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Catégorie : Bible et vie

La chute de Babel (2) –

Méditations de sortie de l’Arche n° 11

La version audio est ici:

Lecture de base : Genèse 11 : 5 à 9

« 5  L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

6  Et l’Eternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.

7  Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.

8  Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville.

  • C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre. »

Ce texte nous montre Dieu agissant comme un souverain jaloux de sa puissance et surveillant de près son peuple. On peut être surpris par les propos attribués à Dieu et par ses motivations. Ce texte est totalement à « l’image de l’homme », pour ne pas dire anthropomorphique. C’est cette réduction de Dieu à l’échelle de l’homme, quant à la pensée, qui est ici marquante.

Dieu surveille ce que font les hommes (verset 5)

Dieu « descendit », dit le texte, ce qui confirme la position haute, celle que visent les hommes. Il faut se garder de croire à une localisation spatiale dans la nuée atmosphérique. Cette formulation est conforme aux représentations de l’époque, qui voyaient les dieux sur les sommets des hautes montagnes ou dans les nuages. On retrouve cela dans le Nouveau testament avec l’expression « Royaume des cieux », qui entretient cette confusion localisée.

Dieu vient « en curieux » voir la ville et la tour. Dieu ne savait-il pas sans voir ? Ici se joue à nouveau ce que nous avons lu en Genèse 3 : 8 :

« 8  Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. L’homme et sa femme allèrent se cacher devant l’Éternel Dieu, parmi les arbres du jardin. »

Dieu parcourt le jardin, le soir. Ceci laisse entendre qu’il cherche le contact avec ses créatures. Il manifeste de l’intérêt pour eux et leurs activités.

Le constat de Dieu : l’homme peut réussir son projet (verset 6)

Dieu fait le constat de leur unité, donc de leur force. Il constate aussi leur esprit d’initiative : l’homme est, dès l’origine, création et action. Leur unité et leur détermination doivent les conduire au succès, c’est-à-dire devenir leur propre Dieu. Ce projet est tourné contre Dieu, mais il est bien conçu.

Les hommes ne sont pas incompétents et bons à rien, comme souvent les chrétiens le disent, confondant le péché et la totalité de l’être humain. C’est une erreur de jugement théologiquement grave, car elle fait de la créature un échec du créateur, et donc porte un jugement négatif sur Dieu.  Le psalmiste a pu dire, dans le psaume 139, verset 14 :

« Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien. »

Il faut reconnaître à l’homme ses qualités, sans nier la séparation d’avec Dieu, ce qui est une définition du péché très claire.

La réaction de Dieu : la confusion des langues et la dispersion (versets 7 à 9)

Verset 7 : Dieu cible en priorité le langage. C’est la suprématie de la parole (il n’est pas question ici d’écriture), outil premier d’union des hommes. D’avoir tous le même langage leur donne une vraie force. Cette force, ils la destinent à se passer du créateur. Dieu ne peut accepter que sa créature le renie.

Verset 8 : Le langage les sépare maintenant. Mais Dieu accomplit encore une deuxième action-sanction : la diaspora (dispersion). L’éloignement coupe les hommes entre eux et renforce la rupture linguistique. Il ne nous est pas dit comment eut lieu la dispersion : on peut imaginer que l’incommunicabilité nouvelle en fut le moteur. Ne se comprenant plus, les hommes s’éloignent de ceux qui ne parlent pas comme eux. Nous pouvons observer ce phénomène dans toutes les communautés humaines, c’est une des bases du communautarisme actuel.

La ville est arrêtée dans sa construction. Le projet destiné à se mettre hors de portée de Dieu a échoué.

Le verset 9 est la conclusion de ce récit. L’étymologie retenue pour le nom de Babel est alors balal en hébreu, qui est l’idée de confondre. Finalement le projet gardera dans l’histoire le nom de son échec : la tour de Babel n’a jamais été achevée.

Une lecture contemporaine et chrétienne

Si nous lisons cette histoire selon l’air du temps de ce début de troisième décennie du XXIème siècle, nous aboutissons à ces quelques conclusions :

  • Dieu paraît être le « méchant » de l’histoire, car il casse l’élan créatif des hommes et brise leur liberté.
  • Il semble être jaloux des hommes. D’ailleurs la Bible ne dit-elle pas :

« Deutéronome 4:24 Car l’Eternel, ton Dieu, est un feu dévorant, un Dieu jaloux. »

Les hommes lui échappent, il ne le supporte pas, au point de saper leur réussite programmée.

  • Cela conforte évidemment l’image d’un Dieu cruel présent dans l’Ancien Testament et la religion juive. Les négateurs de Dieu y voient la preuve d’une invention des hommes, qui ont créé une divinité à leur image, avec des sentiments peu glorieux.

Et si nous changions de perspective ? Si nous regardions ce récit dans une perspective chrétienne, avec toute sa symbolique et sa logique intrinsèque à la Bible.

  • Dieu est l’ « inventeur » des hommes, créés selon Genèse 1 : 26, à son image. Or, tout le monde reconnaît qu’un créateur a des droits imprescriptibles sur son œuvre. Pourquoi Dieu n’en aurait-il pas sur l’humanité, si elle est le fruit de sa création ?
  • La révolte des humains démarre avec le meurtre de Caïn sur son frère Abel. Je laisse volontairement de côté la très délicate et controversée notion de « chute » et de « péché originel », qui demandent une étude détaillée. Depuis Caïn, la descendance de ce fils meurtrier  est en révolte contre le créateur. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Caïn « invente » la ville, lieu de cachette aux yeux de Dieu.
  • Le Déluge est l’aboutissement de cette révolte, décrite, sous son aspect moral, en Genèse 6 : 5 : « 5  L’Eternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. »  Mais après le déluge, Dieu donne une seconde chance à l’humanité.
  • Or, les hommes retombent exactement dans la même révolte, mais avec plus de moyens, comme nous l’avons vu dans la précédente méditation. Le même orgueil démesuré sévit.
  • Cette fois-ci, Dieu ne détruit plus l’humanité, mais il lui ôte les moyens de la révolte. Juste après cet épisode commence le long récit de la vocation et de la vie d’Abraham, et l’alliance que Dieu passe avec lui. Dieu n’a donc pas renoncé à la communion avec sa créature.

Il faut ainsi remettre ce texte en perspective dans son optique juive ou chrétienne et non dans l’esprit #metoo, où tout pouvoir est mauvais.

La mondialisation actuelle est la troisième tentative de révolte récente contre Dieu. Elle fait suite aux deux tentatives ratées de tuer Dieu et de le remplacer par le nom des hommes : le communisme soviétique et le nazisme. La mondialisation est dans le même esprit, mais avec d’autres moyens, plus subtils, donc plus dangereux. L’esclavage est numérique, la langue commune est le code binaire des ordinateurs et l’anglais basique, le globish comme on le nomme. Mais le but est toujours cette gouvernance mondiale unie, appuyée sur la technique, qui contrôlera tout de nos vies et qui doit régler tous les problèmes à venir (donc être omnipotente, comme Dieu).

Conclusion

Je vous conseille de relire la trilogie de Jacques Ellul sur la technique, mais aussi le roman d’Orwell 1984 et l’Apocalypse de Jean, avec la grille de lecture que nous venons de dégager.

Vous verrez alors que nous devons nous garder très strictement d’adhérer à ce nouvel ordre mondial, quels que soient les arguments séduisants qu’il déploie, lesquels peuvent évidemment tromper même les chrétiens. Le projet de Babel II ne se pare des habits de l’émancipation humaine que pour mieux asservir les hommes. La force de celui que le Nouveau Testament appelle le diabolos, le diviseur, le trompeur, réside d’abord dans le mensonge et la séduction. A nous de savoir y résister, au nom de Celui qui est plus grand que lui.

Jean-Michel Dauriac, Février 2021.

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La logique de Babel (1)Méditations de sortie de l’Arche n° 10

Le fichier audio est là:

Lecture de base : Genèse 11 : 1 à 4

«  Or, toute la terre parlait un même langage avec les mêmes mots.

2  Partis de l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Chinéar, et ils y habitèrent.

3  Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques et cuisons-les au feu. La brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de mortier.

  • Ils dirent (encore): Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet (touche) au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas disséminés à la surface de toute la terre. » (version La Colombe)

Le récit de la tour de Babel est assez bref (9 versets en tout) et, malgré cette brièveté, il est devenu un des plus grands mythes de l’humanité (avec le Déluge, la sortie d’Egypte ou la ligature d’Isaac) tirés de la Bible. Mon propos n’est pas aujourd’hui de discuter du caractère mythique ou historique de ce récit. Rien que chez les protestants, la divergence est irréductible : les libéraux considèrent cette histoire comme un fable à but explicatif de la diversité des langues et de l’hubris de l’humanité première ; les évangéliques en font, le plus souvent, une lecture historique et littérale. Entre les deux extrêmes, toute une frange de huguenots hésitent entre les deux positions. Je pense que le même débat court chez les catholiques ou les orthodoxes, mais en silence. Laissons cela de côté et faisons une lecture contemporaine de ce texte, par la démarche de l’analogie.

Situons d’abord ce texte dans le livre de la Genèse, car il y a un enseignement en cela

Si nous regardons où se situe cet épisode dans le livre des origines, nous voyons qu’il suit le grand récit de Déluge et de la sortie de l’Arche de Noé. Nous sommes bien, analogiquement, dans une situation comparable à la nôtre. Nous pouvons dire que le XXIème siècle a connu deux « déluges » qui ont ébranlé l’humanité : la crise financière mondiale de 2008, dite « crise des subprimes » et la crise en cours du Covid19. Dans les deux cas, le choc a été suffisamment fort pour que les hommes pensent un « monde d’après ». Nous savons que les années qui ont suivi la crise de 2008 ont ramené inexorablement à la vie d’avant, « business as usual », comme le disent les Anglo-saxons. Aucune leçon n’a été tirée de ce séisme.

Nous avons bien lu et entendu partout parler, surtout durant le premier confinement – mars à mai 2020), de l’urgence et de la nécessité de penser un monde d’après qui serait au bénéfice des leçons de la pandémie. Mais nous sentons bien, et nous entendons et nous voyons que les gens, dans leur immense majorité, veulent retrouver une « vie normale », c’est-à-dire leur vie d’avant. On peut donc, raisonnablement penser que, encore une fois, il n’y aura aucune bifurcation générale de notre société. Est-ce d’ailleurs souhaitable, possible, utile et bénéfique ? C’est à chacun de nous de répondre à cette question.

Les descendants de Noé, selon la Bible, ont engagé une démarche de civilisation. Voyons quelle est sa base.

Le projet de Babel

C’est d’abord un projet qui naît d’une humanité homogène, issue de l’après-déluge. Le verset 1 parle d’une seule langue ; il y a donc unité humaine. Cette unité fait l’union, et l’union fait la force.

Aujourd’hui il faut regarder derrière les apparences du monde que nous connaissons. La mondialisation impose, par sa pratique, la langue anglaise et ses termes au monde entier. Nous voyons, depuis la chut du bloc communiste soviétique, l’idée d’une gouvernance mondiale unique qui progresse. La crise du Covid19 est un formidable accélérateur de cette idée. Or, toute gouvernance mondiale est, par nature, porteuse du risque de totalitarisme, par l’absence de toute alternative et la concentration du pouvoir avec tous ses moyens de coercition et de contrôle.

Le projet de Babel fait la preuve du génie inventif des hommes : les versets 2 et 3 montrent à la fois l’invention de la brique, des techniques d’assemblage et la naissance de la ville, donc l’idée  même d’urbanisation. Tout cela représente un progrès considérable, auquel il faut ajouter l’usage du bitume pour cimenter.

Si nous revenons à notre présent, nous ne pouvons que constater l’accélération technique absolument inédite des dernières décennies, notamment liée à l’essor de la science informatique. L’homme pense se sortir de toutes les impasses où il s’est enfermé par une réponse technique. Ainsi, face au réchauffement climatique, une nouvelle discipline est née, la géo-ingénierie, qui pense des remèdes planétaires à la montée du CO² ou à l’acidification des océans. Ce n’est pas le lieu ici de décrire ces projets. Il suffit de dire qu’ils sont prométhéens, totalement démesurés. De même, la crise du Covid19 doit se régler par la mise au point ultra-rapide de vaccins à ARN, technique directement liée aux manipulations génétiques, donc relevant du jeu de l’apprenti-sorcier dans de très nombreux cas. Nul ne songe, chez les divers puissants de ce monde, à interroger le mode de vie mondialiste, consumériste et destructeur de nos sociétés.

Le projet de Babel est à la fois transcendant et immanent. C’est donc un projet holistique, global et, aussi, à terme, totalitaire.

  • -transcendant, car la tour doit « toucher au ciel », et donc percer et détruire le mystère de la divinité.
  • -La tour sera dans une ville. Dans la Bible, la ville est une invention de Caïn, le meurtrier fratricide, pour aller se cacher de la face de Dieu. Genèse 4 : 17 :

« 17  Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »

  • -Le but final est de se « faire un nom », c’es-à-dire de devenir Dieu, car en hébreu, le mot Nom est une des appellations de Yahvé. Par leur technique et leur labeur, les hommes veulent devenir Dieu.
  • -Le projet est de rester réuni sous cette gouvernance divine des hommes-bâtisseurs. Il y a bien un désir de contrôle absolu.

La signification pour notre temps est limpide

  • -Le projet mondialiste édifie des tours de plus en plus hautes, qui portent toutes un nom, dont celui de certains hommes, comme la Tour Trump ou la tour  Rockfeller. C’est une transposition parfaite du désir de Babel.
  • -La ville, sous la forme idéale de la métropole mondiale (ou mégapole), est le seul modèle urbain promu, même chez les peuplades les plus rurales du monde (au Rwanda ou au Cambodge par exemple). Tout est pensé uniquement par et pour la ville et les urbains. Le modèle de la révolte contre Dieu est donc devenu exclusif (Je renvoie les sceptiques au splendide livre théologique de Jacques Ellul, Sans feu ni lieu).
  • -Tous les Etats luttent contre la dispersion la plus ancienne : les nomades sont partout persécutés et sédentarisés sous la contrainte, au nom du droit foncier, de la modernité, mais en réalité au nom du désir de contrôler des peuples libres. C’est uniquement pour pouvoir mieux « surveiller et punir », pour reprendre un titre du philosophe Michel Foucault, dans lequel il analyse cette tendance de nos sociétés modernes.
  • -La gouvernance mondiale avance inexorablement depuis 1945. Ne nous laissons pas abuser par les épisodes communistes ou le rôle actuel de la Chine. Peu à peu, les intérêts convergent et l’étau se resserre sur nos libertés, et nos vieilles nations luttent vainement pour ne pas être effacées. Le projet européen, derrière sa pseudo-origine démocrate-chrétienne (fausse mais promue, l’histoire récente l’a prouvé) participe à cette marche vers  le gouvernement mondial. Ce qui est testé à 27 ou 28 pays est appelé à se généraliser.

Conclusion

Nous pourrions appeler ce que nous vivons « Le projet Babel II ». Ce projet est accompagné d’un travail de propagande jamais égalé dans l’histoire et se déployant à l’échelle mondiale. La phase la plus avancée est celle du gouvernement numérique du monde par les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Microsoft), sociétés plus riches et plus puissantes que beaucoup d‘Etats. La résistance symbolique n’a aucune chance réelle d’aboutir, sauf si les terriens acceptent de se déconnecter et de changer leur habitudes.

Mais en parallèle avec les GAFAM, il existe toute une galaxie d’organisations connues (OMS, FAO, UNESCO, OMC…) ou très secrètes (comme els grandes fondations), qui posent, brique après brique pour construire Babel II.

Alors, tout est donc fichu ? Il n’y a plus qu’à se résigner ?

Si on s’arrête au verset 4, cela est le constat évident. Mais le récit comporte une deuxième partie, qui sera l’objet de la méditation suivante.

Jean-Michel Dauriac – Février 2021.

La logique de Babel (1)

Méditations de sortie de l’Arche n° 10

Lecture de base : Genèse 11 : 1 à 4

«  Or, toute la terre parlait un même langage avec les mêmes mots.

2  Partis de l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Chinéar, et ils y habitèrent.

3  Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques et cuisons-les au feu. La brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de mortier.

  • Ils dirent (encore): Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet (touche) au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas disséminés à la surface de toute la terre. » (version La Colombe)

Le récit de la tour de Babel est assez bref (9 versets en tout) et, malgré cette brièveté, il est devenu un des plus grands mythes de l’humanité (avec le Déluge, la sortie d’Egypte ou la ligature d’Isaac) tirés de la Bible. Mon propos n’est pas aujourd’hui de discuter du caractère mythique ou historique de ce récit. Rien que chez les protestants, la divergence est irréductible : les libéraux considèrent cette histoire comme un fable à but explicatif de la diversité des langues et de l’hubris de l’humanité première ; les évangéliques en font, le plus souvent, une lecture historique et littérale. Entre les deux extrêmes, toute une frange de huguenots hésitent entre les deux positions. Je pense que le même débat court chez les catholiques ou les orthodoxes, mais en silence. Laissons cela de côté et faisons une lecture contemporaine de ce texte, par la démarche de l’analogie.

Situons d’abord ce texte dans le livre de la Genèse, car il y a un enseignement en cela

Si nous regardons où se situe cet épisode dans le livre des origines, nous voyons qu’il suit le grand récit de Déluge et de la sortie de l’Arche de Noé. Nous sommes bien, analogiquement, dans une situation comparable à la nôtre. Nous pouvons dire que le XXIème siècle a connu deux « déluges » qui ont ébranlé l’humanité : la crise financière mondiale de 2008, dite « crise des subprimes » et la crise en cours du Covid19. Dans les deux cas, le choc a été suffisamment fort pour que les hommes pensent un « monde d’après ». Nous savons que les années qui ont suivi la crise de 2008 ont ramené inexorablement à la vie d’avant, « business as usual », comme le disent les Anglo-saxons. Aucune leçon n’a été tirée de ce séisme.

Nous avons bien lu et entendu partout parler, surtout durant le premier confinement – mars à mai 2020), de l’urgence et de la nécessité de penser un monde d’après qui serait au bénéfice des leçons de la pandémie. Mais nous sentons bien, et nous entendons et nous voyons que les gens, dans leur immense majorité, veulent retrouver une « vie normale », c’est-à-dire leur vie d’avant. On peut donc, raisonnablement penser que, encore une fois, il n’y aura aucune bifurcation générale de notre société. Est-ce d’ailleurs souhaitable, possible, utile et bénéfique ? C’est à chacun de nous de répondre à cette question.

Les descendants de Noé, selon la Bible, ont engagé une démarche de civilisation. Voyons quelle est sa base.

Pieter Bruegle l’ancien – La Tour de Babel

Le projet de Babel

C’est d’abord un projet qui naît d’une humanité homogène, issue de l’après-déluge. Le verset 1 parle d’une seule langue ; il y a donc unité humaine. Cette unité fait l’union, et l’union fait la force.

Aujourd’hui il faut regarder derrière les apparences du monde que nous connaissons. La mondialisation impose, par sa pratique, la langue anglaise et ses termes au monde entier. Nous voyons, depuis la chut du bloc communiste soviétique, l’idée d’une gouvernance mondiale unique qui progresse. La crise du Covid19 est un formidable accélérateur de cette idée. Or, toute gouvernance mondiale est, par nature, porteuse du risque de totalitarisme, par l’absence de toute alternative et la concentration du pouvoir avec tous ses moyens de coercition et de contrôle.

Le projet de Babel fait la preuve du génie inventif des hommes : les versets 2 et 3 montrent à la fois l’invention de la brique, des techniques d’assemblage et la naissance de la ville, donc l’idée  même d’urbanisation. Tout cela représente un progrès considérable, auquel il faut ajouter l’usage du bitume pour cimenter.

Si nous revenons à notre présent, nous ne pouvons que constater l’accélération technique absolument inédite des dernières décennies, notamment liée à l’essor de la science informatique. L’homme pense se sortir de toutes les impasses où il s’est enfermé par une réponse technique. Ainsi, face au réchauffement climatique, une nouvelle discipline est née, la géo-ingénierie, qui pense des remèdes planétaires à la montée du CO² ou à l’acidification des océans. Ce n’est pas le lieu ici de décrire ces projets. Il suffit de dire qu’ils sont prométhéens, totalement démesurés. De même, la crise du Covid19 doit se régler par la mise au point ultra-rapide de vaccins à ARN, technique directement liée aux manipulations génétiques, donc relevant du jeu de l’apprenti-sorcier dans de très nombreux cas. Nul ne songe, chez les divers puissants de ce monde, à interroger le mode de vie mondialiste, consumériste et destructeur de nos sociétés.

Le projet de Babel est à la fois transcendant et immanent. C’est donc un projet holistique, global et, aussi, à terme, totalitaire.

  • -transcendant, car la tour doit « toucher au ciel », et donc percer et détruire le mystère de la divinité.
  • -La tour sera dans une ville. Dans la Bible, la ville est une invention de Caïn, le meurtrier fratricide, pour aller se cacher de la face de Dieu. Genèse 4 : 17 :

« 17  Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »

  • -Le but final est de se « faire un nom », c’es-à-dire de devenir Dieu, car en hébreu, le mot Nom est une des appellations de Yahvé. Par leur technique et leur labeur, les hommes veulent devenir Dieu.
  • -Le projet est de rester réuni sous cette gouvernance divine des hommes-bâtisseurs. Il y a bien un désir de contrôle absolu.

La signification pour notre temps est limpide

  • -Le projet mondialiste édifie des tours de plus en plus hautes, qui portent toutes un nom, dont celui de certains hommes, comme la Tour Trump ou la tour  Rockfeller. C’est une transposition parfaite du désir de Babel.
  • -La ville, sous la forme idéale de la métropole mondiale (ou mégapole), est le seul modèle urbain promu, même chez les peuplades les plus rurales du monde (au Rwanda ou au Cambodge par exemple). Tout est pensé uniquement par et pour la ville et les urbains. Le modèle de la révolte contre Dieu est donc devenu exclusif (Je renvoie les sceptiques au splendide livre théologique de Jacques Ellul, Sans feu ni lieu).
  • -Tous les Etats luttent contre la dispersion la plus ancienne : les nomades sont partout persécutés et sédentarisés sous la contrainte, au nom du droit foncier, de la modernité, mais en réalité au nom du désir de contrôler des peuples libres. C’est uniquement pour pouvoir mieux « surveiller et punir », pour reprendre un titre du philosophe Michel Foucault, dans lequel il analyse cette tendance de nos sociétés modernes.
  • -La gouvernance mondiale avance inexorablement depuis 1945. Ne nous laissons pas abuser par les épisodes communistes ou le rôle actuel de la Chine. Peu à peu, les intérêts convergent et l’étau se resserre sur nos libertés, et nos vieilles nations luttent vainement pour ne pas être effacées. Le projet européen, derrière sa pseudo-origine démocrate-chrétienne (fausse mais promue, l’histoire récente l’a prouvé) participe à cette marche vers  le gouvernement mondial. Ce qui est testé à 27 ou 28 pays est appelé à se généraliser.

Conclusion

Nous pourrions appeler ce que nous vivons « Le projet Babel II ». Ce projet est accompagné d’un travail de propagande jamais égalé dans l’histoire et se déployant à l’échelle mondiale. La phase la plus avancée est celle du gouvernement numérique du monde par les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Microsoft), sociétés plus riches et plus puissantes que beaucoup d‘Etats. La résistance symbolique n’a aucune chance réelle d’aboutir, sauf si les terriens acceptent de se déconnecter et de changer leur habitudes.

Mais en parallèle avec les GAFAM, il existe toute une galaxie d’organisations connues (OMS, FAO, UNESCO, OMC…) ou très secrètes (comme els grandes fondations), qui posent, brique après brique pour construire Babel II.

Alors, tout est donc fichu ? Il n’y a plus qu’à se résigner ?

Si on s’arrête au verset 4, cela est le constat évident. Mais le récit comporte une deuxième partie, qui sera l’objet de la méditation suivante.

Jean-Michel Dauriac – Février 2021.

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Ethique et réussite – Méditation de sortie de l’Arche 7

La version audio est ici:

Introduction

Nous avons vu que les luttes furent nombreuses depuis le retour des exilés et l’arrivée d’Esdras puis de Néhémie. Les ennemis ont usé de tous les moyens d’intimidation, mais ils ont finalement échoué.

Le succès est assuré sur plusieurs bases :

  • Le rétablissement du culte vrai dédié à l’Eternel ;
  • La reconstruction du Temple pour le culte ;
  • La reconstruction de la muraille pour écarter les menaces ;
  • La prise de conscience des mauvais choix et un travail de purification ;

Tout cela n’est possible que parce que des hommes droits ont accompli leur mission et éclairé le peuple chancelant. Ces hommes étaient porteurs d’une éthique que nous présente le livre de Néhémie.

L’éthique de Néhémie

Lecture Néhémie 5 : 14 à 16

« 14 ¶  Dès le jour où le roi m’établit leur gouverneur dans le pays de Juda, depuis la vingtième année jusqu’à la trente-deuxième année du roi Artaxerxès, pendant douze ans, ni moi ni mes frères n’avons vécu des revenus du gouverneur.

15  Avant moi, les premiers gouverneurs accablaient le peuple, et recevaient de lui du pain et du vin, outre quarante sicles d’argent ; leurs serviteurs mêmes opprimaient le peuple. Je n’ai point agi de la sorte, par crainte de Dieu.

  1. Bien plus, j’ai travaillé à la réparation de cette muraille, et nous n’avons acheté aucun champ, et mes serviteurs tous ensemble étaient à l’ouvrage. » Version NEG.

Cette éthique se signale par trois aspects décrits par le texte.

  1. Le refus de s’appuyer sur le pouvoir politique : c’est le verset 14 qui nous l’affirme. Néhémie est officiellement gouverneur de Juda, au nom de l’Empereur de Perse. Mais il refuse d’user de ce titre pour en tirer des revenus. Il sait que son retour est selon la volonté de Dieu, mise en œuvre par le souverain. Il accepte la mission, mais il ne veut pas être confondu avec un quelconque gouverneur. Sa mission réelle dépend de Dieu. Ce sera donc Lui qui pourvoira à ses besoins.
    1. Le refus de l’exploitation d’autrui est le second pilier de cette éthique : voyons le verset 15. Néhémie ne se paiera pas « sur la bête », il n’agit pas en exploiteur du peuple pour sa nourriture et son revenu. Il ne prend rien au peuple. De plus, il ne met pas en place un système de pouvoir népotique, qui favorise tous les siens, même les plus inexpérimentés. Son éthique est donc un « non-pouvoir », tout à fait conscient ; (rappelons que c’est l’attitude pensée par Jacques Ellul. Voir à ce propos le livre très récent de Frédéric Rognon, Le défi de la non puissance : L’écologie de Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, éditions Olivétan, septembre 2020). Il veut être le leader du peuple par la conviction spirituelle seulement.
    1. Ce refus de l’exploitation implique une éthique du travail personnel et de l’enrichissement spéculatif refusé : c’est le verset 16 qui le décrit. Il a pris sa part aux travaux des murailles, comme tout le peuple, sans s’appuyer sur sa position humaine. De plus, il exige que tous ses serviteurs travaillent aussi, au lieu de jouer les petits chefs. Si on lit les versets 17 à 19, Néhémie y montre comment il a, sur ses deniers, nourri de vastes tablées. Il n’exploite pas, il nourrit : c’est l’éthique du partage.

Néhémie se présente devant Dieu avec cette éthique en faveur du peuple. Cela peut nous choquer, car il semble vouloir se sauver par ses œuvres propres. Mais il nous faut alors relire les paroles de Jésus en Matthieu 25 : 34-40 :

« 34  Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.

35  Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ;

36  j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez rendu visite ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi.

37  Les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ?

38  Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ?

39  Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ?

40  Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » Version NEG.

Les justes auront agi selon l’éthique de Jésus, qu’il a exprimée de manière indiscutable.

Matthieu « 7 : 12   Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. » Version NEG.

Ce verset établit de manière claire le lien direct entre l’amour actif du prochain et l’accomplissement de la Loi de l’Ancien Testament, pour les Juifs. Il y a une continuité, mais un changement de paradigme : ce n’est plus la crainte, dont se réclame Néhémie au ch.5 verset 15, qui est le moteur de l’éthique, mais l’amour de Dieu et du prochain confondus.

L’éthique de Néhémie est une éthique du devoir (on dirait en sociologie une « éthique de responsabilité »), celle de Jésus est une éthique de l’amour (on dirait « éthique de conviction »), donc une éthique de la liberté d’agir pour le bien du prochain.

Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de vrai succès sans éthique. Rappelons que ce terme n’a pas que le sens positif que notre époque lui donne : il peut exister des éthiques du mal, comme le racisme ou le nazisme. Ce que j’appelle ici un vrai succès est un succès durable, qui s’inscrit dans la volonté de Dieu et dans son approbation, toujours dans le cadre de l’économie divine de la conscience (d’autres penseraient à l’économie de la rétribution et des récompenses ; c’est une autre lecture possible).

L’éthique conduit au succès

Lecture : Néhémie 6 : 15-16.

« 15   La muraille fut achevée le vingt-cinquième jour du mois d’Elul, en cinquante-deux jours.

16  Lorsque tous nos ennemis l’apprirent, toutes les nations qui étaient autour de nous furent dans la crainte ; elles éprouvèrent une grande humiliation, et reconnurent que l’œuvre s’était accomplie par la volonté de notre Dieu. » Version NEG.

Ces deux versets résument le bilan de la mission de Néhémie. On peut distinguer 3 thèmes dans ces deux versets :

  • Les valeurs numériques du verset 15 ;
  • La défaite qui change de camp au verset 16 ;
  • L’origine du succès.
  1. Le verset 15 : « 15   La muraille fut achevée le vingt-cinquième jour du mois d’Elul, en cinquante-deux jours. »
  2. Le chantier a été achevé en 52 jours. Ce nombre a une valeur particulière, selon la gematria juive, qui use de la valeur numérique des lettres pour établir des équivalences. 52 correspond à la valeur du nom « ELOHIM » (1+12+5+10+24=52), qui signifie « Dieu ». Ce projet était donc dans le temps de Dieu (on notera les 52 semaines du calendrier solaire).
  3. Le 25 du mois était le jour où les cultes païens effectuaient des sacrifices sur leur autel. Achever la muraille ce jour-là, c’est se protéger des cultes faux et garder le vrai culte.
  4. Le mois d’Eloul est le dernier mois de l’année juive. Il clôt un cycle et en prépare un nouveau. C’est le mois de la miséricorde et de la repentance pour les Juifs. On s’y prépare pour les fêtes du premier mois de l’année, dont le Yom Kippour, la fête du Grand Pardon. Achever la muraille en ce mois est aussi clore le chapitre précédent où la repentance a été effectuée, et aller vers le pardon de Dieu, ce que le chapitre 13, un peu plus loin, nous raconte.

Nous voyons donc que la date d’achèvement a une valeur symbolique très forte. Elle établit l’approbation de Dieu et nous envoie au final du verset 16.

  • Tout ce travail a pu avoir lieu et réussir malgré les embûches, car il était selon la volonté de Dieu, ce qui nous a été montré dans tout le déroulement de ces deux livres. La volonté de Dieu n’est pas une assurance contre les ennuis et les luttes, ces livres le montrent bien. Elle est seulement une conviction spirituelle absolue de la direction à suivre. Cette conviction est le fruit de l’Esprit-Saint, dans le cadre de la Nouvelle Alliance en Christ, mais cet Esprit de Dieu se manifestait également dans l’Ancienne Alliance. Le résultat final de cette approbation dans l’action est un retournement complet de situation.
  • La peur et la défaite changent de camp : verset 16 : «16  Lorsque tous nos ennemis l’apprirent, toutes les nations qui étaient autour de nous furent dans la crainte ; elles éprouvèrent une grande humiliation… » Les missions d’Esdras et Néhémie, bien qu’étalées sur des années, sont finalement des succès complets : les restaurations du culte, du Temple et de la muraille de Jérusalem sont achevées  Les ennemis ont échoué dans toutes leurs tentatives, même s’ils ont connu des succès momentanés. C’est à leur tour de connaître la crainte par le constat du succès. Ils ont dorénavant peur de Yahvé. Mais au-delà de ce retournement de situation, ils ont perdu la haute image d’eux-mêmes qu’ils avaient depuis le début du récit. Cela peut paraître très dur pour eux, mais en réalité, ils sont maintenant dans les dispositions d’esprit qui peuvent les amener à la conversion :
  • ils ont dorénavant la crainte de Dieu, ce qui est le « commencement de la sagesse » (Proverbes 9 :10) et la bonne disposition de cœur pour le découvrir.
  • Ils sont devenus lucides sur eux-mêmes et cessent de se croire supérieurs : c’est un travail préparatoire à la repentance.

C’est à eux maintenant de se positionner face au Dieu des Juifs. Cette histoire n’est ni racontée ni écrite, elle est ouverte.

Conclusion

Ces textes établissent, dès le temps de l’Ancien Testament, la nécessité d’une éthique du respect d’autrui et du travail. Ces bases de vie sont la clé du succès, car elles mettent dans les conditions de faire la volonté de Dieu. C’est la communion avec la volonté divine qui confond les ennemis et permet la vie de foi en sécurité.

Jean-Michel Dauriac – janvier 2021

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