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Catégorie : Bible et vie

Qu’est-ce que la vérité ?

Deux extraits de chansons françaises, en guise d’ouverture :

  1. Ne cherche pas, extrait de Un enfant dans la ville, interprété par Michel Fugain : 0’40
  1. La vérité, Guy Béart, extrait de A l’Université : 0’49

Qu’est-ce que la vérité, tableau de Nicolas Gay, peintre russe.

Lecture de base :

Jean 18 : 37  Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis : je suis roi. Voici pourquoi je suis né et voici pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.

38  Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif (de condamnation) en lui. (version SER comme toutes les citations)

Introduction

Le thème de cette méditation est la vérité. Dans ces deux versets seulement, le mot est répété trois fois. L’Evangéliste Jean l’utilise à 46 reprises dans ses 21 chapitres, sur les 185 emplois du Nouveau Testament. C’est donc une notion très importante pour lui. Mais sur les 233 emplois dans toute la Bible, il y en a moins de 50 ans dans toute la Bible juive : la vérité est bien plus une idée grecque que juive.

Ajoutons qu’il n’y a aucune ambiguïté possible de traduction du grec : alêthia est sans équivoque, ainsi que les termes dérivés alêthes et alêthinos.

Le Christ utilise une formule devenue proverbiale, en introduction de ses discours : amen, amen, lego umin, soit « En vérité, en vérité, je vous le dis » (Segond). Or « Amen » dérive de la racine hébraïque emen, qui fait référence à la foi, la fidélité. La formule religieuse signifie donc : « faites-moi confiance », « Ayez foi en ce que je dis ».

L’idée hébraïque est donc celle d’une parole que l’on peut croire, qui est fiable. Le Christ s’inscrit donc, jusque dans ses formules, dans la filiation hébraïque et juive.

Dans notre texte, nous trouvons un court dialogue. Dans le Nouveau Testament, et surtout dans les Evangiles, le rôle de la question est essentiel. Jésus en use abondamment. Il n’est que de se rappeler :

  • Qui dit-on que  je suis ?
  • Femme, où sont ceux qui t’accusent ?
  • Où est ton mari ?

Or, ici, ce n’est pas lui qui interroge, mais son interlocuteur, celui qui doit le juger. Remettons cet échange dans son contexte.

Jésus a été arrêté nuitamment à Gethsémané et conduit chez les souverains sacrificateurs Anne et Caïphe. Il va être interrogé par ce dernier. Dans le passage Jean 18 : 19-23 , Jésus pose encore deux questions dérangeantes :

  • A Anne : Pourquoi m’interroges-tu ?
  • Au soldat qui le gifle : …Pourquoi me frappes-tu ?

Deux questions qui résument le non-sens de ce qui se passe. Caïphe le conduit au procurateur romain, Pilate, afin que ce soit lui qui prononce la sentence souhaitée, la mort. Celui-ci est assez réticent (verset 31). Finalement, il interroge Jésus. Et sa première question est plus que surprenante : es-tu le roi des Juifs ? Pilate sait très bien que ce n’est pas le cas, mais c’est l’accusation des chefs religieux juifs. Au verset 57, il réitère sa question à la suite des propos de Jésus : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». La réponse de Jésus est étonnante :

  1. Il affirme être roi (donc reconnaît l’accusation des Juifs, en partie) ;
  2. Il part alors dans une tout autre direction en se déclarant témoin et voix de la vérité.

Soit ces deux affirmations n’ont aucun lien entre elles ce qui n’est pas possible ; soit elles sont liées par un argument de cause : le royaume dont il est roi est celui de la vérité.

La réponse de Pilate ne permet pas de trancher sur sa propre compréhension, mais j’opte pour la seconde hypothèse : Pilate veut savoir quelle est la nature de cette royauté, pourquoi elle gêne tous les chefs religieux juifs. Et là, fait surprenant, il n’attend pas la réponse et tourne le dos à Jésus qui ne lui répond pas (voir Matthieu 27 : 14  Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucun point, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.) Jésus n’a pas répondu à la question existentielle de Pilate, qui semblait se désintéresser de la réponse. Pourquoi ces deux attitudes ?

A / L’attitude de Pilate (en lien avec la chanson de Michel Fugain)

Essayons de visualiser la scène : Pilate pose sa question, c’est le tableau de Nicolas Gay ; puis il tourne le dos à Jésus et sort.

La réponse ne l’intéresse pas, tout simplement parce que ce n’est pas vraiment une question, mais une assertion interrogative. Nous retrouvons cela dans des expressions banales comme A quoi bon ? ou A quoi ça sert ? Ce n’est même pas une question fictive, c’est une non-question. Le seul indice trompeur est le point d’interrogation.

A l’époque de Jésus, c’est la philosophie grecque qui domine la pensée, on le voit bien quand on étudie les épîtres du Nouveau Testament et leur contenu. La pensée grecque est dominée par le platonisme et l’aristotélisme.

Aristote a créé la démarche scientifique, pour être très simple, avec la logique, approche mathématique des faits.
Platon a créé le monde des idées, celui de la philosophie de la réflexion sur le monde et il influencera non seulement le monde grec, romain et arabe, mais aussi, à leur corps défendant, énormément la pensée chrétienne des Pères de l’Eglise.

La Vérité pour Platon, c’est le Beau, la Beauté. Ce qui est beau est bon et vrai. Cela explique toute la recherche artistique grecque. La vérité absolue n’existe pas, ce n’est pas une idée platonicienne. La vérité se trouve dans le Beau et peut donc varier selon la beauté. Cette pensée imprègne tout le monde hellénistique, et donc aussi Pilate.

Sa question est donc la fermeture d’un débat qui n’a pas de sens.

Le christianisme est une révolution de la pensée, car il affirme qu’il existe une vérité : en Jésus. C’est la raison principale du choc avec le monde grec et romain et les persécutions qui en découlent : les chrétiens refusent la règle du jeu des vérités multiples.

Si nous faisons une transposition avec notre époque, le parallélisme est assez saisissant. Pour ne parler que de l’Occident (donc de la France), la déchristianisation, commencée au XVIIIe siècle avec les Lumières et la Révolution, s’achève aujourd’hui par un cimetière de la vérité et de la pensée chrétienne ou influencée par le christianisme.

Ce cimetière porte un nom technique, c’est le « relativisme culturel et religieux ». Il est le produit de la mauvaise conscience des anciens maîtres du monde, que leurs anciens colonisés retournent contre eux. On peut résumer le relativisme en une formule lapidaire : « Tout se vaut en ce monde. »

Nos contemporains ont été peu à peu convaincus par l’atmosphère générale qu’une vérité vaut l’autre et même, selon la planète Trump, qu’il existe des « vérités alternatives » (autre nom des infox ou fake news, fausses nouvelles, mensonges patentés) et que tout ce qui existe en un domaine a la même valeur. Un texte de rappeur de banlieue étudié au collège vaut un poème de Victor Hugo ou de Baudelaire, la foi en n’importe quelle croyance sectaire vaut celle du christianisme ou de l’islam.

Nous sommes parfois contaminés par ce syndrome de Pilate et acceptons ainsi de renoncer à nos convictions et à notre témoignage. Ceci est la conséquence de ce que la Bible nomme péché, esprit du monde, etc.

B / L’attitude de Jésus (en lien avec la chanson de Guy Béart)

A priori, elle semble surprenante et même décevante. Lui qui a pris soin des plus petits durant son ministère ne répond pas à une demande précise et importante. Pourquoi ?

Cela renvoie à la question de Jésus des versets 20-212 du même chapitre. Là aussi il refuse de répondre au Grand Prêtre. Dans les deux cas, c’est la même raison qui le motive à un tel comportement ; il a déjà tout dit à ce sujet et celui qui voulait savoir pouvait avoir toute réponse en venant l’écouter et le rencontrer. A l’heure de son procès, c’est trop tard, il est déjà jugé.

Combien de gens agissent en fait ainsi : ils font semblant de s’intéresser au message du Christ, mais ils l’ont déjà rejeté et condamné. Jésus ne se laisse pas prendre à ce piège, mais nous, parfois, si. Nous passons du temps à expliquer la foi et son contenu à des gens qui, en réalité, n’en veulent pas et désirent seulement discuter, polémiquer, critiquer. Paul a enjoint Timothée à fuir ce genre de discussion. L’Ecclésiaste dit qu’il y a un temps pour tout, « un temps pour lancer des pierres et un temps pour ramasser des pierres » (Eccl. 3 : 5) Sachons parfois ne pas répondre.

Mais, avant de refuser d’entrer en discussion, Jésus a beaucoup parlé et enseigné sur la vérité. Il suffit donc de revenir à ses paroles. Je m’en tiendrai au seul évangile de Jean.

Jean 14 : 6  Jésus lui dit : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi, est l’affirmation la plus nette. Il est le chemin à suivre, la vérité à recevoir et la vie qui en découle.

Jean 17 : 17  Sanctifie-les par la vérité : ta parole est la vérité, dit clairement que la vérité est dans la parole du Père, donc celle révélée aux hommes par les prophètes, Jésus et les apôtres. Nous n’avons pas à courir après la vérité, elle est là, dans les pages de la Bible. Ce qui est vrai est aussi ce qui est réel. La Bible est la réalité de la vérité de Dieu, pour la foi chrétienne.

Que faire de cette vérité ?

Jean 16 : 13  Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il faut la recevoir par le Saint-Esprit que Jésus envoie aux croyants. C’est lui qui est le guide pour nous dans la vérité de cette vie. Ce qui signifie que, pour accéder à la vérité du Christ, il faut recevoir la Saint-Esprit. Donc prêcher le salut, c’est aussi prêcher le Saint-Esprit et sa venue en l’homme.

La connaissance intellectuelle de la Bible ne conduit nullement au salut. Voyez Michel Onfray, qui connaît parfaitement la Bible, mais n’y comprend goutte, car il ignore et rejette l’Esprit.

Jean 4 : 23,  Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. 24  Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité, établit ce qui est la véritable foi au Christ et du Christ : adorer le Père en esprit et en vérité. La vérité révélée est inséparable de l’Esprit-Saint qui la donne à comprendre. Il est impossible de rendre un vrai culte à Dieu sans l’assistance de l’Esprit.

La vérité n’est pas dans la Loi, pas dans une morale chrétienne, pas dans la pratique du culte et des bonnes œuvres, tout cela n’est que la conséquence de la compréhension profonde de la Parole par l’Esprit. Ce qui veut dire que chacun découvre et progresse dans la vérité à son rythme, et non qu’il y a diverses vérités équivalentes.

Conclusion

Certains parmi nous en sont encore à la question de Pilate. Il leur faut alors revenir aux propos du Christ pour avoir la réponse. Tout est dans les Evangiles. Encore faut-il les lire sans esprit de jugement préalable, avec une vraie envie de les connaître et de s’en laisser pénétrer.

Pour d’autres, le Chris a parlé et ils ont saisi sa parole. Ils ont ainsi ouvert la porte à la vérité. Mais qu’en font-ils, qu’en faisons-nous ?

Pour connaître vraiment la vérité du Christ, il faut travailler la Parole, la mastiquer sans cesse, accepter de ne pas tout en saisir, pour mieux user de ce que l’on a pu comprendre.

Il faut vivre de la vie de l’Esprit. Le Saint-Esprit se donne à connaître de deux manières seulement : par la méditation des textes et par la prière. La vérité s’éclaire donc par un véritable travail spirituel. Etre chrétien, c’est saisir les armes spirituelles que Paul décrit en Ephésiens 6 : 10-17. On y retrouve la vérité comme ceinture (verset 14). C’est un engagement, pas une petite vie religieuse hebdomadaire et quelques rites hérités. La religiosité est l’ennemie de la foi.

Qu’est-ce que la vérité : c’est la Parole du Père, annoncée par le Fils et gravée en nous par le Saint-Esprit.

Jean-Michel Dauriac – août 2025

Prédication du 10 août 2025, donné dans l’église protestante de Pessac.

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Sous le signe de la joie

Jacques Loussier : Jesu, Joy of Man’s Desiring (Jésus, que ma joie demeure)3’00

La joie est élément très important dans la bible et dans la vie chrétienne. Près de 250 versets en parlent tout au long de la Bible, tant dans l’Ancien Testament que le Nouveau Testament. Elle n’est pas une option ou un accessoire de notre foi ; elle en est une des bases. Nous allons rappeler très brièvement quelques aspects de la joie chrétienne.

Précisons d’entrée que cette joie n’a rien à voir avec la joie ordinaire, profane, telle qu’on la voit et vit aujourd’hui. La joie humaine est un sentiment passager, très influencé par le monde extérieur, qui retombe aussi vite qu’il est apparu. Ceci est absolument tout le contraire de la joie en Christ.

Nous verrons cinq aspects de la joie du chrétien.

  1. La joie de se trouver dans la communauté des croyants, dans l’église locale, universelle ou dans ses manifestations.

La Bible célèbre les rassemblements pour le culte, tant dans le judaïsme que dans le christianisme naissant.

 Nombres 10:10 Dans vos jours de joie, dans vos solennités et à vos nouvelles lunes, vous sonnerez des trompettes, en offrant vos holocaustes et vos sacrifices de communion, et elles vous mettront en souvenir devant votre Dieu. Je suis l’Éternel, votre Dieu.

Jadis les sacrifices étaient à renouveler à chaque occasion. Le sacrifice de Jésus, rend inutile la répétition des sacrifices divers : il a été la victime unique qui a racheté toutes nos fautes, et c’est cela qui procure la joie collective que l’on retrouve dans les offices.

Cette joie, elle est anticipée par l’envie de se retrouver. C’est ce que dit David, dans le psaume 122, très connu.

Psaumes 122:1 Cantique des montées. De David. Je suis dans la joie quand on me dit : Allons à la maison de l’Éternel !

Nous devons ressentir cette joie avant même de nous retrouver ; si elle n’est pas présente, cherchons à savoir pourquoi et à la retrouver, en éliminant les obstacles. La famille de Dieu est la nôtre : nous avons là notre Père et notre Frère et c’est joie de les retrouver avec les autres membres de la famille.

  • La joie du salut et de la délivrance

Si nous sommes dans la famille de Dieu, c’est que nous sommes bénéficiaires du salut que le Christ est venu offrir aux hommes. Ce salut, nous le savons est pure grâce de Dieu, nous ne le méritions pas, mais il nous est donné à condition de s’en saisir par la foi. Et savoir que l’on est sauvé est un immense sujet de joie. Les Psaumes le célèbrent à de nombreuses reprises ; choisissons un verset, parmi tant d’autres :

Psaumes 20:5 (20-6) Nous crierons de joie à cause de ton salut, Nous lèverons l’étendard au nom de notre Dieu, L’Éternel accomplira toutes tes demandes.

Israël savait qu’il devait son salut à l’Eternel. Mais il l’a souvent oublié et s’est détourné de la voie droite. Cela nous est donné en exemple, afin de ne pas faire cette erreur. Nous devons, chaque jour entretenir la joie d’être sauvé en Christ. Sauvé du destin des hommes sans Dieu, qui est la mort, sans espérance et l’absurde de la vie.

Mais nous devons aussi savoir reconnaître les délivrances que Dieu nous accorde, qui sont des morceaux de salut au quotidien. Là encore, revenons aux Psaumes :

Psaumes 30:11 (30-12) tu as changé mon deuil en allégresse, Tu as délié mon sac et tu m’as ceint de joie

Nous ne sommes pas abandonnés à notre destin terrestre ; Jésus nous a enseigné le rôle capital de la prière pour triompher des adversités et de l’Adversaire de nos âmes. Dans les promesses des Evangiles se trouve la guérison des corps  et des âmes.  Dans l’épreuve nous ne sommes pas seuls et, quand elle s’achève, sachons trouver une joie supplémentaire dans l’amour renouvelé de Dieu.

  • La joie du service

Nous ne sommes pas sauvés pour notre seule satisfaction. La devise de l’Armée du Salut est « Sauvés pour servir ». Voilà la raison d’être du salut sur cette terre. La joie du service est une dimension importante dont il ne faut absolument pas se priver. Un salut égoïste finit par devenir stérile. Mais quel est ce service ? Il prend divers visages :

Proverbes 21:15 c’est une joie pour le juste de pratiquer le droit, Mais la ruine est pour ceux qui commettent l’injustice.

Le service, c’est d’abord de pratiquer la justice : vivre selon l’éthique du Nouveau Testament, éthique de plus en plus éloignée de celle de notre société actuelle. Et ceci est un témoignage nécessaire.

Ecclésiaste 8:15 j’ai donc fait l’éloge de la joie, parce qu’il n’y a rien de bon pour l’homme sous le soleil sinon de manger, de boire et de se réjouir ; c’est là ce qui doit l’accompagner dans son travail, pendant les jours de la vie que Dieu lui donne sous le soleil.

La joie est aussi dans le fait d’apprécier la bonne vie : le chrétien doit être un « bon vivant » au sens évangélique du terme. Aimer la vie et tous ses aspects. Car nous savons que nous rencontrerons aussi des moments très durs, chacun à notre tour.

Jacques 1:2 Mes frères, considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves que vous pouvez rencontrer…

Même l’épreuve peut être considérée comme une joie, quand nous sommes en communion spirituelle constante avec le Père et le Fils. Cela n’enlève rien à la dureté des épreuves, mais la joie du salut n’est pas effacée par elle.

Le service réjouit notre Père et il en tient compte envers nous :

Matthieu 25:23 son maître lui dit : Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.

La fidélité dans le service nous met dans la joie du Père, donc dans sa version la plus pure. Le service se vit dans la joie et nous introduit dans une dimension encore supérieure de la joie.

  1. La joie de la louange et de la prière

Psaumes 106:1 louez l’Éternel ! Célébrez l’Éternel, car il est bon, Car sa bienveillance dure à toujours. 

La louange est la traduction de la joie et de la reconnaissance. Il est impossible de louer sans la joie. Une louange triste n’est pas une louange, c’est une forme de lamentation. Je loue parce que mon cœur est plein de reconnaissance en face de la bonté de Dieu, pour son salut, pour sa grâce, pour son service, pour chaque signe que je reçois sur le chemin. Il existe la joie de la louange individuelle, qui peut être silencieuse ou énoncée, voire chantée ; il y a aussi la joie de la louange collective, la liesse des rachetés réunis. Cette louange se poursuivra même au-delà de cette terre :

Apocalypse 19:5 une voix sortit du trône : Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez, petits et grands !

  1. La joie permanente dans nos vies

Je l’ai dit en commençant, la grande différence avec la joie profane, ordinaire, humaine est dans sa durée. La joie du monde est fugace, elle peut être prompte à naître, mais aussi rapide à disparaître. La joie du Christ est éternelle, comme lui. Il nous appartient donc de réaliser cela et de ne pas nous éloigner de cette joie, surtout dans les épreuves et les traversées du désert. La maladie, le chômage, les échecs, les divorces, les deuils… autant de moments où nous trouverions humainement logique de ne pas être dans la joie. Or ce n’est pas ce à quoi nous appellent les apôtres :

  Philippiens 4 : 4 Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous.

Paul le répète deux fois ! Ce n’est pas qu’il ignore les épreuves, il en a eu sa part ! Mais il sait la force de la joie. Souvenez-vous de ce passage des Actes :

Actes 16:25 Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les écoutaient.

Ils sont en prison, les fers aux pieds. La situation est mauvaise et eux ils chantent les louanges de Dieu ! Inconscience ? Pas du tout ; au contraire, conscience aiguë de leur condition de sauvés et d’envoyés. Et l’on sait que la fin de cet épisode fut glorieuse, puisque le geôlier et sa famille se sont convertis. La confiance en Dieu est toujours associée à la joie. Quand la joie manque, c’est souvent que la foi chancelle. Restons auprès de Dieu et la joie demeurera.

Jésus, que ma joie demeure !

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Résister – Voix protestantes

Patrick Cabanel – Nîmes, éditions Alcide, 2014.

Le mot « Résister » a été gravé sur les murs de pierre de la Tour de Constance, à Aigues-Mortes, par Marie Durand et les femmes huguenotes emprisonnées pour leur foi par les dragons de Louis XIV, après la révocation de l’Edit de Nantes. Depuis cette date, ce verbe est devenu un mot d’ordre intemporel pour tous les protestants, dans diverses circonstances. La Seconde Guerre Mondiale fut une de ces circonstances où le mot retrouva toute sa signification. Le but de ce petit livre est de donner un aperçu de cette résistance protestante sous l’angle de la prédication pastorale.

L’auteur de ce recueil est Patrick Cabanel, éminent historien français, spécialisé dans les études sur la laïcité, la République, et les minorités juives et protestantes en France, entre autres sujets. Sa bibliographie est impressionnante (voir l’article Wikipédia).  Il fait ici la démonstration de sa rigueur et de son talent, dans une synthèse et des notices très bien réalisées. Quel est l’enjeu ? Donner à lire un choix de sermons pastoraux prononcés durant le conflit, à des dates souvent importantes, en présentant brièvement les auteurs, en ayant brossé auparavant le contexte historique général dans un beau texte introductif.

Cabanel montre qu’il y eut une double résistance protestante au nazisme et à l’antisémitisme et au fascisme de Vichy. On connaît surtout celle des filières de sauvetage des enfants juifs par le village de Chambon sur Lignon, en Haute-Loire. Ceci a été illustré par des films, des documentaires, beaucoup de témoignages… Mais, parallèlement à cette résistance active, exista aussi une résistance spirituelle dont els pasteurs et les fidèles furent les acteurs anonymes. Le sort réservé aux Israëlites par Vichy fut un moteur puissant de cette résistance et du rejet de tout compromis avec l’occupant. L’introduction en fait le récit, mettant en avant le rôle des pasteurs dans leurs prédications hebdomadaires au Temple et les réactions que suscitèrent les grandes étapes de la turpitude vichysoise : statut des Juifs, port de l’étoile jaune, rafles, déportations et spoliations. A chaque fois, des ministres du culte réformé, souvent en langage codé biblique, encouragèrent leurs paroissiens à refuser la soumission, à garder la ligne de l’Evangile et celle de l’amour inconditionnel. Les figures héroïques ne manquent pas dans le texte biblique pour appeler à la résistance sans le dire ouvertement et risquer des mesures de rétorsion contre les églises.

L’auteur a retenu huit pasteurs en poste dans ces années, dans des paroisses diverses : Lyon, Aix-en-Provence, Chambon sur Lignon et, bien sûr, l’Oratoire de Louvre, le grand temple parisien. Chaque pasteur est présenté, dans une brève biographie, puis le contexte précis du sermon est donné, avant de livrer le texte. Le tout est accompagné de nombreuses notes de bas de pages, très riches en références et explications.

Patrick Cabanel, l’auteur de ce livre

Il faudrait tout citer, tant les textes sont intéressants ? Je me limiterai à une seule citation, qui me semble tout à fait représentative de ces sermons. Elle est de Gustave Vidal ( 1892-1970), tirée d’une prédication prononcée à l’Oratoire du Louvre le 3 novembre 1940, c’est-à-dire juste après l’entrevue de Montoire entre Hitler et Pétain (22 & 24 octobre) et le fameux discours du Maréchal, le 30 octobre, qui lance officiellement la politique de collaboration. Il est intitulé « Chiens vivants et lions morts », d’après la phrase du livre de l’Ecclésiaste, chapitre 9, verset 4. Phrase mise en vis-à-vis de Marc ch. 8 verset 34, qui dit : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera. »

« Si nous voulons, pour notre génération et pour celles qui montent dans notre peuple et dans le monde, sauver la Justice aujourd’hui foulée aux pieds, la Vérité étouffée, la Liberté menacée par l’anarchie ou écrasée par l’oppression, l’Amour bafoué par les doctrines de violence et de haine qu’on veut nous imposer, si nous voulons retrouver ces saintes réalités qui font les âmes fortes et vivantes et, par leur vertu, arracher notre peuple à cette veulerie de chien couchant où l’on s’efforce de le conduire et de la maintenir pour le mieux asservir, il nous faut, dès maintenant, chercher en Christ – « le seul nom qui ait été donné aux hommes, par lequel ils puissent être sauvés » – la source de l’héroïsme. » Page 75.

Tout ce qui fait la puissance et l’intérêt de ce livre est là, rassemblé dans ces quelques lignes. Le rappel des « valeurs » qui méritent que l’on s’engage, au péril de sa propre vie est fait. Les majuscules du texte disent bien que nous avons là des concepts forts : la Justice, la Vérité, la Liberté, l’Amour. Notons que ces valeurs sont aussi celles de la République laïque, si l’on veut bien remplacer Amour par Fraternité. Or, ces vertus sont communes aux chrétiens et aux vrais républicains, cela se verra dans les maquis. En face de ces forces de vie se dresse la « veulerie de chien couchant », celle que promeut Vichy et la collaboration, qui est d’abord une défaite de l’esprit. Vidal va jouer tout au long de son sermon à inverser les termes de sa citation originelle et promouvoir l’héroïsme résistant des lions vivants au détriment de la soumission veule des chiens couchants et morts. Le pessimisme désabusé de Qohélet n’est pas de saison. Il faut transcender les difficultés et aller à la source, le Christ. On retrouvera quasiment dans tous les sermons les mêmes appels à revenir aux sources, à savoir les enseignements du Christ et des apôtres, pour en faire des maximes de vie et de combat. Le lecteur un peu féru de Bible se régalera à voir comment ces pasteurs jouent sur les images et les types pour faire passer leurs messages d’actualité. Il fallait, en effet, ne pas offrir de prise à la censure, très active en ces jours mauvais.

Ces sermons sont des témoignages très riches de cette résistance spirituelle qui anima le protestantisme dans son ensemble, en France. Vous aurez grand plaisir à les lire et les relire, je vous l’assure.

Mais, au-delà des circonstances propres à leur rédaction et prédication, ils sont aussi fort utiles pour nous dans le contexte actuel de notre pays et de la civilisation européenne. Ce n’est pas le nazisme qui nous menace, mais la menace est pourtant bien réelle. D’abord avec le retour de la « bête immonde » de l’antisémitisme et de la xénophobie sélective. Tout ce qui est dit sur les juifs et la nécessaire solidarité avec eux en 1940-1945 peut se dire aujourd’hui. Et qui connaît l’histoire ne peut qu’être choqué par ce retour en force de l’ignominie. Ce serait cependant incomplet de limiter el parallèle à cet aspect. Quand Vidal parle de vouloir « arracher notre peuple à cette veulerie de chien couchant où l’on s’efforce de le conduire et de la maintenir pour le mieux asservir », cela ne peut pas en pas résonner en nous en ce moment. La veulerie est partout, elle dégouline de nos médias, elle est le carburant de la plupart des discours politiques, elle submerge les écrans des smartphones et tablettes. Les lois iniques se multiplient sous une novlangue qui déconcerte le Français moyen, la propagande omniprésente colonise les cerveaux de gens de tous âges et toutes conditions, et l’on voit bien que les gens instruits, les intellectuels ou les artistes ne sont pas épargnés par cette colonisation mentale. Lire ces sermons peut donc être une sorte d’électrochoc salutaire, pour ceux qui croient au Ciel ou ceux qui n’y croient pas.

Jean-Michel Dauriac – mai 2025.

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