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Missa est – Daniel-Rops , de l’Académie française

Livre de poche chrétien, 1962, 188 pages.

Un petit livre de cet auteur si prolifique qu’est Daniel-Rops (1901-1965), de son vrai nom Henri Petiot, auteur d’une gigantesque Histoire de l’Eglise en 14 volumes, de romans, essais et ouvrages historiques, élu à l’Académie française en 1956. Le titre est transparent : il s’agit de décrire le déroulement de la messe catholique dans son intégralité. Précisons que les textes liturgiques ne sont pas joints.

Portrait de Daniel-Rops (studio Harcourt)

Le point de départ de l’auteur est que la messe est le cœur de la religion catholique et que tout y dit de la foi chrétienne. Du point de vue d’un catholique pratiquant comme il l’était, cette position est tout à fait orthodoxe. Le théologien protestant que je suis a un avis nettement plus nuancé. Même après avoir lu attentivement son livre, je maintiens que s’en tenir à la seule messe pour approcher la foi chrétienne est un peu réducteur. Mon propos n’est pas ici de mener le débat théologique sur ce sujet. Je me bornerai donc à signaler que nombre de doctrines chrétiennes ne sont pas présentes dans la liturgie de la messe, ou alors seulement effleurées de telle manière que le fidèle n’en peut saisir le sens profond. Citons le retour du Christ en gloire, la parousie pour les théologiens, ou la résurrection des fidèles et le  jugement final (la seule formule expecto resurectionem mortis ne saurait suffire !). Cependant, j’admets sans réserve la place centrale de ce que l’Eglise catholique a nommé l’Eucharistie et que nous appelons plutôt la Sainte Cène, terme mieux adapté au contenu de la commémoration. Dans le culte catholique, toute la messe converge vers l’Eucharistie et la messe s’achève ensuite très rapidement. Dans le culte protestant, la Communion est mise sur le même plan que l’énoncé-annoncé de la Parole de Dieu, par la prédication, alors que l’homélie de la messe est un très bref commentaire de l’évangile du jour.

Le livre procède par petits chapitres courts suivant toutes les étapes d’une messe ordinaire. Ecrit vraisemblablement au début des années 1960, il s’agit d’une messe en latin, selon l’ancien rite alors en vigueur. Chaque chapitre est construit selon le même schéma : une présentation du moment, en termes religieux. Le rituel est décrit, la prière est présentée, les liens avec l’histoire du Christ ou d’Israël sont donnés. Puis suit une prière personnelle de l’auteur sur le sujet du chapitre. Un dessin au trait donne une illustration du geste ou de la position du prêtre. Le livre se termine par trois courts chapitres sur trois prières couvrant la journée : matin au réveil, journée et soir.

Aujourd’hui, ce petit livre a une valeur de témoignage historique. En effet, à la suite de Vatican II, la messe a été rénovée et doit être dite en langue vernaculaire, afin que tout soit compréhensible aux fidèles. En effet, le vrai problème de ce que Daniel-Rops décrit est que la grande masse des croyants ne comprenait rien aux formules et prières de la liturgie, car n’entendant pas le latin. Certes, le mystère de la foi, si cher aux théologiens et clercs catholiques était préservé, mais au prix d’une aberration très dommageable. Il existe évidemment encore des nostalgiques du latin ; ils sont chez les plus traditionalistes des croyants romains, par ailleurs rarement soucieux de la connaissance du peuple, fût-il de Dieu.

Une curiosité donc que ce livre, cependant distribué dans la première grande collection populaire du XXe siècle : le Livre de poche.

Jean-Michel Dauriac, Les Bordes 12 février 2026.

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