{"id":645,"date":"2021-04-20T18:56:17","date_gmt":"2021-04-20T17:56:17","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=645"},"modified":"2021-04-20T18:56:38","modified_gmt":"2021-04-20T17:56:38","slug":"sur-les-amities-passageres-a-propos-de-lami-armenien-de-andrei-makhine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=645","title":{"rendered":"Sur les amiti\u00e9s passag\u00e8res &#8211; A propos de L\u2019ami arm\u00e9nien de Andrei Makhine,"},"content":{"rendered":"\n<p>Paris, Grasset, 2021,213 pages<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/l-ami-armenien-makine-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/l-ami-armenien-makine-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-646\" width=\"196\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/l-ami-armenien-makine-couv.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/l-ami-armenien-makine-couv-191x300.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Je connais Andrei Makhine depuis son Goncourt tr\u00e8s r\u00e9ussi de 1995, <em>Le testament fran\u00e7ais<\/em>. De temps \u00e0 autre, selon les circonstances, j\u2019ach\u00e8te un de ses romans, que je d\u00e9vore en g\u00e9n\u00e9ral en quelques soir\u00e9es. Celui-ci n\u2019a pas fait exception \u00e0 cette r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p>Makhine est un \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb romancier, au sens populaire&nbsp;: il sait inventer et raconter des histoires avec talent. Le point commun de toutes celles que j\u2019ai lues est la Russie, sa terre natale. Sans doute est-ce une des raisons de l\u2019int\u00e9r\u00eat que je lui porte, car je suis un russophile imp\u00e9nitent. Je rapprocherai assez volontiers Makhine de Henri Troyat, autre acad\u00e9micien d\u2019origine russe&nbsp;; tous deux ont ce talent de savoir captiver leurs lecteurs par des r\u00e9cits en apparence simples, mais en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s travaill\u00e9s. Certes, je sais bien que cela n\u2019est pas dans le sens de la critique pr\u00e9sente et des modes intellectuelles fran\u00e7aises, mais il y a un tr\u00e8s vaste public qui ach\u00e8te un roman d\u2019abord pour lire une histoire bien narr\u00e9e et non pour appr\u00e9cier les proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires, les \u00e9tats d\u2019\u00e2me personnels de l\u2019auteur et ses essais techniques.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/andrei-makine-academie-francaise.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"660\" height=\"400\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/andrei-makine-academie-francaise.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-647\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/andrei-makine-academie-francaise.jpg 660w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/andrei-makine-academie-francaise-300x182.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Dans ce livre, le r\u00e9cit est tr\u00e8s ramass\u00e9 dans le temps. Sans doute quelques semaines, peut-\u00eatre quelques mois, mais pas plus. Il s\u2019agit de la naissance et de la vie d\u2019une amiti\u00e9 entre deux adolescents d\u2019une ville de r\u00e9clusion de l\u2019URSS, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des camps et des jugements arbitraires (sans doute la fin des ann\u00e9es 1950&nbsp;?). Le narrateur est un orphelin, sur la vie duquel nous ne saurons rien, sinon qu\u2019il est habitu\u00e9 \u00e0 la rudesse de la vie dans ce cadre peu am\u00e8ne pour les faibles et les r\u00eaveurs. Arrive dans le coll\u00e8ge un jeune Arm\u00e9nien, fragile et \u00e9trange, que le narrateur va prendre sous sa protection et avec lequel il va nouer une amiti\u00e9 comme seuls les adolescents savent en cr\u00e9er. Ces Arm\u00e9niens sont venus ici en groupe pour soutenir des leurs arr\u00eat\u00e9s et qui doivent \u00eatre jug\u00e9s dans cette ville. Ils se sont install\u00e9s dans un faubourg mal fam\u00e9 au bout de la ville et apportent un rayon d\u2019exotisme et de soleil \u00e0 une ville froide de Sib\u00e9rie. Le r\u00e9cit croise plusieurs fils dans sa trame. D\u2019abord l\u2019amiti\u00e9 proprement dite, entre les deux gar\u00e7ons, fortement improbable au d\u00e9part, mais qui r\u00e9ussit sans doute \u00e0 cause de cela. Ils partagent de longs moments de complicit\u00e9, m\u00eame lorsque Vardan, l\u2019ami arm\u00e9nien souffre de la \u00ab&nbsp;maladie arm\u00e9nienne qui le ronge et finira par le tuer quelques mois plus tard. Mais cette amiti\u00e9 permet au narrateur de d\u00e9couvrir l\u2019histoire de la nation arm\u00e9nienne et la m\u00e9moire douloureuse car toujours vive, du g\u00e9nocide de 1915-1916. Il approche ainsi un autre monde et s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, tout cela, sans aucun discours de morale, mais par le talent de l\u2019\u00e9crivain, nous est accessible au fil de l\u2019histoire. Enfin, autour de ce deux jeunes gens gravitent des adultes aux histoires lourdes&nbsp;: la m\u00e8re de Vardan, Chamiram, Une jeune \u00e9pouse d\u2019un condamn\u00e9, Gulizar, dont le jeune narrateur est visiblement amoureux platoniquement, Sarven, un vieil homme chaleureux et \u00e9nigmatique et Ronine, un professeur de math\u00e9matiques, invalide de guerre. Toutes ces existences sont \u00e9voqu\u00e9es en miniatures, mais de mani\u00e8re tr\u00e8s forte. L\u2019\u00e9criture de Makhine est tr\u00e8s cin\u00e9matographique&nbsp;: on imagine sans cesse les plans et les images. Il ne me surprendrait pas que ce livre fasse l\u2019objet d\u2019une adaptation cin\u00e9matographique, tant il semble en osmose avec cet art.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art du bon roman est aujourd\u2019hui, tr\u00e8s paradoxalement, devenu rare, tant les auteurs veulent faire preuve d\u2019innovation et s\u2019inscrire dans la modernit\u00e9 du moment. Ceux qui aiment la lecture jouissive d\u2019une histoire captivante se r\u00e9galeront et d\u00e9voreront ce petit volume. Il n\u2019est, par ailleurs, pas interdit d\u2019y chercher et d\u2019y trouver des pens\u00e9es profondes, mais jamais ass\u00e9n\u00e9es, toujours en filigrane.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour que la lecture reste un plaisir simple, il faut des auteurs du calibre d\u2019Andrei Makhine. Ce roman le confirme comme un \u00e9crivain au sommet de son art.<\/p>\n\n\n\n<p>J.M. Dauriac, 20 avril 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, Grasset, 2021,213 pages Je connais Andrei Makhine depuis son Goncourt tr\u00e8s r\u00e9ussi de 1995, Le testament fran\u00e7ais. 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