Skip to content →

Catégorie : les livres: essais

Les secrets de la Bible au Moyen Âge – Xavier-Laurent Salvador

Editions du Cerf, Paris, 2025, 233 pages, 22€.

L’opinion commune – déjà un peu « éclairée » ! – est qu’au Moyen Âge la Bible n’existe pas, du moins comme on la conçoit de nos jours. On imagine volontiers els moines et théologiens travailler sur des manuscrits de certains livres bibliques, mas ne disposant pas d’un recueil comparable à nos Bibles actuelles. Ceci n’est pas faux, mais s’avère réducteur. C’est tout le mérite du livre de X-L Salvador, maître de conférences en langue et littératures médiévales à la Sorbonne, de nous éclairer sur cette période.

Le titre est un peu trompeur, car il laisse augurer une dimension ample du sujet qu’il n’a pas. L’auteur va parler seulement d’une version de la Bible, car elle est, à l’époque, la seule en français. On peut donc regretter que le titre ne soit pas plus précis.

Ce livre est divisé en deux parties et trois longs chapitres.

La première partie pose une question essentielle qui donne son titre au long chapitre 1 : « Lisait-on la Bible au Moyen Âge ? ». c’est en effet là que réside le trou noir. On rattache généralement l’accès à al Bible pour les peuples à deux événements très proches : l’invention de l’imprimerie et la Réforme luthérienne, deux événements situés en Allemagne (géographiquement, car ce pays n’existe pas à cette époque). La traduction allemande de Luther, dans les années 1520-1530 inaugure à la fois la langue allemande moderne et la diffusion massive de la Bible en langue « vulgaire ». Auparavant, les Bibles étaient en latin. Et elles étaient surtout dans les monastères, souvent sous dorme de recueils de certains livres ensemble, mais rarement tout l’ensemble, très volumineux. Le grand mérite de Salvador dans ce chapitre est de nous faire saisir l’émergence de la langue française.

«  Toute la période du Haut Moyen Âge est ainsi caractérisée par un double conflit :

D’abord, une situation qu’on appelle « diglossie », qui voit les gens parler en français au quotidien, mais considérer que le latin est la langue des choses de l’intelligence.

Et une relation très codifiée entre d’un côté ce qui est écrit en vers, qui est du côté de l’imagination, et ce qui est écrit en prose, qui est du côté de l’objectivité. » p. 78.

Donc, la Bible est du côté de l’intelligence et du latin. Cependant, un vrai mouvement cers la Bible se développe, parallèlement à l’émergence d’une bourgeoisie urbaine commerçante qui veut accéder à la Bible et a les moyens d’acquérir un manuscrit, très coûteux à cette époque.  Cela va permettre l’émergence d’uen traduction très particulière de la Bible : la Bible historiale de Guyart des Moulins, qui apparaît en 1297 et sera la référence biblique jusqu’au XVIe siècle, en langue française.

La seconde partie est donc consacrée à présenter cette Bible, totalement inconnue du public, même érudit – c’est mon cas, et pourtant j’ai étudié l’histoire religieuse médiévale – . En deux chapitres très documentés, l’auteur va nous faire découvrir l’auteur et ses sources, puis nous présenter des extraits de cette Bible, qui a la particularité d’être encyclopédique.

Guyart des Moulins 1251-1322) est un prêtre, chanoine en Artois, et il va consacrer une grande partie de sa vie à ce travail. L’article Wikipédia donne des renseignements convenables. On associe à son nom celui de Pierre le Mangeur ou Comestor 1100-1179), qui a coompli un travail encyclopédique sur la bible, en latin, dans lequel Guyart des Moulins puise abondamment. Mais celui-ci n’est pas qu’un plagiaire, il est un auteur et traducteur à part entière. Et c’est le grand mérite de ce livre de nous le montrer par les preuves textuelles. Guyart incorpore de nombreuses données de son illustre maître, mais il complète, modifie ou corrige certaines notions. Par de larges extraits des deux encyclopédistes, Salvador établit la continuité et l’originalité de cette Bible, première en langue française.

Il s’agit donc d’un ouvrage fort intéressant, qui reste un livre savant, émaillé de références et écrit avec le sérieux universitaire qui fait la valeur de l’Université. J’ai beaucoup appris en lisant ce livre. Mon seul regret est qu’il n’existe aucune version moderne de cette bible ; ce serait une formidable entreprise éditoriale de la rééditer, avec els moyens modernes.

Jean-Michel Dauriac – mars 2026 – Beychac.

Leave a Comment

Dérives, divagations et dévoiements –  Comment les idéologies défont la langue et la culture– Pierre Hartmann

L’Artilleur, mai 2025

Ne serait-ce qu’en lisant le sous-titre, vous aurez sans doute deviné que ce gros livre ( 390 pages grand format) est l’œuvre d’un universitaire, il n’y a qu’eux pour pondre de tels titres, à la fois très précis et très repoussants pour le grand public (confer la grande solitude des thèses sur leurs rayons de bibliothèque où personne ne vient les chercher par plaisir). Je ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer à sa fiche professionnelle sur le site de l’UNISTRA (https://ea1337.unistra.fr/celar/enseignants-chercheurs-du-celar/pierre-hartmann/) ; la quatrième de  couverture nous indique qu’il est aujourd’hui à la retraite, avec le titre de professeur émérite. En parcourant cette fiche, nous découvrons que notre auteur est agrégé de lettres et docteur en lettres de la Sorbonne, donc le parcours élitaire classique qui mène à la retraite de l’éméritat. Sa bibliographie montre que nous avons affaire à un chercheur qui a produit nombre d’ouvrages sur sa période de prédilection, le XVIIIe siècle. Les titres sont explicites, ce sont des études savantes sur des sujets stylistiques sérieux. Bref, un bon universitaire. Mais, dans cette bibliographie, pas une tête qui dépasse : tout est conforme au registre assigné du spécialiste. Aussi peut-on être surpris quand on lit le livre dont je vais maintenant vous entretenir. Il manifeste ce que je pourrais appeler sans vulgarité le « syndrome de la cocotte-minute », laquelle est faite pour supporter une certaine pression interne, mais doit ouvrir la petite purge dès que celle-ci est atteinte, au risque sinon d’une explosion fatale. Cette pression est tout entière contenue dans la fiche de Pierre Hartmann : c’est celle de la conformité universitaire et de l’autocensure de ce milieu. Pour l’avoir longuement fréquenté durant mes deux longs cycles d’études, je sais à quel point il déteste toute forme et tout contenu qui ose d’écarter du modèle canonique ; c’est ainsi que l’Université se reproduit dans une endogamie parfaite dont les seules querelles portent sur le sexe des anges, loin, très loin  du monde réel.

Visiblement, Pierre Hartmann a trouvé dans la retraite un moyen d’ouvrir la soupape de sécurité. Le lecteur le constatera tout au long cette lecture très polémique et critique, engagée et qui ne mâche pas ses mots. Je fais le pari que c’est le fruit d’une accumulation longue et contenue de « coups de gueule » avortés sous la chape de l’hermine universitaire, surtout à Strasbourg (qui fut ma seconde Alma Mater, celle de la maturité) où le conformisme germanique est encore plus net qu’ailleurs. Ce préambule ne vise nullement notre auteur, dont je salue l’œuvre et la franchise (peut-être tardive), mais à souligner à quel point cette magnifique institution séculaire qu’est l’université peut être castratrice pour ses purs produits et, finalement, extrêmement conservatrice, sous des dehors estudiantins très passagers (Mai 68 a été un leurre sublime sur la volonté de changement radical des étudiants, tous devenus de beaux et gros bourgeois défenseurs de l’ordre qu’ils contestaient à coup de pavés, Cohn-Bendit et Geismar en étant les parangons les plus connus). Il n’y a rien à ajouter au chef-d’œuvre de Jacques Brel, Les bourgeois.

Ce livre est effectivement d’abord un travail de philologue et de linguiste, car c’est au travers de ce que subit notre langue que l’auteur montre l’action des idéologies à l’œuvre. En l’occurrence il s’agit ici exclusivement de courants venus de l’Amérique du Nord où ils ont ébranlé profondément la société, mais pu prospérer sous la protection du premier amendement de la Constitution américaine, dont voici la traduction :

« Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, ou celle de la presse ; ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. » (source Wikipédia).

Cet amendement qui fut une des forces de la jeune démocratie américaine s’avère aujourd’hui en être un des plus grands adversaires, car l’éthique qui le sous-tendait a disparu et seule reste la liberté de tout dire – et donc n’importe quoi – sans entrave. C’est ce qui a permis aux idées décoloniales, racialistes, néo-féministes, intégristes écologiques et autres études de genre de gangrener les campus et la pensée américaine. Et comme nous sommes à la remorque de tout ce qui vient d‘outre-Atlantique, par une croyance au progrès infini, notre culture est à son tour parasité par ces modes de pensée, étrangers à la manière d’être intellectuelle française, mais qui accomplissent un travail de sape redoutable avec la complicité active de tout un pan des universitaires. On comprend évidemment que ceux-ci ne sont pas les amis de Pierre Hartmann et qu’il a dû subir ces billevesées dérisoires érigées en connaissances.

Il va donc, dans son livre aborder les divers aspects de ces dérives dont le titre porte trace. Le contenu est très riche et tout à fait argumenté et aurait trouvé sa place légitime dans une recherche universitaire non corsetée. Il aborde les courants agissant en France, que ce soit le néo-féminisme, les études dites de « genre » (aujourd’hui très banalisées) ou de « race », et tout ce qui se retrouve sous l’étiquette américaine de « woke » (littéralement « éveillé). Il serait fastidieux de donner le détail de tous les exemples. Je ne citerai que deux illustrations.

La première concerne une analyse critique des nouveaux termes imposés par la doxa atlantiste et souvent repris sans aucun discernement par les asses médiatiques et politiques. L’indigence de langage de nombreux journalistes et élus est notoire et il en fait un petit florilège conclusif de son travail. Ainsi peut-on mentionner deux mots dont il est abusé, « féminicide » et « islamophobie », deux termes chéris de la gauche française, pas loin d‘être la gauche la plus bête du monde, après avoir été la plus brillante en son temps. Chaque terme est discuté à la fois scientifiquement et sociétalement et le résultat est impitoyable : tous ces termes sont absurdes !

Le second exemple est celui de la dégringolade de la culture française, qui n’est plus un secret pour personne, mais qui est violemment niée par ceux-là même qui la détruisent. Là, il vise juste et fait le choix de commenter le programme d’une des dernières saisons culturelles au Théâtre national de Strasbourg. La brochure de présentation est décortiquée et le résultat est à la fois très probant et très affligeant. La propre directrice de cette institution prestigieuse maltraite la langue dans ses déclarations, en plus de massacrer la haute culture. Il ressort de cette étude que Strasbourg a un Théâtre où l’on ne présente quasiment plus de pièces du répertoire, mais des évènements, des créations pour le moins étranges qui déstructurent tous les acquis (le genre de spectacle qu’un spectateur lucide déserte au bout d’un quart d‘heure !).

L’auteur de ce livre, Pierre Hartmann.

L’impression la plus forte qui se dégage de cette lecture est l’effondrement de la maîtrise de la langue, tant orale qu’écrite, même chez des gens censés avoir été formés longuement. C’est, bien sûr la grammaire et la syntaxe déficientes qui choquent d’abord notre auteur, mais au-delà le manque de connaissance purement sémantique de l’usage des mots est frappant. On pourra rétorquer que cette attitude est réactionnaire (au sens mauvais du terme) et antiprogressiste, donc « fasciste », puisque tout ce qui n’obéit pas à la vulgate progressiste est digne de Mussolini ! La langue évolue et il faut « s’adapter à son temps » ! Argument fallacieux s’il en est : évolution, oui, mais saccage, abandon et trahison ne sont pas acceptables.

Si vous n’êtes pas familier de ces dérives, ce livre vous ouvrira les yeux sur ce qui se joue à bas bruit dans les milieux dirigeants, les universités et grandes écoles. Nous avons de plus en plus une réalité en trompe-l’œil, qui semble sauvegarder l’essentiel, mais détruit systématiquement les moyens de le connaître et de le transmettre. L’école étant le lieu privilégié de ce massacre, lequel est accompagné par la cohorte des médias, chargés de distiller cette sous-culture abrutissante dans la masse. Le fait de faire de longues études n’est en rien une garantie de connaître et comprendre la culture européenne, car les contenus ont été dilués et changés : l’auteur cite l’exemple de la place prise par l’écologie dans certains cursus d’enseignement, en lieu et place des connaissances basiques. Ce travail est en fait identique à ce qui s’est passé au XXe siècle avec les dérives nazies, soviétiques ou chinoises. Orwell l’a bien illustré dans la novlangue de 1984. Seulement, chez nous aujourd’hui cela se perpètre sans violence, au nom de l’illumination intellectuelle venue d’un peuple dont le standard culturel est la taille des hamburgers et la finesse du base-ball.

Je ferai un seul vrai reproche à ce livre passionnant, c’est celui de sa structure. Elle est vraiment bancale. Une très longue introduction baptisée « Prolégomènes » occupe les cent premières pages. C’est interminable ! Ensuite le reste du livre obéit à un plan plutôt faible, qui ne met guère en valeur le contenu. Cela peut être un handicap sérieux qui pourrait même décourager des lecteurs, car c’est tout sauf fluide et limpide dans la construction. Des chapitres plus courts, mieux titrés et parfois moins bavards seraient plus percutants. Le sujet l’aurait mérité.

Il faut passer sur ce défaut structurel, car le livre est vraiment intéressant et riche, nous apprenant beaucoup de faits précis et rétablissant les usages linguistiques corrects. A garder à portée de main, car il est une véritable mine de renseignements utiles.

Je terminerai par un extrait tout à fait significatif et que j’ai choisi en raison de ma proximité avec le domaine de George Sand à Nohant et son univers créatif. L’auteur y fait une comparaison entre la bonne dame de Nohant et le prix Nobel de littérature français Annie Ernaux. Comprenne qui pourra !

« Pour prendre la pleine mesure d’une telle dérive dans les bas-fonds tant existentiels que littéraires, il suffit de relire George Sand écrivain authentique, vraie féministe et socialiste de la première heure dont, en appendice à une œuvre immense, la seule autobiographie est plus vaste et infiniment plus riche que l’œuvre entière d’A. Ernaux. Sans même parler du style L’Histoire de ma vie présente en effet toutes les qualités qui font si cruellement défaut aux fragments autobiographiques de notre lauréate ; hauteur de vue, sens de l’histoire, générosité, amour de la nature et du prochain. J’invite donc mes lecteurs à lire ou à relire ce témoignage de haute volée, dont l’écriture sensible fait scintiller tout un monde intellectuel, historique, affectif et sensoriel dont ceux d’A. Ernaux ne peuvent avoir la moindre idée, tant l’univers mental qui s’offre à eux est dépourvu de réflexion, d’intelligence historique, de sensualité, d’émoi (chez elle, l’émoi s’écrit itérativement «et moi»). Une œuvre d’une extrême indigence de pensée, d’une désolante sécheresse de cœur, l’une complète absence de poésie, aussi indifférente à la nature qu’à autrui (l’amitié n’y a nulle place) ; un monde et une œuvre enfin d’une navrante platitude parce que tristement repliés sur des obsessions sexuelles et des rancoeurs sociales qui bouchent tout horizon, et dont est gaiement absente la plus infime manifestation d’humour ou de fantaisie. Je mets ainsi tout lecteur sensible au défi le passer de l’œuvre de G. Sand à celle d’A. Ernaux sans être saisi d’effroi par une telle déperdition de vie, de sens et de style. Et je le laisse avec cette interrogation: qu’est-il donc advenu à notre culture pour qu’on en vienne à oublier la première et à louanger la seconde? De qui je dirai, en me résumant et en usant un instant du lexique propre à la phénoménologie, que rarement un écrivain et son oeuvre se sont avérés si pauvres en monde. » p.278-279.

J-Michel Dauriac – Les Bordes – 2 janvier 2026.

Leave a Comment

Populicide – Philippe de Villiers

Fayard, 2025, 386 p., 21,90 €.

Le précédent livre de de Villiers, Mémoricide a connu un très grand succès de librairie (230 000 exemplaires en tirage princeps), sur le thème de la destruction programmée de la mémoire (lisez l’Histoire) du peuple français. Avec ce livre, il récidive son succès, cette fois sur la destruction à venir du peuple français. D’aucuns diront qu’il exagère vraiment. Encore faut-il l’avoir lu pour pouvoir le dire.

Un homme qui aime son pays est-il un « fasciste » ? Un homme qui manie savoureusement et avec talent la langue de ses aïeux est-il un « fasciste » ? Un homme qui préfère son peuple à tout autre peuple est-il un « fasciste » ? Un homme qui se défie de l’Union européenne qu’il connaît sur le bout du doigt est-il un « fasciste » ? Un homme qui aime et cultive l’histoire de son pays est-il un « fasciste » ? Un homme qui a conçu, voulu et réalisé un grand spectacle vivant autour de l’histoire de France est-il un « fasciste » ? Un homme qui est catholique et pétri des traditions de sa religion est-il un « fasciste » ? Un homme né aristocrate est-il un « fasciste » ? Un homme, ami de Vincent Bolloré, et qui intervient régulièrement sur sa chaîne de télévision CNews est-il un « fasciste » ? Un homme qui réunit dans sa personne tous ces traits peut-il être autre chose qu’un « fasciste » selon la vulgate médiatique et bien-pensante du temps ?

Vous aurez reconnu Philippe de Villiers dans cet homme multiple, dont le mot « fidélité » est sans doute celui qui peut le mieux le définir. Depuis maintenant trente ans, il écrit. Et fort bien, et des livres aux thèmes importants qui parlent aux Français, ce que ses chiffres de vente disent clairement, et que ses adversaires ne peuvent pas lui pardonner, tant on aime dans une certaine caste de ce pays les échecs et l’élitisme. Je dois dire, pour être très clair, que je n’ai pas toujours apprécié le personnage, car j’ai été aussi victime de son lynchage médiatique permanent, surtout par les Guignols de l’Info. C’est lorsque je me suis mis à le lire que j’ai commencé à réviser mon jugement de fond. C’est d’abord la clarté, la beauté et l’humour de sa langue qui m’ont conquis. Puis, je me suis rendu compte que, sur le fond, je partageais nombre de ses analyses. Mais je dois dire que je ne suis pas d’accord, loin de là, avec toutes ses positions politiques, que je trouve assez souvent trop conservatrices. Je ne suis pas non plus du même clan religieux, bien que chrétien engagé et convaincu, comme lui. Ce qui ne m’empêche pas de prendre un grand plaisir à le lire.

Le thème de ce livre est donc la crainte du « Grand Remplacement » – il n’emploie jamais lui-même cette formule qui sent le souffre de Renaud Camus, selon la gauche « antifasciste[1] » -, mais je le fais pour jeter un peu d’huile sur le feu, quoique maintenant cette formule soit « politiquement correcte », puisque c’est le dernier projet de société de ce malheureux Mélenchon, qui court de bêtise en bêtise, en détruisant consciencieusement la gauche française. Ce disant, Mélenchon a rendu un grand service au monde des idées, en permettant enfin que l’on évoque le risque que cette formule désigne : le remplacement progressif et inéluctable du peuple français par les vagues d’immigrants extraeuropéens et musulmans qui viennent vivre sur notre sol, tout en affirmant qu’ils haïssent la France (va comprendre, mon bon monsieur Michu, ce que ça peut bien signifier).  De Villiers construit son livre sur une lutte sans merci contre toute cette pratique et cette argumentation fallacieuse. Et il y a de quoi faire !

Par des chapitres courts, il soutient l’attention de son lecteur et dénonce les errements politiques depuis cinquante ans (depuis le regroupement familial adopté sous Giscard d’Estaing). Il démonte les faux arguments des grands prêtres de l’immigration sans frein. Par exemple, en récusant cette affirmation devenue mantra : « La France a toujours été un pays d’immigration, elle s’est construite sur l’immigration. » Il montre que cela est une contre-vérité historique. La réalité est qu’il y a toujours eu des migrants venant sur le sol de France, mais en nombre limité et avec le désir – réalisé – de devenir Français. Ce qui n’est plus du tout le cas de nos jours. Il met en avant aussi le faux argument du besoin de main-d’œuvre, repris et amplifié par la technocratie européenne. Quand un pays compte 5 à 7 millions de chômeurs depuis près de quarante ans, il n’y a nul besoin de faire venir des immigrés pour travailler, il suffit de mettre les chômeurs au travail.  Il montre que les attitudes pro-immigration sont en fait impulsées soit par Davos et ses maîtres capitalistes du monde, soit par les survivants de l’internationalisme ouvrier mal compris. Il repousse les deux au nom de l’histoire. Précisons qu’à aucun moment il ne verse dans la xénophobie, comme ses ennemis ne manquent pas de la dire. Il est en effet vrai que depuis les années Mitterrand, il est impossible de parler de l’immigration sans être fascisé par la gauche la plus bête du monde. C’est ce qui a permis l’ascension irrésistible du FN puis du RN, ou de Zemmour. Il existe, en Europe même, des pays où la gauche a eu le courage de traiter ce problème  et où elle gouverne, approuvée par les électeurs, le Danemark par exemple. Mais l’immigration musulmane n’est qu’un des aspects du problème du populicide.

La mondialisation est tout aussi responsable, par l’uniformisation réductrice qu’elle promeut. Le consumérisme effréné est le moteur du capitalisme contemporain, qui n’a aucune limite décente. La diffusion de masse est la responsable d’un recul de la culture nationale et de la baisse d’exigence culturelle. Les jeunes Français se vêtent, mangent, pensent, dansent de la même manière que les autres jeunes du monde. Ils sont dénationalisés et déterritorialisés. Les réseaux asociaux répandent comme une trainée de poudre la pensée minimaliste et les songes des fake news, encouragent le complotisme et ruinent l’identité propre.

Face à ce raz-de-marée uniformisateur, de Villiers propose de refranciser nos populations. Ce qui implique de reprendre en main une école qui enseigne véritablement et ne fasse pas du « ludique » l’essence même de l’instruction. Il faut redonner le goût et l’amour de la langue maternelle débarrassée de tous ces anglicismes et des barbarismes colportés par la sphère journalistique de base. L’histoire du pays doit être sujet de fierté et non de honte wokiste. Il faut assumer le bon, le beau et le moins beau et le moche de notre longue histoire. Reprendre le pouvoir sur nos vies et la maîtrise de notre espace, en redonnant aux frontières leur sens premier de limites. Bref, l’auteur dresse le programme d’une reconquête culturelle et politique, qui passe par l’abandon de l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement.

Bien sûr, on n’est pas du tout obligé d’adhérer à toutes les positions de l’auteur, on peut trouver qu’il se répète assez souvent, mais c’est le risque de l’écriture satirique et pamphlétaire. Ces inconvénients sont largement compensés par le plaisir de lire une belle langue qui dénonce sans langue de bois les dérives et les abandons de souveraineté qui nous ont conduits dans l’impasse présente. On appréciera par contre la sincérité de l’auteur et les confidences autobiographiques qui émaillent son propos. Ce livre a des allures testamentaires. Il a le grand mérite de tirer, une fois de plus, la sonnette d’alarme ? puisse-t-il être entendu !

Jean-Michel Dauriac – Les Bordes – mars 2026.


[1] « S’il y des antifascistes, c’est qu’il y a des fascistes » est la justification première de ces combattants courageux d’un mal dont ils ignorent véritablement la nature.

Leave a Comment