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Le Blog à Jean-Mi ! Posts

A ceux qui ignorent le sens des mots: « distanciation sociale », un monstre sémantique

Durant deux mois de claustration sanitaire, nous avons subi, au travers des journaux d’informations, papier ou autre, un bombardement de néologismes, de termes anglais adoptés sans aucun discernement et des formules totémiques absurdes.

L’expression « distanciation sociale » est sans doute l’exemple le plus frappant de l’absurdité médiatique. mais il est aussi significatif que cela ait été repris par tous sans aucune analyse. le panurgisme de nos pseudo-élites est impressionnant.

La notion de « distanciation » est claire: ils ‘agit du fait de mettre à distance. le terme a beaucoup été utilisé à propos du théâtre de Bertold Brecht. Un entomologiste met à distance l’insecte qu’il étudie pour l’observer au microscope ou dans un milieu quelconque. On juge de tel ou tel événement avec distanciation, si l’on est peu impliqué dedans ou si l’on a suffisamment de maîtrise de soi pour prendre du recul. Bref, la distanciation implique l’acrt, l’éloignement objectif.

Le mot « social » est relatif à ce qui touche une société; une société se sont des gens qui vivent en proximité car ils ont et veulent avoir des rapports humains? Un ermite se place hors ud jeu social, un prisonnier mis en isolement est désocialisé par sanction. Le social implique la proximité et la relation.

Cette expression est sans doute un emprunt stupide à l’anglais

Mais mettez ensemble « distanciation » et « social », et vous obtenez un non-sens sémantique, ce que l’on nomme dans le catalogue des figures de style, un oxymore. Sauf que l’oxymore est le plus souvent volontaire, pour produire un effet. Là, dans le contexte de l’épidémie, nul effet n’était recherché, les gens à la manoeuvre n’étant pas des poètes et des littérateurs. Ils ont simplement accolé ensemble deux termes qu’il ne faut pas marier et ont commencé à diffuser cette consigne débile. Si on les comprend, pour protéger l’autre, le « socius », mon partenaire de société, il faut s’éloigner de lui. il faut rompre le social pour manifester un comportement altruiste. La distanciation est la mort du social, son exact contraire. Et voilà comment des millions de gens ont usé d’une expression qui dit exactement le contraire de ce qu’elle est censée vouloir dire. Et ce n’est qu’un petit exemple entre milles de la bêtise ordinaire démultipliée par la loup médiatique.

Quand une fois de plus, l’absurde est garanti par le gouvernement!

Veillons donc, d’abord, au sens des mots. Nous savons qu’ils peuvent caresser comme blesser ou tuer. un mésusage des termes peut avoir de très graves conséquences: des livres savants entiers ont été écrits sur ce sujet. La tourmente médiatique nous emporte sans cesse et nous ôte notre capacité à vivre justement la distanciation nécessaire avec ces termes et ces expressions En son temps Léon Bloy, le génial imprécateur catholique a écrit une brillante « Exégèse des lieux communs »; des décennies plus tard, Jacques Ellul a produit, dans son sillage, une « Nouvelle exégèse des lieux communs ». Ces livres sont en evnte libre, on peut et on doit les lire pour se prémunir.

Depuis la fin du confinement, sans doute alertés par un quelconque académicien jovial, les crocodiles du marigot médiatique et politique parlent, à juste titre de « distance physique » à respecter. Ils se seraient honorés d’y réfléchir avant.

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L’homme providentiel – une réflexion chrétienne

 

Introduction :

 

Ecoute de « L’homme dans la cité » de Jacques Brel

 

« Ah que nous vienne un homme, aux portes de la cité ». Voici bien posé le thème de ce culte d’actualité : les sociétés humaines ont toujours compté sur la venue hypothétique d’un homme capable de les sortir de situations épineuses : un « sauveur » laïc en quelque sorte. Les historiens ont appelé « homme providentiel » ceux qui surgissent de temps en temps dans l’histoire d’un pays ou d’une société et suscitent une adhésion massive et une grande espérance. L’historien Jean Garrigues y a consacré un livre récent, dans le cadre d e l’histoire de France.

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La genèse ancienne de l’homme providentiel

 

 

Ce n’est pas un fait nouveau, nous en trouvons trace très loin dans l’antiquité et sa littérature. On peut identifier deux sources antiques à ce fait, qui sont aux sources de notre culture occidentale.

 Les Grecs ont créé une mythologie complexe, avec une hiérarchie d’intervenants : les dieux, nombreux, les demi-dieux, fruit d’un accouplement divin avec une humaine, et les Héros, hommes providentiels capable d’exploits : Hercule- Héraklès  est le plus célèbre. Nous trouvons la transposition de ces faits dans la série dessinée Astérix.

Mais la matrice la plus importante est hébraïque, avant même d’être juive. L’homme attendu, c’est ce que la Bible juive appelle le messie (messhia), l’envoyé, le serviteur d’Adonaï. Celui qui rétablira le royaume d’Israël en majesté, séchera toute larme et établira un règne éternel de paix. Le terme d’attente « messianique » est devenu synonyme d’« homme providentiel ». mais dans la conception juive, le messie est un nom commun, dont le dernier seul est celui qui peut d’écrire avec une majuscule.. Voici quelques références de la Bible qui montrent que le mot s’est appliqué à Saül, avant d’être appliqué à Jésus dans le cadre du second testament.

 

1 Samuel 2 : 10

« 10  Les ennemis de l’Eternel trembleront ; Du haut des cieux il lancera sur eux son tonnerre ; L’Eternel jugera les extrémités de la terre. Il donnera la puissance à son roi, Et il relèvera la force de son oint. »

 

 

1 Samuel 12 :3 à 5 :

« 3  Me voici ! Rendez témoignage contre moi, en présence de l’Eternel et en présence de son oint. De qui ai-je pris le bœuf et de qui ai-je pris l’âne ? Qui ai-je opprimé, et qui ai-je traité durement ? De qui ai-je reçu un présent, pour fermer les yeux sur lui ? Je vous le rendrai.

4  Ils répondirent : Tu ne nous as point opprimés, et tu ne nous as point traités durement, et tu n’as rien reçu de la main de personne.

5  Il leur dit encore : L’Eternel est témoin contre vous, et son oint est témoin, en ce jour, que vous n’avez rien trouvé dans mes mains. Et ils répondirent : Nous en sommes témoins. »

 

 

1 Samuel 24 : 5 à 7 :

«   (24-6) Après cela le cœur lui battit, parce qu’il avait coupé le pan du manteau de Saül.

6  (24-7) Et il dit à ses gens : Que l’Eternel me garde de commettre contre mon seigneur, l’oint de l’Eternel, une action telle que de porter ma main sur lui ! car il est l’oint de l’Eternel. »

 

 

Jean 1 :40-41 :

« 40  André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

41  Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ). »

 

Jean 4 :24 – 25 :

« 25  La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses.

26  Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle. »

 

Ces textes montrent qu’il y a un usage ancien du terme qui s’inscrit dans l’histoire d’Israël. Mais cette attente a, au fil du temps,  dérivé vers des aspects purement humains ou s’est fondée sur des artifices politiques.

 

Ce besoin d’un personnage miraculeux qui résoudrait les difficultés se rencontre tout au long de l’histoire :

 

Les Romains ont divinisé leur empereur : César et Auguste ont su en jouer pour installer leur pouvoir.

L’Eglise ou les religions diverses ont mis en avant certains personnages qui avaient leur soutien : Charlemagne en Occident ou Saladin en Orient.

En Amérique, avant l’arrivée des conquistadores, le Grand Inca était un dieu vivant.

 

On a aussi créé des mythes à partir de personnages hors du commun :

 

Alexandre le Grand, figure du conquérant lettré, aventurier et fondateur de villes et pays.

Gengis Khan, le grand empereur mongol nomade est mythifié en extrême Orient.

Napoléon Ier se rêvait en successeur de César et Alexandre ; il est lui-même devenu un mythe.

Plus près de nous, en Amérique Latine, on voit bien ce qu’il est advenu du Che Guevara. Le président Hugo Chavez, au Vénézuela, se prenait pour Simon Bolivar, le héros des indépendances du sud des Amériques.

 

Un chant  :

 

 

Le mécanisme de « l’homme providentiel »

 

Voyons maintenant comment fonctionne le mécanisme de « l’homme providentiel » :

·        Au départ se trouve toujours une situation exceptionnelle, inattendue ou insoluble.

·        En découle une crise due à l’incapacité des dirigeants en place à résoudre cette ou ces difficulté(s).

·        Naît alors le désir, confus d’abord, puis de plus en plus formel, évoqué au début par Jacques Brel, d’un « sauveur humain » capable de prendre la difficulté à bras-le-corps et de la surmonter.

·        Rarement, surgit un personnage qui va solutionner totalement ou partiellement la crise.

·        En général, après cette résolution ou son apparence momentanée, vient une période de perte de confiance, de doute envers « l’homme providentiel » qui quitte le pouvoir, est tué ou meurt…

Ce schéma peut-être vérifié sur tous les exemples précédemment cités.

 

Quelques exemples rapides pris dans notre histoire française valident ce processus :

 

·        La Révolution Française de 1789 entraîne des violences inouïes, la ruine économique et le désordre politique total : surgit Bonaparte, héros guerrier, qui se mue en César génial ; il pose les bases d’une France réorganisée (« les masses de granit »), mène des guerres partout et chute en deux temps, pour finir en exil au milieu de l’Atlantique Sud et y mourir isolé.

·        La Grande  Guerre de 1914-18 en France s’avère un désastre. Verdun est une boucherie sans nom. Deux hommes surgissent, amis pas de nulle part : Georges Clémenceau, le « père la victoire » et Philippe Pétain, « le vainqueur de Verdun ». Le peuple français a besoin de ces deux hommes providentiels pour sortir la tête des tranchées ; mais cela n’aura pas de suite et l’on connaît le rôle lamentable du second dans les années 1940 !

·        L’Allemagne d’après 1918 : un effondrement économique total, une inflation énorme, une humiliation inoubliable, une désordre politique et social sont le terreau d’où émerge le caporal-chef Adolf Hitler et le parti national-socialiste ; en 1933, il est élu à la majorité par les Allemands qui voient en lui un sauveur. Le monde entier connaît la suite et la fin.

·        La France de 1940, humiliée, occupée et trahissant ses principes suscite la réaction d’un général inconnu, De Gaulle, en exil à Londres d’où il organise la France Libre. En 1944, sa descente des Champs-Elysées est comparable au triomphe César entrant dans Rome. Mais dès 1947 il est poussé à la sortie. Son retour en 1958, sous les traits de l’homme providentiel une seconde fois, aura un temps de réussite net puis lassera l’opinion et il démissionnera en 1969.

 

L’homme providentiel incarne la résolution du problème et parfois el costume est trop grand pour lui. Il se trouve alors dépassé par les attentes et sa chute est proportionnelle à cette attente démesurée.

 

Un chant :

 

La France de 2017 et l’homme providentiel

 

Venons-en au présent et examinons la situation de la France des dernières années.

·        En 2016, la France finit deux quinquennats présidentiels très décevants eu égard aux promesses faites, l’un de droite avec M. Sarkozy et l’autre de gauche avec M. Hollande. Toutes les recettes ont échoué. Les Français boudent les élections, se tournent vers les extrêmes populistes. La crise de la démocratie parlementaire est réelle, doublée d’une crise économique et sociale. Est-ce une situation exceptionnelle ? on peut en douter mais…

·        Les candidats à la succession d’empêtrent dans des scandales financiers (François Fillon et Marine Le Pen), les deux anciens présidents sont rejetés par leurs partis. C’est le bal des seconds couteaux.

·        Et surgit, « de nulle part », selon la formule (qui est fausse si on y réfléchit), un homme neuf, jeune, brillant, moderne, Emmanuel Macron,  qui se présente comme celui qui va renverser « l’ancien monde politique » et réinventer la démocratie tout en relevant le pays. C’est en fait une rhétorique très classique (on a cela dans la Rome antique déjà) de l’ambitieux qui se pose en homme providentiel (Giscard d’Estaing a joué cette partition en 1974, mais on l’a oublié).

·        La victoire est acquise de manière irrationnelle, sans vrai programme, sans expérience aucune, avec seulement la promesse d’en finir avec l’« ancien monde ».

·        La suite est notre présent ; ce n’est pas le lieu d’en dire plus…

 

Nous avons là toutes les caractéristiques de « L’homme providentiel ».

 

Qu’il réussisse ou qu’il échoue, celui-ci reste dans l’histoire, au moins un certain temps.

 

Un chant

 

 La Providence et sa manifestation

 

 

Mais qu’est-ce que cette « providence » qui l’aurait choisi ?

 

La providence est une idée grecque reprise par la théologie chrétienne, qui lui a donné un sens beaucoup plus large. En voici une définition :

 

« On désigne sous le nom de « providence » la manière dont Dieu gouverne le monde selon des fins. Au sens large, la providence concerne toute la création, en un sens plus étroit elle concerne l’humanité et, plus spécifiquement encore, l’orientation de l’histoire. » Dictionnaire de Théologie – J-Y Lacoste direction – PUF.

Sans entrer dans la subtilité des débats philosophiques et théologiques, il faut admettre la place capitale de la providence dans la foi chrétienne – il n’y a de providence que dans la foi. Donc, parler d’« homme providentiel » dans notre monde actuel est soit un non-sens complet, soit une espérance à justifier. En tous les cas, cela prouve qu’on ne se débarrasse pas du christianisme aussi facilement !

 

Nous croyons à la Providence de Dieu ; elle est constitutive du message de l’Evangile. La Providence s’est manifestée en Jésus qui fut, de facto, le seul « homme providentiel » de l’histoire, puisque le seul choisi et envoyé explicitement par Dieu.

 

Or Jésus n’a pas été plébiscité par les hommes de son temps et de son peuple. Ils ont hurlé « crucifie-le » à Pilate qui voulait le libérer. Avant cela, plusieurs fois, nous disent les Evangiles, il a dû fuir pour échapper à la mort. Il a été trahi et renié par Judas et Pierre, les autres disciples se sont enfuis. Il a été mis à mort comme un criminel. Dans tout cela nous ne retrouvons rien des « hommes providentiels » de l’histoire des hommes.

 

C’est que dans l’ascension des « hommes providentiels », il n’est nulle « providence », mais la manifestation de la liberté et de l’ambition humaines.

 

Nous, chrétiens, ne devons jamais nous laisser séduire par les « hommes providentiels », quels qu’ils soient ; ce sont des « faux prophètes » au sens biblique, car ce qu’ils disent n’advient pas. Nous avons en Jésus notre Providence, cause de notre salut et objet de notre foi. Mais il été annoncé comme le « Serviteur souffrant » et non comme un quelconque César, c’est d’ailleurs pourquoi certains juifs de son temps n’ont pu l’accepter, car ils attendaient un messie glorieux et vainqueur des Romains.

 

Conclusion :

Lecture Esaïe 53: versets 1 à 10

 

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Rebâtir l’autel – Méditations de sortie de l’Arche 2

Lectures de base : Esdras 3 :6 – Traduction NEG

« 3 : 6  Dès le premier jour du septième mois, ils commencèrent à offrir à l’Eternel des holocaustes. Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

La version audio de cette méditation est ici:

Revoici donc les Hébreux à l’esprit réveillé revenus à Jérusalem, sortis de leur vie organisée à Babylone. On pourrait croire que la victoire est acquise, avec cet édit de Cyrus. Je le répète, ce ne fut sûrement pas un choix facile que d’abandonner la vie qu’ils s’étaient faite dans leur exil. Ils partaient à l’aventure et dans l’incertitude, car plus personne, à part peut-être quelques très rares personnes très âgées, ne connaissait la Palestine. Leur seule certitude était ce réveil de l’esprit. Ce groupe de partants est un minorité – Esdras donne le chiffre de 50 000 personnes. C’est cependant l’équivalent de la population d’une ville importante dans l’Antiquité. Dieu a donc suscité assez de vocations pour que sa ville puisse se repeupler.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Ce qui va arriver est entre les mains de ces hommes et femmes réveillés. Dieu a donné l’impulsion, par Cyrus, mais il ne va pas faire par lui-même le travail de rétablissement : il ne peut que l’accompagner par son esprit, sinon il ferait des humains de simples marionnettes. N’attendons pas que Dieu nous offre du préfabriqué à assembler. Cela n’arrivera pas. C’est notre action et notre intelligence qui doivent réaliser l’œuvre voulue de Dieu, ce que la Bible et les théologiens appellent la « volonté de Dieu ». Or ce que nous savons de cette volonté est très général, comme nous le lisons en Romains 12 :2 :

«  Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »

C’est la seule définition réelle que nous donne le Nouveau Testament (toutes les autres sont des périphrases exemplaires) et nous voyons que pour discerner cette volonté, il faut une intelligence renouvelée – parallèle bien sûr avec l’esprit « réveillé ». L’esprit est le souffle, l’inspiration, l’intelligence, c’est l’outil nécessaire. Un chrétien ne peut pas être spirituellement stupide. La bible réserve l’expression « sans intelligence » à ceux qui ne connaissent pas Dieu, aux païens ou aux ennemis de la foi, comme le prouvent les deux versets suivants, que je ne commenterai pas :

« Luc 24:25 Alors Jésus leur dit : O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! »

« Romains 1:21 car ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. » (version NEG).

Leur intelligence n’a pas été renouvelée par un esprit réveillé. La conversion, c’est l’éveil de l’esprit qui renouvelle l’intelligence naturelle, dans le but non de briller sur le plan intellectuel (les sans-Dieu le font excellemment !), mais de comprendre la volonté de Dieu, laquelle se résume en trois qualités :

  • Ce qui est bon : à prendre ici aux deux sens du terme, la bonté charitable et le goût savoureux. Pas d’amertume, pas de fadeur, de verdeur, dans la volonté de Dieu. Elle est douce et fait du bien, par essence.
  • Ce qui est agréable : contrairement à une idée humaine qui a sévi longtemps, et continue de sévir, faire la volonté de Dieu, ce n’est pas souffrir. Même s’il advient que l’on doive souffrir, cela nous est agréable, non par dolorisme et masochisme, mais par le but poursuivi et sa grandeur, qui nous sublime.
  • Ce qui est parfait : faire la volonté de Dieu, c’est produire quelque chose d’abouti, qui n’a pas à être retouché. C’est d’ailleurs un des moyens de vérifier si nous agissons selon cette volonté; si nous ne trouvons rien à corriger selon l’esprit réveillé en nous, nous avons alors une confirmation que nous agissons selon la volonté divine. Bien entendu,  accomplir une œuvre parfaite selon Dieu ne signifie nullement que celui qui la produit est lui-même parfait : savoir cela nous évite tout orgueil déplacé.

Les Hébreux, dans les livres d’Esdras et de Néhémie (qui ne formaient initialement qu’un seul livre), nous offrent un très bel exemple d’intelligence qui accomplit la volonté de Dieu, c’est d’ailleurs en cela que j’ai choisi ces textes, qui s’avèrent très utiles pour nous, au XXIème siècle, dans les circonstances si particulières de cette épidémie mondiale. Et pourtant, dans ces deux livres, il n’y a aucun miracle, aucun prodige, aucune théophanie – seuls des prophètes interviennent un peu plus loin, mais les prophètes sont des hommes comme nous -, tout est fondé sur le travail humain. Ne soyons pas des spiritualises désincarnés : tout est porté par l’esprit, mais c’est la sueur, la fatigue, le labeur, l’épreuve parfois, souvent la joie et l’enthousiasme qui matérialisent et réalisent l’œuvre de Dieu.

Quelle est la première tâche des Hébreux à leur retour ? Se « remettre dans le bain » local, prendre le temps, pour ne pas foncer sans réfléchir. Le verset 6 du chapitre 3 nous dit : « Dès le premier jour du septième mois… » Ils ont donc commencé par s’installer (voir le verset 70 du chapitre 2), avant de faire quoi que ce soit : «  Les sacrificateurs et les Lévites, les gens du peuple, les chantres, les portiers et les Néthiniens s’établirent dans leurs villes. Tout Israël habita dans ses villes»  Sept mois, cela peut paraître long, mais qu’est-ce comparé à 70 ans d’exil ?

Souvent, quand Dieu réveille notre esprit, nous voulons aller vite, nous sommes pressés par un zèle ardent et, parfois, nous ne réfléchissons pas assez. Les Hébreux se sont mis en condition de remplir leur mission. Et la suite du récit, que nous étudierons dans les méditations suivantes, justifie leur démarche. Jésus a donné ainsi une parabole allant dans ce même sens du temps de la réflexion, en Luc 14 :18-30 :

« 28  Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer,

29  de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler,

30  en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever ? » (version NEG).

Ces sept mois ne sont pas du temps perdu, mais de la sagesse pratique. Agissons donc ainsi chaque fois que Dieu nous donne, par son Esprit dans notre esprit, une mission. Trop de projets échouent par précipitation, faute de réflexion et d’intelligence. Œuvrer pour et avec Dieu, ce n’est pas foncer inconsidérément en comptant sur le Saint-Esprit qui doit « tout régler ». Dans la fin de cette parabole, Jésus montre l’échec d’une telle démarche précipitée : « Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. » Au bout de sept mois, Esdras nous dit que commença un travail de construction :

« 1 ¶  Le septième mois arriva, et les enfants d’Israël étaient dans leurs villes. Alors le peuple s’assembla comme un seul homme à Jérusalem. […]

3  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays, et ils y offrirent des holocaustes à l’Eternel, les holocaustes du matin et du soir.

4  Ils célébrèrent la fête des tabernacles, comme il est écrit, et ils offrirent jour par jour des holocaustes, selon le nombre ordonné pour chaque jour.

5  Après cela, ils offrirent l’holocauste perpétuel, les holocaustes des nouvelles lunes et de toutes les solennités consacrées à l’Eternel, et ceux de quiconque faisait des offrandes volontaires à l’Eternel. » (version NEG)

Et là se trouve une première surprise : ces gens missionnés pour rebâtir le temple, commencent par faire tout autre chose : ils reconstruisent l’autel sur ses assises (verset 3). Et quand c’est fait, ils se mettent à célébrer le culte, avec les sacrifices divers et les fêtes, ils renouent avec la religion de Moïse et de leurs pères. Et tout cela en plein air.

L’autel fut rebâti en premier, avant le temple

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La réponse est au verset 3 : «  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays… » Les Hébreux ont peur des païens alentours, eux qui sont missionnés par le grand Cyrus et mû par l’esprit réveillé par Dieu. Il serait facile et dangereux de les juger négativement. Nous avons parfois tendance à nous croire meilleurs que les personnages de la Bible : nous, nous n’aurions pas peur, puisque Dieu a initié le projet ! Hormis le fait qu’une telle position est stupide, car nous ne pouvons répondre d’une situation que nous n’avons pas vécue, elle est aussi le meilleur moyen de passer à côté de l’enseignement dissimulé dans ce passage de la Bible.

Les Hébreux sortaient à peine de 70 ans de déportation, et revenaient en terre inconnue : ils avaient toutes les raisons de se méfier, car les peuples locaux avaient pris leur place et occupaient les lieux, et ne les voyaient pas revenir d’un bon œil. Ce n’est pas du manque de foi, mais une preuve d’intelligence ; « Un homme averti en vaut deux » dit la sagesse populaire !

Ils vont donc d’abord construire une relation de confiance solide avec Dieu. Non parce qu’ils manquent de foi, mais parce qu’ils réfléchissent et prennent leur temps.

Vouloir reconstruire le temple est un très beau projet. Mais un temple est inutile sans un culte vivant. Le Parthénon d’Athènes est un lieu mort, un vestige et seules restent les colonnes, mais plus rien du culte qui y était rendu. Les hommes qui ont construit les magnifiques cathédrales gothiques au Moyen Age l’ont fait parce qu’ils avaient la foi du service, ils n’ont pas eu la foi parce qu’ils ont construit les cathédrales. Quand des persécuteurs traquent des croyants, détruisent leurs temples, ils ne réussissent le plus souvent qu’à conforter la foi et le culte des persécutés. Je songe ici aux Huguenots français et aux Cultes du Désert, pratiqués dans la nature des Cévennes. Ces chrétiens n’ont jamais été si forts dans leur foi qu’à ce moment-là. C’est aussi ce qui se passe en Chine, en Inde ou partout où l’on persécute et détruit le christianisme.

Le culte est le fondement. L’autel est la base. Le christianisme peut se pratiquer partout où « deux ou trois sont réunis en mon nom » a dit le Christ. Les Hébreux ont d’abord reconstruit une relation de foi et d‘obéissance, avant toute autre chose. Le verset 3 : 6b dit : « Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

Si nous voulons changer le monde et remettre Dieu dans la cité, il nous faut commencer par vivre la foi de la relation. Le culte n’est que cela. Une eucharistie à Auschwitz ou au Goulag est un culte de foi. Ne nous trompons pas d’ordre. A quoi bon édifier le temple si aucun culte ne le nécessite ? A quoi bon vouloir établir le Royaume de Dieu ici et maintenant, si nous ne vivons pas d’abord une foi et un culte de vérité ? Jean-Michel Dauriac, 31 mai 2020.

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