{"id":1510,"date":"2026-04-06T17:52:55","date_gmt":"2026-04-06T16:52:55","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1510"},"modified":"2026-04-06T17:53:20","modified_gmt":"2026-04-06T16:53:20","slug":"derives-divagations-et-devoiements-comment-les-ideologies-defont-la-langue-et-la-culture-pierre-hartmann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1510","title":{"rendered":"D\u00e9rives, divagations et d\u00e9voiements &#8211;\u00a0 Comment les id\u00e9ologies d\u00e9font la langue et la culture\u2013 Pierre Hartmann"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/derives-divagations-et-devoiements-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"551\" height=\"867\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/derives-divagations-et-devoiements-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1511\" style=\"width:337px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/derives-divagations-et-devoiements-couv.jpg 551w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/derives-divagations-et-devoiements-couv-191x300.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 551px) 100vw, 551px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>L\u2019Artilleur, mai 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ne serait-ce qu\u2019en lisant le sous-titre, vous aurez sans doute devin\u00e9 que ce gros livre ( 390 pages grand format) est l\u2019\u0153uvre d\u2019un universitaire, il n\u2019y a qu\u2019eux pour pondre de tels titres, \u00e0 la fois tr\u00e8s pr\u00e9cis et tr\u00e8s repoussants pour le grand public (confer la grande solitude des th\u00e8ses sur leurs rayons de biblioth\u00e8que o\u00f9 personne ne vient les chercher par plaisir). Je ne r\u00e9siste pas au plaisir de vous renvoyer \u00e0 sa fiche professionnelle sur le site de l\u2019UNISTRA (<a href=\"https:\/\/ea1337.unistra.fr\/celar\/enseignants-chercheurs-du-celar\/pierre-hartmann\/\">https:\/\/ea1337.unistra.fr\/celar\/enseignants-chercheurs-du-celar\/pierre-hartmann\/<\/a>)&nbsp;; la quatri\u00e8me de&nbsp; couverture nous indique qu\u2019il est aujourd\u2019hui \u00e0 la retraite, avec le titre de professeur \u00e9m\u00e9rite. En parcourant cette fiche, nous d\u00e9couvrons que notre auteur est agr\u00e9g\u00e9 de lettres et docteur en lettres de la Sorbonne, donc le parcours \u00e9litaire classique qui m\u00e8ne \u00e0 la retraite de l\u2019\u00e9m\u00e9ritat. Sa bibliographie montre que nous avons affaire \u00e0 un chercheur qui a produit nombre d\u2019ouvrages sur sa p\u00e9riode de pr\u00e9dilection, le XVIIIe si\u00e8cle. Les titres sont explicites, ce sont des \u00e9tudes savantes sur des sujets stylistiques s\u00e9rieux. Bref, un bon universitaire. Mais, dans cette bibliographie, pas une t\u00eate qui d\u00e9passe&nbsp;: tout est conforme au registre assign\u00e9 du sp\u00e9cialiste. Aussi peut-on \u00eatre surpris quand on lit le livre dont je vais maintenant vous entretenir. Il manifeste ce que je pourrais appeler sans vulgarit\u00e9 le \u00ab&nbsp;syndrome de la cocotte-minute&nbsp;\u00bb, laquelle est faite pour supporter une certaine pression interne, mais doit ouvrir la petite purge d\u00e8s que celle-ci est atteinte, au risque sinon d\u2019une explosion fatale. Cette pression est tout enti\u00e8re contenue dans la fiche de Pierre Hartmann&nbsp;: c\u2019est celle de la conformit\u00e9 universitaire et de l\u2019autocensure de ce milieu. Pour l\u2019avoir longuement fr\u00e9quent\u00e9 durant mes deux longs cycles d\u2019\u00e9tudes, je sais \u00e0 quel point il d\u00e9teste toute forme et tout contenu qui ose d\u2019\u00e9carter du mod\u00e8le canonique&nbsp;; c\u2019est ainsi que l\u2019Universit\u00e9 se reproduit dans une endogamie parfaite dont les seules querelles portent sur le sexe des anges, loin, tr\u00e8s loin&nbsp; du monde r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Visiblement, Pierre Hartmann a trouv\u00e9 dans la retraite un moyen d&rsquo;ouvrir la soupape de s\u00e9curit\u00e9. Le lecteur le constatera tout au long cette lecture tr\u00e8s pol\u00e9mique et critique, engag\u00e9e et qui ne m\u00e2che pas ses mots. Je fais le pari que c\u2019est le fruit d&rsquo;une accumulation longue et contenue de \u00ab&nbsp;coups de gueule&nbsp;\u00bb avort\u00e9s sous la chape de l\u2019hermine universitaire, surtout \u00e0 Strasbourg (qui fut ma seconde Alma Mater, celle de la maturit\u00e9) o\u00f9 le conformisme germanique est encore plus net qu\u2019ailleurs. Ce pr\u00e9ambule ne vise nullement notre auteur, dont je salue l\u2019\u0153uvre et la franchise (peut-\u00eatre tardive), mais \u00e0 souligner \u00e0 quel point cette magnifique institution s\u00e9culaire qu\u2019est l\u2019universit\u00e9 peut \u00eatre castratrice pour ses purs produits et, finalement, extr\u00eamement conservatrice, sous des dehors estudiantins tr\u00e8s passagers (Mai 68 a \u00e9t\u00e9 un leurre sublime sur la volont\u00e9 de changement radical des \u00e9tudiants, tous devenus de beaux et gros bourgeois d\u00e9fenseurs de l\u2019ordre qu\u2019ils contestaient \u00e0 coup de pav\u00e9s, Cohn-Bendit et Geismar en \u00e9tant les parangons les plus connus). Il n\u2019y a rien \u00e0 ajouter au chef-d\u2019\u0153uvre de Jacques Brel, <em>Les bourgeois<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est effectivement d\u2019abord un travail de philologue et de linguiste, car c\u2019est au travers de ce que subit notre langue que l\u2019auteur montre l\u2019action des id\u00e9ologies \u00e0 l\u2019\u0153uvre. En l\u2019occurrence il s\u2019agit ici exclusivement de courants venus de l\u2019Am\u00e9rique du Nord o\u00f9 ils ont \u00e9branl\u00e9 profond\u00e9ment la soci\u00e9t\u00e9, mais pu prosp\u00e9rer sous la protection du premier amendement de la Constitution am\u00e9ricaine, dont voici la traduction&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le Congr\u00e8s n&rsquo;adoptera aucune loi relative \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une religion, ou \u00e0 l&rsquo;interdiction de son libre exercice&nbsp;; ou pour limiter la libert\u00e9 d&rsquo;expression, ou celle de la presse&nbsp;; ou le droit des citoyens de se r\u00e9unir pacifiquement ou d&rsquo;adresser au Gouvernement des p\u00e9titions pour obtenir r\u00e9parations des torts subis.&nbsp;\u00bb (source Wikip\u00e9dia).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet amendement qui fut une des forces de la jeune d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine s\u2019av\u00e8re aujourd\u2019hui en \u00eatre un des plus grands adversaires, car l\u2019\u00e9thique qui le sous-tendait a disparu et seule reste la libert\u00e9 de tout dire \u2013 et donc n\u2019importe quoi \u2013 sans entrave. C\u2019est ce qui a permis aux id\u00e9es d\u00e9coloniales, racialistes, n\u00e9o-f\u00e9ministes, int\u00e9gristes \u00e9cologiques et autres \u00e9tudes de genre de gangrener les campus et la pens\u00e9e am\u00e9ricaine. Et comme nous sommes \u00e0 la remorque de tout ce qui vient d\u2018outre-Atlantique, par une croyance au progr\u00e8s infini, notre culture est \u00e0 son tour parasit\u00e9 par ces modes de pens\u00e9e, \u00e9trangers \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre intellectuelle fran\u00e7aise, mais qui accomplissent un travail de sape redoutable avec la complicit\u00e9 active de tout un pan des universitaires. On comprend \u00e9videmment que ceux-ci ne sont pas les amis de Pierre Hartmann et qu\u2019il a d\u00fb subir ces billeves\u00e9es d\u00e9risoires \u00e9rig\u00e9es en connaissances.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va donc, dans son livre aborder les divers aspects de ces d\u00e9rives dont le titre porte trace. Le contenu est tr\u00e8s riche et tout \u00e0 fait argument\u00e9 et aurait trouv\u00e9 sa place l\u00e9gitime dans une recherche universitaire non corset\u00e9e. Il aborde les courants agissant en France, que ce soit le n\u00e9o-f\u00e9minisme, les \u00e9tudes dites de \u00ab&nbsp;genre&nbsp;\u00bb (aujourd\u2019hui tr\u00e8s banalis\u00e9es) ou de \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb, et tout ce qui se retrouve sous l\u2019\u00e9tiquette am\u00e9ricaine de \u00ab&nbsp;<em>woke&nbsp;<\/em>\u00bb (litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;\u00e9veill\u00e9). Il serait fastidieux de donner le d\u00e9tail de tous les exemples. Je ne citerai que deux illustrations.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re concerne une analyse critique des nouveaux termes impos\u00e9s par la doxa atlantiste et souvent repris sans aucun discernement par les asses m\u00e9diatiques et politiques. L\u2019indigence de langage de nombreux journalistes et \u00e9lus est notoire et il en fait un petit floril\u00e8ge conclusif de son travail. Ainsi peut-on mentionner deux mots dont il est abus\u00e9, \u00ab&nbsp;f\u00e9minicide&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;islamophobie&nbsp;\u00bb, deux termes ch\u00e9ris de la gauche fran\u00e7aise, pas loin d\u2018\u00eatre la gauche la plus b\u00eate du monde, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 la plus brillante en son temps. Chaque terme est discut\u00e9 \u00e0 la fois scientifiquement et soci\u00e9talement et le r\u00e9sultat est impitoyable&nbsp;: tous ces termes sont absurdes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le second exemple est celui de la d\u00e9gringolade de la culture fran\u00e7aise, qui n\u2019est plus un secret pour personne, mais qui est violemment ni\u00e9e par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui la d\u00e9truisent. L\u00e0, il vise juste et fait le choix de commenter le programme d\u2019une des derni\u00e8res saisons culturelles au Th\u00e9\u00e2tre national de Strasbourg. La brochure de pr\u00e9sentation est d\u00e9cortiqu\u00e9e et le r\u00e9sultat est \u00e0 la fois tr\u00e8s probant et tr\u00e8s affligeant. La propre directrice de cette institution prestigieuse maltraite la langue dans ses d\u00e9clarations, en plus de massacrer la haute culture. Il ressort de cette \u00e9tude que Strasbourg a un Th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 l\u2019on ne pr\u00e9sente quasiment plus de pi\u00e8ces du r\u00e9pertoire, mais des \u00e9v\u00e8nements, des cr\u00e9ations pour le moins \u00e9tranges qui d\u00e9structurent tous les acquis (le genre de spectacle qu\u2019un spectateur lucide d\u00e9serte au bout d\u2019un quart d\u2018heure&nbsp;!).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"575\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait-1024x575.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-1512\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait-1024x575.webp 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait-300x169.webp 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait-768x431.webp 768w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Pierre-Hartmann-portrait.webp 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>L&rsquo;auteur de ce livre, Pierre Hartmann.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impression la plus forte qui se d\u00e9gage de cette lecture est l\u2019effondrement de la ma\u00eetrise de la langue, tant orale qu\u2019\u00e9crite, m\u00eame chez des gens cens\u00e9s avoir \u00e9t\u00e9 form\u00e9s longuement. C\u2019est, bien s\u00fbr la grammaire et la syntaxe d\u00e9ficientes qui choquent d\u2019abord notre auteur, mais au-del\u00e0 le manque de connaissance purement s\u00e9mantique de l\u2019usage des mots est frappant. On pourra r\u00e9torquer que cette attitude est r\u00e9actionnaire (au sens mauvais du terme) et antiprogressiste, donc \u00ab&nbsp;fasciste&nbsp;\u00bb, puisque tout ce qui n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 la vulgate progressiste est digne de Mussolini&nbsp;! La langue \u00e9volue et il faut \u00ab&nbsp;s\u2019adapter \u00e0 son temps&nbsp;\u00bb&nbsp;! Argument fallacieux s\u2019il en est&nbsp;: \u00e9volution, oui, mais saccage, abandon et trahison ne sont pas acceptables.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous n\u2019\u00eates pas familier de ces d\u00e9rives, ce livre vous ouvrira les yeux sur ce qui se joue \u00e0 bas bruit dans les milieux dirigeants, les universit\u00e9s et grandes \u00e9coles. Nous avons de plus en plus une r\u00e9alit\u00e9 en trompe-l\u2019\u0153il, qui semble sauvegarder l\u2019essentiel, mais d\u00e9truit syst\u00e9matiquement les moyens de le conna\u00eetre et de le transmettre. L\u2019\u00e9cole \u00e9tant le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de ce massacre, lequel est accompagn\u00e9 par la cohorte des m\u00e9dias, charg\u00e9s de distiller cette sous-culture abrutissante dans la masse. Le fait de faire de longues \u00e9tudes n\u2019est en rien une garantie de conna\u00eetre et comprendre la culture europ\u00e9enne, car les contenus ont \u00e9t\u00e9 dilu\u00e9s et chang\u00e9s&nbsp;: l\u2019auteur cite l\u2019exemple de la place prise par l\u2019\u00e9cologie dans certains cursus d\u2019enseignement, en lieu et place des connaissances basiques. Ce travail est en fait identique \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 au XXe si\u00e8cle avec les d\u00e9rives nazies, sovi\u00e9tiques ou chinoises. Orwell l\u2019a bien illustr\u00e9 dans la novlangue de <em>1984<\/em>. Seulement, chez nous aujourd\u2019hui cela se perp\u00e8tre sans violence, au nom de l\u2019illumination intellectuelle venue d\u2019un peuple dont le standard culturel est la taille des hamburgers et la finesse du base-ball.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ferai un seul vrai reproche \u00e0 ce livre passionnant, c\u2019est celui de sa structure. Elle est vraiment bancale. Une tr\u00e8s longue introduction baptis\u00e9e \u00ab&nbsp;Prol\u00e9gom\u00e8nes&nbsp;\u00bb occupe les cent premi\u00e8res pages. C\u2019est interminable&nbsp;! Ensuite le reste du livre ob\u00e9it \u00e0 un plan plut\u00f4t faible, qui ne met gu\u00e8re en valeur le contenu. Cela peut \u00eatre un handicap s\u00e9rieux qui pourrait m\u00eame d\u00e9courager des lecteurs, car c\u2019est tout sauf fluide et limpide dans la construction. Des chapitres plus courts, mieux titr\u00e9s et parfois moins bavards seraient plus percutants. Le sujet l\u2019aurait m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut passer sur ce d\u00e9faut structurel, car le livre est vraiment int\u00e9ressant et riche, nous apprenant beaucoup de faits pr\u00e9cis et r\u00e9tablissant les usages linguistiques corrects. A garder \u00e0 port\u00e9e de main, car il est une v\u00e9ritable mine de renseignements utiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je terminerai par un extrait tout \u00e0 fait significatif et que j\u2019ai choisi en raison de ma proximit\u00e9 avec le domaine de George Sand \u00e0 Nohant et son univers cr\u00e9atif. L\u2019auteur y fait une comparaison entre la <em>bonne dame de Nohant<\/em> et le prix Nobel de litt\u00e9rature fran\u00e7ais Annie Ernaux. Comprenne qui pourra&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour prendre la pleine mesure d&rsquo;une telle d\u00e9rive dans les bas-fonds tant existentiels que litt\u00e9raires, il suffit de relire George Sand \u00e9crivain authentique, vraie f\u00e9ministe et socialiste de la premi\u00e8re heure dont, en appendice \u00e0 une \u0153uvre immense, la seule autobiographie est plus vaste et infiniment plus riche que l&rsquo;\u0153uvre enti\u00e8re d&rsquo;A. Ernaux. Sans m\u00eame parler du style L&rsquo;Histoire de ma vie pr\u00e9sente en effet toutes les qualit\u00e9s qui font si cruellement d\u00e9faut aux fragments autobiographiques de notre laur\u00e9ate ; hauteur de vue, sens de l&rsquo;histoire, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, amour de la nature et du prochain. J&rsquo;invite donc mes lecteurs \u00e0 lire ou \u00e0 relire ce t\u00e9moignage de haute vol\u00e9e, dont l&rsquo;\u00e9criture sensible fait scintiller tout un monde intellectuel, historique, affectif et sensoriel dont ceux d&rsquo;A. Ernaux ne peuvent avoir la moindre id\u00e9e, tant l&rsquo;univers mental qui s&rsquo;offre \u00e0 eux est d\u00e9pourvu de r\u00e9flexion, d&rsquo;intelligence historique, de sensualit\u00e9, d&rsquo;\u00e9moi (chez elle, l&rsquo;\u00e9moi s&rsquo;\u00e9crit it\u00e9rativement \u00abet moi\u00bb). Une \u0153uvre d&rsquo;une extr\u00eame indigence de pens\u00e9e, d&rsquo;une d\u00e9solante s\u00e9cheresse de c\u0153ur, l&rsquo;une compl\u00e8te absence de po\u00e9sie, aussi indiff\u00e9rente \u00e0 la nature qu&rsquo;\u00e0 autrui (l&rsquo;amiti\u00e9 n&rsquo;y a nulle place) ; un monde et une \u0153uvre enfin d&rsquo;une navrante platitude parce que tristement repli\u00e9s sur des obsessions sexuelles et des rancoeurs sociales qui bouchent tout horizon, et dont est gaiement absente la plus infime manifestation d&rsquo;humour ou de fantaisie. Je mets ainsi tout lecteur sensible au d\u00e9fi le passer de l&rsquo;\u0153uvre de G. Sand \u00e0 celle d&rsquo;A. Ernaux sans \u00eatre saisi d&rsquo;effroi par une telle d\u00e9perdition de vie, de sens et de style. Et je le laisse avec cette interrogation: qu&rsquo;est-il donc advenu \u00e0 notre culture pour qu&rsquo;on en vienne \u00e0 oublier la premi\u00e8re et \u00e0 louanger la seconde? De qui je dirai, en me r\u00e9sumant et en usant un instant du lexique propre \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie, que rarement un \u00e9crivain et son oeuvre se sont av\u00e9r\u00e9s si pauvres en monde.&nbsp;\u00bb p.278-279.<\/p>\n\n\n\n<p>J-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes \u2013 2 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Artilleur, mai 2025 Ne serait-ce qu\u2019en lisant le sous-titre, vous aurez sans doute devin\u00e9 que ce gros livre ( 390 pages grand format) est l\u2019\u0153uvre&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1510\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">D\u00e9rives, divagations et d\u00e9voiements &#8211;\u00a0 Comment les id\u00e9ologies d\u00e9font la langue et la culture\u2013 Pierre Hartmann<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,1],"tags":[],"class_list":["post-1510","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-essais","category-non-classe","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1510"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1510\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1513,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1510\/revisions\/1513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}