{"id":698,"date":"2021-07-13T10:01:26","date_gmt":"2021-07-13T09:01:26","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=698"},"modified":"2021-07-13T10:01:50","modified_gmt":"2021-07-13T09:01:50","slug":"un-auteur-se-revele-le-fil-de-lepee-charles-de-gaulle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=698","title":{"rendered":"Un auteur se r\u00e9v\u00e8le : Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e, Charles de Gaulle"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Le-fild-e-lepee-De-gaulle-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"305\" height=\"500\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Le-fild-e-lepee-De-gaulle-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-699\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Le-fild-e-lepee-De-gaulle-couv.jpg 305w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Le-fild-e-lepee-De-gaulle-couv-183x300.jpg 183w\" sizes=\"auto, (max-width: 305px) 100vw, 305px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Paris, \u00e9ditions Perrin, collection Tempus, 2015, 146 pages<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, les <strong><em>M\u00e9moires<\/em><\/strong> du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle ont \u00e9t\u00e9 mises au programme du bac fran\u00e7ais&nbsp;; je me souviens que certains enseignants (de gauche \u00e9videmment) ont cri\u00e9 au scandale et demand\u00e9 le retrait de cet auteur qui sentait trop la politique nationale. Querelle stupide et injustifi\u00e9e, comme ce petit livre pourra le prouver \u00e0 ceux qui prendront le temps de le lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage para\u00eet en 1932, chez Berger-Levraut&nbsp;. Il reprend le texte de conf\u00e9rences publi\u00e9es en 1927 par le capitaine de Gaulle dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ecole Militaire de Paris. L\u2019ouvrage publi\u00e9e ajoute au texte des trois conf\u00e9rences deux autres articles. Dans la version de poche que je pr\u00e9sente ici, il y a une pr\u00e9face de Herv\u00e9 Gaymard, gaulliste reconnu, qui introduit assez remarquablement le texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet peut sembler tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9 et ne concerner que les militaires&nbsp;: nous trouvons un chapitre titr\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>De l\u2019action de guerre<\/em>&nbsp;\u00bb, un autre nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Le politique et le soldat<\/em>&nbsp;\u00bb, et un troisi\u00e8me appel\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>De la doctrine<\/em>&nbsp;\u00bb, sous entendu \u00ab&nbsp;militaire&nbsp;\u00bb. Certes ces chapitres sont d\u2019abord adress\u00e9s \u00e0 des officiers, en ce qu\u2019ils traitent du commandement en temps de guerre, du r\u00f4le des diverses doctrines d\u2019Ecole Militaire et des rapports entre l\u2019homme d\u2019Etat et le grand soldat. Mais d\u00e8s que l\u2019on entre dans la lecture de ces chapitres, il est ais\u00e9 de se rendre compte que le propos est en fait bien plus large que les titres pourraient le laisser croire. L\u2019auteur m\u00e8ne une r\u00e9flexion a double entr\u00e9e. Le premier niveau est objectivement militaire et pourrait faire partie d\u2019un cours pour les officiers, dans une acad\u00e9mie idoine. Le second niveau est une r\u00e9flexion de port\u00e9e philosophique et historique qui ne peut manquer d\u2019int\u00e9resser le lecteur curieux et cultiv\u00e9. La pens\u00e9e reste certes ax\u00e9e sur la chose militaire, mais elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve suffisamment pour la rendre civique au sens le plus large. Sous la plume de De Gaulle, le m\u00e9tier des armes est d\u00e9crit comme une vocation et une forme de sacerdoce. Evidemment cela fait frissonner en moi l\u2019anarchiste chr\u00e9tien. Mais il faut avant de rejeter ces positions au nom du pacifisme ou de la foi, comprendre quel est le moteur de cette vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le capitaine de Gaulle, c\u2019est d\u2019une grande limpidit\u00e9 au fil des pages&nbsp;: c\u2019est la France et l\u2019amour qu\u2019il lui porte qui justifient cette vocation. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, il manifeste un attachement extr\u00eamement profond \u00e0 son pays. Cet amour n\u2019a rien \u00e0 voir avec un patriotisme belliqueux ou un nationalisme haineux comme les ann\u00e9es 1930 en ont fait na\u00eetre et en ont us\u00e9. Non, l\u2019amour de la France est ici quasiment une mystique. De Gaulle se situe dans le droit fil de Jules Michelet et de Paul Vidal de La Blache, pour lesquels la France \u00e9tait une personne. On se souvient de la phrase qui ouvre le premier volume des <strong><em>M\u00e9moires<\/em><\/strong> du G\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong><em>Toute ma vie je me suis fait une certaine id\u00e9e de la France.<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb Tout est dit&nbsp;: la France n\u2019est pas une abstraction pour l\u2019auteur, elle est une patrie vivante dont l\u2019histoire est la source. En lisant Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e, le lecteur ne pourra pas manquer de remarquer \u00e0 quel point son auteur est un fin connaisseur de cette Histoire de France, celle de Michelet ou de Mallet-Isaac.&nbsp; Et sa connaissance ne s\u2019en tient pas \u00e0 la chose militaire \u2013 dont il fait ici une d\u00e9monstration remarquable -, mais elle embrasse \u00e0 la fois l\u2019histoire civile et religieuse et s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019histoire antique, par une connaissance pr\u00e9cise des auteurs. Cet aspect justifie d\u00e9j\u00e0 \u00e0 lui seul sa place de litt\u00e9rateur. Il est \u00e9galement \u00e9vident que cette vaste culture et ces r\u00e9f\u00e9rences ne peuvent plus du tout parler aux g\u00e9n\u00e9rations actuelles de lyc\u00e9ens et m\u00eame d\u2019\u00e9tudiants, tant leur inculture historique est notoire (\u00e0 quelques tr\u00e8s brillantes exceptions pr\u00e8s \u00e9videmment). D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des tr\u00e8s nombreuses notes de bas de page que l\u2019auteur a incorpor\u00e9es \u00e0 son travail. D\u00e8s la lecture de ce petit livre, nous savons que ce militaire est aussi un homme de grande culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 de ces connaissances tr\u00e8s vastes, il faut aussi parler de l\u2019\u00e9criture de De Gaulle. Il y a un style gaullien \u2013que ceux qui ont eu la chance d\u2019entendre les discours du G\u00e9n\u00e9ral ont per\u00e7u -, qui est tr\u00e8s classique, marqu\u00e9 par les humanit\u00e9s qu\u2019il a \u00e9tudi\u00e9es. On ne badine pas avec la concordance des temps chez le G\u00e9n\u00e9ral.&nbsp;! Le lexique est tr\u00e8s riche et la syntaxe parfaite. Pour De Gaulle, la langue fran\u00e7aise est un des aspects de la France&nbsp;: on ne saurait la maltraiter si on pr\u00e9tend l\u2019aimer. J\u2019ose \u00e0 peine imaginer quelle serait sa r\u00e9action, aujourd\u2019hui, en entendant le niveau de langue des journalistes ou des hommes politiques&nbsp;! Cette langue est-elle de nos jours obsol\u00e8te&nbsp;? Si l\u2019on s\u2019en tient aux rep\u00e8res \u00e9voqu\u00e9s ci-dessus et \u00e0 une grande partie des livres publi\u00e9s, sans aucun doute. Mais elle est obsol\u00e8te au m\u00eame titre que la langue de La Fontaine, dont les \u00e9l\u00e8ves ne per\u00e7oivent plus le sens, ou que celle de Voltaire et de son ironie, sans parler de celles de Moli\u00e8res, Racine ou Corneille, et m\u00eame Victor Hugo&nbsp;! En lisant ce livre je mesurais \u00e0 quel point nous avons sacrifi\u00e9 l\u2019intelligence de notre jeunesse par l\u00e2chet\u00e9, en leur donnant de plus en plus de bouillie \u00e0 boire au lieu de les habituer \u00e0 mastiquer du consistant. Toute une \u00e9norme partie de notre patrimoine litt\u00e9raire et th\u00e9\u00e2tral est hors de port\u00e9e des enfants de France et notre Pr\u00e9sident re\u00e7oit \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e des rappeurs et des influenceurs qui sont la quintessence de cet effondrement. Faut-il se r\u00e9signer&nbsp;? Certes non, mais le combat est tr\u00e8s in\u00e9gal. Comment faire livre ce petit livre \u00e0 un \u00e9l\u00e8ve de terminale ou \u00e0 un \u00e9tudiant en histoire moyen&nbsp;? La t\u00e2che n\u2019est pas impossible, mais elle est tr\u00e8s ardue et n\u00e9cessiterait un accompagnement \u00e0 chaque page. Si l\u2019on aime notre langue (et donc notre pays), on ne peut que d\u00e9plorer la situation actuelle, fruit de cinquante ans de d\u00e9missions successives, de droite comme de gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des trois chapitres sp\u00e9cifiquement militaires, il faut retenir deux chapitres beaucoup plus philosophiques et psychologiques, titr\u00e9s \u00ab&nbsp;<em>Du caract\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Du prestige<\/em>&nbsp;\u00bb. Certes ils parlent d\u2019abord du r\u00f4le des chefs militaires mais le lecteur comprendra tr\u00e8s vite que la port\u00e9e du discours est bien plus g\u00e9n\u00e9rale. Il y a quelque chose de sto\u00efcien dans ces deux textes, par lesquels le capitaine De Gaulle d\u00e9crit une asc\u00e8se et une \u00e9thique du commandement. Et que l\u2019on ne dise pas que c\u2019est un trait\u00e9 de management, pour essayer de le banaliser et de le ranger dans des cases pr\u00e9-format\u00e9es. La r\u00e9flexion que l\u2019officier m\u00e8ne, alors qu\u2019il a 37 ans quand il r\u00e9dige ces pages, d\u00e9crit par anticipation ce que sera son comportement dans les heures tragiques de la France, en 1940, en 1944, en 1958 ou 1962, voire m\u00eame en 1968. Il y a l\u00e0, d\u00e9j\u00e0 parfaitement d\u00e9crite et analys\u00e9e, sa conception de l\u2019homme de caract\u00e8re et la conduite \u00e0 tenir dans des circonstances exceptionnelles qui abolissent la cha\u00eene de commandement et mettent le chef face \u00e0 ses seules responsabilit\u00e9s.&nbsp; Ce que l\u2019auteur \u00e9nonce est infiniment au-del\u00e0 de la discipline souvent stupide de l\u2019arm\u00e9e. Le chef est celui qui sait, quand il le faut, ne pas ob\u00e9ir \u00e0 un ordre inadapt\u00e9 et choisir la solution qui lui semble la plus efficace et juste. Car le prestige du chef est n\u00e9cessaire dans ces circonstances. Il faut qu\u2019il ait gagn\u00e9 la confiance totale de ses hommes pour pouvoir les faire agir selon un ordre divergent de celui de la hi\u00e9rarchie. Et ce prestige ne se gagne que dans l\u2019action, nullement dans la th\u00e9orie et les salons. Ce livre est d\u2018ailleurs un plaidoyer pour l\u2019action, qui seule r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re et permet d\u2019acqu\u00e9rir autorit\u00e9 et prestige. C\u2019est parce qu\u2019un chef est juste et au milieu de ses hommes qu\u2019il peut exiger le sacrifice. On comprend bien que cette \u00e9thique de l\u2019autorit\u00e9 est ais\u00e9ment transposable au domaine civil. Bien des chefs d\u2019entreprises, notamment dans les start-up, devraient m\u00e9diter ce texte, s\u2019ils en sont capables. Le prestige et l\u2019autorit\u00e9 ne s\u2019acqui\u00e8rent pas en donnant des jours de cong\u00e9 et des tables de ping-pong&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Donnons la parole \u00e0 l\u2019auteur, dans un extrait assez c\u00e9l\u00e8bre chez les gaullistes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp; Face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, c\u2019est \u00e0 soi-m\u00eame que recourt l\u2019homme de caract\u00e8re. Son mouvement est d\u2019imposer \u00e0 l\u2019action sa marque, de la prendre \u00e0 son compte, d\u2019en faire son affaire. Et loin de s\u2019abriter sous la hi\u00e9rarchie, de se cacher dans les textes, de se couvrir des comptes rendus, le voil\u00e0 qui se dresse, se campe et fait front. Non qu\u2019il veuille ignorer les ordres ou n\u00e9gliger les conseils, mais il a la passion de vouloir, la jalousie de d\u00e9cider. Non qu\u2019il soit inconscient du risque ou d\u00e9daigneux des cons\u00e9quences, mais il les mesure de bonne foi et les accepte sans ruse. Bien mieux, il embrasse l\u2019action avec l\u2019orgueil du ma\u00eetre, car s\u2019il s\u2019en m\u00eale, elle est \u00e0 lui&nbsp;; jouissant du succ\u00e8s pourvu qu\u2019il lui soit d\u00fb et lors m\u00eame qu\u2019il n\u2019en tire pas profit, supportant tout le poids du revers non sans quelque am\u00e8re satisfaction. Bref, lutteur qui trouve au-dedans son son ardeur et son point d\u2019appui, joueur qui cherche moins le gain que la r\u00e9ussite et paie ses dettes de son propre argent, l\u2019homme de caract\u00e8re conf\u00e8re \u00e0 l\u2019action la noblesse&nbsp;; sans lui morne t\u00e2che d\u2019esclave, gr\u00e2ce \u00e0 lui jeu divin du h\u00e9ros<\/em><\/strong>.&nbsp;\u00bb (p. 60-61).<\/p>\n\n\n\n<p>Outre la beaut\u00e9 du style, on ne peut qu\u2019\u00eatre saisi par la force de la prise de position. L\u2019homme de caract\u00e8re est donc celui qui \u00ab&nbsp;<em>paie ses dettes avec son propre argent<\/em>&nbsp;\u00bb. Toute la force de l\u2019\u00e9thique gaullienne est l\u00e0&nbsp;: il existe des situations o\u00f9 il faut savoir trouver en soi la ressource qui permet de prendre l\u2019action \u00e0 son compte, alors m\u00eame que celle-ci ne vous mettait pas en jeu. C\u2019est ce que fera l\u2019inconnu g\u00e9n\u00e9ral de brigade en juin 1940, qui lancera, avec une audace incroyable, cet appel insurrectionnel du 18 juin, face \u00e0 un r\u00e9gime de Vichy et \u00e0 une France couch\u00e9e devant la d\u00e9faite et les vainqueurs. De cette date, les Fran\u00e7ais apprendront \u00e0 conna\u00eetre la force de caract\u00e8re de cet homme unique qui avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 sa position dans <strong><em>Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus loin dans le m\u00eame texte, il fustige la soci\u00e9t\u00e9 de consommation naissante, avec des accents elluliens assez surprenants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; <strong><em>Or, notre si\u00e8cle, \u00e0 peine au tiers \u00e9coul\u00e9, aura vu se succ\u00e9der deux \u00e2ges radicalement dissemblables et sans autre transition que la guerre <\/em>[ de 1914-1918].<em> Les contemporains doivent faire effort pour se repr\u00e9senter les ann\u00e9es d\u2019autrefois&nbsp;: \u00e8re de stabilit\u00e9, d\u2019\u00e9conomie, de prudence&nbsp;; soci\u00e9t\u00e9 des droits acquis, des partis traditionnels, des maisons de confiance&nbsp;; r\u00e9gime des revenus fixes, des traitements certains, des retraites calcul\u00e9es au plus juste&nbsp;; \u00e9poque du trois pour cent de l\u2019\u00e9chelle mobile, du vieil outillage et de la dot r\u00e9glementaire. La concurrence, aid\u00e9e de la technique, a fait fuir cette sagesse et tu\u00e9 cette douceur&nbsp;: groupe all\u00e9gorique qui symbolise l\u2019\u00e2ge nouveau. La guerre a grossi en torrent le cours naturel des choses et transform\u00e9 l\u2019assiette des besoins. Pour satisfaire ceux-ci, tels qu\u2019ils sont, divers, imp\u00e9rieux, changeants, l\u2019activit\u00e9 des hommes se multiplie et se pr\u00e9cipite. Plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que jamais sont le succ\u00e8s, la mode, le gain. Quelle client\u00e8le se conserve, quelle r\u00e9putation est d\u00e9finitive, combien de temps une machine demeure-t-elle assez moderne&nbsp;? La chevelure de la Fortune, coup\u00e9e court, offre peu de prise, et tous la poursuivent \u00e0 pr\u00e9sent, m\u00eame celui-l\u00e0 qui, nagu\u00e8re, l\u2019attendait dans son lit.&nbsp;<\/em><\/strong>\u00bb (p. 66-67).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l\u2019auteur a-t-il pressenti ce que Bernard Charbonneau appelle la Grande Mue et en rend-il responsable \u00e0 la fois le march\u00e9 (la concurrence) et la technique. R\u00e9dig\u00e9 en 1927, ce texte m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connu pour sa pr\u00e9monition, laquelle n\u2019est en fait que l\u2019analyse des gens profonds et intelligents ( ce qui surprend toujours les sots et les superficiels).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la conf\u00e9rence \u00ab&nbsp;<em>Du prestige<\/em>&nbsp;\u00bb, De Gaulle se livre \u00e0 une analyse des ressorts de l\u2019autorit\u00e9 et de son corollaire, le prestige, forme distingu\u00e9e du respect. Il fait, l\u00e0 aussi un diagnostic temporel&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<strong><em>Notre temps est dur pour l\u2019autorit\u00e9. Les moeurs la battent en br\u00e8che, les lois tendent \u00e0 l\u2019affaiblir. Au foyer comme \u00e0 l\u2019atelier, dans l\u2019Etat ou dans la rue, c\u2019est l\u2019impatience et la critique qu\u2019elle suscite plut\u00f4t que la confiance et la subordination.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>&nbsp;(p.73).<\/p>\n\n\n\n<p>Si ce diagnostic est celui de la fin des ann\u00e9es 1920, que dire d\u2019aujourd\u2019hui, o\u00f9 la notion m\u00eame d\u2019autorit\u00e9 est rejet\u00e9e par la grande majorit\u00e9 des dirigeants et penseurs, souvent sous des formes d\u00e9tourn\u00e9es, mais bien r\u00e9ellement. Analysant un peu plus loin les constituants du prestige, il peut \u00e9crire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<strong><em>Mais s\u2019il entre dans le prestige une part qui ne s\u2019acquiert pas, qui vient du fond de l\u2019\u00eatre et varie avec chacun, on ne laisse pas d\u2019y discerner aussi certains \u00e9l\u00e9ments constants et n\u00e9cessaires. On peut s\u2019assurer de ceux-l\u00e0 ou, du moins, les d\u00e9velopper. Au chef, comme \u00e0 l\u2019artiste, il faut le don fa\u00e7onn\u00e9 par le m\u00e9tier<\/em><\/strong>.&nbsp;\u00bb (p.76).<\/p>\n\n\n\n<p>Ici De Gaulle mentionne ce que l\u2019on nommera un peu plus tard le charisme et dont les historiens de la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle feront un grand usage. En termes de marketing pour commerciaux, on dirait que le leader doit poss\u00e9der les qualit\u00e9s du leadership. Lesquelles sont toujours, quand cela fonctionne, un m\u00e9lange d\u2019inn\u00e9 et&nbsp; d\u2019acquis. Mais, comme le souligne notre auteur, les qualit\u00e9s qui peuvent \u00eatre acquises doivent \u00eatre cultiv\u00e9es. Elles ne feront jamais le grand chef, tel C\u00e9sar, Alexandre ou Napol\u00e9on, mais elles peuvent assurer la gloire des seconds couteaux de l\u2019Histoire. De Gaulle aborde donc logiquement ensuite ces qualit\u00e9s \u00e0 travailler&nbsp;. Et la premi\u00e8re est sans nul doute surprenante en notre temps de r\u00e9seaux sociaux, de paparazzi et de storytelling pour ne prendre que trois th\u00e8mes \u00e0 la mode.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp; Et, tout d\u2019abord, le prestige ne peut aller sans myst\u00e8re, car on r\u00e9v\u00e8re peu ce que l\u2019on conna\u00eet trop bien.<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (p.76).<\/p>\n\n\n\n<p>Nos pr\u00e9sidents depuis 2007 devraient m\u00e9diter ce texte chaque soir, avant de&nbsp; s\u2019endormir et pas seulement <strong><em>Le Prince<\/em><\/strong> de Machiavel. Lorsqu\u2019il fut le h\u00e9ros de la France puis son pr\u00e9sident durant onze ann\u00e9es, le G\u00e9n\u00e9ral a suivi tr\u00e8s scrupuleusement ce principe. Il est rest\u00e9 un homme inaccessible au commun, une sorte de h\u00e9ros antique, qui savait prendre des bains de foule pour prouver son incarnation, mais ne laissait rien filtrer de sa vie familiale et de son monde int\u00e9rieur. L\u2019exemple navrant de MM. Sarkozy, Hollande et Macron nous montre, <em>a posteriori<\/em>, combien il avait raison. Il \u00e9num\u00e8re ensuite d\u2019autres qualit\u00e9s sur lesquelles je ne vais pas m\u2019\u00e9tendre, mais qui sont tout aussi importantes&nbsp;: la sobri\u00e9t\u00e9 du discours, la r\u00e9serve syst\u00e9matique, l\u2019identification avec de hautes id\u00e9es\u2026 Il est tr\u00e8s cruel de remarquer que ceci d\u00e9peint exactement le contraire de ce que font nos dirigeants actuels. De ce point de vue, aucun d\u2019eux ne peut raisonnablement se pr\u00e9tendre gaulliste. D\u2019ailleurs l\u2019image du G\u00e9n\u00e9ral est devenue encombrante, il faut donc la ranger dans les livres d\u2019Histoire, aux c\u00f4t\u00e9s des Clemenceau, Napol\u00e9on et autres caract\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne d\u00e9sire pas aller plus avant dans le d\u00e9voilement de ce grand petit livre, qui inaugure la carri\u00e8re du plus grand Fran\u00e7ais du XX\u00e8me si\u00e8cle, quoi qu\u2019on en pense par ailleurs. Je crois que le peu que je viens de citer suffit \u00e0 monter combien stupide fut l\u2019attitude de rejet des professeurs de lettres face \u00e0 sa mise au programme&nbsp;: r\u00e9action de \u00ab&nbsp;petits&nbsp;\u00bb devant la grandeur, mais plus grave encore, aveuglement de professionnel devant l\u2019\u00e9crivain, alors que les m\u00eames font \u00e9tudier \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves des scribouillards qui dispara\u00eetront comme la bu\u00e9e du Qoh\u00e9let<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e<\/em><\/strong> est un jalon de premier ordre dans la naissance de l\u2019\u00e9crivain De Gaulle, qui confirmera par la suite, dans ses <strong><em>M\u00e9moires<\/em><\/strong>, tout son talent. Mais il est aussi une anticipation remarquable du destin de celui qui aima la France passionn\u00e9ment et eut assez de caract\u00e8re et de prestige pour la sauver du d\u00e9shonneur et l\u2019ancrer dans une r\u00e9publique d\u00e9mocratique et stable. Ce n\u2019est pas rien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 juillet 2021<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans le livre de l\u2019Eccl\u00e9siaste, le mot est traduit par \u00ab&nbsp;vanit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vanit\u00e9 des vanit\u00e9s, tout est vanit\u00e9 et poursuite du vent&nbsp;<\/em>\u00bb. Lire les chapitres 1 et 2 de ce livre de la Bible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, \u00e9ditions Perrin, collection Tempus, 2015, 146 pages Il y a quelques ann\u00e9es, les M\u00e9moires du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle ont \u00e9t\u00e9 mises au programme du&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=698\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Un auteur se r\u00e9v\u00e8le : Le fil de l\u2019\u00e9p\u00e9e, Charles de Gaulle<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[],"class_list":["post-698","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-essais","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=698"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":700,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/698\/revisions\/700"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}