{"id":401,"date":"2020-03-17T00:21:34","date_gmt":"2020-03-16T23:21:34","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/2020\/03\/17\/un-vrai-faux-roman-russe-notre-assassin-de-joseph-roth\/"},"modified":"2020-03-17T00:21:34","modified_gmt":"2020-03-16T23:21:34","slug":"un-vrai-faux-roman-russe-notre-assassin-de-joseph-roth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=401","title":{"rendered":"Un vrai-faux roman russe : Notre assassin de Joseph Roth"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/notre-assassin-couv.jpg\" style=\"font-size: 1em\" title=\"notre-assassin-couv.jpg\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/notre-assassin-couv.jpg\" style=\"font-size: 1em\" title=\"notre-assassin-couv.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/notre-assassin-couv.jpg\" alt=\"notre-assassin-couv.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" align=\"center\" class=\"MsoNormal\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center\" align=\"center\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">Court roman d\u2019une nuit, enti\u00e8rement circonscrit entre la fermeture d\u2019un bistro parisien et le lever du jour, ce r\u00e9cit est effectu\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re personne. Le narrateur est un russe \u00e9migr\u00e9 \u00e0 Paris, dans l\u2019apr\u00e8s-trait\u00e9 de Versailles, qui raconte pourquoi il est affubl\u00e9 du surnom \u00ab\u00a0Notre assassin\u00a0\u00bb.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">L\u2019art de l\u2019\u00e9crivain Roth est toujours aussi efficace\u00a0; on se laisse emporter par ce r\u00e9cit, somme toute, initialement banal, au moins en apparence. Il s\u2019agit de la confession d\u2019un ancien policier de la police secr\u00e8te du Tsar, l\u2019Okhrana. Golubtschick est un b\u00e2tard d\u2019aristocrate russe n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1890, si l\u2019on refait une chronologie r\u00e9troactive. Fils adoptif d\u2019un garde-forestier qui a bien voulu \u00e9pouser la fille perdue et son marmot, il grandit dans l\u2019absence du p\u00e8re, car le garde meurt pr\u00e9matur\u00e9ment des suites de son infid\u00e9lit\u00e9. Le jeune gar\u00e7on re\u00e7oit cependant le soutien financier de son vrai p\u00e8re, qui lui paie des \u00e9tudes dans une pension. Tout d\u00e9rape lorsque le jeune homme veut aller se faire reconna\u00eetre par son p\u00e8re, le prince Krapotkin. Celui-ci l\u2019\u00e9conduit et le jeune homme en con\u00e7oit un ressentiment profond. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019appara\u00eet un personnage majeur du roman, Janos Lakatos, commer\u00e7ant hongrois de passage<span>\u00a0 <\/span>\u00e0 Odessa, o\u00f9 s\u2019\u00e9tait rendu notre jeune h\u00e9ros. De cet instant, la vie du jeune b\u00e2tard bascule dans un cauchemar social et humain.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">On ne peut pas, \u00e9videmment, ne pas songer \u00e0 Dosto\u00efevski et \u00e0 <em>Crime et Ch\u00e2timent<\/em>, par exemple. Joseph Roth a r\u00e9ussi un \u00ab\u00a0\u00e0 la mani\u00e8re ruse\u00a0\u00bb parfait. Son personnage, salaud d\u2019informateur ne peut pas nous \u00eatre totalement odieux, car il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 tuer en lui l\u2019humanit\u00e9 et la bont\u00e9. Mais il est trop habit\u00e9 par la haine pour pouvoir s\u2019en sortir. Chaque tentative de retour au bien est un \u00e9chec auquel Lakatos est m\u00eal\u00e9. Nous comprenons assez vite, comme le h\u00e9ros, que Lakatos est l\u2019incarnation du Diable. Le r\u00e9cit bascule donc insidieusement dans le fantastique, sous l\u2019angle de la mystique russe. Nous suivons la descente aux enfers d\u2019un jeune homme qui voulait seulement \u00eatre reconnu au double sens du terme. A travers ses m\u00e9saventures, parfois cruelles et sordides, l\u2019auteur nous d\u00e9peint la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019une Russie tsariste \u00e0 l\u2019agonie, soutenue par un syst\u00e8me policier impitoyable.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">Nous d\u00e9couvrirons finalement que Goblutschick n\u2019est effectivement pas un assassin, comme il l\u2019avait affirm\u00e9 en pr\u00e9ambule \u00e0 son r\u00e9cit. Qu\u2019il soit un salaud ordinaire est aussi une \u00e9vidence. Mais le livre va bien au-del\u00e0 du portrait d\u2019un sbire de l\u2019Okhrana. Il interroge la dualit\u00e9 de chaque \u00eatre humain. Il y a dans le h\u00e9ros une double personnalit\u00e9, celle du jeune malheureux qui se sent rejet\u00e9 et voudrait seulement exister comme les autres et celle de l\u2019informateur vou\u00e9 aux sales besognes. Ce qui nous le rend proche est cette lutte entre les forces du Mal, aiguillonn\u00e9es par Lakatos, et le forces du Bien, qui reviennent \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 la charge. Cela nous ressemble tellement. Bien s\u00fbr, nous pouvons toujours nous en sortir en disant que nous n\u2019avons pas commis toutes ces turpitudes, mais cela ne fait que nier le r\u00e9el\u00a0: chacun de nous est ombre et lumi\u00e8re, parfois la lumi\u00e8re triomphe, souvent l\u2019obscurit\u00e9 r\u00e8gne. Chez le h\u00e9ros, il n\u2019y a pas de r\u00e9demption car il n\u2019y pas de r\u00e9dempteur\u00a0: il croit au Diable car il l\u2019a rencontr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprise, mais il ne parvient \u00e0 croire en Dieu. Il est seul face au d\u00e9mon. Et sa confession est sans \u00e9quivoque\u00a0: il est perdu, il a perdu son humanit\u00e9.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/joseph-roth.jpg\" style=\"font-size: 1em\" title=\"joseph-roth.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/joseph-roth.jpg\" alt=\"joseph-roth.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" align=\"center\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">Joseph Roth (1894 \u2013 Brody, Ukraine \u20131939 Paris)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\" lang=\"EN-GB\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">Roman tragique, <em>Notre assassin<\/em> est tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9 de cet esprit russe du d\u00e9sespoir. La seule lumi\u00e8re possible, c\u2019est Golubtschick lui-m\u00eame qui l\u2019a \u00e9teinte\u00a0: elle s\u2019appelait L\u00e9a Rifkin, elle \u00e9tait juive russe et r\u00e9volutionnaire en exil. Il l\u2019aimait vraiment, sans se l\u2019avouer, et il l\u2019a vendue aux autorit\u00e9s russes contre un paquet de roubles. L\u2019amour a \u00e9t\u00e9 vaincu par Mammon. Et la vie continue, par la force de l\u2019habitude et de la biologie, mais elle est vide de joie et de sens pour le malheureux personnage de Roth. Bien s\u00fbr, cette vision pessimiste est celle de l\u2019auteur, qui d\u2019oeuvre en \u0153uvre ne parvient pas \u00e0 faire el deuil de l\u2019Autriche-Hongrie de Fran\u00e7ois-Joseph. On peut parler d\u2019une \u0153uvre cr\u00e9pusculaire. Ce qui ne signifie pas du tout triste et ennuyeuse, mais s\u00fbrement tragique et en clair-obscur. Encore un grand livre de cet auteur majeur du XX\u00e8me si\u00e8cle europ\u00e9en, qui n\u2019a pas la place qu\u2019il m\u00e9rite dans le panth\u00e9on des lettres.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">Jean-Michel Dauriac<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-size: 14pt\">16 mars 2020 Beychac, en confinement sanitaire.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 &nbsp; \u00a0 Court roman d\u2019une nuit, enti\u00e8rement circonscrit entre la fermeture d\u2019un bistro parisien et le lever du jour, ce r\u00e9cit est effectu\u00e9&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=401\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Un vrai-faux roman russe : Notre assassin de Joseph Roth<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-401","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/401\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}