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La Colombe et l’Olivier – Méditations de confinement 8

Lectures de base : Genèse 6 : 9 et 11 – 7 :23-24 – 8 : 11-16 – 9 :1.

6 :9 et 11. « Noé était un homme juste et intègre. […] La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence. »

7 :23-24. « Dieu effaça tous les êtres qui étaient à la surface de la terre : ils furent effacés de la terre. Il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. Les eaux grossirent sur la terre pendant cent cinquante jours. »

8 :11-16. « La colombe revint à lui sur le soir, elle tenait dans son bec une feuille arrachée à l’olivier. Noé sut ainsi que les eaux avaient baissé sur la terre. Il prit encore patience sept autres jours, puis il lâcha la colombe. Mais elle ne revint plus à lui. L’an 601, le premier du 1er mois, les eaux avaient séché sur la terre. Noé écarta la couverture de l’Arche : il regarda, et voici au la surface du sol avait séché. Le second mois, le 27ème jour du mois, la terre était sèche.

Alors Dieu parla à Noé en ces termes : Sors de l’arche, toi, ta femme, tes fils et tes belles-filles. » 

9 :1. « Dieu bénit Noé, ainsi que ses fils, et leur dit : soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre. » (version Segond révisée)

La version audio est là:

Quand le gouvernement français a instauré le confinement, j’ai aussitôt pensé à l’histoire de Noé. Car je savais qu’il y aurait une sortie du confinement et c’est elle qui m’a renvoyé à Noé. Théoriquement, nous y sommes, puisque la semaine prochaine, à partir du lundi 11 mai, les mesures les plus contraignantes cesseront. Nous allons sortir de l’arche où nous avons vécu durant 8 semaines. C’est moins long que Noé et sa tribu, puisque, si l’on suit le texte biblique, leur séjour a duré près de 11 mois. Mais avouons que nous voyons arriver la libération avec plaisir.

Que peut nous apprendre l’histoire de Noé ?

Une remarque théologique ; peu importe que cela se soit passé exactement comme c’est écrit ou que ce soit un mythe (ce sont les deux positions possibles en théologie) : cela ne change rien au message que Dieu a voulu transmettre à l’humanité.

Voyons le cadre et les personnages : ch. 6, verset 9, nous trouvons une description morale qui est quasiment la même que celle utilisée pour caractériser Job – je vous renvoie à la méditation 6 – : « Noé était un homme juste et intègre dans son temps. » Donc Noé est un homme comme Dieu les aime, un homme droit.

En face et autour de lui, le verset 11 nous décrit un monde qui ressemble pas mal au nôtre : « La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence. » Evidemment, la formulation désigne les hommes, car la terre ne saurait ni se corrompre ni exercer la violence avec volonté. A nouveau, le Bien contre le Mal, l’homme intègre seul face à une société mauvaise. Dieu choisit de garder le bien et de détruire le mal.

Passons à l’action décrite. Nul besoin de revenir en détail sur ce qui arrive. Noé reçoit de Dieu des instructions pour construire un grand bateau, y embarquer  des spécimens de tout ce qui vit dans l’air et sur la terre, y stocker des provisions pour sa famille et attendre le signal de Dieu pour fermer les portes. Notons que Dieu parle – il ne nous est pas dit de quelle manière – à l’homme intègre qui suit sa loi, c’est une constante de la Bible.

Commence alors le déluge : le verset 11 du chapitre 7 dit cela en termes très poétiques : « … toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. » Et c’est parti pour des mois de pluie battante. Tout est submergé, plus aucune topographie n’est visible. Les versets 23 et 24 de ce même chapitre 7 nous donnent le résultat : extermination de toute vie sur terre et dans le ciel, ne subsiste que la vie aquatique. Plus de cinq mois de submersion totale.

Transposons à ce que nous vivons : depuis maintenant plus de cinq mois (ou peut-être plus), ce virus inconnu est apparu en Chine et, peu à peu, par le jeu des voyageurs, il a submergé le monde, comme la pluie pour les contemporains de Noé. La menace d’une extermination massive de la population humaine est bien réelle. Si on laissait courir le virus, ce serait une fraction énorme de la population qui disparaîtrait. Le Covid-19 est notre déluge. Combien de temps avant que les eaux baissent ? Nous n’en savons absolument rien, pas plus que Noé ne le savait.

Le déconfinement lent de Noé. Le chapitre 8 raconte un déconfinement très progressif. Noé voit bien l’eau baisser, mais il ne voit pas apparaître le sol. Alors il fait des tests : d’abord il lâche le corbeau, qui va et vient, puis ne rentre pas. Puis il envoie la colombe. Il y aura trois tests avec elle. Au deuxième test, elle ramènera une feuille d’olivier. Au troisième test, elle ne revient pas.

Comment là aussi ne pas faire le  parallèle avec notre situation. On nous parle de première et de deuxième vague, de pic, puis de plateau. Tout ce que décrivent les chapitres 7 et 8 de la Genèse. Il faut être sage et patient, c’est ce qu’on nous demande avec insistance. Les tests sont la clé du déconfinement, vous l’avez entendu comme moi. Pour Noé aussi, ils furent ce qui lui a permis de savoir qu’il pouvait « ôter la couverture de l’arche » pour laisser l’air et la lumière  pénétrer. Soyons prudent comme Noé. Attendons le signe de l’olivier, ce double symbole de la paix revenue avec la colombe. Il y aura une fin à cette « guerre sanitaire », l’olivier sera le vaccin ou le traitement. Mais tant qu’il n’est pas revenu avec la colombe, pas question de quitter nos abris sans assurance.

Le « retour à la normale ». 8 : 15-16 et 9 :1. Dieu a envoyé le signe de l’olivier, puis il a parlé à Noé et donné l’ordre de sortie. Cet ordre est donné car au chapitre 8, verset 14, il est dit : « Le second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche. » Nous devons attendre que la terre soit sèche, que toute trace de cette inondation virale ait disparu. Jusque là, pas question de revenir à la vie d’avant.

D’ailleurs le récit nous confirme bien qu’il y a un nouveau départ, selon ce  que Dieu souhaite. Le chapitre 9 est le compte-rendu d’une nouvelle alliance entre Dieu et la famille de Noé. Dieu s’engage à ne plus produire de déluge et donne le signe de l’arc-en-ciel. Lisez le contenu de cette alliance dans tout le chapitre 9 jusqu’au verset 19. C’est bien une base nouvelle que Dieu pose. Il ne revient pas à la condition d’Adam en Eden, mais il modifie la vie, dans le sens d’un respect plus grand et d’une responsabilité accrue. Il est demandé à Noé et aux siens de peupler cette terre : voici la mission première, peupler et remplir la terre.

Alors, tout est bien qui finit bien ? Pas tout à fait. Si l’histoire s’arrêtait en Genèse 9 :19, ce serait ce que les Américains appellent une « happy end », un beau conte moral. Mais il y a les versets 20 à 24 de ce chapitre.

La première cuite de l’histoire biblique. 9 :20-24. Ces cinq versets douchent notre enthousiasme. Noé plante de la vigne, en tire du raisin et fait du vin, et il se saôule. Et comme toutes les personnes ivres, il fait n’importe quoi. Il se dénude dans sa tente. Son fils Cham le voit et va le dire à ses deux frères Sem et Japhet.

Nous avons alors cette scène très cinématographique, qui prouve le grand talent du rédacteur : les deux garçons rentrent à reculons dans la tente, en portant le manteau de leur père et le recouvrent, sans voir sa nudité. Il faudrait une méditation entière pour étudier ce moment. Ce que je veux retenir pour nous est plutôt l’enseignement que l’on peut en retirer.

Dieu a conclu une nouvelle alliance avec les hommes, posé un cadre de respect de la vie (9 :2-11). Tout pourrait repartir à zéro. Mais voilà, Noé a réussi, il est heureux et il fait la fête, seul, et perd le contrôle. Il perd alors sa dignité devant son fils. Cet homme juste et intègre offre une image de lui très dégradante, malgré toute la grandeur de ce qu’il a  fait avant.

Nous venons de faire la démonstration que le peuple français pouvait respecter des règles très dures. Mais ne risquons-nous pas de finir comme Noé, et pour fêter la liberté retrouvée, perdre la tête. La nudité est ici le symbole de la vulnérabilité, pas de l’innocence édénique. Ivre, Noé redevient un homme ordinaire, qui peut être très fragile. Soyons donc rusés comme le serpent et prudents comme la colombe, en ces moments où l’ivresse de la liberté peut faire tourner la tête à notre peuple.

Il est dommage que cette belle histoire de Noé finisse sous la double faute du père et du fils. Elle est là non pour nous dire qu’il est fatal que cela finisse ainsi, mais pour nous exhorter à veiller sur notre intégrité, à garder notre dignité d’enfant de Dieu. La  vraie joie n’a pas besoin de l’ivresse pour exister.

Il faut que nos vies soient orientées par la colombe et l’olivier dans la prudence et la sagesse. L’apôtre Paul a pu dire : en « Ephésiens 5:18 Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit » . Ce n’est pas le vin qui est mauvais – il est le sang du Christ dans la Sainte Cène -, c’est son abus. Tout est dans la mesure et la tempérance.

Jean-Michel Dauriac – 10 mai 2020

Published in Bible et vie

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