Antoine Pasquier – Mame éditeur, Paris, 2025,173 p., 15,90 €.
J’ai eu connaissance de cet ouvrage par un mensuel catholique auquel je suis abonné. Théologien protestant, ce sujet m’intéresse beaucoup.
Ce petit livre revient sur ce qui est devenu un sujet d’actualité pour les médias en 2025, à savoir la croissance du nombre des baptisés, jeunes ou adultes, au sein de l’Eglise catholique, nombre qui a atteint 17 000 personnes an 2025. Ce chiffre est en augmentation assez rapide depuis quelques années. L’auteur est rédacteur en chef du service actualité du magazine Famille chrétienne, référence assez traditionnelle du milieu catholique.
Il a mené une enquête personnelle, de plusieurs manières (directe ou indirecte) auprès d’un échantillon de jeunes catéchumènes. Il dit lui-même que cette enquête est une première étude sur le sujet, qui demanderait une recherche approfondie. Mais, tel quel, son travail est cependant intéressant.
Il s’est surtout intéressé à des jeunes, étant lui-même accompagnateur de catéchumènes dans sa paroisse. Il ressort de son travail que nombrent ceux qui sont venus de milieux totalement coupés de la pratique religieuse. Il s’agit le plus souvent d’une quête personnelle de sens. Si certains y sont venus à la suite d’un accident personnel de vie, ils sont assez nombreux à vouloir simplement autre chose que ce que la société actuelle leur offre. L’auteur insiste sur les parcours diversifiés. Mais un point est commun : il n’est pas si facile de rentrer dans l’Eglise et d’y prendre contact. Beaucoup sont allés à la messe en solitaire avant d’avoir le courage d’aborder quelqu’un à la fin d’un office. A demi-mots, il confesse qu’il y a un vrai problème d’accueil dans la plupart des paroisses. Une fois le contact établi avec une personne apte à répondre à leur désir d’avancer sur le chemin de la foi survient celui du parcours à accomplir. Là encore, l’auteur reconnaît que de nombreuses personnes interrogées lui ont fait part de l’inadaptation de la catéchèse à ce nouveau public. Le discours est adapté aux enfants, mais pas assez aux adultes ; il est souvent formaté et les responsables manquent visiblement de formation. Bref, l’Eglise est fort en peine pour accueillir ceux qui viennent la rejoindre sans qu’elle ait eu à aller les chercher !
Le baptême, en ses trois moments sacramentels, est le point le plus chaleureux et marque un grand temps de joie pour tous les entrants. Mais il y a un après… Que faire de ces nouveaux convertis ? A nouveau, l’Eglise y est peu ou pas préparée localement. Elle bricole selon les évêchés, avec plus ou moins de réussite. Il faudrait une autre enquête de suivi, pour savoir combien de ces nouveaux baptisés restent dans l’Eglise et y trouvent leur place. L’auteur laisse entendre qu’il y a de la déperdition, en raison de ce manque de savoir-faire. Son livre se termine par un quatrième chapitre qui propose un chemin d’approfondissement de la vie spirituelle chrétienne. Tout au long du livre, il insiste sur le rôle de la Bible et de son étude pour éclairer ces néophytes. Mais il faut que les chrétiens en place soient eux-mêmes capables de mener ce travail biblique.
Baptême d’adulte dans une église catholique du Nord de la France 2025
Son livre alterne les propos critiques (mais pas trop quand même, c’est assez mal vu dans la maison) et les motifs de se réjouir. Et motif de joie il y a bien, car ces néo-baptisés, pour la plupart, viennent seuls vers Dieu, sans aucun travail d’évangélisation de l’institution. C’est la force du message et l’apport de sens qui fait le travail – on appelle cela l’œuvre du Saint-Esprit – et répond à un temps de vacuité d’une société qui a sapé tous les repères depuis une trentaine d’années. Ce qui fait mentir tous les prophètes athées qui annonçaient la mort de Dieu et du religieux : il y a bel et bien un réveil spirituel, certes limité, mais réel dans notre pays. Jésus lui-même avait dit qu’il y avait « beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ». Ce qui se vérifie bien depuis que la foi est devenue une affaire personnelle et non étatique ou familiale, même pour le catholicisme (ce fut toujours le cas chez les juifs et les protestants). On ne peut que se réjouir de cet afflux de nouveaux croyants.
A la lecture de ce livre, je me suis désolé de la faible réalité de l’œcuménisme. Car l’auteur, de bonne foi, ne regarde que devant sa porte ; et il voit une Eglise mal préparée aux conditions modernes de la foi. S’il avait pris la peine de dialoguer avec les pasteurs protestants évangéliques de France (par le biais du CNEF[1] ou de la FPF)), il aurait vu que tous les problèmes qu’il évoque ont depuis longtemps été vécus et résolus par les grandes dénominations évangéliques (Baptistes, pentecôtistes…), qui baptisent sans doute plus de gens que l’Eglise catholique chaque année en France. Il y aurait évidemment des coopérations réelles à mettre en place, ce qui demande un effort vers l’union pratique. Je suis toujours peiné de voir que chaque groupe ne pratique l’œcuménisme qu’à date programmée et du bout des lèvres. Il devrait y avoir un travail commun autour des baptisés, qui n’appartiennent jamais aux Eglises, mais au Christ. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de le réaliser vraiment.
Jean-Michel Dauriac – Les Bordes – mars 2026
[1] CNEF = Conseil National des Evangéliques de France ; FPF = Fédération protestante de France. Ces deux fédérations regroupent une très grande partie des protestants de France dans toute leur diversité.


Comments