{"id":673,"date":"2021-06-11T17:54:16","date_gmt":"2021-06-11T16:54:16","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=673"},"modified":"2021-06-11T17:54:35","modified_gmt":"2021-06-11T16:54:35","slug":"une-vie-dhomme-dans-lenfer-chinois-du-xxeme-siecle-sur-levangile-selon-yong-sheng-dai-sijie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=673","title":{"rendered":"Une vie d\u2019homme dans l\u2019enfer  chinois du XX\u00e8me si\u00e8cle &#8211; Sur L\u2019Evangile selon Yong Sheng \u2013 Dai Sijie"},"content":{"rendered":"\n<p>Folio Gallimard \u2013 2020 \u2013 486 pages.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/evangiel-selon-Yong-Sheng-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/evangiel-selon-Yong-Sheng-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-674\" width=\"320\" height=\"527\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/evangiel-selon-Yong-Sheng-couv.jpg 210w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/evangiel-selon-Yong-Sheng-couv-182x300.jpg 182w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Un \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb roman&nbsp;! C\u2019est la premi\u00e8re exclamation qui sort de ma bouche apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 la derni\u00e8re page de ce livre. Si la vocation premi\u00e8re et la grandeur d\u2019un roman est de raconter une histoire, ce livre remplit parfaitement sa mission. Nous sommes happ\u00e9s par la force narrative de l\u2019auteur et les p\u00e9rip\u00e9ties de son r\u00e9cit. Et pourtant, le sch\u00e9ma est assez, pour ne pas dire, tr\u00e8s classique&nbsp;: il s\u2019agit de suivre une vie d\u2019homme, en Chine, dans ann\u00e9es 1930 \u00e0 la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle. Le narrateur ne cherche pas \u00e0 faire \u00e9clater la structure temporelle \u2013 ce qui est per\u00e7u par certains auteurs et lecteurs comme le gage d\u2019une modernit\u00e9 d\u00e9sirable, mais si la coh\u00e9rence globale en sort en miettes -, il suit le temps humain, ici inscrit dans l\u2019histoire contemporaine de la Chine, au moins d\u00e9crite dans quatre de ces grands \u00e9pisodes. L\u2019enfance du h\u00e9ros se passe lors de la d\u00e9cennie 1930, d\u00e9but de la guerre civile entre communistes et nationalistes, sa jeunesse \u00e9volue \u00e9galement dans le contexte de la Longue Marche et des reflux des nationalistes. Sa vie d\u2019adulte est d\u00e9crite end eux temps, sous le r\u00e9gime communiste d\u00e9butant, puis sous l\u2019\u00e9pisode de la R\u00e9volution culturelle. La fin de l\u2019histoire, et de la vie de Yong Sheng, se d\u00e9roule \u00e0 fin du si\u00e8cle, dans le \u00ab&nbsp;socialisme de march\u00e9&nbsp;\u00bb mis en place en 1978 par Deng Xiaoping.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur un peu f\u00e9ru d\u2019histoire y suivra donc les moments politiques de la Chine contemporaine, vus par les yeux d\u2019un homme du peuple. Il faut bien avouer que c\u2019est assez effroyable et parfaitement vraisemblable selon les t\u00e9moignages et sources historiques sur la p\u00e9riode mao\u00efste. Les longs d\u00e9veloppements o\u00f9 l\u2019auteur d\u00e9crit la vie de Yong Sheng sous la f\u00e9rule communiste donnent des frissons dans le dos&nbsp;; on peut ainsi approcher ce que furent les tortures et humiliations impos\u00e9es au nom d\u2019un code id\u00e9ologique totalement arbitraire. Le summum de l\u2019absurde \u00e9tant atteint sous la R\u00e9volution Culturelle. Je me demande comment tant de jeunes occidentaux, gar\u00e7ons et filles, ont pu adh\u00e9rer \u00e0 cette pens\u00e9e mis\u00e9rable, r\u00e9duite et mortif\u00e8re qu\u2019on appela le mao\u00efsme (je renvoie le lecteur au lire d\u2019Olivier&nbsp; Rolin, <em>Tigre en papier<\/em>, qui \u00e9voque ce temps \u00e0 travers les jeunes fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1966-78), que l\u2019on voit ici <em>in situ<\/em>, dans toute son abjection et avec toute la l\u00e2chet\u00e9 humaine qu\u2019elle a entra\u00een\u00e9e. Le romancier r\u00e9ussit parfaitement \u00e0 partager avec nous ce sentiment de l\u2019absurde et son in\u00e9luctabilit\u00e9. L\u2019homme n\u2019est plus qu\u2019un f\u00e9tu de paille emport\u00e9 par le vent mauvais de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019essentiel de ce roman est ailleurs, inscrit en filigrane tout au long du r\u00e9cit et justifiant le titre de l\u2019ouvrage. Dai Sijie s\u2019est inspir\u00e9 de la vie de son grand-p\u00e8re pour cr\u00e9er ce personnage. La vie de Yong Sheng commence un peu comme une sorte de conte&nbsp;: son p\u00e8re fabrique des sifflets pour colombe, un artisanat r\u00e9v\u00e9r\u00e9 en Chine, et lui-m\u00eame apprend ce m\u00e9tier. Mais le fait capital de son enfance est la rencontre avec les missionnaires am\u00e9ricains du village voisin, qui vont le prendre en charge pour lui donner une instruction de base. Il s\u2019agit d\u2019une famille de missionnaires baptistes, le pasteur GU, son \u00e9pouse et sa fille Mary. L\u2019enfant d\u00e9couvre les charmes de la religion chr\u00e9tienne en m\u00eame temps que l\u2019\u00e9veil \u00e9rotique, en contemplant en cachette Mary dans sa pri\u00e8re. Puis il est arrach\u00e9 \u00e0 ce milieu et vit sa vie de chinois du moment. Je passe sur les p\u00e9rip\u00e9ties qui vont l\u2019amener \u00e0 demander plus tard le bapt\u00eame et \u00e0 vouloir de venir pasteur lui-m\u00eame. Ce qui m\u2019am\u00e8nera \u00e0 suivre les cours d\u2019une facult\u00e9 protestante de th\u00e9ologie. Il sera ensuite pendant quinze ann\u00e9es un pasteur tr\u00e8s actif et appr\u00e9ci\u00e9 de ses paroissiens et m\u00eame au-del\u00e0. Puis survient la R\u00e9volution et l\u00e0 commencent, \u00e9videmment ses ennuis et son calvaire&nbsp;: on pourrait dire qu\u2019il vit, au sens \u00e9vang\u00e9lique, une tr\u00e8s longue Passion de cinquante ans. Comment va survivre cet ennemi du peuple, transform\u00e9 en man\u0153uvre dans un pressoir \u00e0 huile, priv\u00e9 de tous ses droits civique set humains, d\u00e9pouill\u00e9 de ses plus petits biens et soumis, lors de la R\u00e9volution Culturelle \u00e0 l\u2019obligation de l\u2019humiliation et de la confession publique&nbsp;? Sans nul doute par sa foi, muette, mais bien r\u00e9elle, et aussi par cette \u00e9trange r\u00e9sistance passive que les Chinois doivent au Confucianisme. Mais un \u00e9v\u00e8nement horrible, va lui faire perdre la foi. Il ne la retrouvera qu\u2019au moment de mourir o\u00f9 il pourra \u00e0 nouveau prier, juste avant d\u2019\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 pour trafic de drogue, crime qu\u2019il a endoss\u00e9 \u00e0 la place de son petit-fils, pour lui sauver la vie. Il y l\u00e0, bien s\u00fbr une image de la r\u00e9demption par le sacrifice, une imitation de J\u00e9sus-Christ, que l\u2019auteur fait voir sans aucun commentaire, ce qui fait que beaucoup de lecteurs ignares religieusement ne verront pas cet acte r\u00e9dempteur, pas plus que n\u2019ils ne l\u2019ont vu dans la mort de Clint Eastwood \u00e0 la fin de son film Gran Torino.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0&nbsp;. Je ne vous en d\u00e9voile pas plus, car il faut aller se plonger dans cet univers foisonnant et pourtant d\u2019une extr\u00eame banalit\u00e9, voire d\u2019une grande pauvret\u00e9 mat\u00e9rielle. Il est impossible de rester indiff\u00e9rent au destin de Yong Sheng qui, \u00e0 vue humaine, est un \u00e9chec complet. Je fais, \u00e9videmment, une lecture tout \u00e0 fait autre, \u00e9vang\u00e9lique, biblique et th\u00e9ologique de cette vie&nbsp;; A vous de la d\u00e9couvrir et de vous faire votre propre id\u00e9e personnelle. Un grand livre.<\/p>\n\n\n\n<p>J.M. Dauriac&nbsp;; juin 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Folio Gallimard \u2013 2020 \u2013 486 pages. Un \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb roman&nbsp;! 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