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Souffrances et bonheur du chrétien

François Mauriac – Le livre de poche chrétien A35, 1963 (première édition 1931)

Petit livre d’un grand écrivain du XXe siècle, repris plus de trente ans après sa première édition, en 1931, dans le cadre de cette collection du livre de poche intitulée Le livre de poche chrétien. Mauriac fut, avec André Gide, le grand ordonnateur des Lettres françaises, jusqu’au début des années 1950. L’un est un protestant relaps (Gide), l’autre un catholique torturé. Les deux sont des moralistes, quoi qu’ils en aient pu dire. Par ailleurs, tous deux très grands écrivains et, qui plus est, très « populaires ».

Cet opuscule reprend deux textes et un codicille, écrits à la demande de la presse, en leur temps. Ils sont dans l’ordre chronologique dans cette publication. Une préface très distanciée où Mauriac parle de lui à la troisième personne, comme si quelqu’un d’autre écrivait cela, ouvre le livre. Cette préface est très importante pour l’auteur, car elle lui permet de relativiser la valeur du premier texte, Souffrances du chrétien, dont il affirme qu’il en saurait plus l’écrire au moment où il rédige la préface (sans doute à ‘occasion de la réédition en livre de poche, soit trente ans tard).

Autant le dire d’emblée : je n’ai guère goûté ce livre. Alors même que le sujet me semblait porteur d’une réflexion qui peut intéresser tout croyant. Mais Mauriac a choisi un angle de vue très étroit dans son premier texte, sur les souffrances du chrétien : celui des problèmes de la chair, de l’amour et du sexe. Bien sûr, comme toujours chez lui, cela n’est jamais cru et direct, mais enveloppé de circonvolutions qui disent sans dire, ce qui est vite assez insupportable. Il est manifeste que l’auteur parle d’abord de lui et de ses tentations. Et, à dire vrai, cela brosse un portrait peu attirant de l’homme. Il passe son temps à se défier de l’amour, le plus grand des dangers pour l’être humain, celui qui lui fait perdre la tête et le précipite dans les péchés abominables. C’est une littérature janséniste  très difficile à avaler. D’ailleurs ses deux seules sources sont Pascal dans ses affirmations les plus puritaines et des sermons de Bossuet sur la chair. Le tout s’additionne pour donner un texte vraiment repoussant de contrition et de peur du mal. Cet homme ne connaît nullement la « liberté glorieuse des enfants de Dieu », pour reprendre une expression biblique, mais seulement l’abominable peur de l’enfer. On est plongé dans une littérature d’effroi, et même si cela est bien écrit, c’est totalement anachronique et contraire à l’esprit évangélique. L’image du christianisme qui s’en dégage est celle d’une religion de la peur et de l’interdit, exactement le contraire de celle prêchée par le Christ. Et lorsqu’on arrive aux textes sur le bonheur, on n’y trouve pas le moyen d’effacer l’horreur de la première partie. Je dirais, pour parler un français trivial que Mauriac « rame » pour essayer de montrer le bonheur du chrétien, mais qu’il n’y parvient guère.

Ce livre est exactement ce qu’il faut faire lire à un athée pour qu’il le reste. Comment pourrait-il avoir envie de devenir comme cela ? Cet opuscule met en valeur ce qui était le plus mauvais côté du catholicisme d’avant le concile Vatican II : une religion de la peur, de la contrainte, de la haine du corps et de l’amour. Intéressant comme contre-témoignage, mais pas engageant. Cela me confirme dans l’idée d’un François Mauriac pas vraiment boute-en-train. Oubliable.

Jean-Michel Dauriac, Les Bordes, mars 2026.

Published in les critiques religion et spiritualité

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