Skip to content →

La double libération Méditations de confinement 5

La version audio est ici:

medit-5-la-double-liberation-mp3-64-k.mp3

Lecture de base : Marc 2 :1-12 (version NEG)

 

« 1  Quelques jours après, Jésus revint à Capernaüm. On apprit qu’il était à la maison,

2  et il s’assembla un si grand nombre de personnes que l’espace devant la porte ne pouvait plus les contenir. Il leur annonçait la parole.

3  Des gens vinrent à lui, amenant un paralytique porté par quatre hommes.

4  Comme ils ne pouvaient l’aborder, à cause de la foule, ils découvrirent le toit de la maison où il était, et ils descendirent par cette ouverture le lit sur lequel le paralytique était couché.

5  Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.

6  Il y avait là quelques scribes, qui étaient assis, et qui se disaient au-dedans d’eux :

7  Comment cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?

8  Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit ce qu’ils pensaient au-dedans d’eux, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées dans vos cœurs ?

9  Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit, et marche ?

10  Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés :

11  Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison.

12  Et, à l’instant, il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde, de sorte qu’ils étaient tous dans l’étonnement et glorifiaient Dieu, disant : Nous n’avons jamais rien vu de pareil. (version NEG) »

 

Voici un récit qui illustre parfaitement l’art de l’auteur de l’Evangile selon Marc. Dans une forme très ramassée, il réussit à communiquer un message fort riche. Nous sommes au début du ministère de Jésus, quand il commence à parcourir la Galilée. Il procède de manière itinérante, mais possède des points de chute : on lit le verset 1 comme un retour « à la maison ». Il est donc déjà en terrain connu et le début du récit le prouve : le verset 2 nous précise que des personnes si nombreuses viennent l’écouter « annoncer la parole » qu’on ne peut plus entrer dans la maison ni s’en approcher. Marc possède un vrai talent pour nous faire vivre l’action. Nous visualisons très bien ce qui se passe.

 jesus-guerit-un-paralytique.jpeg

Ici, c’est Jésus qui est en quelque sorte confiné dans la maison par la petite foule venue l’écouter. Le foule ne peut s’approcher de lui, sans doute seuls quelques-uns sont directement à son contact. Voici qu’arrive un brancard porté par quatre hommes, avec un paralytique couché dessus.

Cet homme n’est pas seul ; il n’aurait jamais pu venir près de Jésus sans ses quatre amis dont nous ne saurons rien, sauf ce qu’ils ont accompli (ce sont les humbles qui font que le malade peut aller au devant de la guérison : toute ressemblance avec la situation actuelle  et « l’héroïsme des humbles », comme l’a si bien dit le philosophe Robert Redeker[1], est tout à fait intentionnelle). Leur motivation est très forte, ils ont le souci du prochain, donc manifestent une forme d’amour. Ils savent que Jésus guérit, car il a rétabli la belle-mère de Simon (Marc, chapitre 1, versets 29 à 31) et chassé un démon dans la synagogue, dans la même bourgade, et le téléphone sémite a bien fonctionné.

Le paralytique est ses amis viennent voir celui qui guérit. C’est le faiseur de miracles qui les attire, car ils ne savent que cela de lui. Cet attrait a toujours fonctionné, et toutes les religions chrétiennes ont valorisé les miracles et le merveilleux, y compris dans le culte des saints et des grands hommes de Dieu, après la résurrection de Jésus ; je renvoie l’auditeur-lecteur au livre La légende dorée du dominicain Jacques de Voragine. Les quatre amis sont vraiment convaincus que leur ami paralytique doit être mis en présence de Jésus et qu’il en sera guéri. Ils ont donc la foi, une belle foi, qui se traduit par leur prise d’initiative. Devant l’obstacle infranchissable de la foule, ils ne rebroussent pas chemin mais ils inventent une stratégie alternative de réussite. Le verset 4 est tout a fait surprenant : nous les voyons qui découvrent la toiture de la maison. L’architecture simple de l’époque permet de faire cela rapidement. On peut imaginer la surprise de ceux qui sont à l’intérieur, en voyant apparaître le ciel et un brancard qui descend un paralytique que beaucoup connaissaient. Il y a une totale inversion : d’habitude, c’est la grâce ou le signe de Dieu qui descend du ciel : songeons au baptême de Jésus ou, dans la bible juive, au songe de Jacob et son échelle reliant ciel et terre. Ici, c’est exactement l’inverse qui se produit. C’est la condition humaine et la maladie qui descendent vers la grâce incarnée sur terre par Jésus. La foi permet à ces hommes de manifester quelque chose de Dieu dans leur comportement. Leur foi et leur amitié sont des sentiments qui font triompher le bien, pour le vaincre le mal. C’est cette trace de Dieu en eux qui descend du toit de la maison.

 

Jésus reconnaît immédiatement leur foi, le verset 5 le dit clairement. Et, à partir de là, le récit bascule de l’histoire sainte du catéchisme, ce qui n’est pas du tout péjoratif, à la théologie évangélique. Capernaüm n’est pas choisie par hasard comme lieu de cet épisode . Il y avait dans cette ville une communauté juive savante et active et une synagogue réputée (après la destruction de Jérusalem et du Temple, en 70 par Titus, les érudits juifs réfugiés dans cette ville y rédigeront l’un des deux Talmuds de référence). Ceci explique la présence de quelques scribes dans la troupe venu écouter Jésus. Car son début de ministère intriguait ces savants de l’écriture, ceux-ci étant les véritables gardiens de la Torah et des textes qui l’accompagnaient (Haggadah, Michna, Gemara…). Ils connaissaient la Bible sur le bout de leur plume ou de leur stylet.

Et voici que Jésus prononce une parole proprement incroyable : « Tes péchés sont pardonnés ». C’est la première affirmation de puissance divine de Jésus dans cet Evangile. Et les scribes comprennent parfaitement ce qui se passe : cet homme dit quelque chose que seul  Dieu peut dire. Le verset 7 montre bien leur affolement. : cet homme blasphème, il se prend pour Dieu..

Essayons de ne pas rester enfermés dans la tradition de nos Eglises et mettons-nous un instant à la place des scribes et des gens qui sont là. Que pourrions-nous penser d’un Galiléen comme nous qui prétend pardonner les péchés, ce qui pour les juifs relève de toute une ritualisation fixée par la Loi, de sacrifices et de gestes de purification ? N’est-ce pas une pure provocation ? Jésus n’aurait-il pas pu guérir ce paralytique comme il avait guéri la belle-mère de Simon ? Tout le monde aurait été content et sa réputation en aurait encore été grandie. Pourquoi cette phrase blasphématoire ? La réponse est partiellement donnée dans les versets qui suivent.

Au verset 8, Jésus connaît « par son esprit » ce que pensent les scribes. Il a cette capacité surnaturelle de savoir immédiatement leurs pensées et il le leur dit. Voici une deuxième preuve de son ministère. Cela relève de ce que les juifs appelaient le voyant ou le prophète. Jésus prouve par cette simple parole qu’il a un ministère d’origine divine.

Mais il va plus loin et prend les scribes dans un piège rhétorique terrible. Le verset 9 l’énonce : « Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : tes péchés sont pardonnés, ou de dire : lève-toi et marche ? »

Les scribes ne pourraient que répondre que la première phrase est la plus facile à prononcer, car elle n’a pas besoin de preuve matérielle à fournir. La seconde phrase oblige à un résultat, les scribes ne peuvent donc rien dire. Et Jésus fait alors ce que les quatre amis, le paralytique et la foule venue attendent : il prononce une parole d’autorité : « Lève-toi, prends ton lit et marche ! »  et, grâce au talent de Marc, nous voyons véritablement cet homme se lever, prendre son brancard et rentrer chez lui.

Jésus ne lui dit rien de personnel ou de spécial. Il sait que cet homme à la foi : à lui de la cultiver à la suite de ce qu’il vient de vivre.

Le verset 10 donne la raison du miracle : «  Or afin que vous sachiez que le fils de l’homme a  sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés… »  C’est un miracle strictement théologique. Face à des scribes sidérés et figés dans leur tradition, Jésus prouve par la guérison la validité de la question du verset 9. Il peut guérir le paralytique, ce qui semble le plus difficile aux hommes, donc, à plus forte raison, peut-il pardonner les péchés. Le vrai miracle, celui du pardon des péchés, est caché derrière le miracle de guérison.

Qu’est-ce que pardonner les péchés ? C’est supprimer la séparation qui existe entre Dieu et les hommes à cause de l’existence du Mal dans leurs comportements. Tout le message de Jésus vise à cela. Le christianisme n’est que cela. Tous les dogmes, les commentaires, les rites, les sacrements, que sais-je encore, ne sont que des outils dans cette œuvre de Jésus, pour pardonner les péchés.

 

Que venons-nous voir et entendre quand nous venons écouter la parole ? Nous devrions venir écouter le message de salut. Mais, souvent, nous préférons voir le miracle visible plutôt que le miracle caché. Le paralytique a été doublement libéré, mais sa première délivrance est spirituelle, c’est la plus capitale, celle du corps est venue après, elle ne concerne que sa vie présente. Sa liberté retrouvée lui a permis de sortir de la maison par la porte, sans le soutien de ses quatre amis. Ce temps de retrait que nous vivons actuellement est l’occasion de venir écouter Jésus. Même si l’accès est difficile, ne nous décourageons pas. Nous avons des amis qui peuvent nous porter près de Jésus. Ce sont les pasteurs, les prêtres, les diacres et tous ceux qui ont reçu la grâce et la répandent. De ce temps, nous pouvons sortir debout, en portant les vestiges de notre infirmité. Jésus a encore, par le Saint-Esprit, le pouvoir de pardonner nos péchés, en intercédant auprès du Père pour nous et en offrant sa vie en gage de notre pardon.

 

Jean-Michel Dauriac – 15 avril 2020.



[1] Dans un article du Figaro Magazine, en date du 27 mars 2020.

Published in Bible et vie

2 Comments

  1. Lea Dumont Lea Dumont

    merci Jean Michel de cette lecture detaillee j’aime beaucoup car tu ouvre des reflexsions auquel je ne pensais pas forcement …. merci du tableau que tu as mis au debut je n’arrivais pas a voir comment ils avaient pu passer le brancard par le toit les tableaux que tu mets aide a mieu comprendre ;;merci Jean Michel de tes explications merci que Dieu t’eclaire encore pour d’autres meditations
    que le Seigneur te benisse

  2. merci pour cette Grâce que tu partages, que tu transmets aux amis du 1er cercle, que tu vulgarises par tes explications limpides, simples.
    Ton commentaire se consomme tel l’eau d’une source sure et rafraichissante.
    merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *