Skip to content →

Rebâtir l’autel – Méditations de sortie de l’Arche 2

Lectures de base : Esdras 3 :6 – Traduction NEG

« 3 : 6  Dès le premier jour du septième mois, ils commencèrent à offrir à l’Eternel des holocaustes. Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

La version audio de cette méditation est ici:

Revoici donc les Hébreux à l’esprit réveillé revenus à Jérusalem, sortis de leur vie organisée à Babylone. On pourrait croire que la victoire est acquise, avec cet édit de Cyrus. Je le répète, ce ne fut sûrement pas un choix facile que d’abandonner la vie qu’ils s’étaient faite dans leur exil. Ils partaient à l’aventure et dans l’incertitude, car plus personne, à part peut-être quelques très rares personnes très âgées, ne connaissait la Palestine. Leur seule certitude était ce réveil de l’esprit. Ce groupe de partants est un minorité – Esdras donne le chiffre de 50 000 personnes. C’est cependant l’équivalent de la population d’une ville importante dans l’Antiquité. Dieu a donc suscité assez de vocations pour que sa ville puisse se repeupler.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Ce qui va arriver est entre les mains de ces hommes et femmes réveillés. Dieu a donné l’impulsion, par Cyrus, mais il ne va pas faire par lui-même le travail de rétablissement : il ne peut que l’accompagner par son esprit, sinon il ferait des humains de simples marionnettes. N’attendons pas que Dieu nous offre du préfabriqué à assembler. Cela n’arrivera pas. C’est notre action et notre intelligence qui doivent réaliser l’œuvre voulue de Dieu, ce que la Bible et les théologiens appellent la « volonté de Dieu ». Or ce que nous savons de cette volonté est très général, comme nous le lisons en Romains 12 :2 :

«  Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »

C’est la seule définition réelle que nous donne le Nouveau Testament (toutes les autres sont des périphrases exemplaires) et nous voyons que pour discerner cette volonté, il faut une intelligence renouvelée – parallèle bien sûr avec l’esprit « réveillé ». L’esprit est le souffle, l’inspiration, l’intelligence, c’est l’outil nécessaire. Un chrétien ne peut pas être spirituellement stupide. La bible réserve l’expression « sans intelligence » à ceux qui ne connaissent pas Dieu, aux païens ou aux ennemis de la foi, comme le prouvent les deux versets suivants, que je ne commenterai pas :

« Luc 24:25 Alors Jésus leur dit : O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! »

« Romains 1:21 car ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. » (version NEG).

Leur intelligence n’a pas été renouvelée par un esprit réveillé. La conversion, c’est l’éveil de l’esprit qui renouvelle l’intelligence naturelle, dans le but non de briller sur le plan intellectuel (les sans-Dieu le font excellemment !), mais de comprendre la volonté de Dieu, laquelle se résume en trois qualités :

  • Ce qui est bon : à prendre ici aux deux sens du terme, la bonté charitable et le goût savoureux. Pas d’amertume, pas de fadeur, de verdeur, dans la volonté de Dieu. Elle est douce et fait du bien, par essence.
  • Ce qui est agréable : contrairement à une idée humaine qui a sévi longtemps, et continue de sévir, faire la volonté de Dieu, ce n’est pas souffrir. Même s’il advient que l’on doive souffrir, cela nous est agréable, non par dolorisme et masochisme, mais par le but poursuivi et sa grandeur, qui nous sublime.
  • Ce qui est parfait : faire la volonté de Dieu, c’est produire quelque chose d’abouti, qui n’a pas à être retouché. C’est d’ailleurs un des moyens de vérifier si nous agissons selon cette volonté; si nous ne trouvons rien à corriger selon l’esprit réveillé en nous, nous avons alors une confirmation que nous agissons selon la volonté divine. Bien entendu,  accomplir une œuvre parfaite selon Dieu ne signifie nullement que celui qui la produit est lui-même parfait : savoir cela nous évite tout orgueil déplacé.

Les Hébreux, dans les livres d’Esdras et de Néhémie (qui ne formaient initialement qu’un seul livre), nous offrent un très bel exemple d’intelligence qui accomplit la volonté de Dieu, c’est d’ailleurs en cela que j’ai choisi ces textes, qui s’avèrent très utiles pour nous, au XXIème siècle, dans les circonstances si particulières de cette épidémie mondiale. Et pourtant, dans ces deux livres, il n’y a aucun miracle, aucun prodige, aucune théophanie – seuls des prophètes interviennent un peu plus loin, mais les prophètes sont des hommes comme nous -, tout est fondé sur le travail humain. Ne soyons pas des spiritualises désincarnés : tout est porté par l’esprit, mais c’est la sueur, la fatigue, le labeur, l’épreuve parfois, souvent la joie et l’enthousiasme qui matérialisent et réalisent l’œuvre de Dieu.

Quelle est la première tâche des Hébreux à leur retour ? Se « remettre dans le bain » local, prendre le temps, pour ne pas foncer sans réfléchir. Le verset 6 du chapitre 3 nous dit : « Dès le premier jour du septième mois… » Ils ont donc commencé par s’installer (voir le verset 70 du chapitre 2), avant de faire quoi que ce soit : «  Les sacrificateurs et les Lévites, les gens du peuple, les chantres, les portiers et les Néthiniens s’établirent dans leurs villes. Tout Israël habita dans ses villes»  Sept mois, cela peut paraître long, mais qu’est-ce comparé à 70 ans d’exil ?

Souvent, quand Dieu réveille notre esprit, nous voulons aller vite, nous sommes pressés par un zèle ardent et, parfois, nous ne réfléchissons pas assez. Les Hébreux se sont mis en condition de remplir leur mission. Et la suite du récit, que nous étudierons dans les méditations suivantes, justifie leur démarche. Jésus a donné ainsi une parabole allant dans ce même sens du temps de la réflexion, en Luc 14 :18-30 :

« 28  Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer,

29  de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler,

30  en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever ? » (version NEG).

Ces sept mois ne sont pas du temps perdu, mais de la sagesse pratique. Agissons donc ainsi chaque fois que Dieu nous donne, par son Esprit dans notre esprit, une mission. Trop de projets échouent par précipitation, faute de réflexion et d’intelligence. Œuvrer pour et avec Dieu, ce n’est pas foncer inconsidérément en comptant sur le Saint-Esprit qui doit « tout régler ». Dans la fin de cette parabole, Jésus montre l’échec d’une telle démarche précipitée : « Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. » Au bout de sept mois, Esdras nous dit que commença un travail de construction :

« 1 ¶  Le septième mois arriva, et les enfants d’Israël étaient dans leurs villes. Alors le peuple s’assembla comme un seul homme à Jérusalem. […]

3  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays, et ils y offrirent des holocaustes à l’Eternel, les holocaustes du matin et du soir.

4  Ils célébrèrent la fête des tabernacles, comme il est écrit, et ils offrirent jour par jour des holocaustes, selon le nombre ordonné pour chaque jour.

5  Après cela, ils offrirent l’holocauste perpétuel, les holocaustes des nouvelles lunes et de toutes les solennités consacrées à l’Eternel, et ceux de quiconque faisait des offrandes volontaires à l’Eternel. » (version NEG)

Et là se trouve une première surprise : ces gens missionnés pour rebâtir le temple, commencent par faire tout autre chose : ils reconstruisent l’autel sur ses assises (verset 3). Et quand c’est fait, ils se mettent à célébrer le culte, avec les sacrifices divers et les fêtes, ils renouent avec la religion de Moïse et de leurs pères. Et tout cela en plein air.

L’autel fut rebâti en premier, avant le temple

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La réponse est au verset 3 : «  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays… » Les Hébreux ont peur des païens alentours, eux qui sont missionnés par le grand Cyrus et mû par l’esprit réveillé par Dieu. Il serait facile et dangereux de les juger négativement. Nous avons parfois tendance à nous croire meilleurs que les personnages de la Bible : nous, nous n’aurions pas peur, puisque Dieu a initié le projet ! Hormis le fait qu’une telle position est stupide, car nous ne pouvons répondre d’une situation que nous n’avons pas vécue, elle est aussi le meilleur moyen de passer à côté de l’enseignement dissimulé dans ce passage de la Bible.

Les Hébreux sortaient à peine de 70 ans de déportation, et revenaient en terre inconnue : ils avaient toutes les raisons de se méfier, car les peuples locaux avaient pris leur place et occupaient les lieux, et ne les voyaient pas revenir d’un bon œil. Ce n’est pas du manque de foi, mais une preuve d’intelligence ; « Un homme averti en vaut deux » dit la sagesse populaire !

Ils vont donc d’abord construire une relation de confiance solide avec Dieu. Non parce qu’ils manquent de foi, mais parce qu’ils réfléchissent et prennent leur temps.

Vouloir reconstruire le temple est un très beau projet. Mais un temple est inutile sans un culte vivant. Le Parthénon d’Athènes est un lieu mort, un vestige et seules restent les colonnes, mais plus rien du culte qui y était rendu. Les hommes qui ont construit les magnifiques cathédrales gothiques au Moyen Age l’ont fait parce qu’ils avaient la foi du service, ils n’ont pas eu la foi parce qu’ils ont construit les cathédrales. Quand des persécuteurs traquent des croyants, détruisent leurs temples, ils ne réussissent le plus souvent qu’à conforter la foi et le culte des persécutés. Je songe ici aux Huguenots français et aux Cultes du Désert, pratiqués dans la nature des Cévennes. Ces chrétiens n’ont jamais été si forts dans leur foi qu’à ce moment-là. C’est aussi ce qui se passe en Chine, en Inde ou partout où l’on persécute et détruit le christianisme.

Le culte est le fondement. L’autel est la base. Le christianisme peut se pratiquer partout où « deux ou trois sont réunis en mon nom » a dit le Christ. Les Hébreux ont d’abord reconstruit une relation de foi et d‘obéissance, avant toute autre chose. Le verset 3 : 6b dit : « Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

Si nous voulons changer le monde et remettre Dieu dans la cité, il nous faut commencer par vivre la foi de la relation. Le culte n’est que cela. Une eucharistie à Auschwitz ou au Goulag est un culte de foi. Ne nous trompons pas d’ordre. A quoi bon édifier le temple si aucun culte ne le nécessite ? A quoi bon vouloir établir le Royaume de Dieu ici et maintenant, si nous ne vivons pas d’abord une foi et un culte de vérité ? Jean-Michel Dauriac, 31 mai 2020.

Published in Bible et vie

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *