{"id":953,"date":"2023-03-18T00:51:28","date_gmt":"2023-03-17T23:51:28","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=953"},"modified":"2023-03-18T00:52:35","modified_gmt":"2023-03-17T23:52:35","slug":"953","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=953","title":{"rendered":"La maison d\u2019\u00e9t\u00e9 &#8211; Roman po\u00e9tique"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ren\u00e9-Guy Cadou<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bordeaux, Le Castor Astral, 2020. 9,90\u20ac.<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/La-maison-dete-couv.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/La-maison-dete-couv.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-956\" width=\"763\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/La-maison-dete-couv.png 600w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/La-maison-dete-couv-300x175.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ren\u00e9-Guy Cadou (1920-1951) est un des plus grands po\u00e8tes du XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00e9gal d\u2019Aragon ou d\u2019Eluard, la simplicit\u00e9 humaine en plus. Par la gr\u00e2ce d\u2019un lot d\u2019amis po\u00e8tes fid\u00e8les et admiratifs et d\u2019une \u00e9pouse qui s\u2019est vou\u00e9e \u00e0 la diffusion de son \u0153uvre, il a \u00e9vit\u00e9 l\u2019oubli qui a frapp\u00e9 tant de gens de talent. Il a aujourd\u2019hui son lot d\u2019amoureux fid\u00e8les, dont je suis depuis l\u2019adolescence. J\u2019ignorais jusqu\u2019\u00e0 il y a peu qu\u2019il e\u00fbt \u00e9crit un roman. C\u2019est par le jeu des recherches internet et des algorithmes que je suis tomb\u00e9 sur ce titre que je me suis empress\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir. Avec une pointe d\u2019appr\u00e9hension cependant. Et si j\u2019allais d\u00e9couvrir qu\u2019il \u00e9tait mauvais romancier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, je n\u2019avais aucune raison de craindre&nbsp;: Cadou a \u00e9crit l\u00e0 un tr\u00e8s beau livre, qui est une sorte de compl\u00e9ment en prose de sa po\u00e9sie. Pr\u00e9cisons cependant qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 le faire \u00e9diter de son vivant et qu\u2019il n\u2019est sorti que quatre ans apr\u00e8s sa mort, en 1955. Ce roman est le seul qu\u2019il ait eu le temps d\u2019\u00e9crire dans sa courte existence. En aurait-il \u00e9crit d\u2019autres, s\u2019il avait v\u00e9cu plus longtemps&nbsp;? Nous n\u2019aurons jamais la r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Mais il est \u00e9vident \u00e0 tout lecteur qui conna\u00eet l\u2019oeuvre po\u00e9tique de Cadou que ce livre est une sorte de roman particulier, \u00e0 mi-chemin entre le roman d\u2019imagination et l&rsquo;autobiographie romanc\u00e9e, un peu comme <em>Le grand Meaulnes<\/em> ou <em>Claudine \u00e0 l\u2019\u00e9cole<\/em>. L\u2019intrigue est tr\u00e8s peu consistante, mais elle suffit \u00e0 la coh\u00e9rence de ce livre. Ce sont quelques mois de la vie d\u2019un jeune homme, Gilles, p\u00e9riode qui se d\u00e9roule en trois actes&nbsp;: un premier acte dans le bocage nantais, un second acte \u00e0 Paris et un dernier acte, \u00e0 nouveau dans le bocage, sur les m\u00eames lieux que le premier. Le r\u00e9cit est construit sur une triple opposition emprunt\u00e9e \u00e0 l\u2019univers po\u00e9tique de l\u2019auteur&nbsp;: la ville et la campagne, le malheur et le bonheur et le contraste entre deux jeunes femmes , Bertine (la campagne) et Agna (la ville). C\u2019est par le croisement de ce triple contraste que l\u2019auteur cr\u00e9e la tension romanesque de la vie de son personnage principal, qui a bien des traits de son cr\u00e9ateur. Ren\u00e9-Guy a mis de lui en Gilles, mais Gilles n\u2019est pas une transcription romanesque de Cadou.&nbsp; Consid\u00e9rons un peu ces contrastes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition entre la ville et la campagne est l\u2019armature de ce roman, comme elle est celle de la vie de R-G Cadou. L\u2019auteur a v\u00e9cu les dix premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie \u00e0 Sainte Reine de Bretagne, dans le marais de la Grande Bri\u00e8re et il y a forg\u00e9 son amour de la nature sauvage et des \u00e2mes simples des paysans. Puis il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Saint-Nazaire et Nantes selon les affectations de ses parents instituteurs. C\u2019est \u00e0 la ville qu\u2019il va perdre sa m\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans et, un peu plus tard, \u00e0 20 ans, son p\u00e8re. La ville est le lieu de la mort. La campagne est l\u2019innocence et la beaut\u00e9. Le jeune instituteur rempla\u00e7ant que sera Cadou va ainsi parcourir les villages du d\u00e9partement de la Loire-Inf\u00e9rieure, en \u00e9vitant toujours la grande ville. Quand il se fixera, ce sera \u00e0 Louisfert, un modeste village du nord du d\u00e9partement, il vivra, enseignera et mourra, en 1951. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que Gilles vive des moments douloureux \u00e0 la ville et que, y ayant trouv\u00e9 l\u2019amour, il s\u2019en \u00e9chappe pour voir naitre son fils dans la maison de son enfance. Le contraste ville-campagne dans ce texte est marqu\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s nette par les descriptions et le style. La ville est d\u00e9crite a minima, sans couleurs, comme un lieu de solitude. Seul l\u2019amour lui donnera une certaine lumi\u00e8re, mais pas suffisante pour garder les forces vives des jeunes amants. La campagne est le lieu de la premi\u00e8re renaissance du h\u00e9ros, ce moment o\u00f9 il reprend go\u00fbt \u00e0 la vie, par le travail, la simplicit\u00e9 des relations humaines et la tendresse de son ancienne nounou, Am\u00e9lie. Elle est le lieu de la d\u00e9couverte d\u2019un des visages de l\u2019amour, le plus douloureux, mais aussi celui de la concr\u00e9tisation du bonheur paisible final. Cadou a, pour d\u00e9crire cette campagne et ses habitants, des mots magnifiques, des images somptueuses qui jaillissent comme un po\u00e8me furtif. Il a des tendresses fraternelles pour ces paysans, souvent rustres, mais sinc\u00e8res. La vraie soci\u00e9t\u00e9 humaine est l\u00e0, sans aucun doute. Nous avons dans ces pages un prolongement naturel de la po\u00e9sie caducienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cadre contrast\u00e9 sert aussi \u00e0 mettre en \u00e9vidence les \u00e9tats d\u2019\u00e2me du personnage central. Cet \u00eatre est complexe et sensible. La vie l\u2019a bless\u00e9, qui l\u2019a priv\u00e9 de ses parents. Il a d\u00fb se d\u00e9brouiller pour survivre fort mal \u00e0 Paris, et il sait ce qu\u2019est le malheur, moral et physique. Quand il revient \u00e0 la campagne, il se reconstruit v\u00e9ritablement. Le monde rural est un lieu de gu\u00e9rison de ses plaies int\u00e9rieures. Il y retrouve le calme, la paix et m\u00eame la joie simple des travailleurs. Il apprend \u00e0 appr\u00e9cier ces hommes et ces femmes rudes, qui luttent durement pour vivre, mais gardent leur dignit\u00e9. Il d\u00e9couvre v\u00e9ritablement le bonheur des choses simples. Son retour \u00e0 Paris semble le replonger dans le malheur psychique ant\u00e9rieur, mais c\u2019est l\u2019amour qui le sauve. Le bonheur du jeune couple ne pourra s\u2019\u00e9panouir que dans la maison d\u2019\u00e9t\u00e9. Il y a donc corr\u00e9lation importante entre ville et malheur et campagne et bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au travers des deux figures f\u00e9minines du r\u00e9cit que le contraste se durcit et se complexifie. Alors qu\u2019il se reconstruit, il fait la connaissance de Bertine, une fille de paysan, dont la rumeur dit qu\u2019elle couche avec tous les gars qui lui plaisent. Gilles sait cela et cette fille l\u2019attire autant qu\u2019elle le d\u00e9go\u00fbte. Cadou d\u00e9crit fort bien le combat int\u00e9rieur de Gilles. C\u2019est un combat moral qui ne peut avoir lieu que chez un individu ayant d\u00e9j\u00e0 une conscience morale d\u00e9velopp\u00e9e. Les jeunes paysans du coin ne se posent pas ces questions et profitent de Bertine, tout en se moquant d\u2019elle et en la consid\u00e9rant comme une sorte de putain gratuite. Gilles sent confus\u00e9ment qu\u2019il y a quelque chose de complexe en cette jeune fille, mais il ne le comprend pas et ne parvient pas \u00e0 l\u2019interpr\u00e9ter convenablement. Ce sera la source d\u2019un grand malheur moral pour lui et Bertine. Quand il d\u00e9couvrira les vrais sentiments de Bertine, il sera trop tard, elle sera \u00ab&nbsp;rentr\u00e9e en maison&nbsp;\u00bb, comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, pour d\u00e9signer les filles qui \u00e9taient all\u00e9es se prostituer en maison close. Bertine est la face sombre de l\u2019amour, dans toute sa complexit\u00e9 et tout le risque de confusion entre l\u2019apparence et la v\u00e9rit\u00e9. Le paradoxe apparent est que c\u2019est dans le lieu du malheur, Paris, qu\u2019il va rencontrer l\u2019amour pur d\u2019Agna. Mais Agna, comme Gilles, n\u2019est pas parisienne, elle est une provinciale venue \u00e0 Paris pour travailler dans un quelconque minist\u00e8re. Ils vont tous deux fuir une vie toute trac\u00e9e de fonctionnaires besogneux et mis\u00e9reux, de Parisiens d\u2019adoption malheureux. C\u2019est chez Am\u00e9lie, la m\u00e8re de substitution, que nait l\u2019enfant du jeune couple. Bien s\u00fbr, chez Cadou, le bonheur ne peut jamais \u00eatre int\u00e9gral&nbsp;; la bonne Am\u00e9lie meurt quelques jours apr\u00e8s cette naissance. &nbsp;Mais l\u2019enfant aussi meurt, d\u2019une malformation cong\u00e9nitale. La mort, toujours la mort, omnipr\u00e9sente dans l\u2019univers po\u00e9tique de Cadou. Et pourtant c\u2019est sur le d\u00e9part serein du jeune couple que se cl\u00f4t le roman. Nouveau d\u00e9part, vers une destination inconnue, mais \u00e0 deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilles a aim\u00e9 Bertine, c\u2019est certain. Mais il a voulu l\u2019aimer selon ce que m\u00e9ritait sa r\u00e9putation, en grande partie exag\u00e9r\u00e9e. Or, Bertine l\u2019aimait passionn\u00e9ment et aurait sans doute fait une formidable \u00e9pouse et m\u00e8re de famille. Au lieu de quoi elle devient une anonyme putain. Et de cela, Gilles sait qu\u2019il est en grande partie responsable. Il n\u2019a pas su aller au-del\u00e0 des apparences et des rumeurs. Il n\u2019a voulu voir en Bertine que la face bestiale de l\u2019amour, le sexe. Cadou a d\u2019ailleurs, pour d\u00e9crire ces moments et ces \u00e9tats d\u2019\u00e2me, des formules tr\u00e8s crues et violentes, comme on n\u2019en trouve pas dans sa po\u00e9sie. Le lecteur est pi\u00e9g\u00e9, comme Gilles, par le jeu de la superficialit\u00e9 des jugements.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilles aime aussi passionn\u00e9ment Agna. Elle est, tout au contraire de Bertine, l\u2019image de la simplicit\u00e9 et de la puret\u00e9. On retrouve, dans les passages qui lui sont consacr\u00e9s les mots usuels de Cadou, la tendresse et la pudeur. A travers Agna, Gilles croit se gu\u00e9rir d\u2019une maladie impure qui s\u2019av\u00e8rera ne pas en avoir \u00e9t\u00e9 une. Le bonheur est acquis au prix d\u2019une certaine quantit\u00e9 de malheur.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/cadou-portrait-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/cadou-portrait-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-954\" width=\"337\" height=\"393\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce roman brasse tous les th\u00e8mes qui constituent le champ (chant) po\u00e9tique de Cadou. On y trouve ce climat d\u2019int\u00e9riorit\u00e9 o\u00f9 tout est en nuances. Certes, on ne saurait dire que notre po\u00e8te est un boute-en-train&nbsp;; mais il est tout aussi faux de dire que sa po\u00e9sie (ou sa prose, ici) est triste. Elle est un entre-deux qui ressemble \u00e0 la vie, un alliage de bonheurs fragiles et de souvenirs des douleurs. Gilles nous donne des cl\u00e9s pour saisir Ren\u00e9-Guy. Ainsi l\u2019absence de parents est un mal jamais soulag\u00e9&nbsp;; Gilles est amput\u00e9 d\u2019une part de son histoire, comme Cadou qui, \u00e0 20 ans, avait perdu ses deux parents et ses a\u00efeux encore avant. Cette solitude, cette absence de rep\u00e8re dans la lign\u00e9e, nous la ressentons tout au long du roman, et lorsque Gilles rencontre Agna, c\u2019est encore une jeune femme seule qu\u2019il aime. Am\u00e9lie, le seul point fixe de sa vie, dispara\u00eet au moment o\u00f9 il pourrait partager avec elle son bonheur. Gilles est seul, sans avant et sans apr\u00e8s. Nous avons l\u00e0 une des cl\u00e9s de l\u2019univers caducien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rejet de la ville d\u00e9coule de son amour de la nature, des animaux et de la campagne. C\u2019est une cons\u00e9quence de son go\u00fbt pour le monde rural, ce n\u2019en est nullement la cause&nbsp;: il n\u2019aime pas la ville parce qu\u2019il aime d\u2019abord, et bien avant, le monde la campagne. La ville lui est \u00e9trang\u00e8re. Elle lui appara\u00eet peupl\u00e9e d\u2019\u00eatres interchangeables, sans consistance, aux destins st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. Au travail de grouillot dans un minist\u00e8re, Gilles sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re les moissons, les vaches, la terre \u00e0 retourner, le cheval \u00e0 seller\u2026 Le bonheur de Cadou est symbolis\u00e9 par Louisfert, ce village sans grand charme, qui suffit \u00e0 son bonheur et \u00e0 son imagination. Ce n\u2019est pas qu\u2019il n\u2019ait pas d\u2019ambition \u2013 je crois qu\u2019il avait une grande ambition de po\u00e8te -, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas besoin de cette com\u00e9die humaine du monde litt\u00e9raire, du para\u00eetre et de l\u2019\u00e9tourdissement collectif. L\u2019amiti\u00e9 lui est ch\u00e8re et il est un fid\u00e8le. Il ch\u00e9rit les rencontres de Rochefort-sur -Loire bien plus que la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 factice des salons parisiens. Cadou vit pour la po\u00e9sie et la campagne est son oxyg\u00e8ne, comme le Gilles de son roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le Gilles de son roman aussi, l\u2019amour est une qu\u00eate existentielle. La vie de Ren\u00e9-Guy commence d\u2019une certaine fa\u00e7on en 1942, quand il rencontre H\u00e9l\u00e8ne. Elle sera \u00e0 la fois l\u2019amante et l\u2019\u00e9g\u00e9rie et il n\u2019est pas innocent qu\u2019il ait nomm\u00e9 <em>H\u00e9l\u00e8ne et le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal<\/em> son recueil sans doute le plus important. Nous ne savons rien de ses amours avant H\u00e9l\u00e8ne. Est-ce cela qu\u2019il \u00e9voque dans le roman, \u00e0 travers la rencontre et l\u2019amour avec Bertine&nbsp;? Rien ne nous autorise \u00e0 le dire, mais le doute restera. Avec Agna, Gilles sait, \u00e0 la fin du livre, qu\u2019il va construire une vie nouvelle. Nous devinons qu\u2019elle ne sera pas dans la grande ville. H\u00e9l\u00e8ne et Ren\u00e9-Guy ont construit leur vie dans la maison d\u2019\u00e9cole de Louisfert, modeste logement de fonction, mais dont la fen\u00eatre de la chambre ouvrait sur la campagne bocag\u00e8re, sur un paysage ordinaire, lieu des travaux et des jours des paysans.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/fresque-tag-Cadou.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"640\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/fresque-tag-Cadou.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-955\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/fresque-tag-Cadou.jpg 960w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/fresque-tag-Cadou-300x200.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/fresque-tag-Cadou-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Il ne faut pas aller plus loin dans l\u2019interpr\u00e9tation du livre, au risque de le d\u00e9naturer. Les pistes que j\u2019ai indiqu\u00e9es sont \u00e9videntes aux amis du po\u00e8te. Mais les zones d\u2019ombre, la part du romanesque est majeure, comme dans sa po\u00e9sie. Ce roman est un vrai roman initiatique, une sorte de <em>Souffrances du jeune Werther<\/em> \u00e0 la sauce bretonne. Comme tout jeune auteur (il a 25 ans quand il \u00e9crit ce livre&nbsp;!), il a mis de lui dans ses personnages comme dans l\u2019intrigue et le cadre. Stendhal, Flaubert, Proust, C\u00e9line\u2026 ont fait de m\u00eame, c\u2019est quasiment in\u00e9vitable, tant on n\u2019\u00e9crit vraiment qu\u2019en puisant au plus profond de soi. Les livres qui ne sont pas \u00e9crits avec cette encre de sang reniflent l\u2019imposture, la pause et la fabrication. C\u2019est la diff\u00e9rence entre des \u0153uvres et des productions, entre des gens qui \u00e9crivent et des \u00e9crivains.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour clore ce bref essai critique, je voudrais risquer une comparaison stylistique. A plusieurs reprises, lisant Cadou, j\u2019ai cru lire Giono. Il y a chez les deux cette po\u00e9sie amoureuse de la terre et des hommes qui en prennent soin. <em>La maison d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> c\u2019est le <em>Que ma joie demeure<\/em> de Cadou. Bien s\u00fbr il n\u2019y a aucune volont\u00e9 d\u2019imitation. C\u2019est que leur m\u00eame sensibilit\u00e9 se traduit dans des formes comparables. Sans nul doute leur destin humain modeste les a gard\u00e9s de la vanit\u00e9 et du superficiel. La Provence pour Giono, la Loire-Inf\u00e9rieure pour Cadou sont des territoires qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019universel, un peu comme le fameux comt\u00e9 imaginaire de Faulkner ou la Normandie de Maupassant. La dimension spirituelle unit aussi les deux \u00e9crivains. Ils sont tous deux sensibles \u00e0 une transcendance qui n\u2019a nul besoin de religion, mais qui est une foi en l\u2019homme et en la nature. Si on a pu dire que Giono \u00e9tait panth\u00e9iste, il faut dire que Cadou \u00e9tait d\u00e9iste et qu\u2019il a chemin\u00e9 seul vers un christianisme solitaire et ind\u00e9pendant, qu\u2019il associait \u00e0 son adh\u00e9sion au Parti Communiste, o\u00f9 il ne fut jamais un militant, mais qu\u2019il avait rejoint par attachement \u00e0 son projet initial et par amour du peuple. Cadou est un chr\u00e9tien sans Eglise et un communiste sans Parti. Finalement tr\u00e8s proche du comportement de J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il n\u00e9cessaire de dire qu\u2019il faut lire ce court roman, que tout honn\u00eate homme de ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle se doit de l\u2019avoir dans sa biblioth\u00e8que, comme le recueil des po\u00e9sies compl\u00e8tes du m\u00eame auteur. C\u2019est un recours contre la b\u00eatise, l\u2019orgueil, le d\u00e9ni du r\u00e9el et l\u2019enlaidissement du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes \u2013 mars 2023.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ren\u00e9-Guy Cadou Bordeaux, Le Castor Astral, 2020. 9,90\u20ac. Ren\u00e9-Guy Cadou (1920-1951) est un des plus grands po\u00e8tes du XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00e9gal d\u2019Aragon ou d\u2019Eluard, la&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=953\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">La maison d\u2019\u00e9t\u00e9 &#8211; Roman po\u00e9tique<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-953","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=953"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":958,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/953\/revisions\/958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}