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La chute de Babel (2) –

Méditations de sortie de l’Arche n° 11

La version audio est ici:

Lecture de base : Genèse 11 : 5 à 9

« 5  L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.

6  Et l’Eternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.

7  Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.

8  Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville.

  • C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre. »

Ce texte nous montre Dieu agissant comme un souverain jaloux de sa puissance et surveillant de près son peuple. On peut être surpris par les propos attribués à Dieu et par ses motivations. Ce texte est totalement à « l’image de l’homme », pour ne pas dire anthropomorphique. C’est cette réduction de Dieu à l’échelle de l’homme, quant à la pensée, qui est ici marquante.

Dieu surveille ce que font les hommes (verset 5)

Dieu « descendit », dit le texte, ce qui confirme la position haute, celle que visent les hommes. Il faut se garder de croire à une localisation spatiale dans la nuée atmosphérique. Cette formulation est conforme aux représentations de l’époque, qui voyaient les dieux sur les sommets des hautes montagnes ou dans les nuages. On retrouve cela dans le Nouveau testament avec l’expression « Royaume des cieux », qui entretient cette confusion localisée.

Dieu vient « en curieux » voir la ville et la tour. Dieu ne savait-il pas sans voir ? Ici se joue à nouveau ce que nous avons lu en Genèse 3 : 8 :

« 8  Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. L’homme et sa femme allèrent se cacher devant l’Éternel Dieu, parmi les arbres du jardin. »

Dieu parcourt le jardin, le soir. Ceci laisse entendre qu’il cherche le contact avec ses créatures. Il manifeste de l’intérêt pour eux et leurs activités.

Le constat de Dieu : l’homme peut réussir son projet (verset 6)

Dieu fait le constat de leur unité, donc de leur force. Il constate aussi leur esprit d’initiative : l’homme est, dès l’origine, création et action. Leur unité et leur détermination doivent les conduire au succès, c’est-à-dire devenir leur propre Dieu. Ce projet est tourné contre Dieu, mais il est bien conçu.

Les hommes ne sont pas incompétents et bons à rien, comme souvent les chrétiens le disent, confondant le péché et la totalité de l’être humain. C’est une erreur de jugement théologiquement grave, car elle fait de la créature un échec du créateur, et donc porte un jugement négatif sur Dieu.  Le psalmiste a pu dire, dans le psaume 139, verset 14 :

« Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien. »

Il faut reconnaître à l’homme ses qualités, sans nier la séparation d’avec Dieu, ce qui est une définition du péché très claire.

La réaction de Dieu : la confusion des langues et la dispersion (versets 7 à 9)

Verset 7 : Dieu cible en priorité le langage. C’est la suprématie de la parole (il n’est pas question ici d’écriture), outil premier d’union des hommes. D’avoir tous le même langage leur donne une vraie force. Cette force, ils la destinent à se passer du créateur. Dieu ne peut accepter que sa créature le renie.

Verset 8 : Le langage les sépare maintenant. Mais Dieu accomplit encore une deuxième action-sanction : la diaspora (dispersion). L’éloignement coupe les hommes entre eux et renforce la rupture linguistique. Il ne nous est pas dit comment eut lieu la dispersion : on peut imaginer que l’incommunicabilité nouvelle en fut le moteur. Ne se comprenant plus, les hommes s’éloignent de ceux qui ne parlent pas comme eux. Nous pouvons observer ce phénomène dans toutes les communautés humaines, c’est une des bases du communautarisme actuel.

La ville est arrêtée dans sa construction. Le projet destiné à se mettre hors de portée de Dieu a échoué.

Le verset 9 est la conclusion de ce récit. L’étymologie retenue pour le nom de Babel est alors balal en hébreu, qui est l’idée de confondre. Finalement le projet gardera dans l’histoire le nom de son échec : la tour de Babel n’a jamais été achevée.

Une lecture contemporaine et chrétienne

Si nous lisons cette histoire selon l’air du temps de ce début de troisième décennie du XXIème siècle, nous aboutissons à ces quelques conclusions :

  • Dieu paraît être le « méchant » de l’histoire, car il casse l’élan créatif des hommes et brise leur liberté.
  • Il semble être jaloux des hommes. D’ailleurs la Bible ne dit-elle pas :

« Deutéronome 4:24 Car l’Eternel, ton Dieu, est un feu dévorant, un Dieu jaloux. »

Les hommes lui échappent, il ne le supporte pas, au point de saper leur réussite programmée.

  • Cela conforte évidemment l’image d’un Dieu cruel présent dans l’Ancien Testament et la religion juive. Les négateurs de Dieu y voient la preuve d’une invention des hommes, qui ont créé une divinité à leur image, avec des sentiments peu glorieux.

Et si nous changions de perspective ? Si nous regardions ce récit dans une perspective chrétienne, avec toute sa symbolique et sa logique intrinsèque à la Bible.

  • Dieu est l’ « inventeur » des hommes, créés selon Genèse 1 : 26, à son image. Or, tout le monde reconnaît qu’un créateur a des droits imprescriptibles sur son œuvre. Pourquoi Dieu n’en aurait-il pas sur l’humanité, si elle est le fruit de sa création ?
  • La révolte des humains démarre avec le meurtre de Caïn sur son frère Abel. Je laisse volontairement de côté la très délicate et controversée notion de « chute » et de « péché originel », qui demandent une étude détaillée. Depuis Caïn, la descendance de ce fils meurtrier  est en révolte contre le créateur. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Caïn « invente » la ville, lieu de cachette aux yeux de Dieu.
  • Le Déluge est l’aboutissement de cette révolte, décrite, sous son aspect moral, en Genèse 6 : 5 : « 5  L’Eternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. »  Mais après le déluge, Dieu donne une seconde chance à l’humanité.
  • Or, les hommes retombent exactement dans la même révolte, mais avec plus de moyens, comme nous l’avons vu dans la précédente méditation. Le même orgueil démesuré sévit.
  • Cette fois-ci, Dieu ne détruit plus l’humanité, mais il lui ôte les moyens de la révolte. Juste après cet épisode commence le long récit de la vocation et de la vie d’Abraham, et l’alliance que Dieu passe avec lui. Dieu n’a donc pas renoncé à la communion avec sa créature.

Il faut ainsi remettre ce texte en perspective dans son optique juive ou chrétienne et non dans l’esprit #metoo, où tout pouvoir est mauvais.

La mondialisation actuelle est la troisième tentative de révolte récente contre Dieu. Elle fait suite aux deux tentatives ratées de tuer Dieu et de le remplacer par le nom des hommes : le communisme soviétique et le nazisme. La mondialisation est dans le même esprit, mais avec d’autres moyens, plus subtils, donc plus dangereux. L’esclavage est numérique, la langue commune est le code binaire des ordinateurs et l’anglais basique, le globish comme on le nomme. Mais le but est toujours cette gouvernance mondiale unie, appuyée sur la technique, qui contrôlera tout de nos vies et qui doit régler tous les problèmes à venir (donc être omnipotente, comme Dieu).

Conclusion

Je vous conseille de relire la trilogie de Jacques Ellul sur la technique, mais aussi le roman d’Orwell 1984 et l’Apocalypse de Jean, avec la grille de lecture que nous venons de dégager.

Vous verrez alors que nous devons nous garder très strictement d’adhérer à ce nouvel ordre mondial, quels que soient les arguments séduisants qu’il déploie, lesquels peuvent évidemment tromper même les chrétiens. Le projet de Babel II ne se pare des habits de l’émancipation humaine que pour mieux asservir les hommes. La force de celui que le Nouveau Testament appelle le diabolos, le diviseur, le trompeur, réside d’abord dans le mensonge et la séduction. A nous de savoir y résister, au nom de Celui qui est plus grand que lui.

Jean-Michel Dauriac, Février 2021.

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Sur les amitiés passagères – A propos de L’ami arménien de Andrei Makhine,

Paris, Grasset, 2021,213 pages

Je connais Andrei Makhine depuis son Goncourt très réussi de 1995, Le testament français. De temps à autre, selon les circonstances, j’achète un de ses romans, que je dévore en général en quelques soirées. Celui-ci n’a pas fait exception à cette règle.

Makhine est un « vrai » romancier, au sens populaire : il sait inventer et raconter des histoires avec talent. Le point commun de toutes celles que j’ai lues est la Russie, sa terre natale. Sans doute est-ce une des raisons de l’intérêt que je lui porte, car je suis un russophile impénitent. Je rapprocherai assez volontiers Makhine de Henri Troyat, autre académicien d’origine russe ; tous deux ont ce talent de savoir captiver leurs lecteurs par des récits en apparence simples, mais en réalité très travaillés. Certes, je sais bien que cela n’est pas dans le sens de la critique présente et des modes intellectuelles françaises, mais il y a un très vaste public qui achète un roman d’abord pour lire une histoire bien narrée et non pour apprécier les procédés littéraires, les états d’âme personnels de l’auteur et ses essais techniques.

Dans ce livre, le récit est très ramassé dans le temps. Sans doute quelques semaines, peut-être quelques mois, mais pas plus. Il s’agit de la naissance et de la vie d’une amitié entre deux adolescents d’une ville de réclusion de l’URSS, à l’époque des camps et des jugements arbitraires (sans doute la fin des années 1950 ?). Le narrateur est un orphelin, sur la vie duquel nous ne saurons rien, sinon qu’il est habitué à la rudesse de la vie dans ce cadre peu amène pour les faibles et les rêveurs. Arrive dans le collège un jeune Arménien, fragile et étrange, que le narrateur va prendre sous sa protection et avec lequel il va nouer une amitié comme seuls les adolescents savent en créer. Ces Arméniens sont venus ici en groupe pour soutenir des leurs arrêtés et qui doivent être jugés dans cette ville. Ils se sont installés dans un faubourg mal famé au bout de la ville et apportent un rayon d’exotisme et de soleil à une ville froide de Sibérie. Le récit croise plusieurs fils dans sa trame. D’abord l’amitié proprement dite, entre les deux garçons, fortement improbable au départ, mais qui réussit sans doute à cause de cela. Ils partagent de longs moments de complicité, même lorsque Vardan, l’ami arménien souffre de la « maladie arménienne qui le ronge et finira par le tuer quelques mois plus tard. Mais cette amitié permet au narrateur de découvrir l’histoire de la nation arménienne et la mémoire douloureuse car toujours vive, du génocide de 1915-1916. Il approche ainsi un autre monde et s’ouvre à l’altérité, tout cela, sans aucun discours de morale, mais par le talent de l’écrivain, nous est accessible au fil de l’histoire. Enfin, autour de ce deux jeunes gens gravitent des adultes aux histoires lourdes : la mère de Vardan, Chamiram, Une jeune épouse d’un condamné, Gulizar, dont le jeune narrateur est visiblement amoureux platoniquement, Sarven, un vieil homme chaleureux et énigmatique et Ronine, un professeur de mathématiques, invalide de guerre. Toutes ces existences sont évoquées en miniatures, mais de manière très forte. L’écriture de Makhine est très cinématographique : on imagine sans cesse les plans et les images. Il ne me surprendrait pas que ce livre fasse l’objet d’une adaptation cinématographique, tant il semble en osmose avec cet art.

L’art du bon roman est aujourd’hui, très paradoxalement, devenu rare, tant les auteurs veulent faire preuve d’innovation et s’inscrire dans la modernité du moment. Ceux qui aiment la lecture jouissive d’une histoire captivante se régaleront et dévoreront ce petit volume. Il n’est, par ailleurs, pas interdit d’y chercher et d’y trouver des pensées profondes, mais jamais assénées, toujours en filigrane.

Pour que la lecture reste un plaisir simple, il faut des auteurs du calibre d’Andrei Makhine. Ce roman le confirme comme un écrivain au sommet de son art.

J.M. Dauriac, 20 avril 2021.

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La logique de Babel (1)Méditations de sortie de l’Arche n° 10

Le fichier audio est là:

Lecture de base : Genèse 11 : 1 à 4

«  Or, toute la terre parlait un même langage avec les mêmes mots.

2  Partis de l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Chinéar, et ils y habitèrent.

3  Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques et cuisons-les au feu. La brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de mortier.

  • Ils dirent (encore): Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet (touche) au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas disséminés à la surface de toute la terre. » (version La Colombe)

Le récit de la tour de Babel est assez bref (9 versets en tout) et, malgré cette brièveté, il est devenu un des plus grands mythes de l’humanité (avec le Déluge, la sortie d’Egypte ou la ligature d’Isaac) tirés de la Bible. Mon propos n’est pas aujourd’hui de discuter du caractère mythique ou historique de ce récit. Rien que chez les protestants, la divergence est irréductible : les libéraux considèrent cette histoire comme un fable à but explicatif de la diversité des langues et de l’hubris de l’humanité première ; les évangéliques en font, le plus souvent, une lecture historique et littérale. Entre les deux extrêmes, toute une frange de huguenots hésitent entre les deux positions. Je pense que le même débat court chez les catholiques ou les orthodoxes, mais en silence. Laissons cela de côté et faisons une lecture contemporaine de ce texte, par la démarche de l’analogie.

Situons d’abord ce texte dans le livre de la Genèse, car il y a un enseignement en cela

Si nous regardons où se situe cet épisode dans le livre des origines, nous voyons qu’il suit le grand récit de Déluge et de la sortie de l’Arche de Noé. Nous sommes bien, analogiquement, dans une situation comparable à la nôtre. Nous pouvons dire que le XXIème siècle a connu deux « déluges » qui ont ébranlé l’humanité : la crise financière mondiale de 2008, dite « crise des subprimes » et la crise en cours du Covid19. Dans les deux cas, le choc a été suffisamment fort pour que les hommes pensent un « monde d’après ». Nous savons que les années qui ont suivi la crise de 2008 ont ramené inexorablement à la vie d’avant, « business as usual », comme le disent les Anglo-saxons. Aucune leçon n’a été tirée de ce séisme.

Nous avons bien lu et entendu partout parler, surtout durant le premier confinement – mars à mai 2020), de l’urgence et de la nécessité de penser un monde d’après qui serait au bénéfice des leçons de la pandémie. Mais nous sentons bien, et nous entendons et nous voyons que les gens, dans leur immense majorité, veulent retrouver une « vie normale », c’est-à-dire leur vie d’avant. On peut donc, raisonnablement penser que, encore une fois, il n’y aura aucune bifurcation générale de notre société. Est-ce d’ailleurs souhaitable, possible, utile et bénéfique ? C’est à chacun de nous de répondre à cette question.

Les descendants de Noé, selon la Bible, ont engagé une démarche de civilisation. Voyons quelle est sa base.

Le projet de Babel

C’est d’abord un projet qui naît d’une humanité homogène, issue de l’après-déluge. Le verset 1 parle d’une seule langue ; il y a donc unité humaine. Cette unité fait l’union, et l’union fait la force.

Aujourd’hui il faut regarder derrière les apparences du monde que nous connaissons. La mondialisation impose, par sa pratique, la langue anglaise et ses termes au monde entier. Nous voyons, depuis la chut du bloc communiste soviétique, l’idée d’une gouvernance mondiale unique qui progresse. La crise du Covid19 est un formidable accélérateur de cette idée. Or, toute gouvernance mondiale est, par nature, porteuse du risque de totalitarisme, par l’absence de toute alternative et la concentration du pouvoir avec tous ses moyens de coercition et de contrôle.

Le projet de Babel fait la preuve du génie inventif des hommes : les versets 2 et 3 montrent à la fois l’invention de la brique, des techniques d’assemblage et la naissance de la ville, donc l’idée  même d’urbanisation. Tout cela représente un progrès considérable, auquel il faut ajouter l’usage du bitume pour cimenter.

Si nous revenons à notre présent, nous ne pouvons que constater l’accélération technique absolument inédite des dernières décennies, notamment liée à l’essor de la science informatique. L’homme pense se sortir de toutes les impasses où il s’est enfermé par une réponse technique. Ainsi, face au réchauffement climatique, une nouvelle discipline est née, la géo-ingénierie, qui pense des remèdes planétaires à la montée du CO² ou à l’acidification des océans. Ce n’est pas le lieu ici de décrire ces projets. Il suffit de dire qu’ils sont prométhéens, totalement démesurés. De même, la crise du Covid19 doit se régler par la mise au point ultra-rapide de vaccins à ARN, technique directement liée aux manipulations génétiques, donc relevant du jeu de l’apprenti-sorcier dans de très nombreux cas. Nul ne songe, chez les divers puissants de ce monde, à interroger le mode de vie mondialiste, consumériste et destructeur de nos sociétés.

Le projet de Babel est à la fois transcendant et immanent. C’est donc un projet holistique, global et, aussi, à terme, totalitaire.

  • -transcendant, car la tour doit « toucher au ciel », et donc percer et détruire le mystère de la divinité.
  • -La tour sera dans une ville. Dans la Bible, la ville est une invention de Caïn, le meurtrier fratricide, pour aller se cacher de la face de Dieu. Genèse 4 : 17 :

« 17  Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »

  • -Le but final est de se « faire un nom », c’es-à-dire de devenir Dieu, car en hébreu, le mot Nom est une des appellations de Yahvé. Par leur technique et leur labeur, les hommes veulent devenir Dieu.
  • -Le projet est de rester réuni sous cette gouvernance divine des hommes-bâtisseurs. Il y a bien un désir de contrôle absolu.

La signification pour notre temps est limpide

  • -Le projet mondialiste édifie des tours de plus en plus hautes, qui portent toutes un nom, dont celui de certains hommes, comme la Tour Trump ou la tour  Rockfeller. C’est une transposition parfaite du désir de Babel.
  • -La ville, sous la forme idéale de la métropole mondiale (ou mégapole), est le seul modèle urbain promu, même chez les peuplades les plus rurales du monde (au Rwanda ou au Cambodge par exemple). Tout est pensé uniquement par et pour la ville et les urbains. Le modèle de la révolte contre Dieu est donc devenu exclusif (Je renvoie les sceptiques au splendide livre théologique de Jacques Ellul, Sans feu ni lieu).
  • -Tous les Etats luttent contre la dispersion la plus ancienne : les nomades sont partout persécutés et sédentarisés sous la contrainte, au nom du droit foncier, de la modernité, mais en réalité au nom du désir de contrôler des peuples libres. C’est uniquement pour pouvoir mieux « surveiller et punir », pour reprendre un titre du philosophe Michel Foucault, dans lequel il analyse cette tendance de nos sociétés modernes.
  • -La gouvernance mondiale avance inexorablement depuis 1945. Ne nous laissons pas abuser par les épisodes communistes ou le rôle actuel de la Chine. Peu à peu, les intérêts convergent et l’étau se resserre sur nos libertés, et nos vieilles nations luttent vainement pour ne pas être effacées. Le projet européen, derrière sa pseudo-origine démocrate-chrétienne (fausse mais promue, l’histoire récente l’a prouvé) participe à cette marche vers  le gouvernement mondial. Ce qui est testé à 27 ou 28 pays est appelé à se généraliser.

Conclusion

Nous pourrions appeler ce que nous vivons « Le projet Babel II ». Ce projet est accompagné d’un travail de propagande jamais égalé dans l’histoire et se déployant à l’échelle mondiale. La phase la plus avancée est celle du gouvernement numérique du monde par les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Microsoft), sociétés plus riches et plus puissantes que beaucoup d‘Etats. La résistance symbolique n’a aucune chance réelle d’aboutir, sauf si les terriens acceptent de se déconnecter et de changer leur habitudes.

Mais en parallèle avec les GAFAM, il existe toute une galaxie d’organisations connues (OMS, FAO, UNESCO, OMC…) ou très secrètes (comme els grandes fondations), qui posent, brique après brique pour construire Babel II.

Alors, tout est donc fichu ? Il n’y a plus qu’à se résigner ?

Si on s’arrête au verset 4, cela est le constat évident. Mais le récit comporte une deuxième partie, qui sera l’objet de la méditation suivante.

Jean-Michel Dauriac – Février 2021.

La logique de Babel (1)

Méditations de sortie de l’Arche n° 10

Lecture de base : Genèse 11 : 1 à 4

«  Or, toute la terre parlait un même langage avec les mêmes mots.

2  Partis de l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Chinéar, et ils y habitèrent.

3  Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques et cuisons-les au feu. La brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de mortier.

  • Ils dirent (encore): Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet (touche) au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas disséminés à la surface de toute la terre. » (version La Colombe)

Le récit de la tour de Babel est assez bref (9 versets en tout) et, malgré cette brièveté, il est devenu un des plus grands mythes de l’humanité (avec le Déluge, la sortie d’Egypte ou la ligature d’Isaac) tirés de la Bible. Mon propos n’est pas aujourd’hui de discuter du caractère mythique ou historique de ce récit. Rien que chez les protestants, la divergence est irréductible : les libéraux considèrent cette histoire comme un fable à but explicatif de la diversité des langues et de l’hubris de l’humanité première ; les évangéliques en font, le plus souvent, une lecture historique et littérale. Entre les deux extrêmes, toute une frange de huguenots hésitent entre les deux positions. Je pense que le même débat court chez les catholiques ou les orthodoxes, mais en silence. Laissons cela de côté et faisons une lecture contemporaine de ce texte, par la démarche de l’analogie.

Situons d’abord ce texte dans le livre de la Genèse, car il y a un enseignement en cela

Si nous regardons où se situe cet épisode dans le livre des origines, nous voyons qu’il suit le grand récit de Déluge et de la sortie de l’Arche de Noé. Nous sommes bien, analogiquement, dans une situation comparable à la nôtre. Nous pouvons dire que le XXIème siècle a connu deux « déluges » qui ont ébranlé l’humanité : la crise financière mondiale de 2008, dite « crise des subprimes » et la crise en cours du Covid19. Dans les deux cas, le choc a été suffisamment fort pour que les hommes pensent un « monde d’après ». Nous savons que les années qui ont suivi la crise de 2008 ont ramené inexorablement à la vie d’avant, « business as usual », comme le disent les Anglo-saxons. Aucune leçon n’a été tirée de ce séisme.

Nous avons bien lu et entendu partout parler, surtout durant le premier confinement – mars à mai 2020), de l’urgence et de la nécessité de penser un monde d’après qui serait au bénéfice des leçons de la pandémie. Mais nous sentons bien, et nous entendons et nous voyons que les gens, dans leur immense majorité, veulent retrouver une « vie normale », c’est-à-dire leur vie d’avant. On peut donc, raisonnablement penser que, encore une fois, il n’y aura aucune bifurcation générale de notre société. Est-ce d’ailleurs souhaitable, possible, utile et bénéfique ? C’est à chacun de nous de répondre à cette question.

Les descendants de Noé, selon la Bible, ont engagé une démarche de civilisation. Voyons quelle est sa base.

Pieter Bruegle l’ancien – La Tour de Babel

Le projet de Babel

C’est d’abord un projet qui naît d’une humanité homogène, issue de l’après-déluge. Le verset 1 parle d’une seule langue ; il y a donc unité humaine. Cette unité fait l’union, et l’union fait la force.

Aujourd’hui il faut regarder derrière les apparences du monde que nous connaissons. La mondialisation impose, par sa pratique, la langue anglaise et ses termes au monde entier. Nous voyons, depuis la chut du bloc communiste soviétique, l’idée d’une gouvernance mondiale unique qui progresse. La crise du Covid19 est un formidable accélérateur de cette idée. Or, toute gouvernance mondiale est, par nature, porteuse du risque de totalitarisme, par l’absence de toute alternative et la concentration du pouvoir avec tous ses moyens de coercition et de contrôle.

Le projet de Babel fait la preuve du génie inventif des hommes : les versets 2 et 3 montrent à la fois l’invention de la brique, des techniques d’assemblage et la naissance de la ville, donc l’idée  même d’urbanisation. Tout cela représente un progrès considérable, auquel il faut ajouter l’usage du bitume pour cimenter.

Si nous revenons à notre présent, nous ne pouvons que constater l’accélération technique absolument inédite des dernières décennies, notamment liée à l’essor de la science informatique. L’homme pense se sortir de toutes les impasses où il s’est enfermé par une réponse technique. Ainsi, face au réchauffement climatique, une nouvelle discipline est née, la géo-ingénierie, qui pense des remèdes planétaires à la montée du CO² ou à l’acidification des océans. Ce n’est pas le lieu ici de décrire ces projets. Il suffit de dire qu’ils sont prométhéens, totalement démesurés. De même, la crise du Covid19 doit se régler par la mise au point ultra-rapide de vaccins à ARN, technique directement liée aux manipulations génétiques, donc relevant du jeu de l’apprenti-sorcier dans de très nombreux cas. Nul ne songe, chez les divers puissants de ce monde, à interroger le mode de vie mondialiste, consumériste et destructeur de nos sociétés.

Le projet de Babel est à la fois transcendant et immanent. C’est donc un projet holistique, global et, aussi, à terme, totalitaire.

  • -transcendant, car la tour doit « toucher au ciel », et donc percer et détruire le mystère de la divinité.
  • -La tour sera dans une ville. Dans la Bible, la ville est une invention de Caïn, le meurtrier fratricide, pour aller se cacher de la face de Dieu. Genèse 4 : 17 :

« 17  Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »

  • -Le but final est de se « faire un nom », c’es-à-dire de devenir Dieu, car en hébreu, le mot Nom est une des appellations de Yahvé. Par leur technique et leur labeur, les hommes veulent devenir Dieu.
  • -Le projet est de rester réuni sous cette gouvernance divine des hommes-bâtisseurs. Il y a bien un désir de contrôle absolu.

La signification pour notre temps est limpide

  • -Le projet mondialiste édifie des tours de plus en plus hautes, qui portent toutes un nom, dont celui de certains hommes, comme la Tour Trump ou la tour  Rockfeller. C’est une transposition parfaite du désir de Babel.
  • -La ville, sous la forme idéale de la métropole mondiale (ou mégapole), est le seul modèle urbain promu, même chez les peuplades les plus rurales du monde (au Rwanda ou au Cambodge par exemple). Tout est pensé uniquement par et pour la ville et les urbains. Le modèle de la révolte contre Dieu est donc devenu exclusif (Je renvoie les sceptiques au splendide livre théologique de Jacques Ellul, Sans feu ni lieu).
  • -Tous les Etats luttent contre la dispersion la plus ancienne : les nomades sont partout persécutés et sédentarisés sous la contrainte, au nom du droit foncier, de la modernité, mais en réalité au nom du désir de contrôler des peuples libres. C’est uniquement pour pouvoir mieux « surveiller et punir », pour reprendre un titre du philosophe Michel Foucault, dans lequel il analyse cette tendance de nos sociétés modernes.
  • -La gouvernance mondiale avance inexorablement depuis 1945. Ne nous laissons pas abuser par les épisodes communistes ou le rôle actuel de la Chine. Peu à peu, les intérêts convergent et l’étau se resserre sur nos libertés, et nos vieilles nations luttent vainement pour ne pas être effacées. Le projet européen, derrière sa pseudo-origine démocrate-chrétienne (fausse mais promue, l’histoire récente l’a prouvé) participe à cette marche vers  le gouvernement mondial. Ce qui est testé à 27 ou 28 pays est appelé à se généraliser.

Conclusion

Nous pourrions appeler ce que nous vivons « Le projet Babel II ». Ce projet est accompagné d’un travail de propagande jamais égalé dans l’histoire et se déployant à l’échelle mondiale. La phase la plus avancée est celle du gouvernement numérique du monde par les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Microsoft), sociétés plus riches et plus puissantes que beaucoup d‘Etats. La résistance symbolique n’a aucune chance réelle d’aboutir, sauf si les terriens acceptent de se déconnecter et de changer leur habitudes.

Mais en parallèle avec les GAFAM, il existe toute une galaxie d’organisations connues (OMS, FAO, UNESCO, OMC…) ou très secrètes (comme els grandes fondations), qui posent, brique après brique pour construire Babel II.

Alors, tout est donc fichu ? Il n’y a plus qu’à se résigner ?

Si on s’arrête au verset 4, cela est le constat évident. Mais le récit comporte une deuxième partie, qui sera l’objet de la méditation suivante.

Jean-Michel Dauriac – Février 2021.

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