{"id":816,"date":"2022-04-26T23:21:00","date_gmt":"2022-04-26T22:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=816"},"modified":"2022-04-26T23:21:25","modified_gmt":"2022-04-26T22:21:25","slug":"pas-gaie-la-fin-de-la-viesur-aneantir-de-michel-houellebecq-flammarion-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=816","title":{"rendered":"Pas gaie, la fin de la vie\u2026Sur An\u00e9antir de Michel Houellebecq, Flammarion, 2018,"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/aneantir-houellebecq-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"359\" height=\"500\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/aneantir-houellebecq-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-817\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/aneantir-houellebecq-couv.jpg 359w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/aneantir-houellebecq-couv-215x300.jpg 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 359px) 100vw, 359px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Chaque roman de Michel Houellebecq, depuis 1994 et <em>Extension du domaine de la lutte<\/em>, est un \u00e9v\u00e9nement. Longtemps, ce fut un moment de scandale autant qu\u2019une sortie litt\u00e9raire, disons jusqu\u2019\u00e0 <em>La carte et le territoire<\/em>, en 2010. Les m\u00e9dias faisaient monter toute une mayonnaise en focalisant sur un aspect ou une phrase de chaque livre, cela cr\u00e9ait une de ces pol\u00e9miques si stupidement fran\u00e7aises et l\u2019auteur vendait des centaines de milliers d\u2019exemplaires de ses livres. Je ne rappellerai pas ici ces temp\u00eates dans un verre d\u2019eau germanopratin, les plus avertis s\u2019en souviendront, les autres n\u2019ont pas besoin qu\u2019on les en informe tant cela est stupide. Le reproche r\u00e9current qui \u00e9tait fait \u00e0 Houellebecq \u00e9tait le caract\u00e8re pornographique de ses sc\u00e8nes sexuelles, bien crues en effet, mais qui ne repr\u00e9sentaient que quelques pages sur des centaines d\u2019autres totalement \u00ab\u00a0propres\u00a0\u00bb. Il faudrait l\u00e0 se poser la question de ce qui est \u00ab\u00a0pornographique\u00a0\u00bb et ce qui ne l\u2019est pas, et pour cela remonter \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie grecque du terme. Voil\u00e0 qui nous entra\u00eenerait trop loin du but de mon propos d\u2019aujourd\u2019hui. Depuis 2010, plus de scandales autour des sorties de ses livres. Sans doute michel Houellebecq n\u2019a plus besoin de cela pour vendre ses ouvrages, car il s\u2019est acquis un public fid\u00e8le qui se moque de la presse. Par ailleurs, sans doute lui-m\u00eame n\u2019en a-t-il plus besoin, si ce fut jamais le cas, car plus personne en remet en cause son talent d\u2019\u00e9crivain. Il est clair qu\u2019il est un des plus grands \u00e9crivains fran\u00e7ais vivant \u2013 pour moi c\u2019est le plus grand actuellement. Que l\u2019on n\u2019aime pas le personnage, c\u2019est une autre question\u00a0: le neurasth\u00e9nique punk v\u00eatu d\u2019une parka \u00e0 la propret\u00e9 douteuse n\u2019est pas le plus attirant des \u00e9crivains. Toujours est-il que ses romans, depuis 2010, sont salu\u00e9s comme des livres importants, mais avec une agitation m\u00e9diatique d\u00e9croissante d\u2019opus en opus. C\u2019est bien\u00a0: on peut donc dor\u00e9navant se concentrer sur l\u2019\u00e9criture et sur le propos.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-portrait.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-820\" width=\"478\" height=\"357\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le titre de l\u2019ouvrage, <em>An\u00e9antir<\/em>, n\u2019est pas vraiment porteur d\u2019espoir. La lecture de ce gros pav\u00e9 confirmera cette premi\u00e8re intuition. C\u2019est un livre de plus de 700 pages que l\u2019\u00e9diteur offre, sous une couverture reli\u00e9e blanche assez inhabituelle. Pour la premi\u00e8re fois \u00e9galement, nous trouvons des illustrations dans ce livre, ce qui est parfaitement justifi\u00e9 par la narration. De quoi donc traite ce dernier opus&nbsp;? Pour faire simple, je dirai&nbsp;: de la fin de la vie humaine. Compte tenu de l\u2019importance soci\u00e9tale du sujet, je suis plut\u00f4t surpris que l\u2019on ait si peu parl\u00e9 de livre. Car, une fois encore, Houellebecq y fait preuve de cette perspicacit\u00e9 quasi-proph\u00e9tique quant aux th\u00e8mes abord\u00e9s&nbsp;: souvenez-vous, pour ne parler que des derniers livres, de l\u2019histoire de <em>Soumission<\/em> et de sa mont\u00e9e d\u2019un islamisme politique par voie \u00e9lectorale, au moment des attentats contre Charlie hebdo, ou dans <em>S\u00e9rotonine<\/em>, du malaise agricole, \u00e0 un moment o\u00f9 les suicides d\u2019agriculteurs sont quotidiens. Ici, il aborde la question de la fin de vie, notamment dans les EHPAD, quelques semaines avant que ne soit port\u00e9 \u00e0 la connaissance du public le scandale r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par <em>Les fossoyeurs<\/em>, \u00e0 propos du groupe ORPEA. Mais ce serait r\u00e9duire la port\u00e9e de ce gros roman que d\u2019en faire un livre sur les EHPAD. Ils en constituent un moment, mais l\u2019ambition du romancier est bien plus large. Il nous offre, \u00e0 travers ses personnages, une r\u00e9flexion sur les diverses mani\u00e8res de finir son existence, et toujours avec sa pr\u00e9cision chirurgicale dans les connaissances ses divers milieux et un style parfaitement ma\u00eetris\u00e9. Il ajout\u00e9 ainsi une pierre \u00e0 son \u00e9difice d\u2019analyse romanesque de notre soci\u00e9t\u00e9 en fin du XXe si\u00e8cle et d\u00e9but du XXIe. Peu d\u2019auteurs, depuis Zola, ont su rendre compte avec cette pr\u00e9cision d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et de ses probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 ses ouvrages ant\u00e9rieurs, l\u2019auteur g\u00e8re ici le destin de personnages plus nombreux auxquels il accorde une importance \u00e9quivalente. Il a choisi un cadre familial et une fratrie et d\u00e9cid\u00e9 de ne pas focaliser uniquement sur un ou deux personnages, mais de r\u00e9aliser une sorte de roman choral. Paul est l\u2019a\u00een\u00e9, il est haut fonctionnaire, conseiller d\u2019un ministre des finances qui ressemble beaucoup \u00e0 Bruno Lemaire, auquel l\u2019auteur a emprunt\u00e9 son pr\u00e9nom, mais pas seulement&nbsp;; il a \u00e9pous\u00e9 Prudence, fonctionnaire \u00e9galement au Tr\u00e9sor, dans un poste important. C\u00e9cile est la pu\u00een\u00e9e, elle est d\u2019abord une \u00e9pouse et une m\u00e8re, qui n\u2019a pas de m\u00e9tier particulier, tr\u00e8s catholique&nbsp;; elle est mari\u00e9e \u00e0 Herv\u00e9, notaire salari\u00e9 au ch\u00f4mage, lui aussi tr\u00e8s croyant (et ancien de la mouvance identitaire o\u00f9 il a gard\u00e9 des contacts qu\u2019il va activer pour exfiltrer son beau-p\u00e8re de l\u2019EHPAD). Enfin il y a Aur\u00e9lien, le plus jeune, n\u00e9 bien plus tard et qui est restaurateur en tapisseries anciennes&nbsp;; il est mal mari\u00e9 avec Indy, une journaliste pr\u00e9tentieuse. Leur m\u00e8re est morte il y a maintenant des ann\u00e9es et leur p\u00e8re vit dans le Beaujolais, d\u2019une retraite de fonctionnaire de la DGSI (en fait il en \u00e9tait un des chefs de service), en couple avec Madeleine, une femme tr\u00e8s discr\u00e8te qui fut d\u2019abord sa femme de m\u00e9nage avant de vivre une belle histoire d\u2019amour sans tapage avec lui. Bref, tout cela est tr\u00e8s fran\u00e7ais et assez repr\u00e9sentatif de notre soci\u00e9t\u00e9. Les rapports entre les membres de la fratrie sont tr\u00e8s distendus&nbsp;; ils voient leur p\u00e8re rarement et, en fait, le connaissent assez peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout bascule quand le p\u00e8re fait un AVC (accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral) et est hospitalis\u00e9 \u00e0 Lyon. D\u00e8s lors les enfants se retrouvent, se rapprochent et s\u2019occupent de leur p\u00e8re. Dans le d\u00e9tail, l\u2019histoire est assez fouill\u00e9e bien que tr\u00e8s ordinaire. Et c\u2019est cet ordinaire qui est le choix strat\u00e9gique de l\u2019auteur. Tout ce qui va arriver \u00e0 chacun des protagonistes pourrait arriver au lecteur \u2013 et lui est souvent, au moins en partie arriv\u00e9. Les couples battent de l\u2019aile, pour Paul et Aur\u00e9lien&nbsp;; le ch\u00f4mage frappe, pour Herv\u00e9, le mari de C\u00e9cile&nbsp;; la maladie soudaine am\u00e8ne le handicap s\u00e9v\u00e8re pour les deux p\u00e8res de l\u2019histoire, celui de Prudence et celui de Paul&nbsp;; les familles doivent assurer des conditions de vie correctes et dignes \u00e0 leurs g\u00e9niteurs&nbsp;; la France vit une campagne \u00e9lectorale sans int\u00e9r\u00eat, o\u00f9 tout est jou\u00e9 d\u2019avance (\u00e7a doit vous rappeler quelque chose, lecteur du printemps 2022&nbsp;!)&nbsp;; enfin, pour charger encore le plateau, le suicide et le cancer sont pr\u00e9sents. Bien \u00e9videmment tout cela ne donne pas un roman tr\u00e8s joyeux. Disons qu\u2019il est tr\u00e8s houellebecquien, d\u2019une lucidit\u00e9 assez gla\u00e7ante. A partir de ces fils \u00e9pars, l\u2019auteur tisse un r\u00e9cit dramatique d\u2019o\u00f9 les moments de pur bonheur ne sont nullement absents, mais r\u00e9duits dans le temps et souvent contrari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Paul Raison \u2013 c\u2019est son patronyme \u2013 qui&nbsp; est le personnage-pivot autour duquel tout s\u2019organise. Il est celui que l\u2019on d\u00e9couvre d\u00e8s les premi\u00e8res pages et celui que l\u2019on accompagne vers la mort \u00e0 la fin. Houellebecq nous fait le plus souvent partager le point de vue de Paul, mais avec un recul certain. On comprend assez vite que cet homme qui a d\u00fb \u00eatre brillant (Sciences Po Paris, puis l\u2019ENA) n\u2019est pas tr\u00e8s dou\u00e9 pour la vie. Par petites touches impressionnistes, l\u2019auteur nous d\u00e9voile une exitence assez terne et, surtout, tr\u00e8s peu sociabilis\u00e9e hormis les relations de travail. Paul d\u00e9couvre peu \u00e0 peu la vie r\u00e9elle, \u00e0 partir de l\u2019accident de son p\u00e8re. On est alors tr\u00e8s loin de Bercy et de ses cranes d\u2019\u0153uf. Mais, avec son talent et son humour subtil, Houellebecq fait de Bruno, le ministre, un personnage qui devient assez sympathique au fur et \u00e0 mesure que le roman avance. Il d\u00e9voile un homme fid\u00e8le, serviable et tr\u00e8s intelligent, prototype du grand serviteur de l\u2019Etat. Ce personnage est le seul qui ait un v\u00e9ritable \u00e9paisseur en dehors de la famille pr\u00e9sent\u00e9e. La galerie des personnages masculins est assez vari\u00e9e, mais plut\u00f4t constitu\u00e9e de gens falots, vell\u00e9itaires ou peu dou\u00e9s pour le bonheur. Les vrais personnages forts et solaires sont les femmes. Pour simplifier je dirai que Houellebecq en dessine quatre, qui sont comme des types que nous pouvons reconna\u00eetre autour de nous. Prudence est assez effac\u00e9e, semble vraiment s\u2019ennuyer dans son travail fiscal, mais elle va devenir vivante au cours de l\u2019histoire, pour finir par \u00eatre le rocher de Paul, celui sur lequel il s\u2019appuiera jusqu\u2019\u00e0 sa fin \u2013 que l\u2019auteur n\u2019a nul besoin de nous d\u00e9crire car nous la savons depuis que son cancer de la bouche a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9. Prudence est solide, mais elle ne respire pas le bonheur. Un peu comme Madeleine, la compagne du p\u00e8re Raison. Cette femme est une \u00ab&nbsp;taiseuse&nbsp;\u00bb. Houellebecq mettra au moins deux ou trois cent pages avant de lui faire prononcer un phrase. Madeleine est le type de la compagne totalement d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 l\u2019homme qu\u2019elle aime et pr\u00eate \u00e0 lui sacrifier le reste de ses jours. Sa force est telle qu\u2019elle r\u00e9ussira \u00e0 rendre le p\u00e8re heureux malgr\u00e9 son tr\u00e8s lourd handicap (paralysie quasi-totale, perte de la parole). Maryse est le personnage de passage, celle qui n\u2019appartient pas \u00e0 la famille. C\u2019est une aide-soignante \u00e9migr\u00e9e de l\u2019unit\u00e9 de r\u00e9adaptation o\u00f9 le p\u00e8re va \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s sa sortie du coma. Elle s\u2019occupe de lui avec attention et devient l\u2019amour d\u2019Aur\u00e9lien, qui retrouve un certain bonheur avec elle, alors que son mariage se dissout difficilement avec Indy, une femme qui ne l\u2019a jamais aim\u00e9. Il aurait pu y avoir une forme de r\u00e9demption par le couple Maryse-Aur\u00e9lien. Mais Houellebecq en a d\u00e9cid\u00e9 autrement&nbsp;: Aur\u00e9lien se suicide, rong\u00e9 par une confidence faite \u00e0 son ex-\u00e9pouse et qui a d\u00e9clench\u00e9 un petit scandale politique autour de Paul et Bruno. Maryse, \u00e9coeur\u00e9e par son travail devenu inhumain et d\u00e9truite par le suicide d\u2019Aur\u00e9lien, retourne finalement au B\u00e9nin. Enfin, il y a C\u00e9cile, la s\u0153ur de la fratrie. C\u2019est elle le personnage lumineux de ce r\u00e9cit. Sa foi in\u00e9branlable lui donne une constance et une intelligence qui surprend \u00e9norm\u00e9ment Paul. Elle est celle qui recolle les morceaux, celle qui recueille les confidences, devine les soucis et les zones d\u2019ombre. C\u2019est clairement une figure de sainte la\u00efque \u2013 pas de parfaite \u2013 que dessine Houellebecq. Le malheur l\u2019atteint, mais il ne la d\u00e9truit nullement, car elle a une esp\u00e9rance sup\u00e9rieure. Ce personnage consacre d\u00e9finitivement Houellebecq comme auteur chr\u00e9tien, chose que le lecteur fid\u00e8le avait pu lentement d\u00e9couvrir au fil de ses romans. Certes c\u2019est un peu un christianisme \u00e0 la Bernanos ou Mauriac, o\u00f9 le p\u00e9ch\u00e9 p\u00e8se lourd, mais aussi o\u00f9 la gr\u00e2ce existe. Sans C\u00e9cile ce roman serait absolument d\u00e9sesp\u00e9rant, terriblement humain au sens de riv\u00e9 au sol. Il sera difficile, apr\u00e8s ce livre, de faire de Houellebecq un auteur misogyne&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, bien \u00e9videmment, l\u2019auteur n\u2019a pas \u00e9crit un roman de 700 pages pour d\u00e9crire une famille fran\u00e7aise typique. Cette famille est au service d\u2019un projet&nbsp;: celui d\u2019aborder la fin de la vie comme sujet de r\u00e9flexion. Mais l\u2019auteur nous manipule au d\u00e9but du livre. Il nous embarque sur une piste d\u2019enqu\u00eate des services de la DGSI sur une menace terroriste. Des messages ind\u00e9chiffrables et des figures dessin\u00e9es \u00e9tranges sont retrouv\u00e9es par les enqu\u00eateurs, qui assistent \u00e0 des sc\u00e8nes d\u2019attentats film\u00e9s, diffus\u00e9s sur le Net. Les mises en sc\u00e8ne sont extr\u00eamement soign\u00e9es, les trucages ind\u00e9celables. La premi\u00e8re est une d\u00e9capitation du ministre des finances, Bruno, le patron de Paul. C\u2019est ainsi que le lien est fait entre les deux milieux, celui du renseignement et la famille raison. Le lien se renforce par le fait que le directeur des services actuels est un ami du p\u00e8re Raison, et que nous apprendrons chemin faisant que celui-ci a en sa possession des dossiers sans doute importants. Mais cette piste n\u2019intervient qu\u2019\u00e9pisodiquement, au fur et \u00e0 mesure que les attentats se sophistiquent (des tankers coup\u00e9s en deux par des torpilles, mais toujours sans victimes humaines, car les employ\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus avant). Jusqu\u2019au jour o\u00f9 un attentat fait 500 morts et plonge les Services Secrets dans la mouise totale. Mais il est manifeste que cette piste n\u2019int\u00e9resse pas vraiment Houellebecq, qui ne s\u2019en sert que comme respiration et facteur second d\u2019avancement de son intrigue familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est ici que le livre est tr\u00e8s bien construit. Car la question de la fin de vie est pos\u00e9e de mani\u00e8re trans-g\u00e9n\u00e9rationnelle&nbsp;: elle concerne les jeunes (Aur\u00e9lien), les adultes m\u00fbrs (Paul) et les vieillards ( les deux p\u00e8res). Il peut donc y avoir fin de vie \u00e0 tout \u00e2ge, mais pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Chez les jeunes, la mort ne peut agir que par surprise et rapidement<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, sans laisser le temps de la lucidit\u00e9. Pour l\u2019homme en milieu de vie, elle est vraiment la faucheuse, celle qui vient ruiner une existence d\u00e9j\u00e0 bien construite mais qui peut encore se projeter raisonnablement dans le futur&nbsp;: h\u00e9las, la mort n\u2019est pas rationnelle. Pour les personnes \u00e2g\u00e9es, elle est in\u00e9luctable, elle est redout\u00e9e mais attendue, elle ob\u00e9it \u00e0 une logique biologique&nbsp;: il s\u2019agit alors bien de respecter la dignit\u00e9 des personnes jusqu\u2019au bout. En rassemblant tous les cas de figure dans une seule famille et dans un d\u00e9lai court, Houellebecq fait \u0153uvre de trag\u00e9dien au sens le plus classique du terme. Si la concentration est un peu forc\u00e9e, elle n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9e du r\u00e9el que nous ne puissions tous nous y retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y donc, envisag\u00e9s par l\u2019auteur, trois sc\u00e9narios (je n\u2019\u00e9cris pas \u00ab&nbsp;sc\u00e9narii&nbsp;\u00bb pour laisser les cuistres faire la remarque in petto) correspondant \u00e0 trois moments de vie. Bien \u00e9videmment ces situations en sont pas exclusives de l\u2019\u00e2ge ici pr\u00e9sent\u00e9 et peuvent s\u2019av\u00e9rer interchangeables.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re fin de vie est la plus brutale, celle qui am\u00e8ne la mort instantan\u00e9e&nbsp;: ce peut \u00eatre l\u2019accident, le meurtre ou le suicide. C\u2019est la troisi\u00e8me voie que Houellebecq a choisi, car c\u2019est la seule qui rel\u00e8ve de la volont\u00e9 humaine&nbsp;: on en d\u00e9cide pas de p\u00e9rir dans un accident ou par un meurtre. C\u2019est Aur\u00e9lien, le plus jeune fils de la fratrie qui commet cet acte. Ce n\u2019est pas absurde car les suicides ont souvent lieu aux deux \u00e2ges extr\u00eames de la vie adulte, soit jeune soit \u00e2g\u00e9. Les motivations sont tr\u00e8s diverses mais, dans tous les cas, elles sont tr\u00e8s fortes, pour parvenir \u00e0 pousser celui qui s\u2019y livre \u00e0 mettre fin \u00e0 ses jours. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue souvent entendue, le suicide n\u2019est aucunement une l\u00e2chet\u00e9, mais il demande le courage extr\u00eame, celui de se priver du bien qui conditionne tout le reste, la vie. Passons sur le pourquoi de ce suicide dans le roman, les raisons en sont relativement claires et ne font, en tout cas, aucun doute pour la famille. Ce qui int\u00e9resse le romancier, ce sont les cons\u00e9quences de ce suicide. Car Houellebecq est un moraliste, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 ses d\u00e9tracteurs. Aur\u00e9lien d\u00e9truit sa vie, mais il entra\u00eene aussi dans sa destruction la jeune aide-soignante, Maryse, qui venait d\u2019ouvrir pour lui le chemin de l\u2019amour. Les suicides de personnes solitaires, isol\u00e9es, sans familles ni amis, n\u2019ont gu\u00e8re de cons\u00e9quences sociales, il s\u2019agit d\u2019un effacement discret. Mais Aur\u00e9lien est inscrit dans une fratrie et dans un couple. Son geste aura donc des cons\u00e9quences lourdes. L\u2018auteur n\u2019apporte aucun \u00e9l\u00e9ment de jugement \u2013 c\u2019est le propre du moraliste, \u00e0 la diff\u00e9rence du moralisateur qui ass\u00e8ne la conclusion. Mais la peine est l\u00e0, elle habite ses proches et elle renvoie Maryse dans son Afrique natale, convaincue que la France n\u2019est pas le paradis dont r\u00eavent les \u00e9migrants.<\/p>\n\n\n\n<p>Maryse, rappelons-le est le personnage qui appara\u00eet dans le cadre hospitalier o\u00f9 se retrouve le p\u00e8re apr\u00e8s sa sortie du coma. Elle travaille dans une unit\u00e9 de r\u00e9adaptation post-accidents, ce qu\u2019on nomme, avec tout le charme de la siglomanie d\u00e9lirante m\u00e9dicale \u2013 mais il n\u2019y a h\u00e9las pas qu\u2019elle&nbsp;!) une unit\u00e9 EVC-EPR, dont les lettres signifient (accrochez-vous&nbsp;!)&nbsp;: des patients en <strong><em>\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif chronique<\/em><\/strong> ou en <strong><em>\u00e9tat pauci-relationnel<\/em><\/strong>. Ce que Paul traduit imm\u00e9diatement dans sa t\u00eate par l\u2019expression populaire d\u00e9sesp\u00e9rante mais signifiante, \u00ab&nbsp;des l\u00e9gumes&nbsp;\u00bb. Cette unit\u00e9, situ\u00e9e non loin du domicile familial, dans le Beaujolais, est dirig\u00e9e par un m\u00e9decin tout \u00e0 fait exceptionnel, le docteur Leroux, lequel fera les frais, au cours du r\u00e9cit, d\u2019un r\u00e8glement de compte administratif diligent\u00e9 par le directeur de l\u2019EHPAD juxtapos\u00e9 et sera mut\u00e9 \u00e0 Toulon. Maryse est en charge du papa Raison, dans une unit\u00e9 qui a les moyens humains de bien traiter les patients et l\u2019\u00e9thique qui va avec.&nbsp; Michel Houellebecq a suffisamment de talent pour ne pas tomber dans le pi\u00e8ge du livre \u00e0 th\u00e8se, du roman \u00e0 charge. Le sujet du livre n\u2019est nullement l\u2019EHPAD ou ses annexes. Il ne sont qu\u2019un des \u00e9l\u00e9ments de la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de la fin de vie. Mais, justement parce qu\u2019il est talentueux, les pages qu\u2019il \u00e9crit sur ce sujet marquent vraiment le lecteur, notamment sur les caract\u00e8res mesquins des rivalit\u00e9s et le poids du r\u00e9glementaire. Le service du docteur Leroux est d\u00e9mantel\u00e9, d\u2019abord parce qu\u2019il a des ennemis, qui jalousent son aura aupr\u00e8s des familles et du personnel sous sa responsabilit\u00e9, mais aussi parce qu\u2019il a un ratio personnel\/patients inacceptable, beaucoup trop \u00e9lev\u00e9. En quelques jours, avec la complicit\u00e9 d\u2019une d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale (l\u2019auteur ne fait pas myst\u00e8re de son m\u00e9pris pour cette personne r\u00e9duite \u00e0 sa fonction), le personnel est redistribu\u00e9 dans l\u2019EHPAD et, d\u2019un seul coup, les conditions de vie des pensionnaires se d\u00e9gradent tr\u00e8s rapidement. C\u2019est ce qui motive un \u00e9pisode assez dr\u00f4le du livre&nbsp;: l\u2019exfiltration dominicale du p\u00e8re, par un commando d\u2019activistes favorables \u00e0 une fin de vie digne. Le p\u00e8re va reprendre une vie apais\u00e9e dans sa maison, entour\u00e9 de tout l\u2019amour de Madeleine, rythm\u00e9e par les visites de ses enfants, qui le retrouvent dans son jardin d\u2019hiver, face \u00e0 un magnifique paysage des monts du Beaujolais. Voici la th\u00e8se de Houellebecq&nbsp;: elle est toute enti\u00e8re dans l\u2019exemple du p\u00e8re vivant dignement chez lui, entour\u00e9 de l\u2019attention des siens et du personnel m\u00e9dical idoine. A chacun de se faire sa propre opinion. On ne reparlera plus des EHPAD apr\u00e8s cette exfiltration. Maryse retrouve alors le travail habituel des aide-soignantes de ces maisons, avec la course perp\u00e9tuelle au chronom\u00e8tre et la frustration d\u2019agir mal envers des personnes qui m\u00e9ritent toutes d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es avec respect. Sans doute aurait-elle d\u00e9missionn\u00e9, si elle avait, comme ils l\u2019avaient pr\u00e9vu, construit sa vie avec Aur\u00e9lien, et pris un autre travail. Mais son suicide bouche son horizon et elle pr\u00e9f\u00e8re repartir, car elle sait maintenant que la France n\u2019a aucun respect pour les vieux, \u00e0 l\u2019inverse de ce qui se passe en Afrique. Son d\u00e9part est aussi un \u00e9norme camouflet pour notre soci\u00e9t\u00e9. Parall\u00e8lement, mais sans le d\u00e9velopper, le p\u00e8re de Prudence, lui aussi victime d\u2019un AVC est install\u00e9 chez lui et pris en charge par sa seconde fille, revenue vivre dans cette maison. La solution est donc bien dans la vie r\u00e9elle et pas dans la m\u00e9dicalisation de la vieillesse.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me fin de vie est celle de Paul. Mais ce cas, c\u2019est la maladie incurable qui se d\u00e9clenche. Alors que Paul et Prudence ont r\u00e9ussi \u00e0 remettre leur couple sur les bons rails, une mauvaise infection que Paul a laiss\u00e9e tra\u00eener entra\u00eene le diagnostic qui fait si peur&nbsp;: cancer de la bouche. Houellebecq nous fait vivre ce que son personnage d\u00e9couvre avec une pr\u00e9cision remarquable. Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9, il a accompli en amont un gros travail de recherche documentaire qui donne une cr\u00e9dibilit\u00e9 assez effrayante \u00e0 son r\u00e9cit. Paul met du temps \u00e0 comprendre que ce qu\u2019il a est grave, il met encore un peu plus de temps \u00e0 saisir que ce qu\u2019on lui propose est une chirurgie handicapante (ablation de la langue, proth\u00e8se en titane le long de la m\u00e2choire, proth\u00e8se linguale) dont il sortira tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9. Il d\u00e9cide de refuser l\u2019op\u00e9ration et de faire une chimioth\u00e9rapie associ\u00e9e \u00e0 une radioth\u00e9rapie. La maladie n\u2019est pas vaincue et il se sait condamn\u00e9. Il entame alors sa marche \u00e0 la mort, accompagn\u00e9e sans rel\u00e2che par Prudence, qui est une sorte de double de Madeleine, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>Suicide, \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif assist\u00e9 ou mort rapide d\u2019une maladie invincible, l\u2019auteur a fait le choix de ce qui peut nous faire le plus peur \u2013 sans doute ce qui lui fait le plus peur \u00e9galement. Mais ses personnages affrontent la mort, non sans mal, sans crainte ou doute, mais avec lucidit\u00e9. A aucun moment il n\u2019est question d\u2019abr\u00e9ger les souffrances. L\u2019euthanasie ne fait pas partie des solutions pour Michel Houellebecq. Extrait significatif&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La vraie raison de l\u2019euthanasie, en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que nous ne supportons plus les vieux, nous ne voulons m\u00eame plus savoir qu\u2019ils existent, c\u2019est pour \u00e7a que nous les parquons dans des endroits sp\u00e9cialis\u00e9s, hors de la vue des autres humains. La quasi-totalit\u00e9 des gens aujourd\u2019hui consid\u00e8rent que la valeur d\u2019un \u00eatre humain d\u00e9cro\u00eet au fur et \u00e0 mesure que son \u00e2ge augmente&nbsp;; que la vie d\u2019un jeune homme et plus encore d\u2019un enfant, a largement plus de valeur que celle d\u2019une tr\u00e8s vieille personne\u2026&nbsp;\u00bb<\/em> page 452<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Brian, un activiste organisant l\u2019exfiltration du p\u00e8re, qui parle aux enfants Raison.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humaine condition comprend aussi la fin de la vie et la lutte finale. On pourra reprocher \u00e0 l\u2019auteur de ne pas donner un seul exemple de \u00ab&nbsp;belle mort&nbsp;\u00bb. C\u2019est tout \u00e0 fait recevable. Mais il me semble que son propos est de questionner nos angoisses, pas de nous rassurer. Il a donc refus\u00e9 toute facilit\u00e9. Et il vrai qu\u2019une fois la derni\u00e8re page lue, nous sommes comme en sid\u00e9ration, happ\u00e9s par la tristesse de ces fins de vie. Mais il nous faut aussi consid\u00e9rer tout ce que l\u2019auteur a dit avant ou pendant sur la fa\u00e7on dont chaque protagoniste-exemple a men\u00e9 sa vie. Aucun n\u2019a su vivre une \u00ab&nbsp;vie bonne&nbsp;\u00bb quand il \u00e9tait en bonne sant\u00e9. Ils ont \u00e9chou\u00e9, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, ont g\u00e2ch\u00e9 le temps. Leur fin de vie est \u00e0 l\u2019image du reste de leur vie. Il y a, pour moi, une m\u00e9ta-morale \u00e0 ce livre. La vie c\u2019est maintenant, chaque jour et elle vaut la peine de ne pas se laisser d\u00e9tourner d\u2019elle pour son ambition, son travail ou sa mollesse de r\u00e9action. Il faut pouvoir dire que l\u2019on a bien v\u00e9cu, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir affronter une fin de vie douloureuse en lui opposant une vie pleine. Et ce que sugg\u00e8re l\u2019auteur, c\u2019est que le rem\u00e8de est dans l\u2019amour, y compris dans sa traduction sexuelle. Car, pour la premi\u00e8re fois dans un roman de Houellebecq, l\u2019amour est ici th\u00e9rapeutique&nbsp;: il soigne le malheur. Encore faut-il ne pas le manquer. L\u2019amour peut aussi passer par la foi, qui est amour de Dieu, comme pour C\u00e9cile, le seul personnage qui ne connaisse pas des hauts et des bas, mais qui reste toujours confiante, m\u00eame quand elle a un coup de barre. Houellebecq a abandonn\u00e9 le cynisme qui suintait de ses premiers romans. Il se borne maintenant \u00e0 faire vivre ses personnages devant nos yeux, sans forcer le trait. Il est aid\u00e9 en cela par son style, que je trouve plus ample. Les longues phrases sont beaucoup plus nombreuses, la tentation de l\u2019aphorisme est pr\u00e9sente, sans ostentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, pour revenir \u00e0 un aspect moins connu de ses romans, il faut dire \u00e0 quel point l\u2019\u0153uvre de Houellebecq est politique, surtout lorsqu\u2019on met l\u2019ensemble en perspective. Mais cet aspect est distill\u00e9 par paragraphes dans l\u2019ensemble et peut \u00e9chapper \u00e0 un lecteur rapide. Ce livre n\u2019y fait pas exception, d\u2019autant plus que, parall\u00e8lement au th\u00e8me principal de la fin de vie,&nbsp; un autre sujet est pr\u00e9sent\u00e9, mais en mineur&nbsp;: il s\u2019agit de la carri\u00e8re politique du ministre des finances, de sa participation \u00e0 une campagne pr\u00e9sidentielle victorieuse et de l\u2019\u00e9veil de ses propres ambitions pr\u00e9sidentielles. Ceci donne l\u2019occasion d\u2019une critique f\u00e9roce mais sans violence de la Macronie comme politique sans \u00e2me. En situant son livre en 2027, l\u2019auteur joue sur un l\u00e9ger d\u00e9calage qui nous permet de saisir sa vision prospective. Il avait fait de m\u00eame dans <em>Soumission<\/em>. Je pourrais donner de nombreux exemples pris dans les pages du livre. Je me contenterai de deux extraits&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; <em>Pourtant Bruno \u00e9tait responsable de la marche du monde, et m\u00eame bien davantage que lui. La phrase de Raymond Aron selon laquelle les hommes \u00ab&nbsp;<\/em>ne savent pas l\u2019histoire qu\u2019ils font<em>&nbsp;\u00bb lui \u00e9tait toujours apparue comme un <\/em>bon mot<em> sans consistance, si Aron n\u2019avait que \u00e7a \u00e0 dire il aurait mieux fait de se taire. Il y avait l\u00e0-dessous quelque chose de beaucoup plus sombre, la distorsion de plus en plus \u00e9vidente entre les intentions des hommes politiques et les cons\u00e9quences r\u00e9elles de leurs actes lui apparaissait comme malsaine et m\u00eame mal\u00e9fique, la soci\u00e9t\u00e9 en tout cas ne pouvait pas continuer \u00e0 fonctionner sur ces bases se disait Paul.<\/em>&nbsp;\u00bb page 131.<\/p>\n\n\n\n<p>Evidemment ces phrases r\u00e9sonnent tr\u00e8s fort en nous tant nous constatons cette distorsion. Parlant de l\u2019enjeu de la pr\u00e9sidentielle 2027 et du projet macronien \u00e9voqu\u00e9, il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Non, il pense que \u00e7a porte malheur de s\u2019attaquer au s\u00e9nat&nbsp;; les exemples historiques ne lui donnent pas tort. Donc on garde les deux chambres, mais le pouvoir du parlement sera encore r\u00e9duit&nbsp;; c\u2019est un peu de la post-d\u00e9mocratie, si tu veux, mais tout le monde fait \u00e7a maintenant, il n\u2019y a que \u00e7a qui marche, la d\u00e9mocratie, c\u2019est mort comme syst\u00e8me, c\u2019est trop lent, trop lourd\u2026&nbsp;\u00bb<\/em> page 281.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Bruno qui parle du projet du Pr\u00e9sident. On retrouve bien la glose macronienne crue, pas celle des discours publics, mais celle du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais encore disserter longuement sur ce livre, tant il est riche. Il se d\u00e9vore litt\u00e9ralement, alors m\u00eame qu\u2019il ne parle que de choses banales. Mais n\u2019est-ce pas le propre de la bonne litt\u00e9rature que de transfigurer le quelconque en singulier. C\u2019\u00e9tait tout le talent de Stendhal, Flaubert ou Balzac&nbsp;; c\u2019est aussi celui de Michel Houellebecq. On pourrait bien s\u00fbr trouver des d\u00e9fauts \u00e0 ce roman, mais aucun ne s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 moi en premi\u00e8re lecture. La seule remarque en ce sens porte sur l\u2019intrigue polici\u00e8re. Elle n\u2019apporte pas grand-chose au c\u0153ur du roman, mais elle est cependant int\u00e9gr\u00e9e, tangentiellement, aux p\u00e9rip\u00e9ties. Il faudrait donc se livrer \u00e0 une lecture critique de sp\u00e9cialiste, attaquant sur des points tr\u00e8s pr\u00e9cis qui n\u2019int\u00e9ressent pas le public lecteur ordinaire dont je suis. Au pire <em>An\u00e9antir<\/em> est un bon livre, au mieux il deviendra un grand livre. On a connu pire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 avril 2022<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Annexe documentaire<\/h3>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019\u0153uvre de Houellebecq est ax\u00e9e entre le politique et le christianisme. Mais son analyse politique est diffuse et peut ne pas \u00eatre per\u00e7u par les lecteurs. Quant \u00e0 son christianisme, il me fait penser \u00e0 celui de Martin Scorcese, c\u2019est celui d\u2019un \u00eatre tortur\u00e9 par l\u2019existence du mal. Ignorer ces deux dimensions c\u2019est risquer de ne pas comprendre du tout les livres de Michel Houellebecq.<\/p>\n\n\n\n<p>Je donne ci-dessous trois ouvrages qui analysent la pens\u00e9e de Michel Houellebecq sur ces deux th\u00e8mes, parus tr\u00e8s r\u00e9cemment et qui pourront aider \u00e0 y voir plus calir dans cette \u0153uvre majeure de notre litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">MISERE DE L&rsquo;HOMME SANS DIEU ? &#8211; MICHEL HOUELLEBECQ ET LA RELIGION: MICHEL HOUELLEBECQ ET LA RELIGION<em> <\/em>&#8211;<a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/s\/ref=dp_byline_sr_book_2?ie=UTF8&amp;field-author=Agathe+Novak-Lechevalier&amp;text=Agathe+Novak-Lechevalier&amp;sort=relevancerank&amp;search-alias=books-fr\">Agathe Novak-Lechevalier<\/a>&nbsp;(Sous la direction de) &#8211;&nbsp; Flammarion collection Champs, 2022, 14 \u20ac<\/h1>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/misere-homme-sans-dieu-houellebecq-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/misere-homme-sans-dieu-houellebecq-couv-622x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-821\" width=\"220\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/misere-homme-sans-dieu-houellebecq-couv-622x1024.jpg 622w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/misere-homme-sans-dieu-houellebecq-couv-182x300.jpg 182w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/misere-homme-sans-dieu-houellebecq-couv.jpg 638w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Houellebecq-lart-de-la-consolation-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Houellebecq-lart-de-la-consolation-couv-622x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-818\" width=\"208\" height=\"342\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Houellebecq-lart-de-la-consolation-couv-622x1024.jpg 622w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Houellebecq-lart-de-la-consolation-couv-182x300.jpg 182w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Houellebecq-lart-de-la-consolation-couv.jpg 638w\" sizes=\"auto, (max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><em>HOUELLEBECQ, L&rsquo;ART DE LA CONSOLATION<\/em><\/strong> <strong>&#8211; <\/strong><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Agathe-Novak-Lechevalier\/e\/B00A6YWVWK\/ref=dp_byline_cont_book_1\"><strong>Agathe Novak-Lechevalier<\/strong><\/a>, Flammarion, collection Champs, 2022, 10&nbsp; \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv-658x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-819\" width=\"233\" height=\"362\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv-658x1024.jpg 658w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv-193x300.jpg 193w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv-768x1195.jpg 768w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/houellebecq-politique-couv.jpg 797w\" sizes=\"auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><em>HOUELLEBECQ POLITIQUE<\/em><\/strong> <strong>\u2013 <\/strong><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Agathe-Novak-Lechevalier\/e\/B00A6YWVWK\/ref=dp_byline_cont_book_1\"><strong>Christian<\/strong><\/a> <strong>Authier<\/strong>, Flammarion,&nbsp; 2022, 18&nbsp; \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on peut rattacher la mort dans un attentat au sujet, mais l\u2019auteur ne fait aucun signe de ce c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque roman de Michel Houellebecq, depuis 1994 et Extension du domaine de la lutte, est un \u00e9v\u00e9nement. Longtemps, ce fut un moment de scandale autant&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=816\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Pas gaie, la fin de la vie\u2026Sur An\u00e9antir de Michel Houellebecq, Flammarion, 2018,<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-816","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/816","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=816"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/816\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":822,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/816\/revisions\/822"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=816"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}