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Catégorie : les critiques

rassemble tous les écrits critiques

Qu’est-ce que la Bible – Daniel-Rops

Edition du Club français du livre, Paris, 1955

210 pages, plus une biographie de l’auteur hors-texte.

Illustrations en noir et blanc.

Ce livre, paru en édition princeps en 1955, sera republié dans la collection Le livre de poche chrétien[1], en 1962. Comme l’indique son titre, il a pour but de présenter la Bible à un lecteur qui ne la connaît pas. C’est un petit manuel d’initiation où l’on retrouve les qualités pédagogiques de l’auteur – qui fut professeur de lycée pendant vingt ans – et sa clarté stylistique. L’ouvrage, bref, comprend trois grandes parties. La première présente les données nécessaires à la compréhension de la Bible (histoire, géographie, culture, langues, personnages…). La seconde fait un rapide résumé du contenu de la Bible par grands groupes de textes. C’est plutôt bien fait et peut être utilisé en catéchèse ou en groupes d’étude biblique. La troisième partie est constituée par des annexes et s‘avère fort utile. On y trouve des exemples de parallélisme des textes des Evangiles (on parle synopse en langue théologique). Le tout est illustré par une dizaine de photographies sur le sujet.

Daniel-Rops est un brillant historien, reçu deuxième à l’agrégation d’histoire, à seulement 21 ans. Il donne donc des informations fiables et vérifiées. Mais le livre a les défauts de son âge, notamment dans le domaine archéologique et linguistique. De grands progrès ont été faits en 70 ans et il faut lire certaines pages comme un texte historique témoignant d’un moment précis de l’histoire biblique. De plus, ceci est rédigé et publié avant le concile Vatican II, qui va considérablement modifier la position romaine sur la lecture de la Bible.

La première partie est aussi la plus longue et la plus intéressante, surtout pour quelqu’un qui ne connaît pas grand-chose de la Bible. L’auteur y explique la place de la Bible dans le monde littéraire et culturel. Elle reste le livre le plus édité et le plus vendu du monde, chaque année. Est-elle pour autant le livre le plus lu ? Rien n’est moins sûr. Car il faut être guidé pour entrer et progresser dans ce livre des livres. C’est d’ailleurs un des buts explicitement affiché du présent livre. Comment furent choisi et rassemblés les livres de la Bible ? Voici un des thèmes exposés, qui narre ce que l’on appelle la constitution du canon biblique, tant chez les juifs que chez les chrétiens. La délicate question des auteurs et de l’inspiration est abordée. Car ce livre est aussi le livre saint des juifs et des chrétiens et, en tant que tel, il est déclaré inspiré de Dieu. Celui-ci aurait communiqué à des hommes très différents qu’il a choisis son message. Et ceux-ci l’auraient communiqué aux hommes avec leurs mots et leurs personnalités. D’où découle la différence de ton et de styles de tous ces livres. Cette inspiration est aussi une révélation – c’est-à-dire une levée du voile – qui s’étale dans un temps long : la Bible a uen histoire et s’inscrit dans l’Histoire, parfois même elle la dit. Tout cea est abordé clairement dans les cent première pages du livre.

Nous trouvons ensuite un résumé du contenu des livres, dans l’ordre du canon. Ceci est fait à grands traits, car la matière est très importante. Mais on n’est nullement dans la caricature. Les caractères dominants sont respectés. Le lecteur verra bien la différence entre les grands groupes de textes, soit dans la tripartition juive – Torah – Prophètes et Ecrits – que dans l’ordre du Nouveau Testament chrétien – Evangiles et Actes, Epîtres diverses et Apocalypse finale.

La troisième partie est celle qui est la plus marquée par le catholicisme de l’auteur. On peut regretter qu’il ne garde pas le recul de l’historien ou qu’il ne cherche pas à englober tous els courants chrétiens. Pour lui il n’y à qu’une seule Eglise chrétienne, c’est celle de Rome. Si l’on passe par-dessus cette étroitesse d’esprit, ce qu’il dit sur la manière dont il faut se saisir spirituellement de la Bible est tout à fait convenable pour n’importe quel chrétien. Il présente le lien entre Ancien et Nouveau Testament dans la perspective chrétienne, les trois manières de lire un texte (littéral, spirituel et anagogique). Il montre aussi comment la Bible travaille au progrès moral et spirituel de celui qui le veut, et ce depuis l’origine de ce livre.

Les annexes sont opulentes et intéressantes. Les quatre exemples de textes des Evangiles mis en regard éclairent bien les diverses approches des auteurs. Une chronologie comparative de l’histoire et de la rédaction des livres de la Bible permet de bien saisir la complexité de cet ouvrage. Une bibliographie thématique clôt les annexes. Celle-ci est aujourd’hui très dépassée, car les publications majeures sur tous les aspects de la Bible se sont multipliées depuis soixante-dix ans.

Ce livre présente un réel intérêt, malgré les petits défauts signalés. Il est d’ailleurs très regrettable qu’il n’ait pas été réédité (avec des compléments), car c’est un très bon sésame pour entrer dans la lecture de la Bible. Il faudra donc se contenter des exemplaires anciens que l’on peut trouver chez les bouquinistes et sur le Net.

Jean-Michel Dauriac – mars 2026


[1] Voir mon article sur ce sujet.

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Les secrets de la Bible au Moyen Âge – Xavier-Laurent Salvador

Editions du Cerf, Paris, 2025, 233 pages, 22€.

L’opinion commune – déjà un peu « éclairée » ! – est qu’au Moyen Âge la Bible n’existe pas, du moins comme on la conçoit de nos jours. On imagine volontiers els moines et théologiens travailler sur des manuscrits de certains livres bibliques, mas ne disposant pas d’un recueil comparable à nos Bibles actuelles. Ceci n’est pas faux, mais s’avère réducteur. C’est tout le mérite du livre de X-L Salvador, maître de conférences en langue et littératures médiévales à la Sorbonne, de nous éclairer sur cette période.

Le titre est un peu trompeur, car il laisse augurer une dimension ample du sujet qu’il n’a pas. L’auteur va parler seulement d’une version de la Bible, car elle est, à l’époque, la seule en français. On peut donc regretter que le titre ne soit pas plus précis.

Ce livre est divisé en deux parties et trois longs chapitres.

La première partie pose une question essentielle qui donne son titre au long chapitre 1 : « Lisait-on la Bible au Moyen Âge ? ». c’est en effet là que réside le trou noir. On rattache généralement l’accès à al Bible pour les peuples à deux événements très proches : l’invention de l’imprimerie et la Réforme luthérienne, deux événements situés en Allemagne (géographiquement, car ce pays n’existe pas à cette époque). La traduction allemande de Luther, dans les années 1520-1530 inaugure à la fois la langue allemande moderne et la diffusion massive de la Bible en langue « vulgaire ». Auparavant, les Bibles étaient en latin. Et elles étaient surtout dans les monastères, souvent sous dorme de recueils de certains livres ensemble, mais rarement tout l’ensemble, très volumineux. Le grand mérite de Salvador dans ce chapitre est de nous faire saisir l’émergence de la langue française.

«  Toute la période du Haut Moyen Âge est ainsi caractérisée par un double conflit :

D’abord, une situation qu’on appelle « diglossie », qui voit les gens parler en français au quotidien, mais considérer que le latin est la langue des choses de l’intelligence.

Et une relation très codifiée entre d’un côté ce qui est écrit en vers, qui est du côté de l’imagination, et ce qui est écrit en prose, qui est du côté de l’objectivité. » p. 78.

Donc, la Bible est du côté de l’intelligence et du latin. Cependant, un vrai mouvement cers la Bible se développe, parallèlement à l’émergence d’une bourgeoisie urbaine commerçante qui veut accéder à la Bible et a les moyens d’acquérir un manuscrit, très coûteux à cette époque.  Cela va permettre l’émergence d’uen traduction très particulière de la Bible : la Bible historiale de Guyart des Moulins, qui apparaît en 1297 et sera la référence biblique jusqu’au XVIe siècle, en langue française.

La seconde partie est donc consacrée à présenter cette Bible, totalement inconnue du public, même érudit – c’est mon cas, et pourtant j’ai étudié l’histoire religieuse médiévale – . En deux chapitres très documentés, l’auteur va nous faire découvrir l’auteur et ses sources, puis nous présenter des extraits de cette Bible, qui a la particularité d’être encyclopédique.

Guyart des Moulins 1251-1322) est un prêtre, chanoine en Artois, et il va consacrer une grande partie de sa vie à ce travail. L’article Wikipédia donne des renseignements convenables. On associe à son nom celui de Pierre le Mangeur ou Comestor 1100-1179), qui a coompli un travail encyclopédique sur la bible, en latin, dans lequel Guyart des Moulins puise abondamment. Mais celui-ci n’est pas qu’un plagiaire, il est un auteur et traducteur à part entière. Et c’est le grand mérite de ce livre de nous le montrer par les preuves textuelles. Guyart incorpore de nombreuses données de son illustre maître, mais il complète, modifie ou corrige certaines notions. Par de larges extraits des deux encyclopédistes, Salvador établit la continuité et l’originalité de cette Bible, première en langue française.

Il s’agit donc d’un ouvrage fort intéressant, qui reste un livre savant, émaillé de références et écrit avec le sérieux universitaire qui fait la valeur de l’Université. J’ai beaucoup appris en lisant ce livre. Mon seul regret est qu’il n’existe aucune version moderne de cette bible ; ce serait une formidable entreprise éditoriale de la rééditer, avec els moyens modernes.

Jean-Michel Dauriac – mars 2026 – Beychac.

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Deux livres qui me sont tombés des mains ! – D’un château l’autre – L.F. Céline & La montagne de l’âme – Gao Xingjian

Il est extrêmement rare que j’aille pas au bout d’un livre, ne serait-ce que par respect pour l’auteur et l’œuvre. Cependant, récemment, deux romans ont connu ce triste sort, pour des raisons différentes.

Il m’a pris l’envie, à la suite de la lecture d’un article écrit par un célinien convaincu, de lire le troisième grand roman de Céline. Les deux premiers, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit sont des chefs d’œuvres indiscutables, qui ont fait naître une nouvelle manière d’écrire tout en conservant un fil narratif fort. Mais ce livre-là est écrit près de 25 ans plus tard et, durant ces 25 années, il s’en est passé des choses ! Céline est notamment devenue une canaille antisémite puis collaborationniste avec les nazis, avant d’être arrêté et incarcéré au Danemark, après avoir été jugé et condamnné pour son comportement durant la guerre en France. Il rentre au pays natal, ^pas franchement bien accueilli et s’installe dans un petit pavillon de Meudon où il va végéter jusqu’à sa mort, avec son épouse à ses côtés, vivant très modestement, mais retrouvant le soutien des anciens collabos absous ou passés sous les radars. Ainsi va naître la secte des céliniens. Il écrit et publie D’un château l’autre en 1957. C’est un faux roman. Il s’agit, en fait, d’uen entreprise d’autojustification et d’appitoiement sur soi. Ce livre est malsain, provoquant sans cesse le malaise du lecteur. Non seulement ce nazillon antisémite ne manifeste aucun remord, mais il s’y pose en victime, comme celui qui a trinqué à la place des autres. Ce mensonge est vite insupportable. Mais il faut ajouter à ce contenu nauséabond un naufrage littéraire. C’est pratiquement illisible ! il n’y a plus de phrases, mais seulement des exclamations, des éructations, avec une ponctuation délirante. Le talent littéraire s’est perdu dans la collaboration, il en reste rien qu’une mauvaise caricature du Céline des débuts. Si l’on ajoute donc la nullité stylistique à l’ordure du contenu, on obtient un livre insupportable que ne peuvent lire que des prisonniers ou des gens sous menace de mort ! Ce n’est pas mon cas. J’ai donc jeté l’éponge à la page 154 de ma version du livre de poche. Je déconseille évidemment à quiconque de lire ce torchon.

La montagne de l’âme est sans aucun doute un très grand livre. Mais je n’ai pas réussi à entrer dedans. J’ai persévéré jusqu’à la moitié du livre (368 pages sur 668). Mais l’envie m’a totalement quitté. Sans doute le procédé d’écriture en est-il en grande partie responsable. En effet, l’auteur alterne les chapitres écrits à la première personne, à la seconde personne et à la troisième personne du singulier. On est vite perdu, car les personnages ne se distinguent pas assez nettement pour structurer le récit. Le résultat est très décevant : on flotte d’un personnage à un autre sans vraiment parvenir à se fixer sur l’un ou l’autre, d’autant plus que le cadre est peu palpitant : la campagne chinoise profonde, avec toutes les absurdités du régime combinées avec les traditions anciennes qui perdurent discrètement. Ces récits où le légendaire chinois joue un grand rôle ne m’ont pas du tout intéressé et m’ont vite ennuyé. On est trop loin de la culture occidentale pour moi. Bref, ce livre m’est tombé des mains par ennui ! Mais, à l’inverse de celui de Céline, je en déconseille pas de lire ce livre ; j’espère seulement que vous entrerez dans le projet de l’auteur.

Vous pourrez trouver étrange qu’on écrive sur des livres que l’on n’a pas réussi à finir de lire. Je pense que c’est aussi intéressant de signaler les échecs dans la pratique de la lecture. Il existe des livres difficiles à lire, austères ou dont le style ne nous plaît pas, mais qui sont suffisamment bien faits pour qu’on persévère jusqu’au bout. Il en existe d’autres qui sont impossibles à lire, tout simplement, on évite donc de les acheter. Entre les deux, même un lecteur chevronné comme moi peut se trouver en échec et, comme j’ai voulu le montrer ici, parfois pour des raisons diverses. Mais, il faut bien dire que l’expérience de lecteur permet aussi de ne pas se trouver souvent dans de telles situations. En général, un bon lecteur sait ce qu’il peut ou ne peut pas lire. Restent les impondérables, les erreurs de choix, les mauvais conseils…

Jean-Michel Dauriac – Beychac – mars 2023

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