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Sécurité, clientélisme et crétinisme municipal

D’entrée, je pose un principe clair : le Code de la route est fait pour être respecté, car il assure une cohabitation des divers usagers de la route : automobilistes, cyclistes, piétons et autres gyroschtrouphfeurs. Les limitations de vitesse, particulièrement en agglomération, sont capitales pour cette sécurité et cohabitation. Ceci est dit, et sans aucune restriction.

Maintenant, venons-en au réel. Je prendrai un exemple vécu par votre serviteur récemment, lors d’un road-trip moto dans le nord-est de la France. Nous devions regagner notre camp de base un soir et pour cela faire la route qui relie Nancy ç Château-Salins, soit une trentaine de kilomètres vers l’est. Nous avons voulu éviter la route départementale majeure qui était très encombrée, car c’était l’heure de la débauche des travailleurs. Nous portâmes donc notre choix sur une petite départementale plus ou moins parallèle à la grosse voie, qui traversait de nombreux villages. Ces villages, proches en temps de parcours de Nancy, sont ce que l’on appelle des banlieues rurbaines, lesquelles sont maintenant majoritairement habitées par des urbains venus vivre ici pour des raisons souvent financières, à savoir le prix de l’immobilier. Ce sont des résidents pendulaires, ils quittent tous ensemble le matin leurs villages et le regagnent ensemble soir, d’où les bouchons, même sur des petites routes pseudo-rurales. Le samedi, ils vont presque tous en même temps dans les hypermarchés de la périphérie nancéienne, d’où de nouveaux encombrements. Ces habitants sont absolument dépendants de la voiture, même si des lignes de bus passent dans ces villages. Ajoutons, pour finir ce tableau rapide, que ces habitants rurbains sont devenus largement majoritaires dans les villages et qu’ils ont donc pris les mairies, en évinçant plus ou moins les locaux et, surtout, les rares agriculteurs restants. Ces habitants veulent tous les accessoires de la vie urbaine à la campagne (salles de sport, médiathèque, marché bio…). Et les maires sont très au courant de ces demandes, car ils sont eux-mêmes du même bois.

Quel rapport, me direz-vous, avec la sécurité ? Nous y venons. Il s’agit surtout de la sécurité routière ici, mais on pourrait y adjoindre la sécurité des biens et des personnes, avec la mode ce ces communes rurales suréquipées en caméras de vidéo-« protection » comme on dit dans la novlangue du moment. Pour la sécurité routière, les élus et leurs conseils municipaux rivalisent d’ingéniosité impersonnelle. Sur cette route, les villages se succédaient avec exactement les mêmes aménagements de bout en bout, comme si on avait dupliqué le modèle. Puis, quelques kilomètres après, changement de canton et changement de modèle, également reproduit ad libitum. Le grand drame des maires est qu’ils se rendent souvent au salon du Maire, qui jouxte l’assemblée générale des Maires de France. Et là, des vendeurs très persuasifs leur fourguent sans pitié leur camelote sécuritaire sans cesse renouvelée. Vous avez eu la grande mode des panneaux avertisseurs de votre vitesse, qui clignotent en rouge quand vous avez l’insolence de dépasser d’un kilomètre/heure la vitesse autorisée, ceux qui vous disent merci, avec une de ces crétines émoticônes souriantes, ceux qui vous rappellent combien ça coûte de dépasser la vitesse.

Même les plus microscopiques villages se sont équipés. Vous repassez un peu plus tard et le panneau ne fonctionne plus, en panne définitive : prix de l’équipement entre 5 000 et 14 000 euros selon les modèles ! Vous avez ensuite l’écluse, cette merveille invention qui se décline aussi sous diverses formes, plus ou moins chères selon la mise en œuvre.

Elle est souvent assortie du ralentisseur carré. Certains villages en comptent cinq ou six en 800 mètres ! Il faut ajouter les ralentisseurs, qui ont poussé comme des champignons, assortis de leurs panneaux 30 km/h et fin de 30 km/h.

Enfin, la dernière nouveauté, c’est la mise en place de panneaux « stop » ou « cédez le passage », en face de rien : aucune rue adjacente, aucun parking ! juste une occasion de faire arrêter l’automobiliste. Dans le tronçon routier que j’évoque , les maires avaient combiné tous les moyens cités ci-dessus dans leurs villages, de taille réduite. Résultat : des arrêts incessants. La quintessence de la stupidité municipale, qui rend leur village impraticable, y compris pour les habitants, car, j’avais oublié de citer les places de stationnement alternées pour casser encore plus la vitesse ; ici, le résultat est que le nombre de places a diminué de moitié et que les autochtones sont obligés de se garer sur les trottoirs, ce qui augmente évidemment la sécurité des piétons. Et tout cela par pur clientélisme municipal, pour satisfaire les demandes des résidents qui veulent bien habiter le long d’une route, mais à condition que les voitures n’y circulent plus, ou alors à la vitesse de l’escargot. Mais l’élu ne peut les décevoir, car il pense à sa réélection. Ajoutons que tous ces moyens ne dissuadent nullement les chauffards et ne gênent que la grande majorité des conducteurs respectueux du Code de la route.

Il faudra bien faire un jour la somme des dépenses absurdes en ce domaine quand, par ailleurs, les mêmes communes ne parviennent plus à entretenir leur réseau communal de voirie. Et cela se renouvelle chaque année, sans fin. Il y a eu, avant cela, la mode des ronds-points, qui coûtaient 800 000 euros pour le plus petit modèle ! Mais on ferme les piscines et les bibliothèques, faute de moyens. La crétinerie des maires et de leurs conseils ne cesse de grandir. Il n’en était pas ainsi auparavant : les priorités étaient celles de la vie pratique et de l’entretien. Aujourd’hui, même le maire d’un village veut paraître et marquer son mandat. Qui nous délivrera des commerciaux et des publicitaires !

Jean-Michel Dauriac – Septembre 2026.

Published in coups de gueule

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