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Tu as délié mon sac … – Méditation de sortie de l’arche n° 19

La version audio de cette méditation est là:

Nous venons de vivre, et vivons encore au moment où j’écris ces lignes, ce que nous pouvons appeler, en termes chrétiens, un temps d’épreuve, ce que la société profane appelle un temps de crise (vous noterez évidemment la différence de point de vue). Pour le croyant, le virus du Covid 19 est un moment difficile où Dieu peut éprouver la foi de son peuple – et non lui envoyer le virus, comme on l’entend parfois -, il y une grande divergence d’appréciation entre ces deux points de vue, le second relevant d’une lecture littérale de la Bible et d’une conception d’un Dieu punisseur que je ne saurais accepter. Pour la masse humaine, c’est un sale moment dont il faut sortir au plus vite pour reprendre sa bonne petite vie d’avant (mais elle n’était pas bonne pour tous, ne l’oublions pas). Le point commun est que des dizaines de milliers de personnes sont mortes en France, censément de ce virus. En effet, il faudra du temps pour avoir les vrais chiffres épidémiques, et non ceux manipulés par les pouvoirs sanitaires et politiques pour distiller au quotidien la peur dans le pays, depuis février 2020. Des familles sont endeuillées, nous avons tous des amis, des connaissances disparus lors de cette épidémie, c’est un fait bien réel. Comment sort-on d’une telle épreuve ? Je ne parle pas ici de l’économie de notre pays, mais de l’état psychique, voire spirituel de la population. Je voudrais apporter un éclairage chrétien et biblique dans cette méditation, qui pourra certes choquer le rationaliste ou l’athée, voire le croyant sociologique, mais qui représente ce qu’est la foi et l’espérance en Christ.

Lectures de base : Psaume 30 : 10-12 et psaume 31 : 8-9, dans la version Segond 1910.

« 10  (30-11) Ecoute, Eternel, aie pitié de moi ! Eternel, secours-moi ! — 

11  (30-12) Et tu as changé mes lamentations en allégresse, Tu as délié mon sac, et tu m’as ceint de joie,

12  (30-13) Afin que mon cœur te chante et ne soit pas muet. Eternel, mon Dieu ! je te louerai toujours. »

«   (31-8) Je serai par ta grâce dans l’allégresse et dans la joie ; Car tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme,

8  (31-9) Et tu ne me livreras pas aux mains de l’ennemi, Tu mettras mes pieds au large. »

La numérotation des versets peut changer d’une version à l’autre.

Nous sommes à nouveau dans le cadre du livre des Psaumes. C’est un univers hébraïque qui exprime ces paroles. Mais elles sont également pour nous, comme tout le Premier Testament, puisqu’il faut encore une fois rappeler l’ancrage judéo-chrétien du christianisme. Pas de Christ et de christianisme sans le peuple hébreu et sa religion. Nous sommes cohéritiers de la Torah juive et de sa Bible. Les versets que nous venons de lire sont très parlants pour un juif pratiquant, ils peuvent être obscurs pour un chrétien néophyte ou coupé de ses racines spirituelles juives.

Le cri d’appel au secours : verset 11 du psaume 30

L’auteur du psaume 30, David, adresse un cri, un S.O.S. à son Dieu, c’est le verset 11. Il se trouve dans une situation périlleuse et il a besoin du secours de Dieu. C’est un des ressorts constants des psaumes : l’homme crie à Dieu, lui présente son épreuve, signale ses ennemis et demande le secours de Dieu, souvent sous forme de disparition radicale des adversaires. Ici nous ne savons pas quelle est précisément la menace, ce qui nous permet de nous réapproprier cette prière.

Lequel d’entre nous, durant ces longs mois de claustration, de restrictions multiples et de peur de la contagion, n’a pas, à un moment ou à un autre, usé des mêmes mots que David ? Dans notre désarroi face à ce virus microscopique, invisible et coriace, il nous apparaît, au vu de l’impuissance globale de nos civilisations, que le seul recours est hors de ce monde terriblement limité, et s’appelle Dieu. Nous ne pouvons que faire appel à la pitié de Dieu, à sa compassion pour l’humanité. Car le croyant, lecteur de la bible et pratiquant de la prière par l’Esprit Saint, sait que Dieu est un Dieu d’amour, qui malgré le rejet de ses créatures, garde un regard attentif sur sa création. Ce n’est pas ici le lieu de détruire les accusations classiques sur l’indifférence de Dieu, voire sur sa méchanceté. Le livre des Psaumes est sans doute celui qui, dans toute la Bible, dit le mieux l’équivalence entre l’attitude de refus des hommes et la non-intervention de Dieu, son volontaire retrait. Dieu laisse la liberté au méchant (selon la formule des Psaumes) d’être de plus en plus méchant et révolté. Il lui laisse vivre sa vie selon son vouloir. Mais celui qui connaît Dieu, le craint (au sens biblique) et place en lui sa foi sait aussi que Dieu peut agir en sa faveur. Nous pensons toujours, dans ce cas-là, aux miracles, au surnaturel, au « truc magique ». C’est une bien pauvre connaissance de Dieu. Son action est bien plus puissante quand elle a lieu dans le cœur des hommes et des femmes, là où nul ne la voit, mais où elle est bien réelle pour ceux qui l’expérimentent. Lisons en Matthieu 9 :5, cette interrogation de Jésus, qui est aussi une sévère relativisation du miracle :

« 5  Car, lequel est le plus aisé, de dire : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, et marche ? » (version NBS)

David appelle l’intervention de Dieu (verset 11) et elle est attestée au verset 12 et justifié au verset 13.

La réponse de Dieu (verset 12)

La réponse de Dieu est surprenante. Le psaume ne nous dit pas qu’il a détruit les ennemis de David, qu’il est intervenu contre eux en sa faveur. Le texte nous parle d’une transmutation proprement incroyable et, pour tout dire, scandaleuse, là encore au sens biblique – sur laquelle on peut trébucher – C’est-à-dire qui vient bouleverser ce qui est établi. Dieu change « les lamentations en allégresse ». La version du Rabbinat français dit « le deuil en danses joyeuses », ce qui est encore plus choquant. Que signifie cette réponse de Dieu à la prière de son serviteur ?

Le deuil est le temps de la tristesse, des larmes, des cris de douleur, des lamentations. En Orient, il existe des pleureuses professionnelles qui viennent verser toutes les larmes de leur corps pour la famille du défunt. Ne pas pleurer ou avoir l’air abattu lors de funérailles ou dans le deuil est considéré par les hommes comme une forme de sacrilège. Et voilà que Dieu vient totalement bouleverser cette logique de perte, de défaite et d’épreuve.

L’allégresse est une forme supérieure de la joie. Le terme est un peu désuet aujourd’hui, car nous perdons la précision du vocabulaire. L’allégresse se traduit par des chants, des danses et du rire. Pourquoi et comment Dieu fait-il cette substitution ? La réponse est par l’Esprit et l’Espérance. Seul l’Esprit est capable d’aller au-delà de la matière, seul il peut dépasser l’épreuve la plus terrible ou la mort du corps d’un être aimé. Et ce qui est scandale pour le païen ou l’athée est foi et promesse pour le croyant. Le psaume 23 a ce verset magnifique :

« 4  Même si je marche dans la vallée de l’ombre de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton, voilà mon réconfort. » (version NBS)

L’homme naturel ne peut nullement affirmer « tu es avec moi », en parlant à Dieu. Seul l’homme spirituel, celui qui est passé par la nouvelle naissance que Jésus évoque en Jean 3 : 3,5 & 6, devant Nicodème, peut dire que Jésus est Seigneur, Christ de Dieu et que Dieu est avec lui. Et à cette homme ou à cette femme, né de l’esprit, ce propos de David n’est pas scandaleux, il est lumineux d’espérance. Dieu est celui qui brise l’état de deuil ou d’abattement.

La seconde partie du verset à laquelle j’ai emprunté le titre de cette méditation dit : « Tu as délié mon sac et tu m’as ceint de joie ». Si on ne connaît pas convenablement la Bible et son univers, cette expression de « délier mon sac » est incompréhensible. De même qu’en Amérique il y avait « le goudron et les plumes » pour le traître, il y avait chez les Juifs « le sac et la cendre » pour l’homme abattu ou repentant. De nombreux passages de la Bible juive usent de cette expression. Citons-en quelques-uns. Jonas 3 : 5-9 parle du repentir des habitants de Ninive et de leur roi, qui ont pris le sac et la cendre pour faire acte de repentance après la prédication du prophète.

« 5  Les gens de Ninive crurent à Dieu, ils publièrent un jeûne, et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits.

6  La chose parvint au roi de Ninive ; il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre.

7  Et il fit faire dans Ninive cette publication, par ordre du roi et de ses grands ; Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis, ne goûtent de rien, ne paissent point, et ne boivent point d’eau !

8  Que les hommes et les bêtes soient couverts de sacs, qu’ils crient à Dieu avec force, et qu’ils reviennent tous de leur mauvaise voie et des actes de violence dont leurs mains sont coupables !

9  Qui sait si Dieu ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne renoncera pas à son ardente colère, en sorte que nous ne périssions point ? » (version Segond 1910)

Genèse 37 : 34 raconte le deuil de Jacob pour la perte de son fils chéri, Joseph et le sac qu’il porte :

« 34  Et il déchira ses vêtements, il mit un sac sur ses reins, et il porta longtemps le deuil de son fils. » (version Segond 1910)

Jésus reprend cette expression en Matthieu 11 : 21 en visant les villes de Galilée, Chorazin et Bethsaïda.

« 21  Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. » (version Segond 1910)

Je mets en annexe au texte de cette méditation une liste de versets sur ce thème. « Prendre le sac » est aussi un acte d’humiliation et d’humilité devant Dieu. La tristesse, la repentance et l’humiliation sont les composantes de ce geste symbolique. Or ici, Dieu a délié le sac ( ou l’a dénoué, dans une autre version). Il met fin à ce temps de douleur et en échange du sac rugueux et inconfortable, il donne une ceinture de joie. Rappelons-nous que dans la théologie de Paul présentant les armes du chrétien, la ceinture est la vérité. Si nous mettons en lien les deux textes, nous pouvons déduire que la ceinture donnée par Dieu est de joie parce qu’elle est la vérité. Le mensonge est le péché, la vérité est le pardon et la joie.

Dieu répond donc à la prière de David en inversant la logique humaine. Sommes-nous prêts à ce renversement ? Nous ne pouvons l’accepter que si nous sommes entrés dans la logique de la volonté et de l’amour de Dieu, et que nous pouvons transcender l’épreuve, la lutte et même la mort, en joie de la vérité en Dieu. Ce n’est pas notre œuvre ni celle de notre volonté, mais celle de Dieu en nous par l’Esprit.

Pour quoi faire ? (verset 13 et 31 :8-9)

Le but de ce retournement est évoqué en deux actions au verset 13 du psaume 30 :  Chanter Dieu et le louer. Nous avons, dans une de nos première méditations, étudié le comportement de Paul et Silas, emprisonnés pour leur témoignage public du Christ, et qui, au lieu de se lamenter, chantent, louent et témoignent dans la prison (Actes 16 : 20-34). Paul en fait une des bases de son enseignement, répétant à plusieurs reprises cette formule, dont nous citerons ici la version de Philippiens 4 : 4 :

« 4  Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. » (version Segond 1910)

Ceci n’est possible que dans le Seigneur, c’est-à-dire dans une vision arrachée à la chair mortelle de l’homme.

Psaume 31 : 8 affirme à nouveau l’allégresse et la joie, mais « par ta grâce ». Dans la doctrine chrétienne, la grâce est la source du salut. Cette joie et cette allégresse ne sont accessibles que par le salut, jamais par notre être naturel ou notre volonté. Ce n’est pas du tout de la « pensée positive », ersatz sans durée.

Est-ce à dire que tout est joie et félicité dans la vie du croyant ? Que nenni ! Le verset 8b dit au contraire : « Car tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme ».

Ce n’est pas là une contradiction, mais plutôt une forme de théologie dialectique. Il y a l’allégresse et la joie données par Dieu par l’Esprit et, en même temps, la misère et les angoisses de l’âme humaine. Ce qui donne du prix à cette allégresse, c’est justement qu’elle se manifeste alors même que les difficultés continuent d’exister. Une religion formelle ne peut nullement procurer cela. Nous sommes ici au seuil d’une mystique de la grâce. La clé de cette porte est la foi.

Le verset 9 donne le résultat final de cette séquence en deux actions :

  • -ne pas être livré à l’ennemi,
  • -Mettre les pieds au large.

Dieu ne supprime pas les difficultés de nos vie et n’aplanit pas nos sentiers. Mais il ne permet pas que nous soyons dans les mains de l’adversaire. Celui-ci, ou ceux qui le servent, n’ont aucun pouvoir sur nous. Cette promesse est capitale, car elle permet de relativiser toutes les épreuves, même la mort.

Dieu assure la sécurité de ses enfants dans leur marche, c’est le sens de « mettre les pieds au large ». Il nous évite les pièges du chemin, les fosses creusées par l’ennemi pour que nous y tombions – un des leitmotivs des psaumes, les pierres qui sont occasion de chute. C’est encore une promesse qu’il nous appartient de vérifier par l’expérience.

Conclusion

Je crois qu’il est intéressant de retenir la composition de la séquence que nous venons d’étudier :

Prière d’intercession du juste attaqué – Réponse surprenante de Dieu – Chant et louange à Dieu – Promesse de sécurité pour le croyant.

Si nous appliquons cela au contexte actuel de la France du Covid19, nous devons y trouver des encouragements extraordinaires

Jean-Michel Dauriac – Juin 2021

Annexe : les versets sur le sac et la cendre

Esther 4:3 Dans chaque province, partout où arrivaient l’ordre du roi et son édit, il y eut une grande désolation parmi les Juifs ; ils jeûnaient, pleuraient et se lamentaient, et beaucoup se couchaient sur le sac et la cendre.

Esaïe 58:5 Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, Un jour où l’homme humilie son âme ? Courber la tête comme un jonc, Et se coucher sur le sac et la cendre, Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, Un jour agréable à l’Eternel ?

Daniel 9:3 Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre.

Matthieu 11:21 Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre.

Luc 10:13 Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre.

Published in Bible et vie

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