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Catégorie : Bible et vie

Rebâtir l’autel – Méditations de sortie de l’Arche 2

Lectures de base : Esdras 3 :6 – Traduction NEG

« 3 : 6  Dès le premier jour du septième mois, ils commencèrent à offrir à l’Eternel des holocaustes. Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

La version audio de cette méditation est ici:

Revoici donc les Hébreux à l’esprit réveillé revenus à Jérusalem, sortis de leur vie organisée à Babylone. On pourrait croire que la victoire est acquise, avec cet édit de Cyrus. Je le répète, ce ne fut sûrement pas un choix facile que d’abandonner la vie qu’ils s’étaient faite dans leur exil. Ils partaient à l’aventure et dans l’incertitude, car plus personne, à part peut-être quelques très rares personnes très âgées, ne connaissait la Palestine. Leur seule certitude était ce réveil de l’esprit. Ce groupe de partants est un minorité – Esdras donne le chiffre de 50 000 personnes. C’est cependant l’équivalent de la population d’une ville importante dans l’Antiquité. Dieu a donc suscité assez de vocations pour que sa ville puisse se repeupler.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Ce qui va arriver est entre les mains de ces hommes et femmes réveillés. Dieu a donné l’impulsion, par Cyrus, mais il ne va pas faire par lui-même le travail de rétablissement : il ne peut que l’accompagner par son esprit, sinon il ferait des humains de simples marionnettes. N’attendons pas que Dieu nous offre du préfabriqué à assembler. Cela n’arrivera pas. C’est notre action et notre intelligence qui doivent réaliser l’œuvre voulue de Dieu, ce que la Bible et les théologiens appellent la « volonté de Dieu ». Or ce que nous savons de cette volonté est très général, comme nous le lisons en Romains 12 :2 :

«  Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »

C’est la seule définition réelle que nous donne le Nouveau Testament (toutes les autres sont des périphrases exemplaires) et nous voyons que pour discerner cette volonté, il faut une intelligence renouvelée – parallèle bien sûr avec l’esprit « réveillé ». L’esprit est le souffle, l’inspiration, l’intelligence, c’est l’outil nécessaire. Un chrétien ne peut pas être spirituellement stupide. La bible réserve l’expression « sans intelligence » à ceux qui ne connaissent pas Dieu, aux païens ou aux ennemis de la foi, comme le prouvent les deux versets suivants, que je ne commenterai pas :

« Luc 24:25 Alors Jésus leur dit : O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! »

« Romains 1:21 car ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. » (version NEG).

Leur intelligence n’a pas été renouvelée par un esprit réveillé. La conversion, c’est l’éveil de l’esprit qui renouvelle l’intelligence naturelle, dans le but non de briller sur le plan intellectuel (les sans-Dieu le font excellemment !), mais de comprendre la volonté de Dieu, laquelle se résume en trois qualités :

  • Ce qui est bon : à prendre ici aux deux sens du terme, la bonté charitable et le goût savoureux. Pas d’amertume, pas de fadeur, de verdeur, dans la volonté de Dieu. Elle est douce et fait du bien, par essence.
  • Ce qui est agréable : contrairement à une idée humaine qui a sévi longtemps, et continue de sévir, faire la volonté de Dieu, ce n’est pas souffrir. Même s’il advient que l’on doive souffrir, cela nous est agréable, non par dolorisme et masochisme, mais par le but poursuivi et sa grandeur, qui nous sublime.
  • Ce qui est parfait : faire la volonté de Dieu, c’est produire quelque chose d’abouti, qui n’a pas à être retouché. C’est d’ailleurs un des moyens de vérifier si nous agissons selon cette volonté; si nous ne trouvons rien à corriger selon l’esprit réveillé en nous, nous avons alors une confirmation que nous agissons selon la volonté divine. Bien entendu,  accomplir une œuvre parfaite selon Dieu ne signifie nullement que celui qui la produit est lui-même parfait : savoir cela nous évite tout orgueil déplacé.

Les Hébreux, dans les livres d’Esdras et de Néhémie (qui ne formaient initialement qu’un seul livre), nous offrent un très bel exemple d’intelligence qui accomplit la volonté de Dieu, c’est d’ailleurs en cela que j’ai choisi ces textes, qui s’avèrent très utiles pour nous, au XXIème siècle, dans les circonstances si particulières de cette épidémie mondiale. Et pourtant, dans ces deux livres, il n’y a aucun miracle, aucun prodige, aucune théophanie – seuls des prophètes interviennent un peu plus loin, mais les prophètes sont des hommes comme nous -, tout est fondé sur le travail humain. Ne soyons pas des spiritualises désincarnés : tout est porté par l’esprit, mais c’est la sueur, la fatigue, le labeur, l’épreuve parfois, souvent la joie et l’enthousiasme qui matérialisent et réalisent l’œuvre de Dieu.

Quelle est la première tâche des Hébreux à leur retour ? Se « remettre dans le bain » local, prendre le temps, pour ne pas foncer sans réfléchir. Le verset 6 du chapitre 3 nous dit : « Dès le premier jour du septième mois… » Ils ont donc commencé par s’installer (voir le verset 70 du chapitre 2), avant de faire quoi que ce soit : «  Les sacrificateurs et les Lévites, les gens du peuple, les chantres, les portiers et les Néthiniens s’établirent dans leurs villes. Tout Israël habita dans ses villes»  Sept mois, cela peut paraître long, mais qu’est-ce comparé à 70 ans d’exil ?

Souvent, quand Dieu réveille notre esprit, nous voulons aller vite, nous sommes pressés par un zèle ardent et, parfois, nous ne réfléchissons pas assez. Les Hébreux se sont mis en condition de remplir leur mission. Et la suite du récit, que nous étudierons dans les méditations suivantes, justifie leur démarche. Jésus a donné ainsi une parabole allant dans ce même sens du temps de la réflexion, en Luc 14 :18-30 :

« 28  Car, lequel de vous, s’il veut bâtir une tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi la terminer,

29  de peur qu’après avoir posé les fondements, il ne puisse l’achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler,

30  en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever ? » (version NEG).

Ces sept mois ne sont pas du temps perdu, mais de la sagesse pratique. Agissons donc ainsi chaque fois que Dieu nous donne, par son Esprit dans notre esprit, une mission. Trop de projets échouent par précipitation, faute de réflexion et d’intelligence. Œuvrer pour et avec Dieu, ce n’est pas foncer inconsidérément en comptant sur le Saint-Esprit qui doit « tout régler ». Dans la fin de cette parabole, Jésus montre l’échec d’une telle démarche précipitée : « Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. » Au bout de sept mois, Esdras nous dit que commença un travail de construction :

« 1 ¶  Le septième mois arriva, et les enfants d’Israël étaient dans leurs villes. Alors le peuple s’assembla comme un seul homme à Jérusalem. […]

3  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays, et ils y offrirent des holocaustes à l’Eternel, les holocaustes du matin et du soir.

4  Ils célébrèrent la fête des tabernacles, comme il est écrit, et ils offrirent jour par jour des holocaustes, selon le nombre ordonné pour chaque jour.

5  Après cela, ils offrirent l’holocauste perpétuel, les holocaustes des nouvelles lunes et de toutes les solennités consacrées à l’Eternel, et ceux de quiconque faisait des offrandes volontaires à l’Eternel. » (version NEG)

Et là se trouve une première surprise : ces gens missionnés pour rebâtir le temple, commencent par faire tout autre chose : ils reconstruisent l’autel sur ses assises (verset 3). Et quand c’est fait, ils se mettent à célébrer le culte, avec les sacrifices divers et les fêtes, ils renouent avec la religion de Moïse et de leurs pères. Et tout cela en plein air.

L’autel fut rebâti en premier, avant le temple

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La réponse est au verset 3 : «  Ils rétablirent l’autel sur ses fondements, quoiqu’ils aient à craindre les peuples du pays… » Les Hébreux ont peur des païens alentours, eux qui sont missionnés par le grand Cyrus et mû par l’esprit réveillé par Dieu. Il serait facile et dangereux de les juger négativement. Nous avons parfois tendance à nous croire meilleurs que les personnages de la Bible : nous, nous n’aurions pas peur, puisque Dieu a initié le projet ! Hormis le fait qu’une telle position est stupide, car nous ne pouvons répondre d’une situation que nous n’avons pas vécue, elle est aussi le meilleur moyen de passer à côté de l’enseignement dissimulé dans ce passage de la Bible.

Les Hébreux sortaient à peine de 70 ans de déportation, et revenaient en terre inconnue : ils avaient toutes les raisons de se méfier, car les peuples locaux avaient pris leur place et occupaient les lieux, et ne les voyaient pas revenir d’un bon œil. Ce n’est pas du manque de foi, mais une preuve d’intelligence ; « Un homme averti en vaut deux » dit la sagesse populaire !

Ils vont donc d’abord construire une relation de confiance solide avec Dieu. Non parce qu’ils manquent de foi, mais parce qu’ils réfléchissent et prennent leur temps.

Vouloir reconstruire le temple est un très beau projet. Mais un temple est inutile sans un culte vivant. Le Parthénon d’Athènes est un lieu mort, un vestige et seules restent les colonnes, mais plus rien du culte qui y était rendu. Les hommes qui ont construit les magnifiques cathédrales gothiques au Moyen Age l’ont fait parce qu’ils avaient la foi du service, ils n’ont pas eu la foi parce qu’ils ont construit les cathédrales. Quand des persécuteurs traquent des croyants, détruisent leurs temples, ils ne réussissent le plus souvent qu’à conforter la foi et le culte des persécutés. Je songe ici aux Huguenots français et aux Cultes du Désert, pratiqués dans la nature des Cévennes. Ces chrétiens n’ont jamais été si forts dans leur foi qu’à ce moment-là. C’est aussi ce qui se passe en Chine, en Inde ou partout où l’on persécute et détruit le christianisme.

Le culte est le fondement. L’autel est la base. Le christianisme peut se pratiquer partout où « deux ou trois sont réunis en mon nom » a dit le Christ. Les Hébreux ont d’abord reconstruit une relation de foi et d‘obéissance, avant toute autre chose. Le verset 3 : 6b dit : « Cependant les fondements du temple de l’Eternel n’étaient pas encore posés. »

Si nous voulons changer le monde et remettre Dieu dans la cité, il nous faut commencer par vivre la foi de la relation. Le culte n’est que cela. Une eucharistie à Auschwitz ou au Goulag est un culte de foi. Ne nous trompons pas d’ordre. A quoi bon édifier le temple si aucun culte ne le nécessite ? A quoi bon vouloir établir le Royaume de Dieu ici et maintenant, si nous ne vivons pas d’abord une foi et un culte de vérité ? Jean-Michel Dauriac, 31 mai 2020.

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Prier dans le secret – Méditations de confinement 7

Lecture de base :

Matthieu 6 : 6  « Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra» version NBS

la version audio est là:

Nous revenons à ce grand texte fondateur, le Sermon sur la Montagne. Dans le chapitre 6, Jésus continue son exploration de la Loi et de la religion juives et développe l’enseignement de cette nouvelle loi d’amour, qui accomplit et dépasse la Loi de Moïse (ch. 5, verset 17). Il en vient aux pratiques religieuses des juifs et dénonce comme « hypocrites », l’aumône, la prière et le jeûne publics, faites, dit-il, « pour être vu des hommes » (6 :5, 5 et 16). Notre verset du jour vient après ces condamnations d’actes religieux, initialement bons, mais « faits pour être vu ». C’est ce qui explique le « mais » qui débute le verset 6 sur lequel nous allons nous arrêter spécifiquement. Ce même mot « mais », se trouve d’ailleurs dans les trois passages cités (voir versets 3 et 17).

Avant même de considérer le verset 6, nous voyons une première leçon à tirer dans ce petit mot de liaison oppositionnel. Les actes de notre foi ne sont pas destinés à être montrés mais à être accomplis.  Si nous recherchons, d’une manière ou d’une autre, à les faire voir (et admirer), Jésus conclut : « Ils ont leur récompense. » Ils perdent toute signification réelle, et leur seule valeur, est de flatter notre vanité. Ceci a toujours caractérisé les « chrétiens mondains », comme on les condamnait dans les livres de religion du XVIIème siècle.

 Pour chaque acte cité, Jésus donne sa version ; il faut lire :  6 : 1 à 17 dans sa totalité pour bien en comprendre la logique. A chaque fois, la parole de Jésus suit le même cheminement et s’achève par la même formule. Considérons son enseignement sur la prière. Il condamne sans équivoque les prières publiques qui s’exhibent (verset 5). Puis il enseigne la foule, et nous, en une phrase courte qui comporte quatre temps, que nous allons étudier.

Premier temps : « Quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte ». Louis Segond a traduit « dans ta chambre », comme la Bible de Jérusalem ou la TOB. Ici, je préfère nettement la version NBS ou Parole de Vie, qui sont plus proches de l’idée du texte grec. Il y a dans le mot grec ???????? (tamieion) l’idée de pièce isolée, reculée et, au-delà, de lieu où l’on cache le trésor, ce qui a donné comme traduction possible, le cellier ou la réserve. C’est un lieu à part, peu connu ou camouflé, qui abrite des choses utiles ou précieuses. En passant au plan symbolique, c’est la partie de nous qui est la plus riche, celle que nous gardons le plus souvent pour nous. C’est de là que doit monter notre prière. Et pour être certain de ne pas être dérangé, il est demandé de fermer la porte à clé ou avec une barre : c’est le sens du verbe grec traduit par « ferme la porte ». C’est donc absolument tout le contraire de la prière publique des hypocrites qui est préconisé par Jésus.

Deuxième temps : «  Prie ton Père, qui est là dans le lieu secret ». La prière s’adresse au Dieu-Père que Jésus est venu révéler tout au long de son ministère terrestre. C’est un Dieu intime, un Dieu dans les bras duquel nous avons plaisir à nous réjouir comme à nous réfugier dans l’épreuve, un Dieu qui nous connaît car il nous engendrés. On ne parle pas à son père comme on parle à un étranger ou à quelqu’un qui nous effraie. On lui parle avec amour et respect, familièrement.

 Ce père est là, sa présence est une assurance, Jésus nous l’affirme. Mais il est caché aux yeux de ceux du dehors. « Le lieu secret » vient du verbe grec qui veut dire « cacher ». Si le Père est dans le lieu secret, fermé à clé, de notre intimité, c’est par opposition avec la prière exposée, publique, faite aux yeux de tous où, là, Dieu n’est pas. Cette idée du Dieu caché, qui se révèle à ceux qui le cherchent vraiment, traverse toute la Bible. Jésus est dans la tradition de ce Dieu secret, intime, mais pas dans les formes religieuses spectaculaires.

Aux versets 7 et 8, qui suivent immédiatement, Jésus lève le voile sur la prière vraie : « ne multipliez pas de vaines paroles » (Segond) ou « ne rabachez pas comme les païens » (TOB). La prière n’est pas une litanie de formules répétées, un mantra chrétien. C’est d’ailleurs pourquoi, juste après, aux versets 9 à 13, il donne l’exemple unique de prière qu’il nous ait laissée, le Notre Père, extraordinaire dans la richesse de sa concision.

Prie avec peu de mots, mais avec des mots qui viennent de ta réserve intime. Je vais ici parler pour moi seul ; à toutes les prières magnifiques dont nous sommes les héritiers, des Psaumes aux prières des Saints ou des grands serviteurs de Dieu, je préférerai toujours les mots qui sortent de mon cœur, de mon vocabulaire, pour parler à mon père. Cela n’enlève rien à toutes ces belles prières, évidemment.

 Troisième temps : « Et ton Père qui voit dans le secret ». On attendrait le verbe « entendre », mais aux trois reprises de la formule (versets 4, 6  et 18), c’est trois fois le verbe « voir ». Car la vue peut englober l’audition, et pas l’inverse. Voir, c’est saisir la globalité d’une chose ; ici, de la prière. Dieu est celui qui peut absolument tout voir et savoir de nous, c’est une de ses définitions possibles. Et il voit au plus profond de  nous, dans l’intimité de notre trésor. Pas la peine de chercher à le « bluffer » avec de belles formules, il ne s’y laissera pas prendre. Il préférera toujours le simple cri du cœur, comme l’aveugle criant à Jésus : « Fils de David, aie pitié de moi ! » (Luc 18 :38).

Ayons toujours cela à l’esprit, ne nous abusons pas nous-mêmes par de belles tirades, mais soyons sincères, car c’est ce que Dieu veut et voit. Rien ne lui échappe. C’est en même temps inquiétant, si nous mentons et sommes hypocrites, et très rassurant, surtout quand nous sommes maladroits dans notre prière, mais vrais. L’Eternel regarde au cœur, dit la Bible.

Quatrième temps : « te le rendra ». Etrange conclusion elle aussi répétée à trois reprises. Que veut dire cela ? Qu’est-ce que Dieu peut bien me devoir ? Evidemment, il n’est pas question de marchander avec Dieu, de faire de notre prière le terme d’un troc. Ce serait un blasphème ! Ce que cette expression signifie s’éclaire quand nous allons voir les significations du verbe grec du texte original, ????????. (apodidomi). Le premier sens est bien « rendre » ou « restituer ». Mais ce verbe a des acceptions plus précises : on trouve aussi l’idée de « remettre », « donner en échange », « payer la dette ». Et je crois que c’est cela le sens profond. En voyant un cœur sincère tirer de son trésor une prière d’amour et de vérité, Dieu le Père ne peut que tenir sa promesse, accomplie en Jésus, de « remettre notre dette ». Il s’agit donc ici de la rédemption, mot qui signifie racheter ou remettre la dette de quelqu’un. Ce qui se joue dans la prière personnelle, de cœur à cœur, est infiniment sérieux.

Voici donc un petit verset, sur lequel on glisse souvent, mais qui contient pour nous un trésor d’enseignement et d’encouragement.

Jean-Michel Dauriac

29 avril 2020.

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La Colombe et l’Olivier – Méditations de confinement 8

Lectures de base : Genèse 6 : 9 et 11 – 7 :23-24 – 8 : 11-16 – 9 :1.

6 :9 et 11. « Noé était un homme juste et intègre. […] La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence. »

7 :23-24. « Dieu effaça tous les êtres qui étaient à la surface de la terre : ils furent effacés de la terre. Il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. Les eaux grossirent sur la terre pendant cent cinquante jours. »

8 :11-16. « La colombe revint à lui sur le soir, elle tenait dans son bec une feuille arrachée à l’olivier. Noé sut ainsi que les eaux avaient baissé sur la terre. Il prit encore patience sept autres jours, puis il lâcha la colombe. Mais elle ne revint plus à lui. L’an 601, le premier du 1er mois, les eaux avaient séché sur la terre. Noé écarta la couverture de l’Arche : il regarda, et voici au la surface du sol avait séché. Le second mois, le 27ème jour du mois, la terre était sèche.

Alors Dieu parla à Noé en ces termes : Sors de l’arche, toi, ta femme, tes fils et tes belles-filles. » 

9 :1. « Dieu bénit Noé, ainsi que ses fils, et leur dit : soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre. » (version Segond révisée)

La version audio est là:

Quand le gouvernement français a instauré le confinement, j’ai aussitôt pensé à l’histoire de Noé. Car je savais qu’il y aurait une sortie du confinement et c’est elle qui m’a renvoyé à Noé. Théoriquement, nous y sommes, puisque la semaine prochaine, à partir du lundi 11 mai, les mesures les plus contraignantes cesseront. Nous allons sortir de l’arche où nous avons vécu durant 8 semaines. C’est moins long que Noé et sa tribu, puisque, si l’on suit le texte biblique, leur séjour a duré près de 11 mois. Mais avouons que nous voyons arriver la libération avec plaisir.

Que peut nous apprendre l’histoire de Noé ?

Une remarque théologique ; peu importe que cela se soit passé exactement comme c’est écrit ou que ce soit un mythe (ce sont les deux positions possibles en théologie) : cela ne change rien au message que Dieu a voulu transmettre à l’humanité.

Voyons le cadre et les personnages : ch. 6, verset 9, nous trouvons une description morale qui est quasiment la même que celle utilisée pour caractériser Job – je vous renvoie à la méditation 6 – : « Noé était un homme juste et intègre dans son temps. » Donc Noé est un homme comme Dieu les aime, un homme droit.

En face et autour de lui, le verset 11 nous décrit un monde qui ressemble pas mal au nôtre : « La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence. » Evidemment, la formulation désigne les hommes, car la terre ne saurait ni se corrompre ni exercer la violence avec volonté. A nouveau, le Bien contre le Mal, l’homme intègre seul face à une société mauvaise. Dieu choisit de garder le bien et de détruire le mal.

Passons à l’action décrite. Nul besoin de revenir en détail sur ce qui arrive. Noé reçoit de Dieu des instructions pour construire un grand bateau, y embarquer  des spécimens de tout ce qui vit dans l’air et sur la terre, y stocker des provisions pour sa famille et attendre le signal de Dieu pour fermer les portes. Notons que Dieu parle – il ne nous est pas dit de quelle manière – à l’homme intègre qui suit sa loi, c’est une constante de la Bible.

Commence alors le déluge : le verset 11 du chapitre 7 dit cela en termes très poétiques : « … toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. » Et c’est parti pour des mois de pluie battante. Tout est submergé, plus aucune topographie n’est visible. Les versets 23 et 24 de ce même chapitre 7 nous donnent le résultat : extermination de toute vie sur terre et dans le ciel, ne subsiste que la vie aquatique. Plus de cinq mois de submersion totale.

Transposons à ce que nous vivons : depuis maintenant plus de cinq mois (ou peut-être plus), ce virus inconnu est apparu en Chine et, peu à peu, par le jeu des voyageurs, il a submergé le monde, comme la pluie pour les contemporains de Noé. La menace d’une extermination massive de la population humaine est bien réelle. Si on laissait courir le virus, ce serait une fraction énorme de la population qui disparaîtrait. Le Covid-19 est notre déluge. Combien de temps avant que les eaux baissent ? Nous n’en savons absolument rien, pas plus que Noé ne le savait.

Le déconfinement lent de Noé. Le chapitre 8 raconte un déconfinement très progressif. Noé voit bien l’eau baisser, mais il ne voit pas apparaître le sol. Alors il fait des tests : d’abord il lâche le corbeau, qui va et vient, puis ne rentre pas. Puis il envoie la colombe. Il y aura trois tests avec elle. Au deuxième test, elle ramènera une feuille d’olivier. Au troisième test, elle ne revient pas.

Comment là aussi ne pas faire le  parallèle avec notre situation. On nous parle de première et de deuxième vague, de pic, puis de plateau. Tout ce que décrivent les chapitres 7 et 8 de la Genèse. Il faut être sage et patient, c’est ce qu’on nous demande avec insistance. Les tests sont la clé du déconfinement, vous l’avez entendu comme moi. Pour Noé aussi, ils furent ce qui lui a permis de savoir qu’il pouvait « ôter la couverture de l’arche » pour laisser l’air et la lumière  pénétrer. Soyons prudent comme Noé. Attendons le signe de l’olivier, ce double symbole de la paix revenue avec la colombe. Il y aura une fin à cette « guerre sanitaire », l’olivier sera le vaccin ou le traitement. Mais tant qu’il n’est pas revenu avec la colombe, pas question de quitter nos abris sans assurance.

Le « retour à la normale ». 8 : 15-16 et 9 :1. Dieu a envoyé le signe de l’olivier, puis il a parlé à Noé et donné l’ordre de sortie. Cet ordre est donné car au chapitre 8, verset 14, il est dit : « Le second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche. » Nous devons attendre que la terre soit sèche, que toute trace de cette inondation virale ait disparu. Jusque là, pas question de revenir à la vie d’avant.

D’ailleurs le récit nous confirme bien qu’il y a un nouveau départ, selon ce  que Dieu souhaite. Le chapitre 9 est le compte-rendu d’une nouvelle alliance entre Dieu et la famille de Noé. Dieu s’engage à ne plus produire de déluge et donne le signe de l’arc-en-ciel. Lisez le contenu de cette alliance dans tout le chapitre 9 jusqu’au verset 19. C’est bien une base nouvelle que Dieu pose. Il ne revient pas à la condition d’Adam en Eden, mais il modifie la vie, dans le sens d’un respect plus grand et d’une responsabilité accrue. Il est demandé à Noé et aux siens de peupler cette terre : voici la mission première, peupler et remplir la terre.

Alors, tout est bien qui finit bien ? Pas tout à fait. Si l’histoire s’arrêtait en Genèse 9 :19, ce serait ce que les Américains appellent une « happy end », un beau conte moral. Mais il y a les versets 20 à 24 de ce chapitre.

La première cuite de l’histoire biblique. 9 :20-24. Ces cinq versets douchent notre enthousiasme. Noé plante de la vigne, en tire du raisin et fait du vin, et il se saôule. Et comme toutes les personnes ivres, il fait n’importe quoi. Il se dénude dans sa tente. Son fils Cham le voit et va le dire à ses deux frères Sem et Japhet.

Nous avons alors cette scène très cinématographique, qui prouve le grand talent du rédacteur : les deux garçons rentrent à reculons dans la tente, en portant le manteau de leur père et le recouvrent, sans voir sa nudité. Il faudrait une méditation entière pour étudier ce moment. Ce que je veux retenir pour nous est plutôt l’enseignement que l’on peut en retirer.

Dieu a conclu une nouvelle alliance avec les hommes, posé un cadre de respect de la vie (9 :2-11). Tout pourrait repartir à zéro. Mais voilà, Noé a réussi, il est heureux et il fait la fête, seul, et perd le contrôle. Il perd alors sa dignité devant son fils. Cet homme juste et intègre offre une image de lui très dégradante, malgré toute la grandeur de ce qu’il a  fait avant.

Nous venons de faire la démonstration que le peuple français pouvait respecter des règles très dures. Mais ne risquons-nous pas de finir comme Noé, et pour fêter la liberté retrouvée, perdre la tête. La nudité est ici le symbole de la vulnérabilité, pas de l’innocence édénique. Ivre, Noé redevient un homme ordinaire, qui peut être très fragile. Soyons donc rusés comme le serpent et prudents comme la colombe, en ces moments où l’ivresse de la liberté peut faire tourner la tête à notre peuple.

Il est dommage que cette belle histoire de Noé finisse sous la double faute du père et du fils. Elle est là non pour nous dire qu’il est fatal que cela finisse ainsi, mais pour nous exhorter à veiller sur notre intégrité, à garder notre dignité d’enfant de Dieu. La  vraie joie n’a pas besoin de l’ivresse pour exister.

Il faut que nos vies soient orientées par la colombe et l’olivier dans la prudence et la sagesse. L’apôtre Paul a pu dire : en « Ephésiens 5:18 Ne vous enivrez pas de vin : c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit » . Ce n’est pas le vin qui est mauvais – il est le sang du Christ dans la Sainte Cène -, c’est son abus. Tout est dans la mesure et la tempérance.

Jean-Michel Dauriac – 10 mai 2020

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