{"id":1631,"date":"2026-10-16T23:54:18","date_gmt":"2026-10-16T22:54:18","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1631"},"modified":"2026-10-16T23:54:19","modified_gmt":"2026-10-16T22:54:19","slug":"le-casse-du-siecle-sarah-knafo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1631","title":{"rendered":"Le casse du si\u00e8cle \u2013 Sarah Knafo"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Editions Fayard \u2013 sept. 2026.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>Axiome premier\u00a0: lire un livre d\u2019un auteur de la droite dure nationale (ou de l\u2019extr\u00eame gauche r\u00e9volutionnaire) ne signifie nullement que l\u2019on partage son opinion, mais que l\u2019on d\u00e9sire savoir ce qu\u2019il pense pour aller directement \u00e0 la source.<br><br><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-casse-du-siecle-sarah-Knafo-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"316\" height=\"500\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-casse-du-siecle-sarah-Knafo-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1632\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-casse-du-siecle-sarah-Knafo-couv.jpg 316w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Le-casse-du-siecle-sarah-Knafo-couv-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Je lis tr\u00e8s peu de livres dits \u00ab&nbsp;politiques&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9crits par des femmes et des hommes politiques contemporains, car ils sont en g\u00e9n\u00e9ral sans aucun int\u00e9r\u00eat que celui de la captation \u00e9lectorale \u00e0 venir. Les chiffres tr\u00e8s faibles de leurs vents montrent d\u2019ailleurs que les Fran\u00e7ais r\u00e9agissent comme moi et ne s\u2019y trompent pas. J\u2019ai fait une exception pour cet ouvrage. J\u2019en avais lu des extraits dans un magazine et j\u2019avais \u00e9t\u00e9 intrigu\u00e9 par son contenu, qui me semblait avoir plus de fond que les habituelles \u00ab&nbsp;\u0153uvres&nbsp;\u00bb pr\u00e9\u00e9lectorales. De plus, chaque fois que j\u2019avais eu l\u2019occasion d\u2019entendre Sarah Knafo s\u2019exprimer, je l\u2019avais trouv\u00e9 intelligente et m\u00e9thodique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le casse du si\u00e8cle<\/em>, c\u2019est celui que l\u2019Etat fran\u00e7ais r\u00e9alise depuis des d\u00e9cennies sur le travail et les revenus des Fran\u00e7ais. Le postulat de d\u00e9part de Knafo est que nos salaires sont pill\u00e9s avant m\u00eame que nous les touchions. C\u2019est la fameuse distinction du salaire brut et du salaire net. Mais c\u2019est bien plus que cela. C\u2019est la raison pour laquelle elle commence par \u00e9tudier une fiche de paie fictive d\u2019un certain Durand, pay\u00e9 exactement au salaire m\u00e9dian, soit celui qui en a autant au-dessous de lui qu\u2019au-dessus&nbsp;: au moment o\u00f9 elle \u00e9crit, c\u2019est 2079 \u20ac. A partir de cette fiche d\u00e9taill\u00e9e, elle va relever tous les pr\u00e9l\u00e8vements et cotisations qui sont pay\u00e9s par et pour Nicolas Durand. Le r\u00e9sultat est sans appel&nbsp;: on lui prend presque la moiti\u00e9 de son salaire&nbsp;: de 3922 \u20ac de d\u00e9part, il re\u00e7oit, in fine, 2079 \u20ac, soit une \u00e9vaporation de 1842 \u20ac, 47% du salaire&nbsp;! D\u00e8s lors, elle a choisi de construire sa d\u00e9monstration comme une enqu\u00eate polici\u00e8re et le proc\u00e8s qui en d\u00e9coule, pour aboutir \u00e0 un jugement final. Bien s\u00fbr, tout cela est une fiction, mais comme on le dit au cin\u00e9ma, \u00ab&nbsp;sur la base de faits r\u00e9els&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plan du livre d\u00e9coule donc de ce parti-pris de l\u2019enqu\u00eate et du proc\u00e8s. Les parties correspondent aux phases du processus judiciaire. Sarah Knafo \u00e9tablit d\u2019abord sa m\u00e9thode et pose des lois de base qui seront convoqu\u00e9es au fil du livre. Le but est de permettre \u00e0 tout lecteur de comprendre sur quelles bases la d\u00e9marche va \u00eatre men\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019appliquer le principe emprunt\u00e9 au scandale du Watergate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Follow the money&nbsp;!\u2019 (Suivez l\u2019argent&nbsp;!). C\u2019est ce qui va \u00eatre fait tout au long de l\u2019examen des diff\u00e9rentes parties au proc\u00e8s. Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9tailler l\u2019ensemble. Le but est d\u2019identifier les responsables de ce casse qui dure depuis plus de quarante ans et auquel ont particip\u00e9 tous les pr\u00e9sidents et gouvernements.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat majeur du livre repose dans la solidit\u00e9 des donn\u00e9es. Chaque fois que l\u2019auteure avance un chiffre ou une estimation, elle le source en note et explique, \u00e9ventuellement, les distorsions possibles ou els impr\u00e9cisions. Il &nbsp;est, par exemple, impossible de savoir exactement quel est le nombre des fonctionnaires. On le sait \u00ab&nbsp;en gros&nbsp;\u00bb. De la m\u00eame mani\u00e8re que certaines d\u00e9penses sont impossibles \u00e0 chiffrer exactement. Et c\u2019est l\u00e0 une des causes de la situation catastrophique de nos finances publiques. Car tous les ministres successifs ont ajout\u00e9 au d\u00e9ficit, selon le principe bien mis en avant par l\u2019auteure qu\u2019un bon ministre est celui qui augmente le budget de son minist\u00e8re, le d\u00e9pense totalement et en fait son seul bilan. Les r\u00e9sultats r\u00e9els ne sont pas \u00e0 mettre en avant, car ils sont souvent inversement proportionnels aux augmentations de d\u00e9pense&nbsp;: ainsi de la justice ou de l\u2019Education. Les constats sont sans appel et faits avec s\u00e9rieux et une sorte d\u2019humour glacial.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais en rester \u00e0 la d\u00e9nonciation serait ne pas aller au bout de la d\u00e9marche choisie. Car Sarah Knafo pose comme principe de proposer une solution \u00e0 chaque probl\u00e8me identifi\u00e9. Le livre est donc parsem\u00e9 de quinze r\u00e9solutions th\u00e9matiques qui sont autant de solutions aux probl\u00e8mes d\u00e9nonc\u00e9s et un \u00e9l\u00e9ment de programme politique pour un futur pr\u00e9sident (Eric Zemmour, par exemple&nbsp;?). Ces quinze r\u00e9solutions sont souvent frapp\u00e9es au coin du bon sens et devraient faire l\u2019unanimit\u00e9 des gens honn\u00eates face \u00e0 la situation catastrophique du pays. On a d\u00e9j\u00e0 entendu certaines de ces propositions dans la bouche d\u2019hommes politiques de la gauche sociale-d\u00e9mocrate.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le fond de la pens\u00e9e de Knafo est lib\u00e9ral-national. Si sa d\u00e9nonciation de l\u2019enflure irraisonn\u00e9e de l\u2019Etat et de ses administrations est tout \u00e0 fait juste, ses r\u00e9ponses sont tr\u00e8s orient\u00e9es. Pour elle, l\u2019Etat doit l\u00e2cher tout ce que le secteur priv\u00e9 peut faire mieux et sans d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires. Le credo est connu, ce fut celui de Margaret Thatchter, avec le r\u00e9sultat que l\u2019on conna\u00eet sur le syst\u00e8me de sant\u00e9 britannique ou ses transports. Car Sarah Knafo n\u2019a pas de vraie r\u00e9flexion sur ce qu&rsquo;est l\u2019Etat. Elle n\u2019a qu\u2019une critique sur ce qu\u2019il fait et d\u00e9pense. C\u2019est, certes, un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte. Mais, pour elle c\u2019est le seul et lorsque l\u2019Etat ne spoliera plus les salaires des travailleurs, ce sera&nbsp; alors \u00e0 eux de s\u2019occuper de leur sant\u00e9, de leur retraite, de leurs transports, etc. C\u2019est du pur lib\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine&nbsp;; mais il est affubl\u00e9 d\u2019un discours nationaliste qui le rapproche, de facto, d\u2019un trumpisme d\u00e9barrass\u00e9 des outrances du malade mental p\u00e9roxyd\u00e9. Il faut que les Fran\u00e7ais qui sont tent\u00e9s par le programme en question en comprennent bien le sens profond. Le mod\u00e8le propos\u00e9 va chercher ses r\u00e9f\u00e9rences en Hongrie, chez Orban, ou en Italie. L\u2019ennemi, c\u2019est le socialisme et le communisme, utilis\u00e9s comme repoussoirs ultimes. Or, il n\u2019y a plus en France de parti qui se r\u00e9clame du communisme et veut le mettre en place&nbsp;! M\u00eame la France Insoumise est dans une optique mixte d\u2019un communisme chaviste avec un autoritarisme \u00e0 la chinoise. L\u2019alternative de Knafo, c\u2019est son programme ou le chaos socialo-communiste, ou \u00e9ventuellement la suite de la d\u00e9gringolade avec un centre hant\u00e9 par la Macronie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a un autre angle mort, tr\u00e8s g\u00eanant dans toute sa d\u00e9monstration. Toute son enqu\u00eate porte sur les salaires et revenus du travail. Dans le monde selon Knafo, il n\u2019y a pas de capitaux et de revenus des capitaux. Le mot n\u2019est jamais prononc\u00e9 en 278 pages&nbsp;! Comment peut-on proposer un programme de r\u00e9duction des dettes et de revalorisation du travail sans parler du capital&nbsp;? Et pourtant Knafo affirme \u00e0 plusieurs reprises avoir \u00e9tudi\u00e9 l\u2019\u00e9conomie&nbsp;? Le mot \u00ab&nbsp;capital&nbsp;\u00bb et son comp\u00e8re \u00ab&nbsp;capitalisme&nbsp;\u00bb font peur. Celui qui en use est implicitement accus\u00e9 d\u2019\u00eatre communiste et anticapitaliste&nbsp;! C\u2019est comme si on reprochait aux m\u00e9decins qui nomment et \u00e9tudient les pathologies d\u2019en \u00eatre les inventeurs et les d\u00e9fenseurs&nbsp;! Ou je n\u2019ai rien compris \u00e0 l\u2019\u00e9conomie ou rien compris non plus \u00e0 la pens\u00e9e de droite ou il y a l\u00e0 une lacune grave qui invalide en grande partie le propos. La France, c\u2019est du travail et des travailleurs et du capital et des capitalistes, comme toutes les soci\u00e9t\u00e9s occidentales. Les d\u00e9tenteurs de capitaux sont impliqu\u00e9s dans cet endettement massif, ils ont consomm\u00e9 une grande partie de l\u2019argent spoli\u00e9 que d\u00e9nonce Knafo. Or, ils n\u2019apparaissent jamais&nbsp;: tout est de la faute de l\u2019Etat&nbsp;! Un programme de r\u00e9tablissement de la France ne peut pas s\u2019envisager sans inclure une r\u00e9flexion et des approches nouvelles sur le capital et ses d\u00e9tenteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est donc une belle tentative de d\u00e9nonciation et de propositions pour la France, mais il est incomplet et, donc, inadapt\u00e9 en l\u2019\u00e9tat. De plus, quand on arrive \u00e0 la fin et que l\u2019auteure \u00e9nonce les mesures \u00e0 prendre d\u00e8s le d\u00e9but d\u2018un mandat pr\u00e9sidentiel et la mise en \u0153uvre sans coup f\u00e9rir, sur cinq ans de ses r\u00e9solutions, elle est en pleine utopie ou d\u00e9magogie \u00e9lectoraliste. Il serait donc possible \u00e0 un homme providentiel de r\u00e9aliser ce que tous les autres n\u2019ont pas fait, d\u2019un seul coup. A l\u2019appui, elle cite les premiers mois du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en 1958. Qu\u2019elle veuille bien m\u2019excuser de mon impertinence, mais Zemmour n\u2019est pas De gaulle et ne le sera jamais et, qui plus est, le monde a totalement chang\u00e9 depuis 1958&nbsp;; nous nous sommes mis en d\u00e9pendance de l\u2019\u00e9tranger avec l\u2019UE et la mondialisation et on ne peut pas faire comme si cela n\u2019\u00e9tait rien. Il faut donc mettre en garde les lecteurs contre l\u2019esp\u00e9rance fausse que ce livre peut susciter&nbsp;: demain, on rase gratis\u2026 Et apr\u00e8s-demain, on a la gueule de bois, avec le retour au r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, \u00e0 lire pour la documentation et certaines id\u00e9es tr\u00e8s positives, mais \u00e0 ne pas prendre au pied de la lettre, sinon la d\u00e9ception sera immense.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes \u2013 Octobre 2026.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Editions Fayard \u2013 sept. 2026. 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