{"id":337,"date":"2018-03-01T00:23:12","date_gmt":"2018-02-28T23:23:12","guid":{"rendered":"http:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/2018\/03\/01\/cezanne-peint-et-la-montagne-brule-a-propos-de-lincendie-de-la-sainte-victoire-de-bernard-fauconnier\/"},"modified":"2018-03-01T00:23:12","modified_gmt":"2018-02-28T23:23:12","slug":"cezanne-peint-et-la-montagne-brule-a-propos-de-lincendie-de-la-sainte-victoire-de-bernard-fauconnier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=337","title":{"rendered":"C\u00e9zanne peint et la montagne br\u00fble: \u00e0 propos de \u00ab\u00a0L&rsquo;incendie de la Sainte Victoire\u00a0\u00bb de Bernard Fauconnier"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><strong>L\u2019incendie de la Sainte-Victoire<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Bernard Fauconnier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Grasset &#8211; 1995 &#8211;<\/em><\/strong> \u00a0<strong><em> 377 pages<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/bernard-fauconnier.jpeg\" title=\"bernard-fauconnier.jpeg\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/bernard-fauconnier.jpeg\" title=\"bernard-fauconnier.jpeg\"><\/a><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/incendie-sainte-victoire-couv.jpg\" title=\"incendie-sainte-victoire-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"394\" width=\"236\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/incendie-sainte-victoire-couv.jpg\" alt=\"incendie-sainte-victoire-couv.jpg\" \/><\/a><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"390\" width=\"387\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/bernard-fauconnier.jpeg\" alt=\"bernard-fauconnier.jpeg\" \/><\/p>\n<p>Que voici un grand roman\u00a0! Le lecteur exp\u00e9riment\u00e9 ne saurait s\u2019y tromper\u00a0: il en a tant lu, avant, de m\u00e9diocres ou m\u00eame, quelquefois, de carr\u00e9ment mauvais qu\u2019il reconna\u00eet la beaut\u00e9 et la qualit\u00e9 au bout de quelques pages. Cela faisait au moins deux ans que j\u2019avais achet\u00e9 le livre et que je l\u2019avais mis en r\u00e9serve pour des jours fastes\u00a0: ceux o\u00f9 notre esprit est libre de toute pr\u00e9occupation mercantile et mat\u00e9rielle et peut se glisser dans une histoire comme on se love sous une couette duveteuse les jours de grand froid.<br \/>\nGrand roman, d\u2019abord parce qu\u2019il raconte une et ici m\u00eame plusieurs histoires Je continue \u00e0 croire que la litt\u00e9rature est d\u2019abord une histoire. Si elle est bonne c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 gagn\u00e9. On ne fait pas de bons livres sans histoires ou avec des mauvais r\u00e9cits. Pour l\u2019avoir oubli\u00e9, toute une \u00e9cole d\u2019\u00e9crivains des ann\u00e9es 1960 \u00e0 1980 se sont coup\u00e9s du vrai public pour n\u2019\u00eatre plus lus que par leurs amis ou ennemis critiques. Ici Bernard Fauconnier nous narre trois r\u00e9cits en parall\u00e8le. Le point commun est la Montagne Sainte-Victoire, cette \u00e9norme barre calcaire qui surgit devant le visiteur comme un mur infranchissable \u00e0 des kilom\u00e8tres de l\u00e0 d\u00e9j\u00e0. Mais, au moins autant que la Montagne, le point nodal est la maison, la Bastide Rose. Et enfin, en pointill\u00e9, comme l\u2019Arl\u00e9sienne, un tableau inachev\u00e9 de Paul C\u00e9zanne sur un imaginaire incendie de la Montagne. L\u2019auteur nous prom\u00e8ne de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 vivait encore C\u00e9zanne et o\u00f9 il peignait sa ch\u00e8re Montagne \u00e0 tout va. C\u2019est l\u2019histoire du Baron Blache, un dandy tr\u00e8s riche qui s\u2019\u00e9prend de la maison et du tableau achet\u00e9 \u00e0 un braconnier local qui l\u2019avait trouv\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 C\u00e9zanne l\u2019avait abandonn\u00e9, d\u00e9\u00e7u par son travail, d\u2019ailleurs inachev\u00e9. Puis commence un r\u00e9cit des ann\u00e9es 1970, autour du musicien-compositeur Friedrich Balmer, qui ach\u00e8te la maison et s\u2019y installe pour y vivre retir\u00e9. Mais ici prend naissance l\u2019origine du troisi\u00e8me r\u00e9cit, des ann\u00e9es 1990, autour de Thomas et Sarah, la fille et le gendre de Balmer. Point n\u2019est besoin d\u2019en dire plus, si ce n\u2019est que jamais le r\u00e9cit ne tombe et qu\u2019il nous teint jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re page.<\/p>\n<p>Mais, racont\u00e9es platement et lin\u00e9airement, ces trois histoires auraient compos\u00e9 un roman tr\u00e8s ordinaire. Ce qui en fait un grand livre est justement l\u2019agencement des r\u00e9cits, leur imbrication, soit tout l\u2019art d\u00e9miurgique du romancier. Si le premier moment est construit en une seule s\u00e9quence, semblant nous conduire \u00e0 un roman classique dans sa forme, la suite nous chahute sans cesse. Cependant cette construction en \u00e9cailles n\u2019est pas gratuite, elle n\u2019est pas destin\u00e9e \u00e0 faire \u00e9talage de virtuosit\u00e9 vide. Elle est toujours au service de l\u2019histoire, autant d\u2019ailleurs que l\u2019histoire est \u00e0 son service. Le pass\u00e9 \u00e9claire le pr\u00e9sent et le pr\u00e9sent refl\u00e8te un certain pass\u00e9. C\u2019est certes le moment contemporain qui est le coeur du livre, les ann\u00e9es 90 (le livre sort en 1995). Mais il nous serait incompr\u00e9hensible sans les aller-retour aux diverses \u00e9poques ant\u00e9rieures. Par un joli clin d\u2019oeil d\u2019ailleurs, l\u2019auteur fait surgir dans le pr\u00e9sent le descendant du Baron Blache qui vient bri\u00e8vement tenter de s\u2019imposer au premier plan, mais c\u2019est une fausse piste. Beaucoup plus s\u00e9rieuse est l\u2019analogie entre le tableau de C\u00e9zanne et l\u2019incendie r\u00e9el de la Montagne. Pourquoi ce tableau inachev\u00e9 a-t-il fascin\u00e9 successivement tous ses propri\u00e9taires ou ceux qui l\u2019ont approch\u00e9\u00a0? Est-il vision proph\u00e9tique de l\u2019artiste\u00a0? Fallait-il que cela advienne puisque C\u00e9zanne l\u2019avait peint\u00a0?\u00a0 A toutes ces questions le livre ne r\u00e9pond qu\u2019implicitement dans l\u2019imagination du lecteur. Et c\u2019est bien l\u00e0 le r\u00f4le de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Le style est comme la mise en sc\u00e8ne\u00a0: c\u2019est quand on ne s\u2019extasie pas devant qu\u2019il est bon. L\u2019\u00e9criture de Fauconnier est fluide, ce qui ne signifie pas qu\u2019elle est lisse. On peut dire la m\u00eame chose de Stendhal ou Flaubert. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019on se penche avec attention sur les phrases que l\u2019on y voit toute la dentelle. Le style, et il y en a dans ce livre ne cache pas le vide de l\u2019histoire comme c\u2019est trop souvent le cas dans la litt\u00e9rature au kilom\u00e8tre. Il se met au service du r\u00e9cit et contribue largement \u00e0 l\u2019attrait de lecture.<\/p>\n<p>Les personnages des romans sont r\u00e9ussis quand ils sortent des pages de papier pour entrer dans notre t\u00eate. Certains de ce livre resteront en vous si vous le lisez. Thomas est incontestablement celui qui m\u2019a le plus marqu\u00e9, car il nous est le plus proche \u00e0 tous \u00e9gards. Mais Friedrich Balmer est aussi une belle cr\u00e9ation, dessin\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re impressionniste, \u00e0 petites touches imperceptibles qui finissent par faire sens. Mais j\u2019avoue avoir aussi beaucoup aim\u00e9 Vincent, l\u2019ami de jeunesse de Thomas. Il y a chez lui une complexit\u00e9 r\u00e9elle, une authenticit\u00e9 de vie, avec sa souffrance et une forme de r\u00e9signation au bonheur ordinaire. La Baron Blache m\u2019est rest\u00e9 plus \u00e9tranger, plus romanesque et moins vivant. En d\u00e9finitive, ce qui contribue \u00e0 faire perdurer l\u2019effet d\u2019une lecture, ce sont d\u2019abord les personnages. Le Bardamu hante litt\u00e9ralement tout lecteur de C\u00e9line, comme le Julien Sorel de Stendhal. Il faudra y ajouter le Thomas de Fauconnier. Les d\u00e9tails des histoires s\u2019estompent avec le temps\u00a0; les traits de caract\u00e8res des acteurs demeurent beaucoup mieux grav\u00e9s en nous. Il arrive parfois que de tr\u00e8s beaux personnages sauvent une intrigue mal fagot\u00e9e ou rudimentaire\u00a0: c\u2019est le cas chez Bernanos par exemple, dans \u00ab\u00a0Nouvelle histoire de Mouchette\u00a0\u00bb ou, de Meursault dans \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb de Camus. Le personnage porte tout le livre sur ses \u00e9paules. Dans le livre de Bernard Fauconnier la charge est bien r\u00e9partie sur plusieurs t\u00eates et, sans parler de \u00ab\u00a0roman choral\u00a0\u00bb, cette pluralit\u00e9 assure l\u2019\u00e9quilibre du tout.<\/p>\n<p>Un grand et beau livre est celui dont, \u00e0 peine la derni\u00e8re phrase achev\u00e9e et le marque-pages retir\u00e9, le lecteur pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 le relire. C\u2019est le serment que je me suis fait \u00e0 propos de \u00ab\u00a0L\u2019incendie de la Sainte Victoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 28 f\u00e9vrier 2018 \u2013 Beychac et Caillau<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019incendie de la Sainte-Victoire Bernard Fauconnier\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Grasset &#8211; 1995 &#8211; \u00a0 377 pages Que voici un grand roman\u00a0! 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