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Foi et salut en Christ : permanences et évolutions

La religion chrétienne repose, dès l’origine, de deux piliers : la foi et le salut. C’est là le cœur de la prédication évangélique des commencements, ce qui construit l’Eglise primitive des trois premiers siècles. Il n’est pas inutile de rappeler, Bible en main, quels sont ces fondements et comment ils étaient mis en œuvre par les apôtres et leurs successeurs. Il sera alors possible de parler de l’évolution de ces piliers au fil de l’histoire, en choisissant quelques moments forts. Nous pourrons alors porter un jugement sur cette évolution et dire s’il faut la regretter ou l’applaudir, toujours dans le seul souci d’être des serviteurs fidèles.

Textes de base :

Hébreux 13 :8 : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité. » (version La Colombe)

Jean 3 :16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » idem.

Que croyait et prêchait l’Eglise primitive ?

Le récit fondateur est celui du jour de la Pentecôte, dans les deux premiers chapitres du livre des Actes des Apôtres : Actes 2 :14-40.

Nous y voyons comme Pierre « improvise » -sous l’action du Saint-Esprit- un discours face à la foule survenue à cause du bruit fait par les cent-vingt remplis de l’Esprit.

  1. Il explique ce qui se passe et ce qu’est le Saint-Esprit, en ayant recours à la prophétie de Joël, car il parle à des juifs, qui ignorent la promesse de Jésus et ne connaissent que les manifestations juives de l’Esprit de  Dieu.
  2. Il aborde ensuite le rôle de Jésus, en le faisant apparaître comme sujet de la prophétie de David, par un mélange de citations (Esaïe et les Psaumes).
  3. Il annonce la résurrection du Christ et l’envoi de l’Esprit-Saint par lui. « Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » Actes  2 : 36.

Ce message n’annonce point le salut, mais le Messie et sa résurrection. Aux questions des présents il donne la description du processus de conversions :

Actes 2 : 38-40 : « 38  Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit.

39  Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera.

40  Et, par beaucoup d’autres paroles, il rendait témoignage et les exhortait, en disant : Sauvez-vous de cette génération perverse. » Source idem.

Repentance baptême et réception du Saint-Esprit. Jamais le mot salut n’est prononcé.

Une représentation peinte de réunion de maison de l’Eglise primitive

Le deuxième discours de Pierre, dans le Temple, Actes 3 :12-26, reprend la prédication messianique vers les juifs.

C’est dans le troisième discours, Actes 4 :8-12, devant le conseil juif, le sanhédrin, que le mot « salut » apparaît pour la première fois après la résurrection, faisant ainsi écho à la déclaration de Jésus en Jean 12 :47.

Actes 4 : 12 : « Il n’y a de salut en aucun autre ; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » Version LSG 1910.

Jean 12 : 47 : « Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, ce n’est pas moi qui le juge, car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde. » Version La Colombe).

De ces deux versets, nous déduisons donc une équation très simple :

JESUS = LE SALUT = LE SEUL MOYEN DONNE AUX HOMMES

La foi en Jésus et le salut sont une seule et même chose pour l’Eglise primitive.

Pour elle, la proclamation de cette foi simple suffit. On le voit dans le livre des Actes 8 : 26-39, qui raconte la rencontre du diacre Philippe et du dignitaire éthiopien sur une route de Palestine.

Actes 8 : 36-38 : 36  Comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à un point d’eau. Et l’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ?

37  Philippe dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible. L’eunuque répondit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.

38  Il ordonna d’arrêter le char ; tous deux descendirent dans l’eau, Philippe ainsi que l’eunuque, et il le baptisa. » Idem.

On ne prêche rien d‘autre que ce que résume Jean 3 : 16, aucune connaissance doctrinale ou biblique n’est requise a priori. La foi proclamée suffit.

Et ensuite ? (évolutions à travers quelques exemples historiques)

Nous allons donner quelques exemples tirés de l’histoire du christianisme au cours des 1700 ans qui suivent la naissance de la Grande Eglise Catholique.

 L’apparition de la catéchèse et du catéchisme est établie dès le IIe siècle : les futurs baptisés doivent suivre un enseignement. On a de bons exemples de catéchèses antiques ( la Didaché, par exemple). Le futur baptisé doit apprendre des réponses aux questions qui lui seront posées lors de la cérémonie du baptême. Cette catéchèse peut durer longtemps, car son résultat est soumis à l’appréciation des pasteurs et anciens. Pendant ce temps, les catéchumènes sont tenus à l’écart de la deuxième partie du culte, celle de la Sainte Cène.

Question essentielle : qu’arrive-t-il si un catéchumène meurt avant d‘avoir été baptisé ?

Pour l’Eglise primitive et, après elle l’Eglise catholique, il est perdu et va en enfer, car c’est le sacrement du baptême qui accorde la grâce du salut. D’où le baptême des nourrissons et les baptêmes pratiqués à l’article de la mort.

Jésus a dit, en Jean 11:40 « Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » LSG 1910.

Faut-il rejeter la catéchèse ? Evidemment non, mais il faut la remettre à sa juste place.

La classification des péchés véniels et mortels est une étape importante. Voici la synthèse IA Google sur ce point :

La distinction entre péché véniel et péché mortel s’est développée de manière progressive dans l’Église catholique, mais elle s’est véritablement structurée et théorisée au Moyen Âge, avant d’être formellement dogmatisée au XVIe siècle. Son évolution historique s’articule autour de quatre grandes étapes : 1. Les fondements bibliques (Antiquité) L’origine de la distinction remonte au Nouveau Testament. Le texte de référence se trouve dans la Première épître de Jean (1 Jn 5, 16-17), qui évoque explicitement l’existence d’un « péché qui mène à la mort » et d’un péché « qui ne mène pas à la mort ». [1, 2] 2. La formulation par les Pères de l’Église (IVe – Ve siècle) Durant les premiers siècles, face à la mise en place de la pénitence publique, les théologiens ressentent le besoin de classer les fautes. Saint Augustin d’Hippone joue un rôle déterminant en distinguant trois catégories de fautes : [1] Les fautes quotidiennes et légères (qui seront qualifiées plus tard de vénielles), effacées par la prière, le jeûne ou l’aumône.Les péchés graves ou mortels (comme le meurtre, l’apostasie ou l’adultère), qui brisent la charité et nécessitent une démarche de pénitence officielle pour réintégrer la communauté. [1, 2] 3. La systématisation scolastique (XIIIe siècle) C’est au Moyen Âge que la théologie catholique fixe précisément les définitions et la terminologie actuelle. Dans sa Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin conceptualise rigoureusement la différence en se basant sur la finalité de l’acte : [1, 2, 3] Le péché est mortel lorsqu’il détruit la charité et détourne entièrement l’homme de Dieu (sa fin ultime).Le péché est véniel (du latin venia, qui signifie pardonnable) lorsqu’il perturbe l’ordre moral sans pour autant rompre la relation d’amour avec Dieu. [1, 2, 3] 4. La dogmatisation au Concile de Trente (1545–1563) La distinction devient un dogme officiel et obligatoire lors du Concile de Trente. Pour répondre aux réformateurs protestants (qui soutenaient que tout péché mérite intrinsèquement la damnation éternelle), l’Église catholique réaffirme solennellement qu’il existe une différence de nature et de gravité entre les fautes. Le concile impose alors la confession obligatoire de tous les péchés mortels.

Les péchés mortels ne peuvent être pardonnés que par l’absolution donnée par un prêtre. Il n’y a aucun fondement biblique à toute cette doctrine quoiqu’en dise le texte ci-dessus. Mais cette pratique marque le renforcement absolu du cléricalisme et l’institution vitale des sacrements. Sans eux, pas de salut.

Ceci est en contradiction avec la prédication apostolique et le message de Jésus, pour lequel les religieux (pharisiens et saducéens) abusaient de leur autorité.

L’invention du purgatoire, à partir du XIIe siècle, remet en cause le salut par grâce. Avec la pratique des indulgences, on entre dans une hérésie de type simoniaque, qui finira par déclencher la Réforme de Luther. Le salut devient une sorte de parcours d’obstacles, qui doit être réduit par toutes sortes de pratiques (pèlerinages, ascèses, offrandes…). Ce dogme n’a absolument aucune base biblique. Il va faire régner la peur de l’enfer des siècles durant. Il réduit la grâce divine à un marchandage sordide.

Luther prêche la justification par la foi et le salut par grâce et refuse les Indulgences pontificales, par ses fameuses 95 thèses : c’est le début de la Réforme protestante. Il s’agit, en fait, d’un retour aux textes évangéliques et à la foi de l’Eglise primitive.

Mais peu à peu, certaines dénominations protestantes, à leur tour, reviendront sur ce salut par grâce. Tout un courant prêchera une sanctification très sévère, qui conditionnerait le salut. A L’inverse, les libéraux rejetteront l’idée d’un salut pour les seuls croyants et prêcheront un salut universel ou un paradis sur terre (L’apocatastase remettant parfois en doute l’existence d’une vie éternelle). L’enfer n’existe pas…

On le voit, l’histoire chrétienne est jalonnée d’erreurs et de manipulations qui ont remis en cause les fondements de l’Eglise primitive. Toutes ces erreurs ont en commun d’avoir discuté de la suprématie de la Bible comme seule dépositaire de la Parole de Dieu.

Une référence ancienne , mais de grande qualité pour mieux connaître l’Eglise primitive

Sauvés… Mais de quoi et pourquoi?

Dans le sens commun, « sauver » signifie « arracher à un grave danger, mettre à l’abri ». Le salut chrétien doit être compris, en premier lieu, dans ce sens commun.

Le salut en Christ est ce qui nous met à l’abri de tout ce que le Christ a dénoncé comme nous menaçant. Citons quelques exemples.

Actes 2 :40 : « Et, par beaucoup d’autres paroles, il rendait témoignage et les encourageait, en disant : Sauvez-vous de cette génération perverse. » Version NBS. Paul use de la même expression en Phlippiens 2 : 15 : « …afin que vous soyez irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération perverse et corrompue, » version LSG 1910. Le mot grec skoleon veut dire « oblique, tortueuse, sans franchise ». On peut aussi traduire par « dévoyée » (TOB, JER) ou « pervertie ».

1 Pierre 2 : 18 : « Vous savez en effet que ce n’est point par des choses périssables — argent ou or — que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre, héritée de vos pères, » (version La Colombe).

1 Pierre 5 : 8 : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. » (Version LSG 1910).

Je m’en tiendrai à ces trois menaces que l’Eglise primitive avait clairement identifiées.

Une génération perverse et corrompue, menteuse et pervertie. N’entend-on pas cela aujourd’hui, et pas seulement dans la bouche des chrétiens ? La morale humaine et la décence ordinaire semblent abolies, l’argent et le pouvoir ont tout corrompu, la violence gangrène nos sociétés. Jésus a fait de cela un signe des temps de la fin (Matthieu chapitre 24).

Une vaine manière de vivre est aussi dénoncée par les apôtres. Un mode de vie futile qui n’a pas de sens profond. Si cela était déjà vrai à l’époque de Pierre et Paul, que dire de notre temps ? Nous sommes au sommet de la vanité, du non-sens, poussés à la seule consommation. La « mort de Dieu », claironnée depuis 150 ans a ôté toute perspective qui puisse nous transcender. La jeunesse est souvent perdue, se choisissant des gourous dérisoires (des « influenceurs » dit-on stupidement en avouant le piège) ou des causes absurdes. Les adultes fuient, la tête dans le guidon, sans prendre le temps de réfléchir à ce qu’ils vivent et à ce qu’ils sacrifient.

Ces deux éléments caractérisent, hélas, nos sociétés dites avancées (en décomposition) et développées.

Il s’y ajoute, pour ceux qui sont sensibles à la vie spirituelle, la menace plus subtile du diviseur, le diabolos, le Diable : l’ésotérisme, les superstitions, les pratiques occultes, les diverses sectes… Tout cela génère des femmes et des hommes « dévorés » par le Mauvais, esprit du monde (1 Jean 5 : 19 : « Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier gît au pouvoir du Mauvais. » (version NBS). De cela aussi, Jésus nous sauve.

Conclusion

C’est une grave erreur de perspective, mais découlant de l’esprit du temps, que de nous faire croire que le temps de l’Eglise primitive est dépassé et ne saurait nous servir de référence. En effet, en rejetant certains excès, nous rejetons aussi ce qui est bon.

Les excès, c’est une erreur de croire que LE modèle de la « bonne église » doit reproduire à la lettre celle de Jérusalem, décrite dans les débuts des Actes des Apôtres.. Cela n’a jamais été enseigné par les Apôtres. Paul, qui donne de nombreux conseils aux églises, ne fait aucune référence à Jérusalem. Et il faut également se garder d’absolutiser les conseils de Paul.

Le bon est pourtant abondant dans cette Eglise primitive, sa foi et son salut.

La foi des premiers chrétiens peut nous servir d’exemple, car elle est pure et pas encore manipulée par les religieux de métier. Une excellente référence, toujours actuelle, est le symbole des Apôtres, résumé de la foi du II-IIe siècle. Un chrétien authentique doit pouvoir prononcer chacun de ses termes en conscience.

Symbole des Apôtres

Je crois en Dieu le Père tout-puissant

Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,

Qui est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie,

Qui, sous Ponce Pilate, a été crucifié et enseveli,

Le troisième jour est ressuscité des morts,

Est monté aux cieux,

Est assis à la droite du Père

D’où il viendra juger les vivants et les morts,

Et au Saint-Esprit,

A la sainte Église,

A la rémission des péchés,

A la résurrection de la chair. Amen

Le salut n’a pas « évolué », seule la façon de l’annoncer l’a fait, pour s’adapter à chaque époque. Mais le salut reste ce que nous avons vu plus haut. Il ne peut y avoir de compromis, on ne peut pas édulcorer le salut (ni le péché, même si le mot fait peur !). Il n’y a pas de demi-salut !

Si nous croyons que « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité. », alors il faut rester dans la foi du Christ et des Apôtres, et rechercher le salut, pour notre propre vie d’abord, puis pour les autres.

Tous les autres, sans exception ? Cela ne nous appartient pas de le savoir. Le salut est dans les mains de Dieu : s’il a décidé qu’il sera donné à TOUS les hommes, c’est son dessein. Je citerai le grand théologien réformé, Karl Barth,  à ce sujet :

« Il faut être fou pour enseigner le salut universel, mais il faut être impie pour ne pas le croire. »

Le salut n’est pas une fin, il est un début. Par lui, nous entrons dans le Royaume de Dieu dès maintenant : là est la grâce.

Jean-Michel Dauriac – octobre 2026.

Published in Bible et vie

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