{"id":451,"date":"2020-06-01T16:55:24","date_gmt":"2020-06-01T15:55:24","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=451"},"modified":"2021-02-19T00:21:05","modified_gmt":"2021-02-18T23:21:05","slug":"bouffees-denfance-sur-le-chemin-de-la-garenne-de-michel-onfray","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=451","title":{"rendered":"Bouff\u00e9es d\u2019enfance &#8211; sur Le chemin de la Garenne de Michel Onfray"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/chemin-de-la-garenne-onfray-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-452\" width=\"332\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/chemin-de-la-garenne-onfray-couv.jpg 225w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/chemin-de-la-garenne-onfray-couv-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le dernier (\u00a0? n\u2019en a-t-il pas d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 un autre\u00a0?) opuscule de l\u2019\u00e9crivain-penseur normand est un petit livre de 90 pages, publi\u00e9 dans la qualitative collection blanche de Gallimard. A la lecture des pages de ces souvenirs, le lecteur comprend ais\u00e9ment le chemin parcouru (et pas seulement sur le chemin de la Garenne) par le petit Michel de Chambois. Lui, le fils du modeste et s\u00e9rieux travailleur agricole (un brassier comme on disait avant la R\u00e9volution \u2013 qui n\u2019avait que ses bras pour gagner sa vie) et de la femme de m\u00e9nage, le voil\u00e0 publi\u00e9 dans ce temple de la reconnaissance des lettres fran\u00e7aises. Bel exemple d\u2019ascenseur social de la R\u00e9publique et de son \u00e9cole la\u00efque. Ne lui manque plus que l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise et La Pl\u00e9iade pour \u00eatre canonis\u00e9 vivant\u00a0! Mais je sais que ce n\u2019est pas vraiment son projet. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est une promenade, au double sens du terme&nbsp;: promenade sur le dit-chemin de la Garenne, parcouru aujourd\u2019hui, et promenade dans les souvenirs qu\u2019\u00e9veille cette ballade contemporaine. On n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la nostalgie, quel que soit le nom qu\u2019on lui donne. Il vient un \u00e2ge, et Michel Onfray l\u2019 a maintenant atteint, o\u00f9 l\u2019\u00e2me nous pousse \u00e0 nous retourner sur nos pas. Je dis l\u2019\u00e2me volontairement et de mani\u00e8re provocatrice, car l\u2019auteur, bien que r\u00e9affirmant son ath\u00e9isme, livre un livre spirituel qui ne peut cadrer avec le mat\u00e9rialisme pur dont il se veut un tenant. Il se pi\u00e8ge d\u2019ailleurs lui-m\u00eame \u00e0 ce jeu, notamment vers la fin du p\u00e9riple, \u00e0 propos du cimeti\u00e8re de Fel, o\u00f9 tout lecteur aura compris qu\u2019il aimerait \u00eatre enterr\u00e9. L\u00e0, il r\u00eave un instant \u00e0 des escapades nocturnes pour aller quelques part sur le bord de la Dives, le petit fleuve n\u00e9 ici et contempler le monde Lisez la page 81 et vous verrez comment il d\u00e9samorce cette tentation consolante. Un pur mat\u00e9rialiste ne pourrait m\u00eame pas faire ce r\u00eave de papier. D\u2019ailleurs, \u00e0 un autre endroit, Michel Onfray dit qu\u2019il revendique une vie spirituelle la\u00efque. Qu\u2019est-ce qu\u2019une vie spirituelle si ce n\u2019est une vie de l\u2019esprit&nbsp;? Qu\u2019est-ce donc que l\u2019esprit, si ce n\u2019est le contraire de la mati\u00e8re&nbsp;? \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e2me, combien de grammes&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;demandait Staline \u00e0 ses savants laquais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/onfray-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-453\" width=\"460\" height=\"258\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9videmment \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire de mani\u00e8re de plus en plus \u00ab&nbsp;en vue&nbsp;\u00bb &#8211; chez Michel Onfray une pr\u00e9occupation qui d\u00e9passe le mat\u00e9rialisme. Cela me semble datable, pour moi, simple lecteur, qui ne pr\u00e9tend nullement avoir tout lu de lui, mais qui l\u2019accompagne depuis ses d\u00e9buts par mes choix s\u00e9lectifs, de Cosmos et de sa pr\u00e9face, qui suit d\u2019assez pr\u00e8s la mort de son p\u00e8re et de sa compagne. La mort est souvent le r\u00e9v\u00e9lateur supr\u00eame, in\u00e9vitable et d\u00e9rangeant nos certitudes. A cet \u00e9gard, c\u2019est encore un long chapitre ce court r\u00e9cit (le 4, pages 16 \u00e0 31) qui constitue le vrai c\u0153ur du r\u00e9cit. Pr\u00e9textant le d\u00e9but de la promenade qui passe le long des murs de la vieille \u00e9glise du XII\u00e8me si\u00e8cle, il raconte le dernier enterrement auquel il y a assist\u00e9. C\u2019est celui de FB, un jeune homme (46 ans), qu\u2019il connaissait et dont la famille avait des liens \u00e9troits avec la sienne (ils avaient \u00e9t\u00e9 les employeurs du p\u00e8re), mort d\u2019un encha\u00eenements de maladies dont on ne se remet pas. Ce texte pourrait \u00eatre sorti du livre et rejoindre les anthologies des \u00e9crivains \u00e0 l\u2019usage des scolaires. C\u2019est aussi beau que du Maupassant et aussi vache que du Flaubert, avec un style d\u2019authentique \u00e9crivain. En une quinzaine de pages, cela pourrait faire une nouvelle parfaite selon les canons du genre. Tout y est&nbsp;: une unit\u00e9 de lieu bien close&nbsp;: l\u2019\u00e9glise et le cimeti\u00e8re, et une unit\u00e9 de temps tr\u00e8s ramass\u00e9e&nbsp;: le temps des fun\u00e9railles. Les portraits vifs, parfois touchants d\u2019\u00e9motion, souvent ironiques et quelquefois gentiment m\u00e9chants, font mouche. Le cur\u00e9 du village n\u2019en sort pas grandi, avec une hom\u00e9lie pitoyable qu\u2019Onfray met en regard de la hauteur philosophique des propos qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, et notamment ceux du fr\u00e8re du mort, qui posait la question cruciale&nbsp;: Pourquoi&nbsp;? Pourquoi un homme dont tout le monde s\u2019accordait \u00e0 dire qu\u2019il \u00e9tait bon, aimable, g\u00e9n\u00e9reux, attentif, etc.. est-il mort ainsi, dans la souffrance et si jeune, alors que d\u2019inf\u00e2mes abrutis finissent centenaires&nbsp;? A cette question, Onfray esp\u00e9rait \u2013 est-ce une question rh\u00e9torique&nbsp;? \u2013 que le pr\u00eatre apporterait un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse&nbsp;; mais non, ce fut un recours pitoyable \u00e0 un film et \u00e0 sa mythologie, \u00ab&nbsp;Le seigneur des anneaux&nbsp;\u00bb.&nbsp; Voici comment il ex\u00e9cute ce cur\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; D\u2019abord il ne savait pas quoi r\u00e9pondre, ensuite il convoquait Le seigneur des anneaux&nbsp;! Qu\u2019y avait-il d\u2019autre \u00e0 faire que de convenir que, d\u00e9cid\u00e9ment, oui, puisqu\u2019il fallait entendre pareille p\u00e9roraison dans la bouche d\u2019un jeune pr\u00eatre, le christianisme \u00e9tait bel et bien mort\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, non, Michel, le christianisme n\u2019est pas mort, mais il en est des cur\u00e9s, pasteurs, rabbins comme des m\u00e9decins que tu as rencontr\u00e9 lors de ton AVC&nbsp;: il y a des bons et des mauvais&nbsp;: mais \u00e0 la diff\u00e9rence des m\u00e9decins, ce n\u2019est pas le savoir acquis au s\u00e9minaire ou \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie qui d\u00e9terminent le bon serviteur, c\u2019est la foi v\u00e9cue, l\u2019exp\u00e9rience vraie de la transcendance et l\u2019amour qui est d\u00e9coule de celle-ci qui sont les bagages utiles. A ce lancinant \u00ab&nbsp;Pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb auquel nul n\u2019\u00e9chappe, pas m\u00eame le croyant, la r\u00e9ponse n\u2019est \u00e9videmment pas dans un recours stupide \u00e0 un faux-fuyant mais dans le partage du doute et la force de la conviction. Tout ne s\u2019arr\u00eate pas au cimeti\u00e8re lorsqu\u2019on jette la poign\u00e9e de terre sur la boite en sapins ou ch\u00eane, selon la richesse du d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Tu le sens bien, faute de la savoir par l\u2019exp\u00e9rience, car tu succombes un instant \u00e0 cette esp\u00e9rance&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Rentrant chez moi et passant devant le cimeti\u00e8re, je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre travers\u00e9 par cette \u00e9trange id\u00e9e&nbsp;: ce soir, le nuit venue, FB donnera \u00e0 mon p\u00e8re des nouvelles des vivants. Je savais qu\u2019il n\u2019en serait rien, mais la seule id\u00e9e m\u2019a fait du bien.&nbsp;Puis j\u2019ai song\u00e9 \u00e0 ce que serait d\u00e9sormais la date anniversaire de ce p\u00e8re priv\u00e9 de son fils. C\u2019est ce qu\u2019on nomme l\u2019enfer, et il est sur la terre. Enfin, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e9galement \u00e0 la solitude de ses deux chiens qui ont perdu leur gentil ma\u00eetre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9trange id\u00e9e qui t\u2019a travers\u00e9 l\u2019esprit \u2013 et pas l\u2019intelligence neuronale des sciences cognitives \u2013 est ce que le croyant conna\u00eet sous le nom biblique de \u00ab&nbsp;pens\u00e9e de l\u2019\u00e9ternit\u00e9&nbsp;\u00bb dont la Bible dit sobrement en Eccl\u00e9siaste 3:11<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il fait toute chose bonne en son temps&nbsp;; m\u00eame il a mis dans leur c\u0153ur la <u>pens\u00e9e<\/u> <u>de<\/u> <u>l<\/u>\u2019<u>\u00e9ternit\u00e9<\/u>, bien que l\u2019homme ne puisse pas saisir l\u2019\u0153uvre que Dieu fait, du commencement jusqu\u2019\u00e0 la fin.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Y-a-t-il une faiblesse \u00e0 admettre que certaines choses puissent nous d\u00e9passer, et que la mort et la vie soient celles contre lesquelles butent tous les hommes depuis qu\u2019ils pensent&nbsp;? Qu\u2019ils aient apport\u00e9 \u00e0 ces questions les solutions les plus diverses n\u2019invalide nullement le sujet, mais prouve, au contraire, que c\u2019est un invariant de la nature humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers cette promenade se trouve aussi abord\u00e9 la question de l\u2019\u00e9cole r\u00e9publicaine. Il y a dans ce texte des pages magnifiques sur la foi des instituteurs d\u2019antan, sur leur loyaut\u00e9 de service et le d\u00e9vouement mis \u00e0 servir l\u2019enseignement pour tous. Je ne puis que te rejoindre sur ces pages&nbsp;: j\u2019en suis comme toi, un pur produit. Comment un fils de modeste employ\u00e9 aurait-il pu devenir instituteur, puis professeur agr\u00e9g\u00e9, puis professeur de classes pr\u00e9paratoires et th\u00e9ologien s\u2019il n\u2019avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une formation scolaire d\u2019une qualit\u00e9 extraordinaire. Je sais ce que je dois \u00e0 l\u2019\u00e9cole, c\u2019est pour cela que j\u2019ai aussi fond\u00e9 et anim\u00e9 une Universit\u00e9 Populaire. Je remercie ces instituteurs et professeurs qui ont cru en leur mission et en moi, ce qui \u00e9tait parfois difficile vu mon absolu manque de travail et mon agitation. D\u2019ailleurs, devenant moi-m\u00eame instituteur en 1974, j\u2019avais l\u2019impression sensible de poursuivre leur t\u00e2che et d\u2019avoir seulement saisi le t\u00e9moin lors du passage de relais. Je me souviens de la joie de mon ancien directeur d&nbsp;\u00e9cole primaire \u2013 qui m\u2019avait corrig\u00e9 manuellement bien souvent \u2013 quand il appris que j\u2019\u00e9tais instituteur&nbsp;: c\u2019\u00e9tait sa r\u00e9compense, la validation de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je dois signaler mon d\u00e9saccord sur&nbsp; la fin du chapitre o\u00f9 tu rends ce vibrant hommage \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Tu livres deux paragraphes critiques qui commencent ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Mai 1968 est pass\u00e9 par-dessus tout \u00e7a\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tu d\u00e9cris alors les changements brutaux survenus dans les classe, en des termes tr\u00e8s satiriques et dr\u00f4le, mais qui sont faux, car ils sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. J\u2019ai v\u00e9cu ces ann\u00e9es dans une \u00e9cole primaire de banlieue dans un quartier de ce qu\u2019on appelait alors une ZUP, mais pas encore stigmatis\u00e9e par les signes de l\u2019EN, la ZEP, le RADES et autres acronymes d\u2019\u00e9chec syst\u00e9mique. Je veux te dire que si l\u2019\u00e9cole ne s\u2019est pas effondr\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0, pour devenir un immense barnum sans boussole, c\u2019est bien \u00e0 la r\u00e9sistance des enseignants qu\u2019elle le doit. Il y eut bien ces instituteurs emport\u00e9s par les modes et qui se mirent eux-m\u00eames dans une impossibilit\u00e9 r\u00e9elle de transmettre. Mais ils ne furent jamais majoritaires et c\u2019est pourtant eux que l\u2019on a d\u00e9crit comme les arch\u00e9types de l\u2019\u00e9volution. Mai 68 a eu des bons c\u00f4t\u00e9s, en faisant sauter certains verrous stupides dans l\u2019enseignement (notamment l\u2019aspect militaire de l\u2019organisation des lyc\u00e9es et coll\u00e8ges), mais aussi des c\u00f4t\u00e9s pervers, \u00e0 cause du refus total des limites et contraintes. La \u00ab&nbsp;<em>pens\u00e9e 68<\/em>&nbsp;\u00bb, si tant est que cela existe, a agi beaucoup plus dangereusement au niveau de l\u2019Etat et notamment des structures de l\u2019Education Nationale et la d\u00e9molition de la grammaire fran\u00e7aise au nom du structuralisme et l\u2019introduction des maths modernes, (incompr\u00e9hensibles et inutiles \u00e0 ce niveau), de m\u00eame que l\u2019irruption de l\u2019\u00e9veil en lieu et place de l\u2019histoire, g\u00e9ographie et sciences naturelles ont \u00e9t\u00e9 des catastrophes nationales dont l\u2019\u00e9cole primaire continue aujourd\u2019hui encore \u00e0 payer le prix, car elle ne s\u2019est pas compl\u00e8tement gu\u00e9rie de ces errements impuls\u00e9s par les brillants chercheurs des sciences de l\u2019\u00e9ducation, discipline qui devrait, en tant que telle, \u00eatre bannie de l\u2019Universit\u00e9 au vu des d\u00e9g\u00e2ts constat\u00e9s. Mais, de gr\u00e2ce, rendons justice aux instituteurs \u2013 et pas aux \u00ab&nbsp;professeurs des \u00e9coles&nbsp;\u00bb &#8211; d\u2019avoir su, avec leurs moyens, dans leurs classes, r\u00e9sister et continuer de transmettre les bases utiles dans un bateau qui sombrait.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pages spirituelles et de celles consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole, il y a tout ce que tu \u00e9cris sur la nature. Le texte sur l\u2019empoisonnement de la Dives est un parfait r\u00e9sum\u00e9 du \u00ab&nbsp;progr\u00e8s&nbsp;\u00bb technique et agricole. Jadis il y avait une abondante faune et flore aquatique, dont tu parles avec d\u00e9lice et pr\u00e9cision. Aujourd\u2019hui le fleuve est mort, gav\u00e9 de nitrates et autres produits invisibles. La Dives d\u00e9crite est l\u2019embl\u00e8me du r\u00e9seau hydrographique fran\u00e7ais, un des plus beaux du monde (c\u2019est le g\u00e9ographe de m\u00e9tier qui parle) que nous avons massacr\u00e9 en quelques d\u00e9cennies pour arriver \u00e0 une \u00e9conomie au bout de ses possibilit\u00e9s de croissance. Rassurons-nous, la nature est capable de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer et, si nous disparaissons en tant qu\u2019esp\u00e8ce, ce qui est tout \u00e0 fait possible (c\u2019est la fameuse \u00ab&nbsp;fin du monde&nbsp;\u00bb des chr\u00e9tiens, vue sous l\u2019angle terrestre) si nous ne changeons pas radicalement et imm\u00e9diatement de route, la nature saura se relever&nbsp;: il suffit de voir comment elle a surv\u00e9cu et d\u00e9pass\u00e9 Tchernobyl, sur le site de la centrale, pour le comprendre. Les \u00e9cologistes sont n\u00e9s de cette peur, mais, comme tu le remarques, ils ont appris la nature dans les livres. J\u2019ajouterais qu\u2019ils ont essentiellement urbains, ce qui ne les rend pas particuli\u00e8rement connaisseurs de la complexit\u00e9 du vivant en situation. L\u2019histoire de la passe \u00e0 saumon qu\u2019ils ont obtenu sur la Dives est symptomatique de cette aberration. Il n\u2019y a jamais eu de saumon sur ce fleuve, mais il faut qu\u2019il puisse le remonter&nbsp;: on dirait du Pierre Dac ou du Desproges&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, que conclure sur ce beau petit livre&nbsp;? D\u2019abord qu\u2019il faut absolument le lire. C\u2019est un texte court qu\u2019on peut avaler d\u2019une seule traite, comme la promenade d\u00e9crite, quitte \u00e0 y revenir par bribes, comme je l\u2019ai fait pour \u00e9crire ce papier. Ensuite qu\u2019il confirme le vrai talent d\u2019\u00e9crivain de Michel Onfray. Peut-\u00eatre est-ce d\u2019ailleurs cette partie de l\u2019\u0153uvre qui restera&nbsp;? La philosophie n\u2019est jamais meilleure et plus efficace que quand on n\u2019en fait pas express\u00e8ment.&nbsp; Mais par-dessus tout, on ne peut que constater que l\u2019\u0153uvre devient plus grave, non pas au sens latin de lourde, mais au sens de la profondeur des interrogations. Seul celui qui a v\u00e9cu assez peut aborder certaines questions. On ne peut pas s\u00e9rieusement disserter de la mort \u00e0 vingt ans. Cela reste un exercice de Normalien. Il faut avoir vu mourir autour de soi des \u00eatres que nous aimions, les avoir vus souffrir et affronter l\u2019in\u00e9luctable, pour se colleter avec elle. Le grand \u00ab&nbsp;Pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb est La Question des questions. Peu \u00e0 peu Michel Onfray attaque cette \u00e9nigme, \u00e0 sa mani\u00e8re. Celle-ci vaut toute notre attention et notre estime.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Bordes (Creuse) \u2013 Jean-Michel Dauriac \u2013 1<sup>er<\/sup> janvier 2020&nbsp;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier (\u00a0? n\u2019en a-t-il pas d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 un autre\u00a0?) opuscule de l\u2019\u00e9crivain-penseur normand est un petit livre de 90 pages, publi\u00e9 dans la qualitative&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=451\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Bouff\u00e9es d\u2019enfance &#8211; sur Le chemin de la Garenne de Michel Onfray<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-451","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=451"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/451\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":613,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/451\/revisions\/613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}