-en deux, que tout français connaissait autrefois, même s’il n’était pas croyant : le Symbole des Apôtres, datant sans doute du IIIe siècle, et le Credo, qui est sa forme liturgique catholique. Ces deux textes font l’unanimité dans toutes les confessions chrétiennes, car ils vont à l’essentiel. Qu’en est-il du crétinisme ? Il est manifeste qu’il n’existe pas de texte de cette notoriété à ce sujet. Pourtant, la bêtise a beaucoup produit depuis l’invention de l’écriture, mais elle ne s’est pas érigée en système avant notre époque. Il faut donc se résoudre à ne pas trouver d’articles de la foi crétine anciens. Par contre, l’époque récente a produit à profusion des manifestes, dans les domaines les plus divers, car, comme je l’ai dit plus haut, le crétinisme sévit dans tous les domaines – ce que Coluche aurait traduit par « La connerie est vraiment universelle » . Citons, sans les étudier ou reproduire, quelques exemples : vous avez, de nos jours, toute une littérature dite « platiste », qui émane de gens qui sont convaincus que la Terre est plate et que la rotondité est une invention pure et simple. Si ce sont surtout des Américains, malheureusement, par le Net et les réseaux asociaux, cette forme de crétinisme s’est répandue. Un autre exemple a pris une grande importance à partir de la Covid19 : la position dite « antivax ». Sur la base d’une interrogation légitime (la valeur d’un vaccin fabriqué en quelques semaines) sont apparues ou réapparues des théories complotistes ou totalement a-scientifiques sur les vaccins. Je ne confonds pas ici le droit de refuser d‘être vacciné, qui relève de la liberté individuelle, même mal informée, et les discours aberrants sur le vaccin lui-même, en tant que produit de la recherche médicale. C’est faire preuve d’une ignorance abyssale ou d’une mauvaise foi totale que de prétendre que les vaccins tuent les gens et sont conçus pour cela. Je ne discuterais pas cela, pas plus que le platisme, car on se trouve ici dans la foi du crétinisme de la plus belle espèce et ce serait lui donner une quelconque importance que de dialoguer avec elle, comme on ne discute pas de la démocratie et des droits de l’homme avec Xi Jimping ou Kim . Ce qui est très préoccupant, c’est que les diverses formes du crétinisme se superposent chez certains individus : ils sont platistes et antivax, racistes et sensibles à tous les avatars d’un fascisme ressuscité (au sens fort du terme et non comme l’usage immodéré et ridicule qu’en fait la gauche française, auquel « l’antifascisme » permet encore d’avoir une opinion politique). Le contexte de notre époque fait que le crétinisme sous ses différentes formes devient souvent viral, par l’entremise des réseaux asociaux et de leur tare, les influenceurs (influenceuses), nouveaux maîtres à penser et diacres du crétinisme. Les « fake news » » » sont très souvent des professions de foi du crétinisme. Mais il faudrait mettre à leur côté certaines déclarations d’hommes politiques – je ne cite personne ici pour ne pas aggraver mon cas. Ces propos chargés en bêtise sont repris par des publics incultes, rivés à leurs téléphones, leurs tablettes ou leurs ordinateurs, dans la solitude de vies artificielles déshumanisées par la technologie aliénante promotionnée partout. Le crétinisme peut surgir à tout moment dans n’importe quel lieu, dans la bouche d’une personne qui reprend son évangile sans aucun recul critique. La force des images trafiquées est devenue incontrôlable et il faut beaucoup de temps et de culture pour ne pas s’y laisser piéger.

Toute religion développe une pratique qui comporte rites et célébrations, formes de culte et liturgie, car ceci est un fond anthropologique commun et originel. Le crétinisme, bien qu’informel au début, n’y échappe pas, avec sa massification et les nouveaux moyens techniques à sa disposition. On a pu en apprécier les prémisses avec le sport, en particulier le football. Des sociologues, dont Norbert Elias est le plus connu, ont mis en évidence l’analogie religieuse du sport, et du football en particulier, avec la religion.  Le stade est une cathédrale, les joueurs sont des officiants, la messe ou le culte est très codifié, dans sa durée comme dans ses règles. La liturgie est assurée par les commentateurs et animateurs de stade et, en dernier ressort, par les supporters. Et c’est là qu’intervient le crétinisme. La bêtise s’affiche en cinémascope dans les tribunes où se massent les clubs de supporters les plus agressifs (il existait encore, il y quelques années des publics exemplaires à Lens ou Saint-Étienne). Le culte est accompagné d’une liturgie ordurière (le fameux « Ho Hisse Enc… » qui accompagne chaque dégagement du gardien adverse, ou le poétique « Aux chiottes, l’arbitre ») hurlée à pleine voix, accompagnée souvent de gestes qu’on croyait impossibles – les saluts nazis – et de jets de projectiles divers. Quant à l’hymnologie, elle est le plus souvent infantile, réduite à quelques mots ou phrases d’encouragement ou d’injures. Bref, le crétinisme trouve ici une première illustration massive de son culte. Cette pratique de la nouvelle religion est en croissance continue, au fur et à mesure que cet opium du peuple diffuse ses images partout. Le lecteur critique dira sans doute que je joue sur du velours en choisissant le milieu du football, mais que cela n’est nullement représentatif de nos sociétés évoluées et progressistes, voire inclusives – les autres lecteurs auront reconnu les termes du bréviaire d’une autre branche du crétinisme. Alors, donnons un autre exemple, tout aussi massif : celui des meetings politiques et des cortèges de manifestations publiques. Je pourrais ici reprendre exactement la même analyse, avec les mêmes critères. Seul l’emballage change : on chante l’Internationale ou la Marseillaise (la première strophe seulement, car personne ne connaît les autres), on ridiculise l’adversaire par des refrains souvent injurieux, on braille des slogans imbéciles qu’on n’oserait pas prononcer à tête reposée. Le chemin de la procession emprunte toujours le même itinéraire, avec ses stations pieuses. Les orateurs adressent des homélies sans surprises à un public qui en connaît le contenu d’avance, puisque c’est la vulgate de base. J’ai jusqu’ici évoqué les grands- messes. Mais il faut aussi parler des petites cérémonies de conclaves modestes. Exemple : les « diners en ville », comme on dit dans la presse. Chacun a son vécu de ces repas où sont rassemblés par un hôte ou une hôtesse des gens qui « doivent absolument se rencontrer ». Dans ce cadre, la liturgie est plus intime, mais elle est bien présente. Il suffit de se remémorer les sujets de conversations et les idées émises lors de tel ou tel de ces repas pour y retrouver l’évangile du crétinisme cultivé ou prétendu tel. On y brocarde d’ailleurs les églises crétinistes du peuple et leur clergé, sans se rendre compte que l’on agit pareil, avec un simple changement de registre de vocabulaire et de connaissances, car le crétinisme fait bon ménage avec l’intellectualisme, il y trouve même un environnement très propice : ne parle-t-on pas de « chapelles » pour décrire les diverses écoles d’une pensée. Les Lacaniens contre les freudiens et les youngiens – c’est d‘un autre niveau que PSG/OM, non ? – , les libéraux contre les sociaux-démocrates ou les écolos, etc. Et cela se répète de semaine en semaine, de lieu en lieu, comme la messe des dimanches ordinaires.

L’aspect humain, pour en pas dire « incarné », est capital dans toute religion. Le crétinisme n’y échappe pas ; plus, il semble qu’il attache une grande place au culte de la personnalité et au charme charismatique. Il faut distinguer deux catégories humaines : les modèles et les officiants.

Les modèles sont les versions « crétinistes » des héros et des saints. Le héros dérive historiquement de la mythologie antique. On pourrait, avec un travail approfondi, établir des analogies intéressantes entre les deux listes de héros. Contentons-nous d’ébaucher la réflexion. Le héros correspond à un besoin de galvanisation des troupes. Soit il est inventé de toutes pièces, soit il est fabriqué à partir d’un cas humain porteur de cette capacité stimulante. Dans la première catégorie, nous pouvons nommer les « super-héros » de type Marvel aux États-Unis. Ce sont Superman, Iron Man, Hulk, Batman… Je les rattache au crétinisme, car ils sont manifestement utilisés par les leaders de cette église nouvelle pour répandre leur doctrine. Le superhéros distrait, c’est certes sa première vocation. Mais, au-delà, il façonne un imaginaire où aucun problème n’est sans solution et où tout semble possible, à condition qu’intervienne celui qui possède les superpouvoirs adéquats. Il n’est pas besoin d‘insister pour montrer que ceci est un substitut de divinité et, singulièrement, du Christ. Cependant, là où celui-ci accomplissait ses prodiges au nom de son Père, Dieu, les superhéros agissent au nom de la technologie et de leur propre puissance. C’est un des aspects du crétinisme de faire de l’homme son propre sauveur, et de la technique la cause de tout miracle. Aucune transcendance dans le crétinisme : tout est concret, explicable, même le merveilleux – ce qui devrait lui ôter tout aspect merveilleux !- mais le public a besoin de magie, alors on lui en donne. Le superhéros connaît une mutation depuis une cinquantaine d’années, il mute par le jeu de l’informatique et de l’électronique. D’abord ce furent les cyborgs (voir Blade Runner pour l’illustration), ces créatures hybrides, d’abord auxiliaires des humains, puis concurrents mortels. Puis vinrent les robots et autres droïdes (voir Star Wars pour les exemples), dont les progrès ont été constants et dont les applications grand public deviennent visibles aujourd’hui. Et, in fine, ceci nous conduit à l’homme augmenté, en passant par l’IA (Intelligence Artificielle). Il suffit de confier à la technique la mission de combler les lacunes humaines et d’améliorer ses performances. Le crétinisme trouve sur ce terrain un formidable champ de manœuvre. Après avoir constamment, durant les précédentes décennies, fait baisser les capacités cognitives des hommes, on peut leur proposer une colossale amélioration, tout en faisant miroiter la survie de la personnalité. On pourrait se croire dans un film ou un roman de science-fiction, mais non, nous sommes dans la vraie vie de l’homme des années 2020. Les héros sont soit des superhéros, soit des super-robots et, en ligne de mire, des humains améliorés par l’informatique. Tout cela arme le discours du crétinisme qui travaille sur la crédulité des masses préalablement mises en condition. Le rôle des techniques de communication est devenu capital : le « show » a tout envahi et permet de masquer les incohérences réelles et les dangers mortifères de cet avenir. Les effets spéciaux à la portée des caniches démultiplient la prédication crétiniste sous tous les formats possibles. Crétinisme est ici associé à scientisme et progressisme.

Le deuxième type de héros est celui qui va être construit de toutes pièces à partir d’un être humain, homme ou femme, dont le comportement a ouvert des possibilités d’exemplarité. Un exemple canonique est le rôle de l’ouvrier Stakhanov pour le régime soviétique. Cet ouvrier a été érigé en modèle après avoir battu le record de son métier de mineur, en extrayant  102 tonnes de charbon en six heures, le 31 août 1935 (voir l’article de Wikipédia pour plus de détail). Ce mineur sera instrumentalisé et  donnera naissance au stakhanovisme, doctrine productiviste soviétique, dont il sera l’ambassadeur jusqu’à sa mort en 1977. Peu importe que ce record soit complètement « bidonné » ! l’important est l’écho qu’on va lui donner et la stature de héros que son auteur va devoir endosser. Youri Gagarine a joué le même rôle dans le même pays. Mais on aurait tort de sourire et de croire que seuls les « rouges » pouvaient créer et faire croire un tel bobard. Le système capitaliste a joué exactement sur les mêmes ressorts psychologiques, sans doute avec plus de finesse, pour s’adapter à l’ « homo economicus » capitaliste. Un bel exemple de manipulation est le culte du héros sportif. Les « dieux du stade » sont promotionnés de manière forcenée sur tous les supports, bien au-delà de leurs exploits sportifs incontestables. Les JO de Paris en ont été une démonstration éclatante : la « divinisation » de Léon Marchand fut l’acmé de ce temps de bourrage de crâne du crétinisme mondial. De même, le valeureux Teddy Riner est devenu homme-sandwich de toutes sortes de causes, mercantiles ou pas. Quel est l’héroïsme d’un sportif de haut niveau qui donne tout pour réussir dans son domaine d’excellence ? Est-il supérieur au « Père de famille » dont Charles Péguy affirmait il y a plus d’un siècle qu’il était un véritable aventurier ( citation exacte : « Les pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne. ») ? L’actualité fabrique aussi du « héros » à la demande : un homme se conduit-il comme il le convient, en portant secours à son prochain, il est derechef transformé en héros et reçu par le Président de la République. Pauvre Président, pauvre héros, triste époque d’une morale oubliée ! Mais on a les héros qu’on mérite. Parfois ces héros sont authentiques, mais on finit par ne plus les distinguer a milieu du panthéon crétiniste : ainsi le gendarme Beltrame doit-il être mis sur un autre plan qu’un homme qui sauve un vieillard en le sortant de son appartement inondé. Mais de cela le crétinisme n’a cure ; il est important de maintenir le public de la nouvelle religion en haleine, c’est pourquoi un héros chasse l’autre et retombe aussitôt dans la poubelle médiatique de l’histoire immédiate.  

Comme tout culte, le crétinisme a aussi ses saints. Crétins du passé proche ou lointain, dont les reliques et les légendes sont honorées selon les besoins du moment. Dans cette collection sainte, les grands hommes jouent un rôle non négligeable. Soit qu’ils soient réellement des crétins, soient qu’ils soient adorés par des cons, comme l’aurait dit Charlie Hebdo. Parmi les saints dangereux, car totalement porteurs du message de la religion nouvelle, il y a les génocideurs, comme Pol Pot ou Mao Zedong, dont le crétinisme possède les évangiles, avec le petit livre rouge. On a pu mesurer les dégâts qu’il put faire sur la génération soixante-huitarde dont Alain Badiou reste le dernier des Mohicans. Les Révolutionnaires français sont du même tonneau : relisez, si vous l’osez, les propos de Robespierre ou Marat. Plus près de nous, Mélenchon, qui n’en rate pas une, s’est fait le propagateur du culte de saint Chavez, un crétin de haut vol, presque l’égal des ayatollahs iraniens. Castro (Fidel surtout) en fut un autre. Les historiens mettront un jour à jour toute l’absurdité de leurs discours et la dangerosité de leurs actes. Je ne citerai même pas ici les gourous des divers courants de l’islamisme criminel, ils ne le méritent pas. Chacun de ces saints-là dispose de ses adorateurs et de ses petites chapelles. Les céliniens en font aussi partie, qui, au nom d’un réel talent initial de L.F Destouches, justifient la suite pitoyable de sa carrière. Les plus cultivés remontent dans l’histoire lointaine pour y chercher les saints médiévaux et antiques. On songe à Néron et Caligula, bien sûr. Mais c’est trop facile : ils étaient réellement fous. Tandis que les grands pharaons mégalomaniaques, responsables des milliers de morts en esclavage pour leurs constructions, les grands empereurs d’orient ou d’Afrique comptent d’authentiques serviteurs du crétinisme éternel.

Enfin, ce qui fait le liant de toute religion et sa force, ce sont les religieux et les enseignants. Existe-t-il un clergé crétiniste ? Bien évidemment. Il officie chaque jour dans ses différents temples. Les desservants de paroisse sévissent dans les médias, journalistes de radio ou télévision, presses écrites ou numériques, ils sont les plus zélés des célébrants. La messe quotidienne a lieu dans presque tous les pays du monde en soirée, lors d’une célébration appelée journal télévisé. Là, la foi crétine a tout loisir de déverser le flot perpétuel de sa propagande. Ce fut longtemps le pilier de la nouvelle église. Mais, depuis le début du XXIe siècle et les progrès du Net, un nouveau clergé est apparu, moins formé que le précédent, mais plus redoutable : les blogueurs et les influenceurs (mettre au féminin bien sûr aussi). Là, on peut dire que l’on touche le fond ! Il suffit de voir le nombre de crétins qui « suivent », comme on dit, ces bergers autopromus, pour être pris de vertige. Chapelles indépendantes et souvent rivales, elles sont pourtant toutes de la même doctrine, évangélisant sans relâche et débitant les articles de la foi crétiniste. Les choses sont finalement bien faites, car cette sphère-là atteint en plein cerveau (ou ce qui en tient lieu) la jeune génération, laquelle dit tout son mépris pour la télévision aliénante de leurs parents, mais est tombée entre les griffes de gens pires encore. Mais tout ce clergé est celui du rang, les curés de paroisse ou les missionnaires. Au-dessus se rencontrent les hiérarques, évêques, archevêques et cardinaux ; le crétinisme étant schismatique par essence, il n’y pas  de pape, ou alors plusieurs antipapes.  Je ne ferai pas ici l’organigramme de ces autorités, ce serait fastidieux et je risquerais d’en omettre certains. Mentionnons les ayatollahs d’Iran, les chefs encore en vie de Daech, les grands leaders populistes de tous les continents – car c’est une maladie mondiale – et quelques grands leaders politiques. Actuellement, un des antipapes est incontestablement Donald Trump. Il « coche toutes les cases », comme dit le beau vocabulaire des journaleux. Malade mental avéré, imbécile notoire, homme d’affaires raté, être humain méprisable. Et avec toutes ces belles qualités, on ne s’étonnera évidemment pas qu’il soit un des plus suivis des gourous du crétinisme. Il a crétinisé une bonne partie du peuple américain – où le terreau était très favorable – et pas mal de disciples ailleurs. Il a des concurrents sévères en Russie, avec Poutine et sa clique, qui crétinisent à outrance le peuple russe. Le leader suprême coréen est un des plus beaux prélats du crétinisme, tout comme le dictateur chinois voisin. L’Afrique est une terre bénie pour l’église crétiniste, elle accouche sans cesse de nouveaux évêques. Mais l’Amérique du Sud sauve son honneur en berne avec Javier Milei, un antipape aussi fort que Trump.

Le monde des affaires et de la finance fournit aussi du haut clergé à la religion nouvelle. Le cas d’Elon Musk est emblématique d’un crétinisme de haut vol, totalement incontrôlable, mais bien dans la doxa du mouvement. Musk, c’est le crétinisme libertarien-libéral, celui qui murmure à l’oreille des traders.  Il reste cependant un amateur par rapport à celui qui fut un véritable pape de la secte et est devenu depuis sa mort un saint très vénéré. J’ai nommé Steve Job. L’homme qui a réussi à faire croire que ses ordinateurs et téléphones étaient exceptionnels et changeaient la vie de ceux qui les achetaient. L’homme qui a inventé cet objet hybride parfaitement inutile qu’est la tablette numérique. L’homme que la planète a pleuré comme un saint quand le cancer a eu sa peau. Salut l’artiste ! ET vive la capitalisation boursière d’Apple !

On le voit, le crétinisme est aujourd’hui la religion qui a le vent en poupe. Il vole de succès en succès et étend son culte et sa doctrine sur toute la planète. Sur quoi repose ce succès ? Avant tout sur la bêtise de ceux qui se laissent convertir. Le crétinisme prospère sur la crédulité des masses et sur l’ignardise croissante. Chaque jour de nouveaux lieux de culte s’ouvrent, chaque jour la doctrine fait des progrès publics. Cette progression repose sur la servitude volontaire que La Boétie a mise en exergue il y a cinq siècles. Le crétinisme avance parce qu’il y a de plus en plus de crétins qui adhèrent de leur plein gré. Voyez avec quel entrain les entreprises se sont précipitées sur les réseaux asociaux et y ont entrainé et encouragé leurs personnels ; voyez comment l’Education nationale, en France, se livre pieds et poings liés aux GAFAM et distribue tablettes et portables aux collégiens en lieu et place des manuels qui sont supprimés. Et vive le taux d’illettrisme mesuré à l’entrée en sixième ! Voyez comment l’ensemble des institutions, Églises  comprises, bascule dans le numérique, Youp La Boum !

Sur les murs de la Tour de Constance, à Aigues-Mortes, Marie Durand et ses amies, des femmes huguenotes emprisonnées, car elles croyaient « mal », ont gravé dans la pierre un mot qui est devenu le seul mot d’ordre que l’on puisse opposer au crétinisme : « RESISTER ». Et aujourd’hui, résister, c’est refuser. Refuser tout ce qui peut aider à propager le crétinisme et défendre de toutes nos forces ce qui le combat : la culture, la liberté, la beauté et la paix. Vaste programme.

Jean-Michel Dauriac – février 2026.

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Le trésor de Sous-Parsat : les fresques de Gabriel Chabrat

Peu de gens connaissent Sous-Parsat, minuscule village de la Creuse, elle-même mal connue des Français, y compris de nombreux Creusois eux-mêmes. Et pourtant ce village banal contient un trésor bien caché dans un écrin qui ne paie pas de mine.

A Sous-Parsat, pas d’église romane du XIIe siècle ou de château médiéval ou de manoir Renaissance. De solides et belles maisons de granit austère pierre du pays ; et une copie d’église romane construite au XIXe siècle, en réutilisant des pierres des ruines de la vieille église médiévale. Les pierres sont d‘époque, pas la construction. Mais cette bâtisse qui peut faire illusion a elle-même frisé la ruine au cours du XXe siècle ; il faut dire que les Creusois ne sont pas très croyants, plutôt des « rouges », à l’époque où cela avait un sens. Il a fallu qu’un peintre habitant la commune, dans la maison de famille de son épouse, tous deux Creusois, ne décide de faire de cette construction délabrée un lieu d’exposition temporaire de ses œuvres durant l’été, pour que cette petite église retrouve un peu de vie.

Gabriel Chabrat et son épouse, août 2025 -Photo: Catherine Dauriac

Cet artiste, qui ne pouvait pas vivre de sa peinture était aussi professeur dans le secteur. Il disposait donc de ses vacances d’été. Là, a germé peu à peu l’idée de donner une seconde vie à cette petite église. Il n’y avait que de très rares offices religieux, le bâtiment n’était pas classé, ne possédant aucun caractère remarquable le permettant. Ce fut la chance du peintre et du lieu. Il proposa au maire de peindre les murs intérieurs de l’église, comme cela était de rigueur au Moyen Âge et même après. L’accord municipal fut rapide, mais il fallut plus de temps pour convaincre l’Eglise, qui est toujours frileuse au changement. Enfin ce fut accepté.

L’accord n’était que le début de l’aventure, le plus dur restait à accomplir. Deux tâches principales étaient devant le couple : trouver le sujet de ces peintures et les financements pour tout le matériel, le travail du peintre étant bénévole. Le mari s’occuperait de l’art, la femme de l’intendance. Ainsi fut fait.

L’œuvre a été réalisée entre 1986 et 1995 (on fête cette année les trente ans de l’achèvement). Elle a demandé un long et minutieux travail de préparation, tant dans la réflexion sur le choix des thèmes que sur la réalisation des maquettes préparatoires. Dès le début, le peintre, Gabriel Chabrat, voulait que ce soit un thème religieux, eu égard au lieu. Mais ce terme est vague, on sait qu’il peut recouvrir des choses très variées.

Gabriel Chabrat, l’auteur de ce joyau, et son épouse (août 2025)- Photo : Catherine Dauriac

Lui a fait le choix de s’inspirer de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament. Mais une fois ce cadrage fait, il reste un travail difficile à faire, c’est celui du choix des épisodes à retenir. La taille de l’église et la superficie des murs obligeaient à une sélection drastique. Lors de la visite des lieux, on est conquis par l’évidence des choix effectués. L’essentiel a été compris et retenu. On retrouve les grandes figures bibliques dans des moments décisifs de leur existence et, au-delà, de l’humanité entière.

Il fallait ensuite organiser une dramaturgie spatiale, afin que l’œuvre totale s’impose par la force de ses choix, mais aussi par la technique et l’art de l’artiste. Ce fut fait par la latéralisation des deux parties de la Bible. Quand on entre dans le lieu et que l’on s’avance jusqu’au chœur, l’Ancien Testament occupe le flanc gauche et le Nouveau Testament le flanc droit. Le fond est comme la porte d’entrée dans l’histoire, le lieu de la création originelle.

Je me garderai bien de décrire chaque tableau de la fresque ; ce serait prétentieux et, de toute manière, très inférieur à l’œuvre. Il faut la voir et la méditer. Je me bornerai ici à donner quelques indications pour susciter le désir d’y venir voir.

Les scènes et personnages retenus sont : pour l’Ancien Testament, Noé et le déluge, Abraham et la naissance d’Isaac, Moïse recevant les tables de la loi au Sinaï. Pour le Nouveau Testament, tout commence à juste titre par une Annonciation, se poursuit par une Cène, puis une Piéta[1] (ou descente de croix) et l’Ascension. Une grande scène représente la lutte du bien et du mal (ce pourrait aussi être l’enfer et le Paradis. Le porche d’entrée est surplombé par une représentation de l’Esprit-Saint qui semble engloutir le visiteur franchissant la porte. A l’inverse, quand on sort, on observe une représentation de la fin du monde.

Ces fresques occupent la totalité des surfaces murales, à l’exception des encadrements de baies. Des vitraux modernes ont été réalisés sur des dessins de G. Chabrat, dans l’atelier du vitrail de Limoges. Les vitraux sont inclus dans les fresques et en poursuivent le mouvement. L’ensemble dégage une grande impression de cohérence.

Il faut parler du choix des couleurs La palette est réduite, pour l’essentiel, aux couleurs primaires, auxquelles le peintre a rajouté du noir et quelques autres couleurs, selon les besoins de sa réalisation. Ainsi, le seul endroit où apparaissent des tons pastel (rose, orange), se situe à côté de la figure élancé du Chris lors de l’Ascension. Elles sont le symbole d’un monde transfiguré.

Les visages et les mains sont particulièrement remarquables. Les mains sont grandes et expriment des sentiments, comme l’accueil, la protection, le rejet ou le soutien. Les visages sont très expressifs bien qu’ils soient réalisés selon une technique très XXe siècle, parfois cubiste, souvent surréaliste. G. Chabrat aime peindre des corps et des visages. On vérifiera cela en allant faire un tour dans sa galerie, à peine à une centaine de mètres de l’église. Dans le cadre d’une grange creusoise fort bien aménagée, on peut admirer une belle collection de tableaux du maître (au moins une soixantaine). La technique sur toile offre beaucoup plus de possibilité qu’un mur. La profondeur de champ, sur le mur, est quasiment nulle. Dans les tableaux, l’artiste peut jouer sur les plans divers et il ne s’en prive pas. Sa peinture est très maîtrisée, avec un geste sûr et une vraie personnalité. Une observation attentive des toiles permet de voir que ses deux thèmes de prédilection sont les corps et visages, et les maisons, villages et autres espaces bâtis.

Gabriel Chabrat – Vraie joie (2024)- Photo : Catherine Dauriac

Il faut voir les peintures sur toile pour mesurer l’effort d’adaptation qui a été le sien pour donner ces fresques remarquables. Il a dû renoncer aux trois dimensions de ses tableaux et travailler comme on fait une tapisserie à Aubusson (il a d’ailleurs dessiné des cartons pour les tapissiers de la ville). La fresque est plate, c’est ce qui lui donne sa force d’impact visuel.

La visite de l’église peut se faire avec une musique d’accompagnement. Du chant grégorien. Ce qui me semble une vraie faute de goût. Car ces peintures ne sont nullement médiévales, mais très contemporaines. Il existe de la musique sacrée moderne, je pense à certaines pièces d’Olivier Messian ou aux compositions de Jean-Christian Michel. Mais de façon plus radicale, j’entendrai aisément certaines compositions rock, comme le très beau Stairway to heaven de Led Zeppelin, ou des morceaux de Neal Morse ou Kerry Livgreen, voire La passion d’Adrian Snell, brillant compositeur anglais des années 1970, des rockers talentueux et chrétiens qui ont composé des hymnes modernes.

Je voudrais terminer par une réflexion de théologien. Ce travail repose sur une belle réflexion sur la Bible et sur des intuitions artistiques très théologiques. Les mouvements de couleurs, notamment, sont des magnifiques interprétations de certains textes. Comment rendre la force de l’Annonciation ? G. Chabrat y réussit fort bien en usant de filets de couleurs. Il y aurait beaucoup d’autres exemples à relever dans le détail de chaque fresque.

Il faut enfin dire un mot du plafond de l’église. Il est lui aussi entièrement peint. La plus grande partie est d’un magnifique bleu assez soutenu. Mais il y a une idée vraiment très forte (j’hésite à user du mot génial, tant il est galvaudé), celle de la frise réunissant le chevet du chœur et le tympan du portal de sortie. C’est le chemin de l’humanité, allant de la création à la fin du monde. La frise est agrémentée de très nombreux petits figurés où l’on reconnaît des silhouettes humaines ou animales et d‘autres que je n’ai pas identifiés. Je trouve que cette idée permet de visualiser de manière simple l’histoire humaine selon Dieu. Une belle prouesse.

On peut visiter cette église en étant tout à fait athée : on appréciera alors le travail du peintre, tout son art. Mais on peut aussi venir en tant que chrétien. Et là, la visite sera encore plus riche, car à la dimension artistique s’ajoutera une dimension spirituelle qui élève l’âme.

Dans tous les cas, il faut aller à Sous-Parsat admirer ce chef d’œuvre bien caché. Je mets cette réalisation au même plan que d’autres chapelles peintes, comme celle de Matisse à Vence. Vous trouverez ci-dessous les liens pour obtenir des renseignements et organiser une visite guidée.

Jean-Michel Dauriac – Les Bordes (Chéniers)– Août 2025.

Le site de l’office de tourisme local, avec possibilité d’organiser ou participer à une visite guidée, très utile pour mieux profiter de cette œuvre :

https://www.tourisme-creuse.com/creuse-sud-ouest/decouvrir/notre-patrimoine/eglise-de-sous-parsat

Une petite vidéo pour vous mettre en appétit : https://www.facebook.com/watch/?v=535765657114323

5 belles photographies de l’intérieur de l’église :

https://www.france-voyage.com/photos/eglise-sous-parsat-956.htm

Le site de l’artiste Gabriel Chabrat, incontournable :

https://www.gabrielchabrat.com/index.html


[1] La piéta est la seule scène qui n’a aucun fondement biblique, comme de nombreux autres épisodes de la « légende mariale », qui a été construite dans les premiers siècles de l’Eglise, dans des textes qui n’ont pas été retenus par le Concile de Nicée (325) et les conciles ultérieurs, pour construite le canon du Nouveau Testament, ce qui signifie que ces textes étaient considérés comme non inspirés par l’Esprit-Saint. Exemples de ces inventions extrabibliques : l’histoire de l’enfance de Marie et de sa mère Anne ou l’Assomption de la Vierge, tout comme l’Immaculée Conception et la virginité de Marie durant toute sa vie.

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Les 10èmes rencontres du Frêne à Fresselines (23) Et nos campagnes, alors? 19-20 juillet 2025

Vous pouvez maintenant accéder à certains documents de la session 2025:

Les trois diaporamas des conférences du samedi 19 juillet: la méthanisation, les paysages et les haies.

Deux enregistrements de conférences: Les paysages racontent une histoire: la nôtre, de Jean-Michel DAURIAC et Les haies, de Philippe Hirou. Malheureusement les deux autres conférences n’ont pas pu être enregistrées correctement.

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Les paysages racontent une histoire: la nôtre, JM Dauriac, version audio.

Les haies, Phlippe Hirou, version audio

Organisé par Aux rêves du Frêne

Association Loi 1901 – Fresselines

Les rencontres du Frêne, 10 ans déjà !

Dossier de presse 2025 à télécharger ici :

En 2015, Christine Guillebaud et Jean-Michel Dauriac décidaient de lancer un temps de réflexion et de partage autour de grands sujets de notre époque. Cela s’appelait alors l’Université Libre d’Eté de Creuse (ULE), reprenant un nom qui avait été créé par Jean-Michel Dauriac en 2008, à Chéniers, pour des rencontres, privées d’abord, puis ouvertes au public, avec ses étudiants de la région bordelaise. Cette expérience dura de 2008 à 2012, puis se mit en sommeil. La reprise de 2015 gardait la méthode de travail, mais s’ouvrait à un public plus large.

Il fut décidé que ce serait l’avant-dernier week-end de juillet qui serait le rendez-vous annuel. Ce qui s’est passé chaque année depuis, sauf l’année 2020 avec la pandémie.

Un cadre juridique associatif fut donné en 2020, avec Aux rêves du Frêne, référence à Fresselines, lieu des manifestations.

Cette année 2025 marque donc les 10 ans de ces rendez-vous. Chaque année un thème est choisi par l’équipe organisatrice, à l’intérieur d’un thème général, « Habiter le monde ». Le thème 2025 est :

Et nos campagnes, alors ?

Ce sujet s’inscrit dans la logique des années précédentes, où furent traités les thèmes suivants : Villes et campagnes, Le climat change, et nous ? , Nos modes de vie….

L’ensemble s’inscrit dans une démarche d’information, de discussion et de proposition autour de ces sujets qui nous concernent tous. Les rencontres du frêne n’ont pas vocation à soutenir telle ou telle position politique mais à ouvrir les esprits par la découverte d’informations de qualité et la pratique du débat. Il appartient ensuite à chacun de se servir de ces connaissances comme il l’entend. Les organisateurs revendiquent une complète liberté vis-à-vis de tous les partis politiques et groupes de pression, mais ils revendiquent également toute liberté d’expression des intervenants invités.

Le programme de la session 2025 en détail

La session de cette année s’étend sur le samedi 20 et le dimanche 21 juillet.

Nous proposons une variété d’activité : conférences, débat, soirée artistique, concert.

Les conférences

Quatre causeries sont offertes au public.

Samedi matin, à 10 h 30 : La méthanisation, par Francis Duchiron, professeur retraité de l’université de Reims.

La méthanisation est le processus naturel de dégradation anaérobie de la matière organique. Elle produit du biogaz essentiellement composé de méthane identique au gaz de ville ; mais celui-ci est renouvelable contrairement au gaz disponible actuellement.

Nous exposerons d’abord le fonctionnement de la méthanisation au sens scientifique ; c’est-à-dire les micro-organismes et les voies métaboliques impliqués.

Nous regarderons ensuite les sources potentielles de matière première, ce qui déterminera où implanter des unités de méthanisation. A la ferme, dans les villes pour en recycler les déchets organiques liquides (station d’épuration anaérobie) ou solides (station de méthanisation en phase solide) ; dans les usines agroalimentaires pour recycler les déchets.

Vaut-il mieux avoir des petites unités individuelles sur chaque ferme, ville, station d’épuration, usines agroalimentaires ; ou des équipements plus gros voir industriels ? Ce choix doit être un choix politique effectué en concertation avec les citoyens.

Samedi après-midi, à 14 h 30 : Les paysages racontent une histoire : la nôtre, par Jean-Michel Dauriac, Professeur honoraire de géographie dans les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE).

Le mot paysage est un terme commun. Mais il a aussi un sens plus précis, en art ou en géographie. Notre conférence se propose de définir les sens propres de ce terme et la richesse de son apport, en présentant les enjeux des paysages, leurs significations diverses et la synthèse géographique, la lecture historique que l’on peut en faire, ainsi que la présentation des acteurs qui en sont auteurs et usagers, voire fossoyeurs. Nous ferons le choix de privilégier les paysages ruraux.

Dans un second temps, nous effectuerons un voyage spatio-temporel dans les paysages de la France, du paléolithique au XXIe siècle et nous expliquerons, exemples illustrés à l’appui comment il est possible de lire notre histoire et notre avenir parfois dans ces paysages variés de la campagne française.

Jean-Michel Dauriac (à gauche) et Francis Duchiron (à droite) en pleine intervention publique, à Fresselines, durant l’été 2024. (Photo C. Dauriac)

Samedi après-midi, à 16 h 30 : Sauver les haies ? par Philippe Hirou, spécialiste des haies et bocages.

Alors que, depuis plus de 40 ans, l’on a pris conscience de l’importance des haies pour l’agriculture et les territoires ruraux et mis en place des politiques de replantation, pourquoi continuent-elles de disparaître ? Le constat est amer : on en replante 4000 km, mais il en disparaît plus de 20000 km chaque année. Leur image toujours négative au sein de la profession agricole, la radicalisation du débat entre écologie et économie, ou entre ville et campagne, la disparition des agriculteurs eux-mêmes et l’agrandissement des fermes l’expliquent en grande partie. Mais c’est aussi le résultat de pratiques d’entretien destructrices et du changement climatique.

Pourtant nous en avons encore plus besoin vis-à-vis du climat et de la biodiversité et elles peuvent être un atout pour l’agriculture et les territoires. Un atout économique en premier lieu, à la fois par des bénéfices et des coûts évités. De nombreux territoires se chauffent avec le bois des haies, dans le cadre de plans de gestion durable les préservant. Il ne s’agit pas du pillage auquel on assiste parfois, sans intérêt pour l’agriculteur ni pour le territoire local. En matière de lutte contre les inondations et l’érosion des sols, les haies sont une solution efficace. Le ralentissement du flux de l’eau et son infiltration vers les nappes phréatiques sont des bénéfices directs du maintien ou de la création de haies bien placées et en bon état. Les assureurs ne s’y trompent pas qui indiquent qu’à l’échelle des territoires, en moyenne, 1€ investi en prévention économise 8€ de dégâts. Et la haie ne coûte pas cher à implanter, on peut d’ailleurs recourir à la régénération naturelle, gratuite, ni à entretenir, car il s’agit au contraire de moins l’entretenir pour lui laisser plus de place. 


Dimanche matin, à 10 h 30 : Séverine, l’insurgée, Séverine l’oubliée, par Marie-France Boireau, Docteure en littérature et professeur honoraire de lettres en CPGE.

Séverine (Caroline Rémy, 1855-1929), un nom quasi oublié. Et pourtant, elle fut l’une des grandes journalistes de la fin du XIXe siècle, sans doute celle qui a inventé le journalisme d’investigation, celle qui a construit son identité de journaliste en se choisissant ce nom de plume, Séverine, celle qui a été une des premières journalistes professionnelles .

Alors, pourquoi un tel oubli ? Peut-être parce que Séverine fut une sorte d’électron libre et aucun parti, aucune association féministe, ne put et ne peut se réclamer d’elle. Dans sa vie personnelle et sa vie professionnelle, elle ne cessa d’affirmer sa liberté.

Disciple de Vallès qui a été son mentor, qui lui a appris le métier de journaliste, Vallès dont elle disait « c’est mon père », et dont elle prit la succession à la tête du journal Le Cri du peuple après la mort du vieux communard.

Mais ce n’était pas simple, en cette fin du XIXe siècle, pour une femme, de diriger un journal, et surtout de maintenir les colonnes de ce journal ouvertes aux différentes sensibilités de gauche. Elle finira par quitter Le Cri du peuple où les guesdistes avaient pris le pouvoir et elle vivra de sa plume, écrivant dans des journaux d’obédiences politiques différentes.

Comme le fera un siècle plus tard Florence Aubenas, elle n’hésitait pas à enquêter sur le terrain, à descendre, par exemple, dans la mine à Saint-Etienne, après un coup de poussier qui fit 112 morts, à se faire embaucher comme casseuse de sucre pour comprendre le rude métier des ouvrières.

 Longtemps réticente à l’égard des mouvements féministes réclamant les droits politiques pour les femmes, mue par un antiparlementarisme viscéral, elle finira par considérer que le droit de vote est important, en rejoignant le combat de son amie, Marguerite Durand, créatrice du journal La Fronde.

Son titre de gloire : la défense des pauvres, sa lutte  contre la misère, lutte pour laquelle elle  a déployé des trésors d’imagination et d’énergie.

Le grand débat, samedi 20 juillet à 18 h 00 : Et nos campagnes, alors ?

En présence de F. Duchiron, J-M. Dauriac et Ph. Hirou

Avec en invité, grand témoin : Philippe Auvillain, agriculteur retraité, ancien responsable creusois de la Confédération Paysanne

Ce temps de discussion avec le public, permettra à chaque conférencier de préciser certains points de leurs conférences, à la demande et d’échanger des points de vue sur le monde rural et son avenir.

Le grand témoin présentera son parcours et les options majeures qui semblent les meilleures pour les agriculteurs, l’agriculture, le milieu et l’alimentation des Français.

A l’issue de ce débat, l’association Aux rêves du frêne offrira un apéritif consistant aux présents. (20 h 15 -21 h 30)

Une soirée culturelle Poésie et chansons (21 h 30 – 23 h 00 environ)

Les participants sont invités à venir avec un texte ou un poème qu’ils ont envie de partager avec l’assemblée. Christine Guillebaud, poétesse bien connue des Creusois, dira des poèmes de son choix, Jean-Michel Dauriac chantera des chansons de sa composition et fera chanter la salle sur des chansons françaises connues.

Avec un hommage à Marcelle Delpastre, poète corrézienne, née en 1925.

En option, en fonction de la météo du ciel : Observation astronomique, à partir de 22 h 30, avec Laurent Sartre, astronome amateur et conférencier scientifique.

Concert de clôture de la session : dimanche 20, église de Fresselines, 16 h 00

Fréquences Libres, par l’ensemble Gabriel

https://www.ensemblegabriel.com

 Un verre de l’amitié, servi dans la salle polyvalente, clôturera cette session 2025

Contacts :

Jean-Michel Dauriac : dauriacjeanmichelgmail.com – 06 33 84 71 69

Francis Duchiron : francis.duchiron@univ-reims.fr – 05 55 89 71 60

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En partenariat avec l’UPHG (Université Populaire des Hauts de Garonne – Lormont 33)

Vous pouvez vous abonner aux vidéos hebdomadaires des conférences UPHG, en adhérant à l’association, pour 10€ par an.

Contacts : Jean-Michel Dauriac, président, jmdauriac@laposte.net

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