{"id":395,"date":"2020-03-07T23:09:52","date_gmt":"2020-03-07T22:09:52","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/2020\/03\/07\/la-vie-des-gens-de-peu-sur-la-rebellion-de-joseph-roth\/"},"modified":"2020-03-07T23:11:36","modified_gmt":"2020-03-07T22:11:36","slug":"la-vie-des-gens-de-peu-sur-la-rebellion-de-joseph-roth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=395","title":{"rendered":"La vie des gens de peu : sur La r\u00e9bellion de Joseph Roth"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/la-rebellion-roth-couv.jpg\" title=\"la-rebellion-roth-couv.jpg\" style=\"font-size: 1em\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/la-rebellion-roth-couv.thumbnail.jpg\" alt=\"la-rebellion-roth-couv.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Apr\u00e8s les deux grands livres que sont <em>La marche de Radetski<\/em> et\u00a0<a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/2020\/02\/29\/la-crypte-des-capucins\/\" title=\"critique JeanMi du livre\">La crypte de capu\u00e7in<\/a><em>s,<\/em> le lecteur pouvait croire tourn\u00e9e la page de l\u2019Empire austro-hongrois, victime collat\u00e9rale du premier conflit mondial (je renvoie le lecteur \u00e0 mes deux articles sur ces livres). Mais pour Joseph Rothe, la disparition de l\u2019Empire ne signe pas la fin de souffrances du peuple. Son bref livre chroniqu\u00e9 ici en est le r\u00e9cit.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">D\u00e8s les premi\u00e8res pages, je fus saisi par l\u2019art ironique de l\u2019auteur. J\u2019avais rarement eu autant de plaisir \u00e0 lire qu\u2019avec ce texte enti\u00e8rement \u00e9crit au second degr\u00e9. Peut-\u00eatre ai-je ressenti cette jubilation \u00e0 la lecture de <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>. Mais je crois que c\u2019est la seconde fois seulement que le talent d\u2019un \u00e9crivain m\u2019emporte de cette mani\u00e8re d\u00e8s les premi\u00e8re lignes. Embarquement imm\u00e9diat dans le pur plaisir de la lecture, celui qu\u2019aucun autre ne peut et ne pourra jamais remplacer. D\u00e8s lors, impossible de l\u00e2cher le livre que j\u2019ai d\u00fb absolument terminer avant de vraiment pouvoir songer \u00e0 dormir (il devait \u00eatre deux heures du matin quand j\u2019ai referm\u00e9 cet ouvrage). Et pourtant quelle histoire simple, voire banale.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Andr\u00e9as Pum est un invalide de guerre dont nous faisons la connaissance \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire dont il doit sortir incessamment. Une des grandes trouvailles est d\u2019appeler Pum (prononcer poum) un unijambiste dont la jambe de bois cogne \u00e0 chaque pas. La seconde trouvaille est le ton du r\u00e9cit, qui pr\u00e9sente le protagoniste comme la caricature de l\u2019individu soumis et born\u00e9, qui croit que tout ce que font les puissants est juste. Roth livre, dans les premiers chapitres, des pages d\u2019une cruaut\u00e9 f\u00e9roce mais qui pr\u00eatent \u00e0 sourire plus qu\u2019\u00e0 juger le malheureux invalide. La premi\u00e8re moiti\u00e9 du r\u00e9cit est une sorte d\u2019ode au conformisme des petits, ali\u00e9n\u00e9s au point de se mettre en servitude volontaire des responsables de leur malheur. Au passage, l\u2019auteur se livre \u00e0 une description de l\u2019Autriche d\u2019apr\u00e8s-guerre, qui est un pays bris\u00e9, dont le destin ne peut \u00eatre que tragique. C\u2019est en cela que ce livre prolonge les deux pr\u00e9c\u00e9dents et d\u00e9crit les cons\u00e9quences de cet effondrement imp\u00e9rial. Ici, il n\u2019est plus question des puissants, mais des gens du peuple et de la petit bourgeoisie. Le m\u00e9pris d\u2019un groupe pour l\u2019autre est criant et les rapports sociaux sont tr\u00e8s tendus. C\u2019est d \u2018ailleurs cela qui sera le ressort de la deuxi\u00e8me partie du roman, celle de la chute d\u2019Andreas et de la fin de ses illusions, jusqu\u2019\u00e0 sa mort mis\u00e9rable dans les toilettes de brasserie o\u00f9 il \u00e9tait gardien. Lui qui traitait tous ces r\u00e9volt\u00e9s de \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb, sans savoir bien ce que cela voulait dire, \u00e0 part le fait qu\u2019ils \u00e9taient mauvais et rejet\u00e9s, revendique pour lui-m\u00eame cette appellation apr\u00e8s ses ennuis avec la police et la justice. Je laisse au lecteur le plaisir de d\u00e9couvrir comment Roth op\u00e8re le basculement de son personnage. Une histoire \u00e0 la fois tr\u00e8s ordinaire et tr\u00e8s prenante. Andr\u00e9as n\u2019est pas un h\u00e9ros \u00e0 proprement parler sympathique, mais on finit par le plaindre au nom de tous ceux qu\u2019il symbolise, toutes ces victimes de la guerre imp\u00e9rialiste absurde qui les a mutil\u00e9s ou traumatis\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Comme tous les grands moralistes, Joseph Roth ne juge pas son personnage et ne d\u00e9livre aucun message. Il nous donne simplement \u00e0 voir, avec un rare talent, l\u2019itin\u00e9raire d\u2019une victime de la Grande Guerre. Comment ne pas penser \u00e0 une autre victime, qui ne fut pas amput\u00e9e mais bris\u00e9e int\u00e9rieurement et bascula dans une forme de folie qui devait incendier l\u2019Europe vingt ans plus tard, le caporal Adolf Hitler. Roth ne montre rien de ces pr\u00e9misses fascistes , mais d\u00e9livre des petits signes en d\u00e9crivant les pens\u00e9es des deux groupes antagonistes.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">La langue de l\u2019\u00e9crivain est superbe, et encore ne le lisons-nous qu\u2019en traduction. Je le consid\u00e8re comme un des plus grands auteurs germaniques du XX\u00e8me si\u00e8cle, aux c\u00f4t\u00e9s de Thomas Mann et Stefan Zweig, et \u00e0 dire vrai, c\u2019est lui que je pr\u00e9f\u00e8re de ce trio. Il y donc urgence \u00e0 d\u00e9couvrir cet auteur si vous ne le connaissez pas, ou \u00e0 aller plus loin avec lui si vous le connaissez.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><!--[if !supportEmptyParas]-->\u00a0<!--[endif]--><o:p><\/o:p><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Jean-Michel Dauriac<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman'\">Mars 2019, Les Bordes.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Apr\u00e8s les deux grands livres que sont La marche de Radetski et\u00a0La crypte de capu\u00e7ins, le lecteur pouvait croire tourn\u00e9e la page de l\u2019Empire&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=395\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">La vie des gens de peu : sur La r\u00e9bellion de Joseph Roth<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-395","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/395","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=395"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/395\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=395"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=395"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=395"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}