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Le crétinisme, nouvelle religion mondiale du XXIe siècle

Les sociologues des religions ont forgé un sigle pour désigner les nouvelles croyances apparues à partir du milieu du XXe siècle : NMR ou Nouveau Mouvement Religieux. Ce sigle permet de caser sous la même étiquette les croyances les plus diverses, allant des sectes parachrétiennes à des groupements farfelus, tels les adorateurs de l’oignon. Je propose aujourd’hui d’en ajouter une nouvelle : le crétinisme.

Certes, le crétinisme, sous le nom commun de bêtise, a toujours existé. Mais il était plutôt subi que recherché et jamais revendiqué. Depuis le début du XXIe siècle, les choses ont changé et il faut bien admettre que le crétinisme est devenu une véritable religion de masse d’audience mondiale, s’enracinant dans toutes les civilisations : il y a un crétinisme occidental, un crétinisme islamique, un crétinisme oriental … Ces variantes ne sont pas nées de schismes, comme pour les églises chrétiennes, mais par un développement parallèle, comme les hominidés dans le temps de l’histoire. Cette variété ne doit cependant pas cacher la grande unité de fond de cette religion moderne. Il y a déjà et il y aura bientôt encore plus de savants sociologues et anthropologues pour étudier ce mouvement dans le détail. Je voudrais seulement ici en souligner quelques caractères remarquables afin, pourquoi pas, d’éveiller des vocations de chercheurs sur ce sujet.

Une religion se caractérise par quelques aspects structurants. Il y a toujours des fondateurs et des apôtres à l’origine de cette foi. Elle est exprimée par des articles de croyances, des dogmes ou des confessions de foi. Elle est marquée par des rites et des célébrations, elle a un culte et une liturgie. Elle fait émerger des héros, des « saints » qui sont donnés en exemple. Elle a un clergé et des enseignants. Tout cela se retrouve dans le crétinisme.

Une foi a toujours une origine, réelle ou mythique. Elle a un ou des fondateurs, lesquels s’entourent en général de disciples zélés qui diffusent le message des créateurs. Quelle est l’origine du crétinisme ? Il faut avouer que le mystère demeure et que les savants sont partagés. On dispose bien de certains indices, avec des expressions géographico-ethniques comme le « crétin des Alpes », mais c’est trop ténu pour en faire la base unique. Le crétin des Alpes est simplement une branche religieuse archaïque. Il faut sans nul doute remonter aux origines mêmes de l’homme pour trouver la racine de cette foi, qui semble accompagner toute l’histoire humaine. On peut ainsi dire que le malheureux Caïn, dans le livre de la Genèse biblique, est un bel exemple de fondateur ancien. Au lieu de chercher à comprendre pourquoi son frère était le chouchou de Dieu, il le bute tout simplement ! C’est bien le meilleur moyen de ne jamais savoir : superbe preuve de crétinisme à l’état brut. La Bible ajoute d’ailleurs que Caïn fut un bâtisseur et fondateur d’une lignée : le crétinisme commençait à se développer. Si l’on prend la peine de parcourir les grands textes fondateurs et les cosmogonies, on trouvera des exemples similaires partout. Le crétinisme émerge partout où croît l’humanité. Les Égyptiens ont leurs crétins, les Grecs et les Romains aussi, comme les Incas ou les Bantous. Partout naissent des fondateurs qui feront lignée. Il y aura le crétin-meurtrier, le crétin-chasseur, le crétin-prêtre, le crétin-roi et la masse des crétins de base. Les fondateurs sauront à chaque fois s’entourer de fidèles qu’ils enseigneront par l’exemple et/ou la parole et qui diffuseront ensuite la nouvelle foi. Des légendes entoureront les fondateurs, légendes où il sera difficile de séparer le réel du mythe. Ceci traversera le temps et nous avons pu constater cela avec les fondateurs des crétinismes du XXe siècle (Mao Zedong ou Hitler par exemple). Il faut noter que le crétinisme n’est pas inoffensif, il peut même être très dangereux et ce fait a fait oublier qu’il était d’abord un crétinisme avant d’être une idéologie de haine ou de guerre. Il faut donc remonter à la source pour identifier le crétin initial, afin de ne pas faire de contresens en la matière. On peut dégager un invariant à cet acte fondateur : son manque de réflexion et d‘analyse logique et rationnelle. À la base du crétinisme il y a toujours un vice de pensée, l’essence de la sottise.

Une religion, aussi floue soit-elle a ses articles foi, organisés soit oralement et transmis par apprentissage, ou mis par écrit et diffusés. Prenons deux exemples différents : la Révolution française, ce grand moment historique mythifié (merci les historiens marxistes français !) a eu sa dogmatique initiale, sous la forme de la DDH, la Déclaration des droits de l’homme (on oublie souvent la fin : et du citoyen). C’est devenu au fil du temps LA référence démocratique par excellence, même si la plupart de ceux qui s’en réclament ne l’ont jamais lue en entier, voire jamais lue du tout. Le christianisme a aussi ses articles de foi ; au-delà des Évangiles, il se trouve des textes primitifs ou anciens, élaborés par les communautés de croyants, qui sont devenus des professions de foi, selon la formulation catholique. Citons-en deux, que tout français connaissait autrefois, même s’il n’était pas croyant : le Symbole des Apôtres, datant sans doute du IIIe siècle, et le Credo, qui est sa forme liturgique catholique. Ces deux textes font l’unanimité dans toutes les confessions chrétiennes, car ils vont à l’essentiel. Qu’en est-il du crétinisme ? Il est manifeste qu’il n’existe pas de texte de cette notoriété à ce sujet. Pourtant, la bêtise a beaucoup produit depuis l’invention de l’écriture, mais elle ne s’est pas érigée en système avant notre époque. Il faut donc se résoudre à ne pas trouver d’articles de la foi crétine anciens. Par contre, l’époque récente a produit à profusion des manifestes, dans les domaines les plus divers, car, comme je l’ai dit plus haut, le crétinisme sévit dans tous les domaines – ce que Coluche aurait traduit par « La connerie est vraiment universelle » . Citons, sans les étudier ou reproduire, quelques exemples : vous avez, de nos jours, toute une littérature dite « platiste », qui émane de gens qui sont convaincus que la Terre est plate et que la rotondité est une invention pure et simple. Si ce sont surtout des Américains, malheureusement, par le Net et les réseaux asociaux, cette forme de crétinisme s’est répandue. Un autre exemple a pris une grande importance à partir de la Covid19 : la position dite « antivax ». Sur la base d’une interrogation légitime (la valeur d’un vaccin fabriqué en quelques semaines) sont apparues ou réapparues des théories complotistes ou totalement a-scientifiques sur les vaccins. Je ne confonds pas ici le droit de refuser d‘être vacciné, qui relève de la liberté individuelle, même mal informée, et les discours aberrants sur le vaccin lui-même, en tant que produit de la recherche médicale. C’est faire preuve d’une ignorance abyssale ou d’une mauvaise foi totale que de prétendre que les vaccins tuent les gens et sont conçus pour cela. Je ne discuterais pas cela, pas plus que le platisme, car on se trouve ici dans la foi du crétinisme de la plus belle espèce et ce serait lui donner une quelconque importance que de dialoguer avec elle, comme on ne discute pas de la démocratie et des droits de l’homme avec Xi Jimping ou Kim . Ce qui est très préoccupant, c’est que les diverses formes du crétinisme se superposent chez certains individus : ils sont platistes et antivax, racistes et sensibles à tous les avatars d’un fascisme ressuscité (au sens fort du terme et non comme l’usage immodéré et ridicule qu’en fait la gauche française, auquel « l’antifascisme » permet encore d’avoir une opinion politique). Le contexte de notre époque fait que le crétinisme sous ses différentes formes devient souvent viral, par l’entremise des réseaux asociaux et de leur tare, les influenceurs (influenceuses), nouveaux maîtres à penser et diacres du crétinisme. Les « fake news » » » sont très souvent des professions de foi du crétinisme. Mais il faudrait mettre à leur côté certaines déclarations d’hommes politiques – je ne cite personne ici pour ne pas aggraver mon cas. Ces propos chargés en bêtise sont repris par des publics incultes, rivés à leurs téléphones, leurs tablettes ou leurs ordinateurs, dans la solitude de vies artificielles déshumanisées par la technologie aliénante promotionnée partout. Le crétinisme peut surgir à tout moment dans n’importe quel lieu, dans la bouche d’une personne qui reprend son évangile sans aucun recul critique. La force des images trafiquées est devenue incontrôlable et il faut beaucoup de temps et de culture pour ne pas s’y laisser piéger.

Toute religion développe une pratique qui comporte rites et célébrations, formes de culte et liturgie, car ceci est un fond anthropologique commun et originel. Le crétinisme, bien qu’informel au début, n’y échappe pas, avec sa massification et les nouveaux moyens techniques à sa disposition. On a pu en apprécier les prémisses avec le sport, en particulier le football. Des sociologues, dont Norbert Elias est le plus connu, ont mis en évidence l’analogie religieuse du sport, et du football en particulier, avec la religion.  Le stade est une cathédrale, les joueurs sont des officiants, la messe ou le culte est très codifié, dans sa durée comme dans ses règles. La liturgie est assurée par les commentateurs et animateurs de stade et, en dernier ressort, par les supporters. Et c’est là qu’intervient le crétinisme. La bêtise s’affiche en cinémascope dans les tribunes où se massent les clubs de supporters les plus agressifs (il existait encore, il y quelques années des publics exemplaires à Lens ou Saint-Étienne). Le culte est accompagné d’une liturgie ordurière (le fameux « Ho Hisse Enc… » qui accompagne chaque dégagement du gardien adverse, ou le poétique « Aux chiottes, l’arbitre ») hurlée à pleine voix, accompagnée souvent de gestes qu’on croyait impossibles – les saluts nazis – et de jets de projectiles divers. Quant à l’hymnologie, elle est le plus souvent infantile, réduite à quelques mots ou phrases d’encouragement ou d’injures. Bref, le crétinisme trouve ici une première illustration massive de son culte. Cette pratique de la nouvelle religion est en croissance continue, au fur et à mesure que cet opium du peuple diffuse ses images partout. Le lecteur critique dira sans doute que je joue sur du velours en choisissant le milieu du football, mais que cela n’est nullement représentatif de nos sociétés évoluées et progressistes, voire inclusives – les autres lecteurs auront reconnu les termes du bréviaire d’une autre branche du crétinisme. Alors, donnons un autre exemple, tout aussi massif : celui des meetings politiques et des cortèges de manifestations publiques. Je pourrais ici reprendre exactement la même analyse, avec les mêmes critères. Seul l’emballage change : on chante l’Internationale ou la Marseillaise (la première strophe seulement, car personne ne connaît les autres), on ridiculise l’adversaire par des refrains souvent injurieux, on braille des slogans imbéciles qu’on n’oserait pas prononcer à tête reposée. Le chemin de la procession emprunte toujours le même itinéraire, avec ses stations pieuses. Les orateurs adressent des homélies sans surprises à un public qui en connaît le contenu d’avance, puisque c’est la vulgate de base. J’ai jusqu’ici évoqué les grands- messes. Mais il faut aussi parler des petites cérémonies de conclaves modestes. Exemple : les « diners en ville », comme on dit dans la presse. Chacun a son vécu de ces repas où sont rassemblés par un hôte ou une hôtesse des gens qui « doivent absolument se rencontrer ». Dans ce cadre, la liturgie est plus intime, mais elle est bien présente. Il suffit de se remémorer les sujets de conversations et les idées émises lors de tel ou tel de ces repas pour y retrouver l’évangile du crétinisme cultivé ou prétendu tel. On y brocarde d’ailleurs les églises crétinistes du peuple et leur clergé, sans se rendre compte que l’on agit pareil, avec un simple changement de registre de vocabulaire et de connaissances, car le crétinisme fait bon ménage avec l’intellectualisme, il y trouve même un environnement très propice : ne parle-t-on pas de « chapelles » pour décrire les diverses écoles d’une pensée. Les Lacaniens contre les freudiens et les youngiens – c’est d‘un autre niveau que PSG/OM, non ? – , les libéraux contre les sociaux-démocrates ou les écolos, etc. Et cela se répète de semaine en semaine, de lieu en lieu, comme la messe des dimanches ordinaires.

L’aspect humain, pour en pas dire « incarné », est capital dans toute religion. Le crétinisme n’y échappe pas ; plus, il semble qu’il attache une grande place au culte de la personnalité et au charme charismatique. Il faut distinguer deux catégories humaines : les modèles et les officiants.

Les modèles sont les versions « crétinistes » des héros et des saints. Le héros dérive historiquement de la mythologie antique. On pourrait, avec un travail approfondi, établir des analogies intéressantes entre les deux listes de héros. Contentons-nous d’ébaucher la réflexion. Le héros correspond à un besoin de galvanisation des troupes. Soit il est inventé de toutes pièces, soit il est fabriqué à partir d’un cas humain porteur de cette capacité stimulante. Dans la première catégorie, nous pouvons nommer les « super-héros » de type Marvel aux États-Unis. Ce sont Superman, Iron Man, Hulk, Batman… Je les rattache au crétinisme, car ils sont manifestement utilisés par les leaders de cette église nouvelle pour répandre leur doctrine. Le superhéros distrait, c’est certes sa première vocation. Mais, au-delà, il façonne un imaginaire où aucun problème n’est sans solution et où tout semble possible, à condition qu’intervienne celui qui possède les superpouvoirs adéquats. Il n’est pas besoin d‘insister pour montrer que ceci est un substitut de divinité et, singulièrement, du Christ. Cependant, là où celui-ci accomplissait ses prodiges au nom de son Père, Dieu, les superhéros agissent au nom de la technologie et de leur propre puissance. C’est un des aspects du crétinisme de faire de l’homme son propre sauveur, et de la technique la cause de tout miracle. Aucune transcendance dans le crétinisme : tout est concret, explicable, même le merveilleux – ce qui devrait lui ôter tout aspect merveilleux !- mais le public a besoin de magie, alors on lui en donne. Le superhéros connaît une mutation depuis une cinquantaine d’années, il mute par le jeu de l’informatique et de l’électronique. D’abord ce furent les cyborgs (voir Blade Runner pour l’illustration), ces créatures hybrides, d’abord auxiliaires des humains, puis concurrents mortels. Puis vinrent les robots et autres droïdes (voir Star Wars pour les exemples), dont les progrès ont été constants et dont les applications grand public deviennent visibles aujourd’hui. Et, in fine, ceci nous conduit à l’homme augmenté, en passant par l’IA (Intelligence Artificielle). Il suffit de confier à la technique la mission de combler les lacunes humaines et d’améliorer ses performances. Le crétinisme trouve sur ce terrain un formidable champ de manœuvre. Après avoir constamment, durant les précédentes décennies, fait baisser les capacités cognitives des hommes, on peut leur proposer une colossale amélioration, tout en faisant miroiter la survie de la personnalité. On pourrait se croire dans un film ou un roman de science-fiction, mais non, nous sommes dans la vraie vie de l’homme des années 2020. Les héros sont soit des superhéros, soit des super-robots et, en ligne de mire, des humains améliorés par l’informatique. Tout cela arme le discours du crétinisme qui travaille sur la crédulité des masses préalablement mises en condition. Le rôle des techniques de communication est devenu capital : le « show » a tout envahi et permet de masquer les incohérences réelles et les dangers mortifères de cet avenir. Les effets spéciaux à la portée des caniches démultiplient la prédication crétiniste sous tous les formats possibles. Crétinisme est ici associé à scientisme et progressisme.

Le deuxième type de héros est celui qui va être construit de toutes pièces à partir d’un être humain, homme ou femme, dont le comportement a ouvert des possibilités d’exemplarité. Un exemple canonique est le rôle de l’ouvrier Stakhanov pour le régime soviétique. Cet ouvrier a été érigé en modèle après avoir battu le record de son métier de mineur, en extrayant  102 tonnes de charbon en six heures, le 31 août 1935 (voir l’article de Wikipédia pour plus de détail). Ce mineur sera instrumentalisé et  donnera naissance au stakhanovisme, doctrine productiviste soviétique, dont il sera l’ambassadeur jusqu’à sa mort en 1977. Peu importe que ce record soit complètement « bidonné » ! l’important est l’écho qu’on va lui donner et la stature de héros que son auteur va devoir endosser. Youri Gagarine a joué le même rôle dans le même pays. Mais on aurait tort de sourire et de croire que seuls les « rouges » pouvaient créer et faire croire un tel bobard. Le système capitaliste a joué exactement sur les mêmes ressorts psychologiques, sans doute avec plus de finesse, pour s’adapter à l’ « homo economicus » capitaliste. Un bel exemple de manipulation est le culte du héros sportif. Les « dieux du stade » sont promotionnés de manière forcenée sur tous les supports, bien au-delà de leurs exploits sportifs incontestables. Les JO de Paris en ont été une démonstration éclatante : la « divinisation » de Léon Marchand fut l’acmé de ce temps de bourrage de crâne du crétinisme mondial. De même, le valeureux Teddy Riner est devenu homme-sandwich de toutes sortes de causes, mercantiles ou pas. Quel est l’héroïsme d’un sportif de haut niveau qui donne tout pour réussir dans son domaine d’excellence ? Est-il supérieur au « Père de famille » dont Charles Péguy affirmait il y a plus d’un siècle qu’il était un véritable aventurier ( citation exacte : « Les pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne. ») ? L’actualité fabrique aussi du « héros » à la demande : un homme se conduit-il comme il le convient, en portant secours à son prochain, il est derechef transformé en héros et reçu par le Président de la République. Pauvre Président, pauvre héros, triste époque d’une morale oubliée ! Mais on a les héros qu’on mérite. Parfois ces héros sont authentiques, mais on finit par ne plus les distinguer a milieu du panthéon crétiniste : ainsi le gendarme Beltrame doit-il être mis sur un autre plan qu’un homme qui sauve un vieillard en le sortant de son appartement inondé. Mais de cela le crétinisme n’a cure ; il est important de maintenir le public de la nouvelle religion en haleine, c’est pourquoi un héros chasse l’autre et retombe aussitôt dans la poubelle médiatique de l’histoire immédiate.  

Comme tout culte, le crétinisme a aussi ses saints. Crétins du passé proche ou lointain, dont les reliques et les légendes sont honorées selon les besoins du moment. Dans cette collection sainte, les grands hommes jouent un rôle non négligeable. Soit qu’ils soient réellement des crétins, soient qu’ils soient adorés par des cons, comme l’aurait dit Charlie Hebdo. Parmi les saints dangereux, car totalement porteurs du message de la religion nouvelle, il y a les génocideurs, comme Pol Pot ou Mao Zedong, dont le crétinisme possède les évangiles, avec le petit livre rouge. On a pu mesurer les dégâts qu’il put faire sur la génération soixante-huitarde dont Alain Badiou reste le dernier des Mohicans. Les Révolutionnaires français sont du même tonneau : relisez, si vous l’osez, les propos de Robespierre ou Marat. Plus près de nous, Mélenchon, qui n’en rate pas une, s’est fait le propagateur du culte de saint Chavez, un crétin de haut vol, presque l’égal des ayatollahs iraniens. Castro (Fidel surtout) en fut un autre. Les historiens mettront un jour à jour toute l’absurdité de leurs discours et la dangerosité de leurs actes. Je ne citerai même pas ici les gourous des divers courants de l’islamisme criminel, ils ne le méritent pas. Chacun de ces saints-là dispose de ses adorateurs et de ses petites chapelles. Les céliniens en font aussi partie, qui, au nom d’un réel talent initial de L.F Destouches, justifient la suite pitoyable de sa carrière. Les plus cultivés remontent dans l’histoire lointaine pour y chercher les saints médiévaux et antiques. On songe à Néron et Caligula, bien sûr. Mais c’est trop facile : ils étaient réellement fous. Tandis que les grands pharaons mégalomaniaques, responsables des milliers de morts en esclavage pour leurs constructions, les grands empereurs d’orient ou d’Afrique comptent d’authentiques serviteurs du crétinisme éternel.

Enfin, ce qui fait le liant de toute religion et sa force, ce sont les religieux et les enseignants. Existe-t-il un clergé crétiniste ? Bien évidemment. Il officie chaque jour dans ses différents temples. Les desservants de paroisse sévissent dans les médias, journalistes de radio ou télévision, presses écrites ou numériques, ils sont les plus zélés des célébrants. La messe quotidienne a lieu dans presque tous les pays du monde en soirée, lors d’une célébration appelée journal télévisé. Là, la foi crétine a tout loisir de déverser le flot perpétuel de sa propagande. Ce fut longtemps le pilier de la nouvelle église. Mais, depuis le début du XXIe siècle et les progrès du Net, un nouveau clergé est apparu, moins formé que le précédent, mais plus redoutable : les blogueurs et les influenceurs (mettre au féminin bien sûr aussi). Là, on peut dire que l’on touche le fond ! Il suffit de voir le nombre de crétins qui « suivent », comme on dit, ces bergers autopromus, pour être pris de vertige. Chapelles indépendantes et souvent rivales, elles sont pourtant toutes de la même doctrine, évangélisant sans relâche et débitant les articles de la foi crétiniste. Les choses sont finalement bien faites, car cette sphère-là atteint en plein cerveau (ou ce qui en tient lieu) la jeune génération, laquelle dit tout son mépris pour la télévision aliénante de leurs parents, mais est tombée entre les griffes de gens pires encore. Mais tout ce clergé est celui du rang, les curés de paroisse ou les missionnaires. Au-dessus se rencontrent les hiérarques, évêques, archevêques et cardinaux ; le crétinisme étant schismatique par essence, il n’y pas  de pape, ou alors plusieurs antipapes.  Je ne ferai pas ici l’organigramme de ces autorités, ce serait fastidieux et je risquerais d’en omettre certains. Mentionnons les ayatollahs d’Iran, les chefs encore en vie de Daech, les grands leaders populistes de tous les continents – car c’est une maladie mondiale – et quelques grands leaders politiques. Actuellement, un des antipapes est incontestablement Donald Trump. Il « coche toutes les cases », comme dit le beau vocabulaire des journaleux. Malade mental avéré, imbécile notoire, homme d’affaires raté, être humain méprisable. Et avec toutes ces belles qualités, on ne s’étonnera évidemment pas qu’il soit un des plus suivis des gourous du crétinisme. Il a crétinisé une bonne partie du peuple américain – où le terreau était très favorable – et pas mal de disciples ailleurs. Il a des concurrents sévères en Russie, avec Poutine et sa clique, qui crétinisent à outrance le peuple russe. Le leader suprême coréen est un des plus beaux prélats du crétinisme, tout comme le dictateur chinois voisin. L’Afrique est une terre bénie pour l’église crétiniste, elle accouche sans cesse de nouveaux évêques. Mais l’Amérique du Sud sauve son honneur en berne avec Javier Milei, un antipape aussi fort que Trump.

Le monde des affaires et de la finance fournit aussi du haut clergé à la religion nouvelle. Le cas d’Elon Musk est emblématique d’un crétinisme de haut vol, totalement incontrôlable, mais bien dans la doxa du mouvement. Musk, c’est le crétinisme libertarien-libéral, celui qui murmure à l’oreille des traders.  Il reste cependant un amateur par rapport à celui qui fut un véritable pape de la secte et est devenu depuis sa mort un saint très vénéré. J’ai nommé Steve Job. L’homme qui a réussi à faire croire que ses ordinateurs et téléphones étaient exceptionnels et changeaient la vie de ceux qui les achetaient. L’homme qui a inventé cet objet hybride parfaitement inutile qu’est la tablette numérique. L’homme que la planète a pleuré comme un saint quand le cancer a eu sa peau. Salut l’artiste ! ET vive la capitalisation boursière d’Apple !

On le voit, le crétinisme est aujourd’hui la religion qui a le vent en poupe. Il vole de succès en succès et étend son culte et sa doctrine sur toute la planète. Sur quoi repose ce succès ? Avant tout sur la bêtise de ceux qui se laissent convertir. Le crétinisme prospère sur la crédulité des masses et sur l’ignardise croissante. Chaque jour de nouveaux lieux de culte s’ouvrent, chaque jour la doctrine fait des progrès publics. Cette progression repose sur la servitude volontaire que La Boétie a mise en exergue il y a cinq siècles. Le crétinisme avance parce qu’il y a de plus en plus de crétins qui adhèrent de leur plein gré. Voyez avec quel entrain les entreprises se sont précipitées sur les réseaux asociaux et y ont entrainé et encouragé leurs personnels ; voyez comment l’Education nationale, en France, se livre pieds et poings liés aux GAFAM et distribue tablettes et portables aux collégiens en lieu et place des manuels qui sont supprimés. Et vive le taux d’illettrisme mesuré à l’entrée en sixième ! Voyez comment l’ensemble des institutions, Églises  comprises, bascule dans le numérique, Youp La Boum !

Sur les murs de la Tour de Constance, à Aigues-Mortes, Marie Durand et ses amies, des femmes huguenotes emprisonnées, car elles croyaient « mal », ont gravé dans la pierre un mot qui est devenu le seul mot d’ordre que l’on puisse opposer au crétinisme : « RESISTER ». Et aujourd’hui, résister, c’est refuser. Refuser tout ce qui peut aider à propager le crétinisme et défendre de toutes nos forces ce qui le combat : la culture, la liberté, la beauté et la paix. Vaste programme.

Jean-Michel Dauriac – février 2026.

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