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La fraternité chrétienne

Première partie du culte du dimanche 9 août 2026

Lecture d’accueil : Psaume 118 : 22-24 ;26 ;29 version SER :

« 22  La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la pierre principale, celle de l’angle.

23  C’est de l’Éternel que cela est venu : C’est un miracle à nos yeux.

24  C’est ici la journée que l’Éternel a faite : A cause d’elle, soyons dans l’allégresse et la joie ! […]

26  Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ! Nous vous bénissons de la maison de l’Éternel.[…]

29  Célébrez l’Éternel, car il est bon, Car sa bienveillance dure à toujours ! »

Introduction : Nous placerons ce culte sous le signe des relations positives entre les êtres humains et, en premier lieu, la fraternité que notre République place dans sa devise, mais oublie bien souvent. Pour le chrétien, la fraternité est essentielle, au sens le plus profond de ce terme.

une fête de la fraternité républicaine et laïque, à Evreux en 2018

Le texte biblique qui nous introduit dans cette méditation est celui du psaume 133. Mais au lieu de le lire, je vous propose d’en écouter une version chantée par le groupe Les Témoins, dans les années 1970.

« 1 Cantique des degrés. De David. Voici, oh ! qu’il est agréable, qu’il est doux Pour des frères de demeurer ensemble !

2  C’est comme l’huile précieuse qui, répandue sur la tête, Descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements.

3  C’est comme la rosée de l’Hermon, Qui descend sur les montagnes de Sion ; Car c’est là que l’Eternel envoie la bénédiction, La vie, pour l’éternité. » version NEG.

La Bible célèbre donc, dès l’Ancienne Alliance, la joie et le bonheur de la fraternité. David, dans ce psaume, associe cette joie au fait de « demeurer ensemble », c’est-à-dire d’avoir la même demeure, la même maison. Or, dans la tradition juive, cette maison, c’est d‘abord la Tente du Tabernacle où repose l’Arche de l’Alliance, puis le Temple de Jérusalem. Autrement dit, pour nous, le lieu du culte. Celui-ci associe donc les frères et sœurs à « agréable » et « doux ». Notons aussi que l’image de l’huile nous parle de l’onction du Saint-Esprit qui vient couler à ce moment, comme la douce rosée qui entretient la vie. Le psaume dit bien que c’est là, dans ce rassemblement des frères et sœurs que Dieu envoie la bénédiction. Ce n’est donc pas anecdotique.

Ajoutons encore que la joie précède même le séjour dans la maison de Dieu, elle apparaît dès le chemin qui y conduit !

Psaume 122 : « 1 Cantique des degrés. De David. Je suis dans la joie quand on me dit : Allons à la maison de l’Eternel ! » version Segond 1910.

Le mot « frère » a un sens premier précis : sont frères ou sœurs  ceux qui sont nés des mêmes parents, sinon, si c’est la mère, seul le ventre est commun, donc on parle de demi-frère ou frère utérin.

Dans l’Ancien Testament, nous trouvons quatre sens à ce mot.

  1. Le sens premier : les fraternités biologiques. Exemple de Caïn et Abel, Jacob et Esaü ou Joseph et ses frères. Notons ici que les relations sont toujours problématiques, voire conflictuelles. La Genèse en est l’illustration parfaite, mais cela se poursuit dans les livres de Rois ou des Juges.
  2. La fraternité des armes : les Maccabées  sont le meilleur exemple de frères biologiques devenus frères d’armes. On voit aussi David avec certains de ses généraux. Combattre ensemble crée des liens très forts.
  3.  La fraternité religieuse : ici ce n’est plus le sens premier, mais un sens spirituel. L’élection d’Israël par Dieu fait des Hébreux les enfants spirituels de Dieu et les unit dans une fraternité religieuse. C’est celle des deux psaumes cités en début de culte.
  4. La fraternité politique : Israël est aussi une nation dont tous les membres sont frères, régis par la Loi, tous égaux devant l’Eternel.

La fraternité biblique n’est pas un choix, elle est un destin ou une élection. On ne choisit pas ses frères et sœurs biologiques. Ils nous sont imposés.

De même, pour la fraternité religieuse et cultuelle. Elle s’impose à nous, elle n’est pas une option. Relisons la 1re Epitre de Jean, qui est le texte le plus clair à ce sujet.

Une fête de la fraternité chrétienne, dans le Nord, en 2017

1 Jean 2 : « 8  D’autre part, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ceci est vrai pour lui et pour vous, car les ténèbres passent, et la lumière véritable brille déjà. 9  Celui qui prétend être dans la lumière, tout en haïssant son frère, est encore dans les ténèbres. 10  Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et ne risque pas de tomber. 11  Mais celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres ; il marche dans les ténèbres et ne sait où il va, parce que les ténèbres ont rendu ses yeux aveugles. » Version SER.

1 Jean 3 : « 15  Quiconque a de la haine pour son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. 16  A ceci, nous avons connu l’amour : c’est qu’il a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. 17  Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voie son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui ? » Version SER.

On ne peut pas se dire chrétien et ne pas aimer son ou ses frères dans la foi. Il y a là une impossibilité catégorique pour Jean.

Et Jésus, qu’en dit-il ?

  • Son exemple est très intéressant. Car il appartient à une fratrie, décrite dans les Evangiles (n’en déplaise aux catholiques et orthodoxes, qui ont tordu les textes pour justifier des dogmes extrabibliques, comme l’Immaculée Conception). Et il est, par ailleurs, un juif religieux qui connaît fort bien les textes de la Loi et des Prophètes.
  • Ce que l’on sait de ses rapports avec ses frères, c’est qu’ils voulaient le ramener à la maison de Nazareth pour l’empêcher de prêcher, car ils le prenaient pour un illuminé. Donc, des rapports, là-aussi, problématiques. Aucun de ses frères ou sœurs ne le suit dans  son ministère itinérant, aucun ne croit en Lui.

Jean 7 : « 5  En effet, ses frères non plus ne croyaient pas en lui. » Versions SER.

  • Jésus ne recherche pas leur compagnie et a des propos très durs sur les liens familiaux.
  • Il définit lui-même la fraternité qui est celle qui l’intéresse. Elle est spirituelle et s’inscrit dans l’héritage juif.

Matthieu 12 : « 46  Comme Jésus parlait encore à la foule, sa mère, et ses frères se tenaient dehors et cherchaient à lui parler. 47  Quelqu’un lui dit : Ta mère et tes frères se tiennent dehors et cherchent à te parler. 48  Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? 49  Puis il étendit la main sur ses disciples et dit : Voici ma mère et mes frères. 50  En effet, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère. » Version SER.

Luc 14 : « 26  Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Version SER.

Il y a donc un changement radical effectué par Jésus : les liens du sang doivent être dépassés par les liens d’amour pour le nom de Jésus. C’est une révolution pour les juifs, une parole scandaleuse. Et même pour les chrétiens, cette parole choque, car l’Eglise a fait de la famille une institution sainte, ce qu’elle n’est pas du tout dans la Bible : seul le devoir d’assistance et de respect pour les parents est rappelé par Jésus.

Bien sûr, frères de sang peuvent être aussi nos frères et sœurs en Christ.

La fraternité chrétienne naît d’un même Père (il n’y a pas de mère, car Dieu est à la foi Père et Mère). Jésus décrit ce processus à Nicodème :

Jean 3 : « 3 Jésus lui répondit : En vérité, en vérité je te le dis, si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu. 4  Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? 5  Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 6  Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. 7  Ne t’étonne pas que je t’aie dit : il faut que vous naissiez de nouveau. » Version SER.

Cette naissance par l’Esprit est préfigurée par celle de Jésus :

Luc 1 : « 34  Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? 35  L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. «  Version Segond.

Nous marchons dans les pas de Jésus. Enfantés par le même Père : le Saint-Esprit, nous sommes donc logiquement ses frères.

Cette fraternité avec Jésus nous oblige envers nos frères chrétiens d’abord, car eux sont nés de la même manière spirituelle. Notre fraternité doit s’exercer d’abord envers nos frères et sœurs en Christ.

Ensuite, elle nous amène vers nos frères en humanité, ceux qui partagent la même nature charnelle que nous. Nous leur devons assistance (confer le récit du Bon Samaritain), mais surtout l’annonce de l’Evangile, pour les conduire à la nouvelle naissance et en faire des frères et sœurs en Christ.

N’oublions jamais le sens profond de cette fraternité !

Published in Bible et vie

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