{"id":45,"date":"2006-06-04T21:34:30","date_gmt":"2006-06-04T20:34:30","guid":{"rendered":"http:\/\/danslamarge.com\/blog\/2006\/06\/04\/voyage-aux-pays-du-coton-%e2%80%93-petit-precis-de-mondialisation-erik-orsenna-%e2%80%93-fayard-2006\/"},"modified":"2006-12-13T12:33:04","modified_gmt":"2006-12-13T11:33:04","slug":"voyage-aux-pays-du-coton-%e2%80%93-petit-precis-de-mondialisation-erik-orsenna-%e2%80%93-fayard-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=45","title":{"rendered":"Voyage aux pays du coton \u2013 petit pr\u00e9cis de mondialisation &#8211; Erik Orsenna \u2013 Fayard- 2006"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Ce livre sort quasi-simultan\u00e9ment avec un film diffus\u00e9 sur Arte sous le titre \u201cLes routes du coton??, dont Erik Orsenna est l\u2019auteur, assist\u00e9 d\u2019un cin\u00e9aste pour les prises de vue.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">L\u2019id\u00e9e de ce livre est lumineuse et extr\u00eamement simple, pour ne pas dire \u00e9vidente Et comme beaucoup d\u2019id\u00e9es simples , elle est extr\u00eamement efficace. Si j\u2019avais 18 ans, je dirais \u00ab m\u00e9ga g\u00e9niale \u00bb, mais je ne crois pas que Monsieur Orsenna, de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, appr\u00e9cierait cette hyperbole galvaud\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Donc l\u2019id\u00e9e : pour comprendre la mondialisation et les probl\u00e8mes qu\u2019elle engendre, rien de tel que de s\u2019attacher \u00e0 un de ses produits de base et en suivre les sinueux chemins sur un globe maintenant totalement interconnect\u00e9 \u00e0 tous les niveaux. Deux \u00e9l\u00e8ments importants : bien choisir le produit pour que tout le monde puisse se sentir concern\u00e9, et savoir \u00e9tablir un p\u00e9riple d\u00e9monstratif sans \u00eatre pesamment didactique (version IUFM, tout \u00e0 fait par hasard).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Bingo pour les deux choix ! Le coton est une fibre universellement port\u00e9e dans le monde et depuis des lustres, bien avant l\u2019invention de la \u00ab mondialisation \u00bb. On ne peut donc accuser l\u2019auteur d\u2019avoir succomb\u00e9 \u00e0 la tendance moderniste en choisissant Apple ou Mac Donald\u2019s. Un produit utile et vital, une plante qui fait vivre des centaines de millions de paysans dans le monde. Mais aussi un enjeu de pouvoir dans le contexte actuel de domination des march\u00e9s par les pays de la Triade.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"291\" height=\"450\" alt=\"orsenna-cotonweb.jpg\" id=\"image68\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/orsenna-cotonweb.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Le p\u00e9riple effectu\u00e9 est vraiment mondial, entra\u00eenant le lecteur sur tous les continents, l\u2019amenant \u00e0 c\u00f4toyer des gens de toutes conditions, confessions et langues. Pas de hi\u00e9rarchisation spatiale, pas de jugement europ\u00e9ocentriste. Juste un voyageur curieux qui cherche \u00e0 comprendre. Qui nous am\u00e8ne avec lui et nous aide ainsi aussi \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Car ce livre est d\u2019abord un bon repr\u00e9sentant de ce que les libraires rangent aux rayons \u00ab litt\u00e9raures de voyage \u00bb ; il faut aujourd\u2019hui que votre livre puisse rentrer dans un des rayonnages, sinon, il est imm\u00e9diatement vou\u00e9 \u00e0 l\u2019oubli dans les sables mouvants des \u00ab divers \u00bb o\u00f9 personne n\u2019ira jamais exhumer son corps. Les \u00e9tapes nous font ainsi d\u00e9couvrir le Mali, les Etats-Unis, le Br\u00e9sil, l\u2019Egypte, l\u2019Ouzb\u00e9kistan et la Chine. Pour s\u2019achever dans nos Vosges. Chaque \u00e9tape permet \u00e0 l\u2019auteur de brosser un rapide portrait des lieux et des hommes. Rapide, mais pas superficiel. Un angle de vue assum\u00e9, en liaison avec le th\u00e8me trait\u00e9 sur chaque lieu. Mais, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du coton, on pourra glaner de belles images. Ainsi va la description de la mer d\u2019Aral par notre enqu\u00eateur. Ou celles des campagnes chinoises de l\u2019est emport\u00e9es dans la surchauffe \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">L\u2019enqu\u00eate sur le coton est donc trait\u00e9 th\u00e9matiquement \u00e0 chaque pays visit\u00e9. Toute visite commence par une petite carte de g\u00e9ographie. Merci monsieur Orsenna de rappeler que l\u2019espace n\u2019est pas aboli. Le Mali montre bien le risque tr\u00e8s proche d\u2019une privatisation de la fili\u00e8re cotonni\u00e8re, tout comme l\u2019importance de cette culture pour ceux qui la pratiquent. On mesure aussi dans ce pays que l\u2019apparente exclusion des fruits de la mondialisation ne prot\u00e8ge nullement de ses coups. Aux Etats-Unis surgit l\u2019\u00e9norme contraste entre une fibre qui est tout sauf naturelle, sans qualit\u00e9 remarquable, et le poids du lobby cotonnier. Nulle part ailleurs dans le monde ne semble \u00eatre plus appropri\u00e9e l\u2019expression \u00ab guerre \u00e9conomique \u00bb. Au Br\u00e9sil Erik Orsenna est vraiment impressionn\u00e9 par la puissance de l\u2019agriculture du pays, par sa recherche en la mati\u00e8re, par le lib\u00e9ralisme total qui impr\u00e8gne les acteurs de la fili\u00e8re. L\u2019Egypte, fi\u00e8re de produire le meilleur coton du monde (mais les Maliens disent la m\u00eame chose !) assiste sans d\u00e9fense \u00e0 la conqu\u00eate des terres par la p\u00e9ri-urbanisation. Le passage en Ouzb\u00e9kistan fait bien prendre conscience de l\u2019enjeu \u00e9cologique dans cette r\u00e9gion du monde. Un pouvoir totalitaire et populiste monopolise les recettes du coton pour faire tourner l\u2019Etat. Pendant ce temps les sols s\u2019appauvrissent, l\u2019eau est gaspill\u00e9e, mais le jeu politique continue \u00e0 primer. La Chine permet de pointer cette incongruit\u00e9 que l\u2019auteur nomme \u00ab Un capitalisme communiste \u00bb et que les g\u00e9rontes du PPC ont baptis\u00e9 \u00ab Socialisme de march\u00e9 \u00bb, avec cet art de l\u2019oxymore qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 eux. On sent Orsenna \u00e0 la fois fascin\u00e9 et effray\u00e9 par l\u2019empire de la chaussette ou les palais commerciaux. Le retour dans les Vosges met en face de la concurrence sans piti\u00e9 et de ses cons\u00e9quences \u00e0 nos portes.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">La large production sur la mondialisation nous a habitu\u00e9s \u00e0 des brul\u00f4ts pro- ou anti-. Ici pas de \u00e7a. La m\u00e9thode \u00ab Orsenna \u00bb consiste \u00e0 jouer les faux-na\u00effs et \u00e0 poser de temps en temps quelques questions qui d\u00e9rangent. Quitte \u00e0 se faire refouler. Pas de jugement moral, pas de grandes banni\u00e8res agit\u00e9es. Juste un \u00e9tat des lieux en forme de tour du monde. L\u2019auteur pense que le lecteur est assez intelligent pour se faire lui-m\u00eame son opinion. A cet \u00e9gard le chapitre appel\u00e9 \u00ab Le jardin des retours \u00bb est fort int\u00e9ressant. Pour ou contre la mondialisation, Orsenna ? Eh bien vous ne saurez rien de tel \u00e0 la fin de votre lecture. En fait, sans doute parce que lui-m\u00eame ne le sait pas. Cette attitude r\u00e9flexive est \u00e0 coup s\u00fbr la bonne face \u00e0 la complexit\u00e9 de la mondialisation. Il serait si facile de prendre la d\u00e9fense du Mali contre les m\u00e9chants ogres am\u00e9ricains. Mais aussi tellement r\u00e9ducteur. Car le Mali a besoin que son coton se vende dans le monde, il veut \u00eatre de cette mondialisation-l\u00e0. Mais il n\u2019est rien sans les puissants pays du Nord. Son destin a partie li\u00e9e avec eux. Voici le n\u0153ud gordien de la mondialisation : cette machine parfois si monstrueuse est aussi l\u2019objet de tous les d\u00e9sirs.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Ce livre a, de surcro\u00eet, une qualit\u00e9 ultime que j\u2019ai gard\u00e9e pour la bonne bouche. C\u2019est une livre d\u2019\u00e9crivain, et non un livre \u00e9crit par un monsieur qui \u00e9crit des livres. Tout amateur de beau style comprendra tr\u00e8s vite de quoi je parle. Oblig\u00e9 de lire, par raison professionnelle, de tr\u00e8s nombreux essais, je suis frapp\u00e9 par la m\u00e9diocre qualit\u00e9 r\u00e9dactionnelle de la plupart des auteurs. Comme si la pens\u00e9e analytique n\u2019avait nul besoin d\u2019une esth\u00e9tique, ou peut-\u00eatre parce que ces auteurs ne savent pas mieux \u00e9crire. Quel vrai plaisir de gourmandise lectrice que ce livre-l\u00e0 ! non que l\u2019on soit emport\u00e9 dans un lyrisme d\u00e9plac\u00e9. Mais il est manifeste que l\u2019auteur a travaill\u00e9 ses phrases, sa construction, ne perdant pas son talent d\u2019\u00e9crivain parce qu\u2019il \u00e9crivait un livre \u00e0 caract\u00e8re documentaire. Il est donc possible d\u2019\u00e9crire bien dans un essai ! Qu\u2019on se le dise dans les universit\u00e9s et autres EHESS !<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">\u00ab Voyage aux pays du coton \u00bb pourrait devenir une r\u00e9f\u00e9rence, cr\u00e9er un nouveau genre, un peu comme \u00ab L\u2019usage du monde \u00bb de Bouvier a fait date. Demain les essais documentaires seraient sc\u00e9naris\u00e9s et bien \u00e9crits, visant \u00e0 parler de faits majeurs et complexes \u00e0 un vaste public sans lui faire la morale ou l\u2019abreuver de jargon universitaire d\u00e9bile. On peut toujours r\u00eaver !<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]--><\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt\" class=\"MsoNormal\">Jean-Michel Dauriac<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce livre sort quasi-simultan\u00e9ment avec un film diffus\u00e9 sur Arte sous le titre \u201cLes routes du coton??, dont Erik Orsenna est l\u2019auteur, assist\u00e9 d\u2019un cin\u00e9aste&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=45\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Voyage aux pays du coton \u2013 petit pr\u00e9cis de mondialisation &#8211; Erik Orsenna \u2013 Fayard- 2006<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-45","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=45"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=45"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=45"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=45"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}