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L’herbe sèche et l’aigle plane… Méditations de confinement 3

La version audio est ci-dessous:

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Lecture de base: Esaïe 40: 6-8; 29-31(version NBS)

 

« 6  Quelqu’un dit : Crie ! On répond : Que crierai-je ? — Toute chair est de l’herbe, tout son éclat est comme la fleur des champs.

7  L’herbe se dessèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR passe dessus. Vraiment, le peuple est de l’herbe :

8  l’herbe se dessèche, la fleur se fane ; mais la parole de notre Dieu subsistera toujours.

…29  Il donne de la force à celui qui est épuisé et il augmente la vigueur de celui qui est à bout de ressources.

30  Les adolescents s’épuisent, ils se fatiguent, les jeunes gens finissent par trébucher ;

31       mais ceux qui espèrent le SEIGNEUR renouvellent leur force. Ils prennent leur essor comme les aigles ; ils courent et ne se fatiguent pas, ils marchent et ne s’épuisent pas. »

Ces versets d’Esaïe sont écrits au VIIIème siècle (et VIème siècle peut-être) avant J.C. Esaïe est le grand prophète de Jérusalem, celui dont le livre est le plus long et le plus attesté. On a retrouvé des rouleaux entiers de son texte dans les grottes de Qmran, parmi les fameux manuscrits de la Mer Morte, en 1947.

Le chapitre 40, où se trouvent nos versets, est le début de la deuxième partie du livre – ce qu’on appelle aussi le “second Esaïe”, dans certains courants théologiques. Cette seconde partie couvre les chapitres 40 à 55. Au chapitre 56 débute la troisième partie ou “troisième Esaïe”.

Cette deuxième partie parle clairement du peuple déporté, alors que la première parlait du règne des rois du VIIIème siècle en Juda: Ozias, Jotam, Achaz et Ezechias. Nous sommes donc deux cents ans après et Juda, en tant que royaume, a été vaincu et toute sa population jeune déportée par le vainqueur (voir ma première méditation “Si je t’oublie Jérusalem…”). Le prophète Esaïe (ou ses disciples, si on croit qu’il y a ici trois livres de trois époques réunis), délivre un message de consolation et d’espérance à ce peuple vaincu et loin de chez lui. C’est dans ce deuxième livre que se trouvent les quatre “chants du serviteur” qui, pour les chrétiens, annonçaient le Messie Jésus-Christ.

 

Mais revenons à nos textes. Les versets choisis nous permettent de recevoir deux enseignements de la part de Dieu, pour nous aujourd’hui, comme pour des millions de juifs et chrétiens qui les ont reçus auparavant au cours des siècles.

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D’abord l’herbe et sa fleur.

En ce moment de printemps, de mon bureau où j’écris ces lignes, je peux admirer tout un lit de pâquerettes, très précoces cette année. D’autres fleurs se joignent à ces modestes fleurs de l’herbe, celles du cerisier, des iris… Le prophète nous dit que nous sommes comme cette herbe et ces pâquerettes. Leur beauté est de courte durée, nous le savons. Un matin, quand j’ouvrirai les volets, elles ne seront plus là, disparues. Notre vie est à l’image de cette petite fleur, belle mais fragile. Qu’est-ce que notre vie en face de la durée des temps de l’univers, quelle que soit l’hypothèse que l’on retienne ? Les psaumes contiennent de nombreux passages qui rappellent cette fugacité de l’homme. Par exemple, le psaume 8 verset 4:

“ Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui?

Et le fils de l’homme pour que tu prennes garde à lui?”

Et dans le plus vieux livre de l’Ancien Testament, nous trouvons ce cri de Job, adressé à Dieu:

“ Qu’est-ce que l’homme pour que tu en fasses tant de cas? Pour que tu te soucies de lui, pour que tu t’occupes de lui chaque matin?” Ch. 7: 17-18.

Assurément, nous sommes aussi passagers que l’herbe des champs. Les cimetières son remplis de gens importants et indispensables. Aujourd’hui ici et, demain, séchés et disparus.

En ces jours de drame, nous sommes ahuris, nous qui n’avons pas connu les boucheries de 14-18 ou les camps de 1939-45, par l’image des camions emportant les chargements de cercueils, en Italie ou à New York, lesquels seront inhumés ou incinérés dans la solitude anonyme du chêne ou du sapin selon les moyens et les disponibilités du moment. Je viens de voir une image où un prêtre italien, à Bergame, bénissait à la chaine tout un gymnase de cercueils avant leur chargement pour l’éternel repos, comme dit le cliché de langage. Exactement les mêmes images qu’à Verdun en 1916! Mais cette fois, l’ennemi n’est pas l’Allemand, mais un microscopique organisme qui n’a qu’une seule volonté: vivre en nous, ce qui nous fait mourir.

Sans doute l’homme et la femme de 2020 ont-ils besoin de redécouvrir notre condition de mortel, alors que nos sociétés font tout pour occulter la mort, qui pourrait ralentir l’hédonisme et la consommation, valeurs centrales de nos sociétés matérialistes. Comme au temps d’Isaïe ou de Jésus, nous ne sommes rien de plus, à l’échelle de l’univers, qu’une pâquerette.

Mais… pour parodier le grand Pascal: une pâquerette pensante.

Et la fin du verset 8 est là pour dissiper l’angoisse:

“ La parole du Seigneur demeure éternellement.”

Pourquoi donc opposer l’éternité de la Parole à la fragilité de notre vie?

Parce que le seul salut, face à notre condition, est dans les promesses de la Parole. Ce n’est pas ici le moment de les rappeler, ce serait trop long, tant elles sont nombreuses. Mais rappelons-nous que la mort a été vaincue au Calvaire. Paul a pu s’écrier:

“ O! mort où est ta victoire?

Mort, où est ton aiguillon?” 1 Corinthiens 15:55

En reprenant le prophète Osée (ch. 13:14).

Il nous faut à la fois accepter notre destin de brins d’herbe et l’espérance folle des promesses de la Parole, et garder sans cesse les deux côte à côte.

 

Passons maintenant à l’aigle! (versets 29-31)

 

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Après un constat qui pourrait être effrayant pour celui qui n’a ni la foi ni la force morale d’affronter la mortalité de l’homme, vient un formidable encouragement, mais là encore, tout en contrastes.

Que dit Esaïe? L’exact contraire du discours normal du monde: les adolescents et les jeunes s’épuisent et tombent. Ceux qui se croient insubmersibles se révèlent eux aussi fragiles et fatigables. Le prophète montre alors au verset 31 que le vrai critère spirituel est “ceux qui espèrent le Seigneur”. Il y a un glissement voulu du domaine purement biologique et matériel au domaine élargi du spirituel (qui ne nie en rien le corporel). L’âge n’est plus du tout le critère valable, comme les spécialistes l’avaient laissé entendre au début d e cette pandémie du Covid-19, en faisant des plus âgés des victimes attendues. Ce n’est pas la logique de Dieu.

 

L’homme qui croit reçoit plusieurs promesses:

l      Il renouvelle ses forces (il a donc du repos, car seul cela permet le renouvellement)

l      Il s’élève comme l’aigle: il voit alors les choses de haut, il domine la situation, il peut prendre du recul, il s’extirpe de l’ordinaire. Il voit tout petit ce qui semble énorme au sol.

l      Il court (la bonne course, selon Paul) mais ne se fatigue pas, car il a les bonnes vitamines, les énergies renouvelables.

l      Il marche sur le bon chemin (s’il n’est plus en âge de courir) et ne brûle pas toute sa vigueur, mais il a une direction et un but.

Nous pouvons alors chanter et prier le psaume 103, qui confirme tout ce que nous venons de dire: je lis seulement les versets 5 à 8 et 15 à 18, mais relisez le psaume en entier, car il est magnifique.

 

« 1 ¶  De David. Que je bénisse le SEIGNEUR, que tout en moi bénisse son nom sacré !

2  Que je bénisse le SEIGNEUR, que je n’oublie aucun de ses bienfaits !

3  — C’est lui qui pardonne toutes tes fautes, qui guérit toutes tes maladies,

4  qui reprend ta vie à la fosse, qui te couronne de fidélité et de compassion,

5  qui rassasie de biens ta vieillesse, qui te fait rajeunir comme l’aigle.

6 ¶  Le SEIGNEUR agit pour la justice, il défend le droit de tous les opprimés.

7  Il a fait connaître ses voies à Moïse, ses hauts faits aux Israélites.

8  Le SEIGNEUR est compatissant et clément, patient et grand par la fidélité ;

9  il n’accuse pas sans cesse, il ne garde pas rancune pour toujours ;

10  il ne nous traite pas selon nos péchés, il ne nous rend pas selon nos fautes.

11  Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant sa fidélité est forte au-dessus de ceux qui le craignent ;

12  autant l’orient est éloigné de l’occident, autant il éloigne de nous nos transgressions.

13  Comme un père a compassion de ses fils, le SEIGNEUR a compassion de ceux qui le craignent.

14  Car lui, il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière.

15  L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs.

16  Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus, et le lieu qu’elle habitait ne la reconnaît plus.

17  Mais la fidélité du SEIGNEUR est depuis toujours et pour toujours en faveur de ceux qui le craignent, et sa justice pour les fils de leurs fils,

18  pour ceux qui gardent son alliance et se souviennent de ses directives, afin de les suivre.

19 ¶  Le SEIGNEUR a installé son trône dans le ciel, et son règne domine sur tout.

20  Bénissez le SEIGNEUR, vous, ses messagers, qui êtes puissants en force et qui exécutez sa parole, en écoutant sa parole !

21  Bénissez le SEIGNEUR, vous toutes, ses armées, qui êtes à son service et qui faites sa volonté !

22  Bénissez le SEIGNEUR, vous toutes, ses œuvres, dans tous les lieux sur lesquels il domine !  Que je bénisse le SEIGNEUR ! »

 

 

Quel beau message d’espérance. Nous sommes à la fois l’herbe et l’aigle, par la grâce du Seigneur.

Published in Bible et vie

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