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Le Blog à Jean-Mi ! Posts

Vivre une vie philosophique – Thoreau le sauvage – Michel Onfray

Le passeur éditeur – 2017

Ce petit livre (juste une centaine de pages) consacre le lien d’admiration qu’Onfray entretient avec le penseur américain d’origine française lointaine Henry-David Thoreau. A cela rien de surprenant, car Thoreau est un archétype du rebelle dans lequel Onfray se reconnaît. Ce livre n’est nullement une critique, c’est un exercice d’admiration en même temps qu’une synthèse pour faire découvrir cet auteur.

Henry-David Thoreau

Je partage avec le philosophe normand cette affinité étroite avec Thoreau que j’ai découvert il y a des décennies en lisant le texte sur la désobéissance civile. Thoreau y est à la fois anarchiste et non-violent, dans la pure ligne d’un Tolstoï qui n’écrivait pas encore à cette date-là : le grand Russe connaissait et admirait l’Américain, son devancier,  auquel il fait quelquefois allusion, surtout dans son journal. Thoreau c’est aussi l’apologie de la marche, l’amour des forêts, la passion des Indiens et de la vie sauvage, la sobriété et le retrait. On trouve chez lui tous les grands thèmes qui animent les contestataires du capitalisme qui se développe en son temps outre-Atlantique.

Onfray montre, en termes limpides les grandes phases de la courte vie de Thoreau et leur portée philosophique, au sens grec du terme. Car Thoreau ne fait pas de la philosophie, il la vit. Et ce qu’il écrit est en effet le récit d’une vie philosophique telle que la voulaient les philosophes grecs, à l’opposé du conceptualisme allemand et de la philosophie européenne moderne. Il est facile de comprendre à quel point Onfray peut s’identifier à lui, car il a toujours refusé de faire de la philosophie abstraite, il a toujours refusé de jargonner pour paraître profond.

L’étang de Walden, lieu essentiel de la pensée et vie de Thoreau

Ce livre se lit en deux ou trois heures selon votre vitesse de lecture. Il est écrit dans une langue claire et aimable, non dépourvue, comme toujours chez Onfray, d’un humour corrosif. C’est donc un bon petit livre de notre auteur, qui en a écrit de gros pas très bons et assez nombreux. Lisez cela comme une introduction et ensuite allez lire du Thoreau sous toutes ses formes. Vous en sortirez forcément un peu transformés, comme le fait l’usage de la vraie philosophie – y compris celle du Christ qui est aussi une vie.

Jeanichel Dauriac – Septembre 2026.

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Trésors de la spiritualité franciscaine au XXe et XXIe siècles – Michel Sauquet

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Editions Salvator – éditions franciscaines – Paris, 2023

Voici un livre absolument remarquable, passionnant et qui a tout pour devenir un livre de chevet. Michel Sauquet, l’auteur, est lui-même membre d’une fraternité franciscaine séculière – le lecteur aura tout loisir de découvrir toutes les subtilités du monde franciscain en lisant cet ouvrage -, ce qui lui assure une compréhension interne très appréciable. Disons d’abord ce que ce livre n’est pas : il n’est nullement un traité théologique ou historique. Même si celui qui le lira aura acquis, in fine, une assez bonne connaissance de l’univers franciscain. Il s’agit de ce que l’on appelle une anthologie, soit une collection de textes ayant un certain nombre de traits communs : le thème général, la forme, le ton, l’époque… Ici, le titre est parfaitement clair : textes autour de la spiritualité initiée par François d’Assise et datant de l’époque contemporaine. Le choix de Michel Sauquet est très judicieux : ne pas se limiter au seul monde franciscain, mais s’ouvrir à tout ce qui en parle ou en vit, s’en réclame de près ou de loin. Ainsi trouvera-t-on un texte d’Albert Camus ou d’Albert Jacquard, lesquels ne sont pas croyants. Les auteurs sont très variés, allant des célébrités comme Albert Camus, François Cheng, Xavier Emmanuelli ou Benoît XVI. La forme des textes varie aussi beaucoup, signalée par des pictogrammes. On trouve des extraits de livres, des articles de magazine ou de journaux, des interviews radio ou télévisuelle… On ne s’ennuie donc jamais en lisant ce livre, l’uniformité ne lasse pas. Par ailleurs, l’auteur a fait le choix d’extraits assez courts qui sont tous contextualisés ; l’ouvrage peut se lire dans le désordre ou séquentiellement. Personnellement, j’en ai fait une lecture suivie sur plusieurs semaines, à raison d’un ou plusieurs extraits à chaque prise en main. On peut aussi entrer par l’index et choisir ses auteurs selon son envie du jour. Bref, c’est un livre à l’approche très souple.

L’idée de départ de l’auteur est de donner à méditer les pensées et témoignages autour de l’héritage et du présent de François d’Assise. On sait que celui-ci a bénéficié d’un regain d’attention depuis le choix par le cardinal Bergoglio du nom de François pour son élection au pontificat. Choix qui a pu surprendre de la part d’un jésuite, mais qui se justifie pleinement quand on connaît son parcours de prêtre et d ‘évêque en Argentine, auprès des plus pauvres, ceux justement que François a voulu rejoindre et imiter. Celui que l’on a surnommé le « poverello » (le petit pauvre) a en effet fait de la pauvreté son étendard. Mais de quelle pauvreté s’agit-il ? Devient-on un saint en choisissant de vivre comme un misérable par choix ? Sûrement pas, car c’est une démarche g hypocrite, un peu comme celle des gauchistes en usine aux alentours des années 1968. La pauvreté de François est surtout synonyme d’humilité et non de misère noire. Et la lecture de ce livre vous aidera à parfaitement faire la différence. Comme il éclairera l’importance du choix de s’appeler des « frères mineurs ». Une série de textes présentés traite justement de la « minorité » selon François et sa tradition. Je dois dire que cela m’a paru lumineux et m’a beaucoup aidé à clarifier ma propre position face au monde présent. Car ce livre est beau et grand parce qu’il peut nous changer, nous remuer au plus profond. Il est un livre de vie et de joie, comme la vie de François. Comment ne pas avoir envie de devenir un peu ou beaucoup franciscain quand on a lu attentivement ces pages, car elles sont vraiment dans l’esprit de ce que Jésus a fait, dit et vécu. De là, d’ailleurs, la tentation (à repousser) d’appeler François un « autre Jésus ». Il est Jésus par son aspiration profonde à l’imiter, comme tout chrétien doit le désirer.

À travers le parcours thématique des chapitres, on réalise vraiment une plongée actuelle dans l’univers qu’a initié François. C’est le propre des grands hommes de Dieu – protestant, je n’aime pas le mot « saint » selon le sens catholique – de nous donner envie et de rester toujours actuels malgré l’éloignement temporel. Bernard de Clairveaux, Jean Huss, Pierre Valdo, François de Salles sont toujours d’actualité parce que, au-delà de la forme de leur temps, ils ont délivré des messages universels et initié des comportements adaptables en tout temps. Les grands sujets de vie de François sont des têtes de chapitre. D’abord « L’émerveillement, prière, louange ». Bien sûr, on songe immédiatement au cantique des créatures, mais celui-ci n’est qu’une pièce de cette vie de louange que fut celle du jeune homme d’Assise, vie qui reste extrêmement inspirante pour qui veut cultiver cette belle capacité à s’émerveiller chaque jour et à remercier pour tout ce qui est merveilleux. Tout cela présenté dans notre langage et notre cadre de vie présents, par des acteurs comme nous. On aborde ensuite la « Joie franciscaine » ! Peut-être ce qui incarne le mieux la vie de François. Non que sa vie fut une immense rigolade, mais parce qu’il a su, en toute circonstance cultiver cette joie du salut et de la grâce qui est le cadeau de Dieu fait au croyant. Notre monde a tant besoin d’une joie authentique, à ne pas confondre avec l’euphorie narcotique ou consumériste ou la liesse artificielle. On croise dans ce chapitre des auteurs très divers, comme Julien Green, Dario Fo ou Madeleine Delbrêl. Parlons enfin, pour clore sur le contenu du chapitre sur le « Respect de la création ». On sait que François a été propulsé patron des écologistes par la papauté. Et il y a de belles et bonnes raisons ! Bien entendu, nous ne parlons pas de cet ersatz ridicule qu’est l’écologie politique, mais de ce respect de la nature qu’a éclairé le pape François avec son encyclique Laudato si. François d’Assise est tout sauf un illuminé, un joyeux et doux dingo qui parlait aux oiseaux. Il est sans nul doute l’homme qui a le mieux compris l’unité totale de la création et l’a mise en action selon ses moyens. J’arrête là, non sans vous dire qu’il y a aussi des chapitres intitulés « Humilité, minorité », « Pauvreté », Fraternité, rencontre », « Paix, espérance »… Autant de sujets capitaux pour notre siècle qui manque tant de vrais repères. Ceux qui ont écrit ces textes sont des gens de notre époque, ils sont nos semblables, nombreux sont des inconnus, ils nous parlent de notre vie et nous assurent qu’un autre monde est possible, sans que ce soit un slogan politique altermondialiste.

Vous aurez compris que ce livre m’a enthousiasmé et que je vous le recommande chaudement. Je suis certain que vous ne le regretterez pas si vous suivez mon conseil et l’achetez. C’est tout le mal que je vous souhaite !

Jean-Michel Dauriac – Septembre 2026

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Maria, fille des Flandres – Maxence van der Meersch – Série Les écrivains oubliés

Editions Rencontre – 1ere édition 1937.

Les romanciers et les romans ont-ils des dates de péremption ? On ne peut que se poser la question quand on est un grand lecteur d’un certain âge. Les boites à livres et étagères de bouquinistes sont pleines d’auteurs oubliés et de livres ignorés. Ceci est particulièrement vrai pour les auteurs publiés entre 1850 et 1970. Je donnerai seulement deux exemples révélateurs de cette péremption tacite. Le premier est l’auteur édité en numéro 1 dans la collection Le livre de poche : Pierre Benoît. Celui-ci fut un très grand vendeur de best-sellers avant le mot et le livre de poche a publié, dans ses premières années nombre de ses célèbres romans. Aujourd’hui Pierre Benoît est totalement tombé dans l’oubli et ses romans ne sont plus édités, donc plus lus, sauf par quelques curieux ou nostalgiques hantant les bouquinistes. Dans les années 1960-1970, alors que je commençais à collectionner les livres de poche dans les collections pionnières, un auteur faisait de très grosses ventes chez J’ai lu : Guy des Cars.  Il a connu le même sort que Pierre Benoît, mais encore plus rapidement, dès sa mort. Je pourrais multiplier les exemples à partir du seul catalogue du Livre de poche. Or, certains auteurs ont survécu et sont régulièrement réédités : je pense à Gide ou Mauriac, mais aussi Jules Verne ou Albert Camus. Evidemment on m’opposera la différence de qualité entre des Cars et Camus, à juste titre, mais cette explication ne suffit pas. Il y a sans nul doute un effet des médias et le thème des livres. Les médias, comme le système scolaire, mettent en avant quelques auteurs au détriment des autres. Les prescriptions scolaires sont les seuls vrais livres que parcourent nombre d’élèves.

A ce jeu d’effacement, que penser de Maxence van der Meersch ? Lui aussi connut la gloire d’être publié en livre de poche dans les années 1950 1960. Il avait obtenu le Prix Goncourt en 1936 pour L’empreinte du Dieu. Il appartient clairement à la race des auteurs oubliés. Pourtant, à la lecture de ce livre, il n’apparaît nullement méprisable. Il a toutes les qualités des bons romanciers. Il écrit de manière agréable et fluide, avec une belle maîtrise de la langue. Il sait choisir des sujets intéressants. Il est doué pour l’analyse psychologique. Ses personnages existent vraiment. Il faut donc en déduire que son effacement est injuste, peut-être simplement dû à un manque de chance.

Maxence Van der Meersch

Mais j’avance aussi un autre élément d‘explication à cette chute dans l’oubli : Van der Meersch est un écrivain catholique dont les romans sont vraiment empreints de la morale chrétienne. Non qu’il fasse du prêchi-prêcha mais, comme Bernanos, en faisant vivre des témoins de cette morale été n nous montrant la réalité du combat éthique intérieur de certains de ses personnages. On dira que cela ressemble beaucoup à l’univers de Mauriac. Ce n’est pas forcément la bonne comparaison. Mauriac est enraciné dans son aquitaine girondine et landaise, Van der Meersch est un Ch’ti qui situe ses romans dans sa région du Nord. Ainsi Maria, fille des Flandres, qui nous occupe aujourd’hui, se déroule entre Arras et Bruges. Les deux univers sont donc très distincts. Mais l’œuvre elle-même est différente. Mauriac développe des livres où le poids du, péché et les dilemmes intérieurs sont explicitement catholiques. Chez Van der Meersch, la religion n’est pas mise en avant, ce sont les choix de vie des personnages qui amènent les grandes questions morales et, à celles-ci, l’auteur apporte sa touche humaniste chrétienne. En fait, Van der Meersch est plus proche de Zola que de Mauriac. Il a aussi certains points communs avec la démarche de Bernanos. Il est clair que ce type d’écrivain, qui fut très populaire dans les années 1920-1950, correspondait à une France encore largement empreinte de catholicisme. Le vent a complètement tourné, la France est de plus en plus loin de ses racines chrétiennes et les auteurs qui les représentaient sont inintéressants pour le public actuel, ils semblent parler d’un monde archaïque disparu.

Le roman du jour est d’abord l’histoire d’un homme de 35 ans, Germain, que nous suivons d’Arras à Bruges. Cet homme est un perdant qui a cru pouvoir gagner en créant sa propre entreprise, mais cela se termine par une faillite qui l’oblige à fuir, laissant sa femme et ses deux enfants à Arras alors qu’il va se cacher chez sa mère veuve, à Bruges. Là, il travaille comme grutier sur le canal et mène une vie  pauvre et obscure. Nous apprenons que son mariage est un échec complet et que seuls ses deux enfants sont sa joie. L’auteur nous dépeint cette chute et fuite assez sobrement mais avec réalisme. Ce n’est pas le but central du roman. Le sujet principal est une histoire d’amour impossible entre Germain et Maria, une lointaine cousine qui a vécu chez eux durant son enfance. Il l’avait séduite dan sa prime jeunesse et l’avait abandonné pour partir à l’aventure. Il avait oublié tout cela, mais lorsqu’il revient vivre chez sa mère, Maria vit juste à côté de celle-ci et prend soin d’elle ; il la revoit donc et tout revient. Mais Maria est marié et mère d’un enfant et vit une vie austère de mère de famille. Le récit raconte comment le feu se rallume et comment Maria et Germain deviennent amants et vivent un grand bonheur caché et sans avenir, sauf si Maria accepte de quitter sa ville et son foyer. C’est toute la tension entre ce bel amour et cette situation fausse qui fait la chair de ce livre.

Bruges, la Venise du Nord

Il faut savoir gré à l’auteur de ne pas faire de moralisme. Il installe la situation avec délicatesse et simplicité : ces deux-là s’aiment passionnément et l’inexorable advient. Dès lors il parvient à nous faire partager le caractère douloureux de la situation, vue des deux points de vue, celui de Germain et celui de Maria. C’est dans la conclusion de cette crise que le romancier catholique refait surface. Car il choisit de ne pas laisser les deux amants aller au bout de leur passion et briser le couple. Maria est profondément croyante et elle sait que ce qu’elle vit est un péché aux yeux de la religion qu’elle professe. Mais elle ne veut pas ajouter le péché de la destruction de sa famille à celui de l’adultère.  Pour étoffer et varier son histoire, Maxence van der Meersch a ajouté un troisième personnage majeur, un artiste peintre qui devient l’ami de Germain et représente le fêtard triste, celui qui sait sa triste condition mais ne peut en sortir. Il sera cependant un véritable ami pour les deux amants, les conseillant avec une grande sincérité, allant jusqu’à dévoiler sa vraie nature torturée et, finalement, assez morale. Un grand amour construit sur la dissimulation et la tromperie ne peut vivre : telle est la morale de l’auteur. Il n’y a d’ailleurs pas besoin d‘être chrétien pour saisir et approuver cela. La morale commune sait ces choses et rejoint ici la position du croyant. Pour le peuple, on ne construit pas son bonheur sur le malheur d’autrui. Cela ne fait qu’ajouter du malheur au malheur.

C’est donc un roman pessimiste par sa fin que ce Maria, fille des Flandres. Mais c’est aussi un livre subtil et profondément sincère, qui ne juge pas mais cherche à comprendre et faire comprendre les luttes intérieures des divers protagonistes. En ce sens il est intemporel. Si le cadre social a bien changé (Germain manœuvre une grue à vapeur !), la personnalité de l’homme demeure la même. Ce livre mérite donc d’être lu aujourd’hui, au même titre que Les misérables de Hugo ou Le rouge et le noir de Stendhal. Ce qu’il nous donne à partager est de toutes les époques et les progrès et gadgets technologiques n’y changent rien.

Jean-Michel Dauriac – juin 2026.

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