Fayard – 2025
L’Intelligence Artificielle (IA dans la suite du texte) a pris une place démesurée dans nos vies en très peu de temps. Elle sature tout le discours médiatique, envahit le champ scientifique et pénètre dans nos vies quotidiennes insidieusement par nos addictions à l’univers numérique. On n’a aucun autre exemple d’un bouleversement aussi rapide en si peu de temps : à côté de l’IA, l’électricité, l’automobile ou l’électronique semblent avoir été des phénomènes très lents ! Les prophètes en tout genre se lèvent et nous annoncent une vie jusqu’à 200 ans, voire l’immortalité à moyen terme. D’autres prédisent la fin de nos sociétés du travail et une crise sociale sans précédent. Quelques ravis de la crèche croient à l’advenue du paradis sur terre. Le commun des mortels est emporté par ce torrent grossissant sans cesse.
Didier van Cauwelaert a décidé de lutter contre cette propagande massive et mensongère, à sa façon. Il est écrivain et spécialiste de vulgarisation scientifique : il écrira donc un livre qui montre autre chose que l’intelligence des circuits imprimés et des algorithmes. À savoir, l’intelligence naturelle, humaine, animale et même végétale. Si vous avez lu L’insolence des miracles, un de ses grands succès d’édition, vous retrouverez dans ce livre-ci certains des exemples déjà étudiés dans l’autre, mais orientés différemment.
Cet ouvrage est une défense et illustration de l’intelligence du monde vivant. L’auteur y synthétise de très nombreuses informations, toutes sourcées, dont nous avons assez souvent eu connaissance, mais que nous en mettons pas automatiquement en relation. Il commence, fort logiquement par un chapitre critique sur l’IA. Il a cette formule :
« L’intelligence artificielle est à la spiritualité ce que New Age est au mysticisme » (p.20)
Belle manière de dire qu’une des tares de l’IA est d’être étrangère à toute notion de spiritualité. Non qu’elle n’en puisse pas parle, puisqu’elle a compilé des milliers de pages où il peut en être question, mais tout simplement parce que la spiritualité est le propre de l’esprit humain et que l’IA est dépourvue de tout esprit, elle n’est que suite de lignes de codes. Prendre l’IA comme conseillère personnelle ou coach, c’est demander à un vélo de vous parler de la genèse du mouvement. Il s’est d’ailleurs amusé à dialoguer avec l’IA sur ce thème et les exemples de réponse qu’il donne sont proprement ahurissants de bêtise.
Son propos, une fois posée cette introduction défiante sur l’IA, est de démontrer toute la richesse, encore largement inexploitée de l’intelligence du vivant. Il va donc présenter systématiquement des chapitres thématiques qui font découvrir au lecteur les diverses formes d’intelligence que la vie nous donne à connaître. Sur le fond, j’ai peu appris, d’abord parce que j’avais lu son livre précédent qui dévoile nombre d’exemples de l’intelligence spirituelle et supranaturelle, mais surtout parce que je m’intéresse à ce sujet depuis des années et ai donc fouillé ce champ.
En dix-neuf chapitres, il nous fait voyager au sein de notre monde, visible et invisible. On croise donc l’intelligence animale – longtemps niée[1], mais aujourd’hui largement étudiée et démontrée – ou l’intelligence végétale. Des ouvrages récents de vulgarisation ont fait connaître au grand public la manière de communiquer des arbres entre eux ou la façon dont les plantes se protègent de certaines menaces et s’en avertissent. Ceci est démontré et n’est plus contesté scientifiquement de nos jours. Il évoque ensuite toutes les formes d’intelligence – en revenant à l’étymologie du mot : intelligere, c’est comprendre, entendre au sens intellectuel – qui nous échappent si nous en restons à la rationalité stricte. Il présente de très nombreux cas de prémonitions, de créations, de communication à distance… Il évoque même l’intelligence cosmique, extraterrestre. Il fait une place assez importante à l’intelligence miraculeuse, reprenant des cas déjà évoqués dans L’insolence des miracles. Son inventaire est très riche, peut-être même trop, car on est comme submergés par la masse des informations. Mais le résultat est atteint : la démonstration est imparable, l’intelligence nous entoure, à l’état naturel et nous n’en comprenons les manifestations que d’une infime partie. Il y a donc un champ d’investigation immense dans ce domaine. L’auteur ne le dit pas explicitement, mais je le déduis de sa lecture : il vaudrait bien mieux fouiller dans cette direction que d’investir des sommes folles dans l’IA ! Évidemment, c’est faire fi des immenses perspectives financières de ce domaine, bien plus intéressant à exploiter que l’intelligence du bouton d’or !
Didier Van Cauwelaert
L’intérêt de ce livre est triple.
D’abord, il offre un très bon moment de lecture pure, étant fort bien écrit. Le romancier n’a pas abandonné son talent pour parler de l’intelligence naturelle. Tout cela se dit avec grand plaisir, d’autant plus que l’humour n’est pas absent.
Ensuite, le contenu de l’ouvrage est très riche, je l’ai dit. Il fournit donc beaucoup de connaissances et constitue une petite banque de données (je dirais en souriant une little data !) sur le sujet, vers laquelle il sera toujours loisible de revenir à la demande.
Enfin, il permet d’armer la réflexion et le débat sur l’IA. Van Cauwelaert n’est pas assez naïf pour refuser l’IA, il sait bien que c’est inévitable. Mais il nous permet de la remettre à sa place. L’IA doit permettre d’avoir de meilleurs appareils ménagers, des aides enrichies pour certains métiers, des capacités très fines d’analyse des documents médicaux ou autres… Bref elle est une belle avancée dans la technique mise au service des humains. Mais elle n’est qu’une création de la pensée humaine et ne doit être qu’une aide technique au service des humains. Or, un certain nombre d’illuminés, plus ou moins brillants, de technophiles aveuglés et de despotes en herbe, en font la remplaçante d’une humanité périmée et limitée. La grandeur du livre de van Cauwelaert est de nous rappeler que, justement, cette nature terrestre est quasiment illimitée et que nous ne la connaissons pas ou peu.
Ce livre est donc un ouvrage éminemment utile que je recommande à toute personne qui ne souhaite pas être menée par le bout du nez par des escrocs médiatiques et des savants fous.
Jean-Michel Dauriac – juin 2026 –
[1] La négation de toute intelligence aux animaux fut une des tares du christianisme qui voulait absolument singulariser l’homme comme être à l’image de Dieu. On sait quelles erreurs environnementales et sociales en découlèrent. On sait aussi que François d’Assise avait largement démontré par sa vie que les animaux étaient doués de sensibilité et d’intelligence, puisqu’il leur annonçait l’Évangile, comme aux hommes.
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