{"id":628,"date":"2021-04-11T10:06:51","date_gmt":"2021-04-11T09:06:51","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=628"},"modified":"2021-04-11T10:07:25","modified_gmt":"2021-04-11T09:07:25","slug":"de-lactualite-de-1984-de-george-orwell","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=628","title":{"rendered":"De l\u2019actualit\u00e9 de 1984 de George Orwell"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">une lecture contemporaine de l&rsquo;importance de ce roman<\/h1>\n\n\n\n<p>Les classiques doivent p\u00e9riodiquement \u00eatre relus. <em>1984 <\/em>en fait partie maintenant. Assur\u00e9ment c\u2019est un tr\u00e8s grand livre&nbsp;! Une double r\u00e9ussite, d\u2019abord au plan litt\u00e9raire, et ensuite au plan th\u00e9matique. Il nous offre&nbsp; aujourd\u2019hui comme une sorte de miroir de ce que nous vivons.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1984Orwell_omagazine_1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1984Orwell_omagazine_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-629\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1984Orwell_omagazine_1.jpg 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1984Orwell_omagazine_1-300x225.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1984Orwell_omagazine_1-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ce livre d\u00e9crit une sorte d\u2019utopie n\u00e9gative qui \u00e9tait de la science-fiction l\u00e9g\u00e8re (au sens de \u00ab&nbsp;light&nbsp;\u00bb de chez Coca-Cola) au moment&nbsp; au moment de sa parution, en 1949, mais qui est devenu au fil des d\u00e9cennies une simple satire politique, tant les constituants de cette histoire sont aujourd\u2019hui r\u00e9pandus dans notre vie. Ce que nous lisons dans ce livre, en ces ann\u00e9es 2020, est d\u2019autant plus gla\u00e7ant que c\u2019est non seulement possible mais d\u00e9j\u00e0 en \u0153uvre, plus ou moins partiellement, dans les soci\u00e9t\u00e9s de divers pays du monde<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Je dirais qu\u2019aujourd\u2019hui nous lisons <em>1984 <\/em>comme un roman g\u00e9opolitique, car cette approche est devenue la seule grille de lecture g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, gr\u00e2ce au travail incessant des m\u00e9dias et des officines diverses, telles Sciences Po Paris ou les think tanks multiples. Orwell a une pens\u00e9e g\u00e9opolitique tout \u00e0 fait coh\u00e9rente, qui peut s\u2019inscrire dans la lign\u00e9e des visions de Haushoffer ou MacKinder<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Il ram\u00e8ne le monde en 1984 \u00e0 trois grands blocs politiques nomm\u00e9s Eurasia, Estasia et Oc\u00e9ania. Il raconte du point de vue d\u2019Oc\u00e9ania qui est, de mani\u00e8re transparente, le Royaume Uni devenue la t\u00eate d\u2019un empire en \u00e9tat de guerre permanent avec l\u2019un ou l\u2019autre des deux blocs. La description des rapports de force qu\u2019il effectue est tout \u00e0 fait remarquable et d\u2019un r\u00e9alisme saisissant, surtout si l\u2019on pense que cela fut \u00e9crit juste avant l\u2019installation de la Guerre Froide. Il y a toute une \u00e9tude \u00e0 mener sur cette forme g\u00e9opolitique du roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la grande r\u00e9ussite est justement de ne pas avoir plac\u00e9 cette fiction sous le signe de la g\u00e9opolitique. <em>1984<\/em> est un grand roman, au sens classique du terme, avec des h\u00e9ros, des bons et des m\u00e9chants, des destins, des rebondissements et de la psychologie. Et il est tout \u00e0 fait possible de ne le lire que comme un roman d\u2019anticipation<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Un triangle de h\u00e9ros occupe le lecteur d\u00e8s les premi\u00e8res pages et jusqu\u2019aux derni\u00e8res. Le personnage principal est Winston Smith (noter l\u2019originalit\u00e9 du patronyme, tr\u00e8s clair dans le cadre du livre), un homme quadrag\u00e9naire. J\u2019aurais presque dit sans \u00e2ge, tant l\u2019auteur \u00e9vite toute pr\u00e9cision sur ces aspects physiques, ne nous donnant que des rep\u00e8res chronologiques vagues, aussi vagues que le syst\u00e8me politique g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Angsoc et de Big Brother. Winston appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration qui est n\u00e9e avant la R\u00e9volution g\u00e9nitrice du r\u00e9gime, mais il est trop jeune pour avoir des souvenirs pr\u00e9cis. Sa qu\u00eate personnelle consiste \u00e0 essayer de comprendre ce pass\u00e9, qui a disparu de l\u2019histoire officielle. Face \u00e0 lui se trouve O\u2019Brien, qui a peut-\u00eatre quelques ann\u00e9es de plus que lui et que Winston admire pour son maintien et son intelligence. O\u2019Brien est dans la cat\u00e9gorie sup\u00e9rieure des serviteurs du r\u00e9gime, il appartient \u00e0 la cr\u00e8me du Parti, au Parti int\u00e9rieur, alors que Winston n\u2019est qu\u2019un membre banal du Parti ext\u00e9rieur. Une des cl\u00e9s du roman est le jeu de leurs rapports, chacun ayant de l\u2019estime pour l\u2019autre, malgr\u00e9 une relation asym\u00e9trique. Le troisi\u00e8me sommet du triangle est une jeune femme de vingt-cinq ans environ, membre du parti ext\u00e9rieur, comme Winston, et qui se pr\u00e9nomme Julia. Ces deux-l\u00e0 vont construire une relation amoureuse, strictement prohib\u00e9e entre membres du Parti ext\u00e9rieur. Cette relation amoureuse est doubl\u00e9e d\u2019une r\u00e9bellion partag\u00e9e contre Big Brother, le dictateur omnipr\u00e9sent, et son r\u00e9gime. Or, le Parti surveille les deux amants et finit par les arr\u00eater, les torturer et les conditionner par la souffrance, pour en faire de parfaits serviteurs du r\u00e9gime, vides de tout souvenir et de toute pens\u00e9e critique. L\u2019amour ne triomphe nullement, il est \u00e9cras\u00e9 et lamin\u00e9 par la dictature et son appareil. La victoire appartient au syst\u00e8me, qui a d\u00e9velopp\u00e9 une morale cynique de haine, stricte inversion des pr\u00e9ceptes moraux ant\u00e9rieurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;LA GUERRE, C\u2019EST LA PAIX&nbsp;\u00bb&nbsp;, ou \u00ab&nbsp;LA LIBERTE, C\u2019EST l\u2019ESCLAVAGE&nbsp;\u00bb. Le roman tient le lecteur en haleine car, malgr\u00e9 tous les signaux n\u00e9gatifs envoy\u00e9s, il veut croire \u00e0 la force de l\u2019amour. Et Orwell le sait bien, qui dans les deux premi\u00e8res parties entretient cette illusion d\u2019une possible victoire de l\u2019amour. Mais il manipule son lecteur, car d\u00e8s le d\u00e9but, son intention est de peindre au plus pr\u00e8s une dictature socialiste impitoyable. Le r\u00e9gime, d\u00e9nomm\u00e9 <em>Angsoc<\/em>, est une forme de socialisme anglais, post-sovi\u00e9tique. C\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 une variante du communisme stalinien, Big Brother entretenant un culte de la personnalit\u00e9 \u00e0 l\u2019instar de Staline, et un syst\u00e8me de surveillance g\u00e9n\u00e9rale dont le prototype a \u00e9t\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 sovi\u00e9tique, la sinistre G\u00e9p\u00e9ou.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019<em>Angsoc<\/em> pr\u00e9tend avoir conjur\u00e9 les d\u00e9fauts du nazisme et du sovi\u00e9tisme, en \u00e9liminant tout affect&nbsp; et en travaillant syst\u00e9matiquement \u00e0 l\u2019effacement de la m\u00e9moire et \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture&nbsp; du pass\u00e9, selon des m\u00e9thodes scientifiques (on ne peut pas ne pas songer au III\u00e8me Reich ou \u00e0 l\u2019URSS et leurs pseudo-sciences). La troisi\u00e8me partie du roman d\u00e9crit le syst\u00e8me de r\u00e9pression et de torture et donne alors le premier r\u00f4le \u00e0 O\u2019Brien, agent de la Police de la pens\u00e9e, qui a pi\u00e9g\u00e9 les amants, au bout d\u2019une longue manipulation. Cette partie est \u00e9videmment la plus effrayante, car il n\u2019y a aucun espoir de fuite, les captifs sont totalement aux mains des tortionnaires. La lecture devient alors oppressante et on en vient \u00e0 esp\u00e9rer que Winston sera vite \u00ab&nbsp;vaporis\u00e9&nbsp;\u00bb (c\u2019est le sort de ceux qui disparaissent, annihil\u00e9s ainsi compl\u00e8tement). Mais Orwell a voulu une autre fin, encore plus sinistre&nbsp;: Winston vivra \u2013 le temps que le syst\u00e8me le voudra -, mais il sera devenu une sorte de zombi d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9 qui aime Big Brother.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre n\u2019entretient aucune illusion&nbsp;: il n\u2019y a pas de r\u00e9volution possible face \u00e0 un tel syst\u00e8me, sauf s\u2019il se d\u00e9sint\u00e8gre de l\u2019int\u00e9rieur au fil du temps \u2013 c\u2019est bien ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019URSS \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. 1984 est un roman noir, o\u00f9 tout est gris, terne, sans couleurs vives, triste et monotone. Seuls les prol\u00e9taires, bien encadr\u00e9s mais \u00e9chappant \u00e0 tout endoctrinement, vivent encore une vie humaine<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Mais ils sont surveill\u00e9s et manipul\u00e9s sans cesse. Big Brother et l\u2019<em>Angsoc<\/em> sont la quintessence du totalitarisme, car son parfait aboutissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du grand roman et du livre g\u00e9opolitique, il y a un travail litt\u00e9raire et sur le langage tout \u00e0 fait extraordinaire. Tout le monde ou presque conna\u00eet le terme \u00ab&nbsp;novlangue&nbsp;\u00bb, qui est venu rejoindre \u00ab&nbsp;volap\u00fcck&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;sabir&nbsp;\u00bb, voire \u00ab&nbsp;globish&nbsp;\u00bb, dans le lexique des langages particuliers \u00e0 connotations p\u00e9joratives<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. On associe ins\u00e9cablement \u00ab&nbsp;novlangue&nbsp;\u00bb et <em>1984<\/em>, ainsi que Big Brother. Voici d\u00e9j\u00e0 un succ\u00e8s \u00e9clatant qui range Orwell dans le cercle plut\u00f4t r\u00e9duit des \u00e9crivains qui ont donn\u00e9 naissance et autonomie \u00e0 des termes n\u00e9s de leur imagination. Et quand on y songe un peu, ils ne sont pas si nombreux \u00e0 avoir r\u00e9ussi cet exploit. Bien s\u00fbr, en lecteur irr\u00e9ductible, je pr\u00e9f\u00e8rerai toujours cet usage \u00e0 celui de \u00ab&nbsp;guillotine&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;poubelle&nbsp;\u00bb. On a la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 qu\u2019on peut, ou qu\u2019on m\u00e9rite. Orwell rejoint donc les Victor Hugo ou Balzac dans ce club ferm\u00e9 des inventeurs de types universels. Big Brother est LA figure romanesque du totalitarisme, et \u00e0 dire vrai, elle est bien plus effrayante dans sa conceptualit\u00e9 anonyme, que la t\u00eate d\u2019Hitler, de Staline de Mao ou Mussolini, tous bouchers et bourreaux du XX\u00e8me si\u00e8cle. Mais il me semble que ce qui \u00ab&nbsp;tient&nbsp;\u00bb v\u00e9ritablement ce roman, plus que cette figure omnipr\u00e9sente (existe-t-elle ou est-elle un hologramme fonctionnel&nbsp;?), c\u2019est la langue d\u2019Oc\u00e9ania. Dans cet empire totalitaire cohabitent deux langues, une qui existe encore mais doit dispara\u00eetre assez rapidement, c\u2019est l\u2019anglais, et une qui va la remplacer d\u00e9finitivement, le novlangue. Attention, le mot est masculin, car c\u2019est la contraction de nouveau langage. C\u2019est d\u2019ailleurs un de ces petits moyens un peu cuistre pour distinguer le bon grain de l\u2019ivraie&nbsp;: ceux qui ont lu le livre usent du masculin, la grande majorit\u00e9 des autres emploient le f\u00e9minin. Le travail de r\u00e9flexion d\u2019Orwell sur la langue et le conflit des deux idiomes court dans tout l\u2019ouvrage et, en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un livre dans le livre, un peu comme la vie de Constantin Levine est un livre ench\u00e2ss\u00e9 dans le roman de Tolsto\u00ef, <em>Anna Kar\u00e9nine<\/em>. Le lecteur, d\u00e8s les premi\u00e8res pages de la premi\u00e8re partie du livre comprend qu\u2019on lui d\u00e9voile, par le petit bout de la lorgnette, \u00e0 savoir le travail de Winston, la base du pouvoir du r\u00e9gime&nbsp;: le travail de falsification de l\u2019histoire et de la m\u00e9moire. Des brigades de r\u00e9dacteur retouchent constamment les archives (notamment le Times), pour qu\u2019elles soient en conformit\u00e9 permanente avec le pr\u00e9sent et les paroles de Big Brother. L\u00e0, Orwell n\u2019a rien invent\u00e9, il lui a suffi de se tourner vers le stalinisme et son oeuvre d\u2019effacement progressif de tous les concurrents de Staline pour avoir la matrice de ce r\u00e9gime surnomm\u00e9 <em>Angsoc<\/em>. On peut aussi penser qu\u2019il s\u2019est inspir\u00e9 des manipulations nazies sur l\u2019arch\u00e9ologie, l\u2019histoire te la science. La diff\u00e9rence avec le syst\u00e8me que d\u00e9crit Orwell est sa technicit\u00e9 froide, sa perfection, qui doit lui assurer un r\u00e8gne \u00e9ternel. Au fur et \u00e0 mesure que le temps passe, que la R\u00e9volution s\u2019\u00e9loigne \u2013 laquelle&nbsp;? nous n\u2019en saurons jamais rien, le mot suffit \u2013 et que meurent les humains de ce temps, l\u2019entreprise de falsification gagne en efficacit\u00e9. La g\u00e9n\u00e9ration de Winston est \u00e0 la charni\u00e8re, elle est la derni\u00e8re qui peut encore avoir des souvenirs, et c\u2019est tout l\u2019enjeu de la troisi\u00e8me partie, celle de la torture et de la pers\u00e9cution psychologique, que de remodeler, \u00e0 travers l\u2019association \u00ab&nbsp;r\u00e9sistance = souffrance&nbsp;\u00bb, le cerveau de Winston. Et la chute du roman ne laisse aucune lueur d\u2019espoir&nbsp;: en lettres majuscules, il est dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>LA LUTTE ETAIT TERMINEE,<\/p>\n\n\n\n<p>IL AVAIT REMPORTE LA VICTOIRE SUR LUI-MEME.<\/p>\n\n\n\n<p>IL AIMAIT BIG BROTHER.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons, par toute la litt\u00e9rature de t\u00e9moignage et le travail des historiens que cette guerre c\u00e9r\u00e9brale est commune \u00e0 toutes les dictatures. L\u2019exemple le plus horrible car le plus massif est sans aucun doute celui de la R\u00e9volution Culturelle chinoise et ses incultes gardes rouges, dont les gens de ma g\u00e9n\u00e9ration ont pu suivre le sinistre feuilleton \u00e0 la radio, gr\u00e2ce aux reporters admis (ou pas) sur place. Je ne puis ni comprendre ni excuser qu\u2019il puisse encore exister de vrais d\u00e9fenseurs du mao\u00efsme, comme le sinistre et ridicule Alain Badiou. <em>1984<\/em> nous offre le stade de maturit\u00e9 de cette d\u00e9marche. L\u2019observateur attentif de notre \u00e9poque ne manquera pas de remarquer qu\u2019en ce moment m\u00eame o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, un mouvement intellectuel tr\u00e8s minoritaire, mais tr\u00e8s au fait de la communication et du terrorisme de la pens\u00e9e, se livre \u00e0 sa mani\u00e8re au travail de la Police de la pens\u00e9e de <em>1984<\/em>. Comment ne pas voir que sous pr\u00e9texte de tout un fatras pseudo-conceptuel et des termes abscons ( racis\u00e9, intersectionnel, inclusif\u2026), ce qui est tent\u00e9 est une entreprise de r\u00e9\u00e9criture de l\u2019histoire en partant du colonialisme et du racisme, mais dont le projet final est global et donc totalitaire. Le Miniver (Minist\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 en novlangue) de <em>1984<\/em> est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans nos universit\u00e9s, nos m\u00e9dias, sur les r\u00e9seaux sociaux et pratique, lui aussi, la pers\u00e9cution et le reconditionnement c\u00e9r\u00e9bral. Tout est dans ce roman. Il est \u00e0 peine besoin de transposer, tant Orwell a bien \u00e9tudi\u00e9 le principe et l\u2019a excellemment mis en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais toute cette \u0153uvre de falsification historique ne pourrait aboutir sans le puissant travail purement linguistique et son horizon&nbsp;: la supr\u00e9matie du \u00ab&nbsp;novlangue&nbsp;\u00bb. Je n\u2019ai pas fait de recherche \u00e0 ce sujet, mais j\u2019imagine que de nombreux travaux, universitaires ou autres, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s sur sujet, compte tenu de la mati\u00e8re importante tout au long du roman. D\u2019autre part, nous savons que ce th\u00e8me \u00e9tait vraiment primordial pour l\u2019auteur, puisque celui-ci a ajout\u00e9 un appendice apr\u00e8s la fin de la fiction, appendice titr\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Les principes du novlangue<\/em>&nbsp;\u00bb, ce qui n\u2019est vraiment pas commun&nbsp;; je fais le parall\u00e8le avec les longues consid\u00e9rations sur l\u2019histoire que L\u00e9on Tolsto\u00ef a livr\u00e9es \u00e0 la fin de&nbsp; La Guerre et la Paix, et que beaucoup de lecteurs et de critiques n\u2019ont pas vraiment compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Orwell, par cet appendice, livre un v\u00e9ritable petit trait\u00e9 sur les bases et les buts de ce nouveau langage. Ce texte vient, en quelque sorte,&nbsp; th\u00e9oriser les propos d\u2019O\u2019Brien dans la fiction, surtout dans le livre interdit donn\u00e9 \u00e0 Winston et dont il est l\u2019auteur, et dans la troisi\u00e8me partie. Je n\u2019ai nullement l\u2019intention de d\u00e9velopper le sujet du novlangue ici. C\u2019est la mati\u00e8re d\u2019un v\u00e9ritable travail analytique. Il suffit de rappeler les id\u00e9es-forces de ce plan, qui est la v\u00e9ritable colonne vert\u00e9brale du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, Orwell nous pr\u00e9sente les termes novlangue comme des raccourcis tr\u00e8s pratiques (voir les noms des divers minist\u00e8res). Mais, en m\u00eame temps, il \u00e9tablit que ces termes veulent signifier exactement le contraire de ce qu\u2019ils semblent dire&nbsp;: ainsi le Miniver est l\u2019officine du mensonge, le Minipax, minist\u00e8re de la paix, ne s\u2019occupe que de la guerre, le Miniamour orchestre la haine et le Miniplein g\u00e8re la p\u00e9nurie chronique de biens mat\u00e9riels. La nature r\u00e9elle de la propagande de Big Brother est ainsi pos\u00e9e, sans grand discours th\u00e9oriques. Puis, peu \u00e0 peu, par des incrustations linguistiques dans le r\u00e9cit, l\u2019auteur nous d\u00e9voile comment tout ce qui a trait au langage est calcul\u00e9 et manipul\u00e9. Les deux exemples les plus \u00e9clairants sont ceux des chansons populaires et de la litt\u00e9rature romanesque pour la classe des prol\u00e9taires, qui sont fabriqu\u00e9es par des machines, \u00e0 partir d\u2019un r\u00e9pertoire fourni de mots. L\u2019auteur glisse ainsi quelques extraits de chansons \u00e0 la mode, qui ne d\u00e9pareraient gu\u00e8re aujourd\u2019hui dans le milieu de la chanson commerciale fran\u00e7aise. Ce faisant, Orwell a juste anticip\u00e9 quelque chose qui fonctionne aujourd\u2019hui, puisque ce que l\u2019on appelle \u00e0 tort l\u2019\u00ab&nbsp;Intelligence artificielle&nbsp;\u00bb ( qui ne reste qu\u2019une s\u00e9rie d\u2019algorithmes de plus en plus performants) sait maintenant jouer aux \u00e9checs et gagner \u00e0 coup s\u00fbr, \u00e9crire des r\u00e9cits \u00ab&nbsp;\u00e0 la mani\u00e8re de&nbsp;\u00bb ou composer des tubes assur\u00e9s de plaire \u00e0 un vaste public. La science-fiction de 1949 est devenue la r\u00e9alit\u00e9 de 2021. Ce n\u2019est pas, pourtant, le plus effrayant de la r\u00e9flexion orwellienne. Pour saisir toute l\u2019horreur du projet novlangue, il faut \u00e9couter O\u2019Brien expliquer comment, lentement mais inexorablement, la machine totalitaire supprime les mots de l\u2019ancienne langue, en r\u00e9duit drastiquement le sens et le nombre, en cr\u00e9ant de toute pi\u00e8ce une langue construite comme un lego, avec des pr\u00e9positions permettant de remplacer des mots, notamment les antonymes. Ainsi, en novlangue, \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mal&nbsp;\u00bb disparait et devient simplement \u00ab&nbsp;inbien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet final avou\u00e9 est de rendre toute pens\u00e9e abstraite autonome impossible, faute de mots lui permettant de se formuler. Le novlangue sera une langue utilitaire, concr\u00e8te et sans aucune nuance. Orwell \u00e9tablit le lien entre pens\u00e9e et vocabulaire. A vocabulaire appauvri, pens\u00e9e squelettique. En fait, l\u2019arme la plus redoutable de l\u2019Angsoc et de Big Brother est le dictionnaire Novlangue auquel travaille tout un minist\u00e8re, dispers\u00e9 au sein des diverses administrations. Partout est mise en \u0153uvre la m\u00eame m\u00e9thode d\u2019appauvrissement langagier. La substitution du novlangue \u00e0 l\u2019anglais se fait surtout au sein du Parti, car les prol\u00e9taires sont consid\u00e9r\u00e9s comme hors-circuit, ils pourront donc continuer \u00e0 user de la langue ancienne, mais elle sera vid\u00e9e de tout contenu intellectuel. Elle finira donc naturellement par d\u00e9p\u00e9rir (un peu comme la R\u00e9publique fran\u00e7aise a tu\u00e9 les langues r\u00e9gionales comme langues vernaculaires). Le novlangue est la cl\u00e9 de vo\u00fbte de tout le syst\u00e8me politique de Big Brother. Lorsque celui-ci sera effectif et seul en usage, tout risque de contestation, de pens\u00e9e d\u00e9viante, de contre-propagande aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit. C\u2019est ce futur linguistique uniforme et vide qui est le plus pessimiste dans le roman. Le lecteur subit lui aussi le lavage de cerveau de Winston et, \u00e0 la fin, il est contre son gr\u00e9, convaincu de l\u2019in\u00e9vitable et perp\u00e9tuel r\u00e8gne du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce domaine encore, Orwell n\u2019a fait que pousser \u00e0 l\u2019extr\u00eame une tendance du XX\u00e8me si\u00e8cle totalitaire. Tout le monde conna\u00eet le lexique particulier du marxisme-l\u00e9ninisme ou du mao\u00efsme, essentiel dans ces syst\u00e8mes de contr\u00f4le. A l\u2019autre bout du spectre totalitaire, le nazisme a aussi cr\u00e9\u00e9 tout un langage qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cortiqu\u00e9 dans quelques grands ouvrages<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Le novlangue est l\u2019aboutissement de ces essais interrompus. Il na\u00eet de l\u2019\u00e9tude des erreurs pass\u00e9es et va jusqu\u2019au bout de la logique, en supprimant tout autre langue. Le lecteur contemporain pourra juger cela tr\u00e8s pessimiste et opposer \u00e0 cette vision noire d\u2019Orwell la richesse de cr\u00e9ation des n\u00e9ologismes et des termes abscons qui fleurissent un peu partout. Mais, en prenant cette position, il sera totalement dupe de la tendance profonde qui agit dans nos soci\u00e9t\u00e9s dites d\u00e9mocratiques, depuis quelques d\u00e9cennies. La r\u00e9alit\u00e9 pratique est qu\u2019une partie de plus en plus vaste de la population fran\u00e7aise (pour ne parler que de chez nous) ne dispose plus que d\u2019un&nbsp;; lexique tr\u00e8s r\u00e9duit, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 400 mots pour un coll\u00e9gien de milieu populaire d\u00e9favoris\u00e9. La place d\u00e9mesur\u00e9e prise par les r\u00e9seaux de messageries instantan\u00e9es depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 ne fait qu\u2019acc\u00e9l\u00e9rer cet appauvrissement pour une part de plus en plus importante de la population. Le jeu des abr\u00e9viations, des \u00e9motic\u00f4nes et autres symboles dispense de toute recherche du mot pr\u00e9cis. Seule une minorit\u00e9, qui correspond aux classes de l\u2019\u00e9lite sociale ou intellectuelle, manie le double langage avec aisance, alors que la masse s\u2019enfonce dans le novlangue num\u00e9rique des SMS, tweeter, Instagram, Facebook et autres Tiktok. Ici aussi, la proph\u00e9tie d\u2019Orwell est en cours de r\u00e9alisation et \u00e0 tous les niveaux (on se souvient de l\u2019avis \u00e9clair\u00e9 de Nicolas Sarkozy, pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, sur l\u2019incongruit\u00e9 d\u2019un livre comme <em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em> dans les programmes scolaires). Les mouvements d\u00e9colonialistes, antiracistes, n\u00e9of\u00e9ministes, animalistes et autres antisp\u00e9cistes sont des auxiliaires puissants de ce recul de la langue, dans sa richesse et sa complexit\u00e9. C\u2019est alors qu\u2019il faut lire attentivement l\u2019appendice d\u2019Orwell, qui devient gla\u00e7ant. De nombreux indices nous sont pourtant donn\u00e9s, tels l\u2019\u00e9volution des \u00e9preuves du baccalaur\u00e9at, les programmes scolaires, l\u2019indigence des d\u00e9bats m\u00e9diatiques, le march\u00e9 du livre, la place des dialogues au cin\u00e9ma\u2026 je pourrais continuer cette \u00e9num\u00e9ration longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019indigence linguistique de fond est en partie camoufl\u00e9e par la langue technicienne qui, elle, \u00e0 l\u2019inverse, ne cesse de s\u2019enrichir. C\u2019est exactement la pr\u00e9diction orwellienne. La langue technique est une langue qui ne permet aucun \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb s\u00e9mantique (au sens m\u00e9canique du terme). Un terme technique n\u2019a qu\u2019un seul sens et un seul usage. Il n\u2019existe aucune pens\u00e9e conceptuelle technique, surtout en informatique, monde binaire, sans nuance. L\u2019avenir est l\u00e0, devant nos yeux. La r\u00e9alit\u00e9 est que peu \u00e0 peu mais inexorablement, les chefs d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature classique deviennent totalement incompr\u00e9hensibles au lectorat jeune et populaire, et m\u00eame \u00e0 certains pr\u00e9sidents de la r\u00e9publique&nbsp;! Je songe avec effarement au travail de simplification absurde qui a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 sur les livres du Club des Cinq, d\u2019Enyd Blyton<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. C\u2019est le succ\u00e8s, avec soixante-dix ans de d\u00e9calage, du \u00ab&nbsp;livre condens\u00e9&nbsp;\u00bb de S\u00e9lection du Reader\u2019s Digest&nbsp;! Sauf que maintenant, il s\u2019agit de la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e condens\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais encore longuement disserter sur l\u2019acuit\u00e9 et l\u2019actualit\u00e9 de ce qu\u2019a d\u00e9crit Orwell. Cela n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat. Il faut lire avec attention <em>1984<\/em>, avec ces quelques cl\u00e9s de lecture, pour en saisir l\u2019importance et la sombre lucidit\u00e9. Quand vous l\u2019aurez lu, il ne vous quittera plus. Vous garderez l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;; m\u00eame si vous oubliez Winston, Julia et O\u2019Brien. Le propre des grandes \u0153uvres litt\u00e9raires est d\u2019\u00eatre bien plus vraies que le r\u00e9el, gr\u00e2ce, justement, au travail de cr\u00e9ation de l\u2019auteur. Les grands romans sont immortels, \u00e0 condition que les mots qui en constituent les phrases restent compr\u00e9hensibles. C\u2019est tout l\u2019enjeu de la vie d\u2019une langue. Aujourd\u2019hui, les langues vernaculaires subissent, de fait, une extinction massive. Des centaines de langues, avec leurs cultures, leurs imaginaires, leurs mythes et leurs po\u00e9sies disparaissent avec leurs locuteurs. Et ceci dans l\u2019indiff\u00e9rence mondiale g\u00e9n\u00e9rale.&nbsp; En parall\u00e8le, la domination de l\u2019anglais comme novlangue de la mondialisation s\u2019\u00e9tend partout. Seules les plus parl\u00e9es des langues ont les moyens de r\u00e9sister \u2013 voyez donc le cas de l\u2019Afrique ou des peuples arctiques -, mais comment et \u00e0 quel prix&nbsp;? Il y a donc un combat de r\u00e9sistance \u00e0 mener autour de la langue, de la litt\u00e9rature, de la pens\u00e9e abstraite et symbolique, tout ce que le capitalisme consum\u00e9riste d\u00e9teste.<\/p>\n\n\n\n<p>En deux romans, <em>1984 <\/em>et <em>La ferme des animaux<\/em>, Georges Orwell a livr\u00e9 les avertissements politiques les plus importants du XX\u00e8me si\u00e8cle. Il faut le lire, le relire et le faire lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Bordes, 21-22 mars 2021<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sur ce plan, il n\u2019y a pas diff\u00e9rence entre la Cor\u00e9e du Nord et le Japon ou les Etats-Unis. L\u2019habillage politique varie, c\u2019est tout&nbsp;; mais le fond totalitaire est le m\u00eame, plus ou moins brutal, selon l\u2019avanc\u00e9e technologique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Deux grands fondateurs de la g\u00e9opolitique comme science g\u00e9ographique&nbsp;; le premier est allemand et le second am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Un peu \u00e0 la mani\u00e8re dont le grand public lisait \u2013 les lit-on encore&nbsp;? \u2013 les romans de Ren\u00e9 Barjavel.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Le pouvoir les a jug\u00e9s inaptes \u00e0 rentrer dans le syst\u00e8me et s\u2019est simplement \u00e9vertu\u00e9 \u00e0 les rendre inoffensifs.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Je renvoie le lecteur aux articles de Wikipedia sur ces sujets.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Je citerai seulement ici <em>Lti, la langue du III\u00e8me Reich<\/em>, de Victor Klemperer, \u00e9dit\u00e9 chez Pocket, collection Agora.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Il est d\u2019ailleurs assez rassurant de noter que ces versions \u00ab&nbsp;light&nbsp;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par le public concern\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>une lecture contemporaine de l&rsquo;importance de ce roman Les classiques doivent p\u00e9riodiquement \u00eatre relus. 1984 en fait partie maintenant. 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