{"id":1489,"date":"2026-04-06T17:10:38","date_gmt":"2026-04-06T16:10:38","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1489"},"modified":"2026-04-06T17:10:39","modified_gmt":"2026-04-06T16:10:39","slug":"serie-les-ecrivains-oublies-du-xxe-siecle-le-centaure-de-dieu-jean-de-la-varende","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1489","title":{"rendered":"S\u00e9rie Les \u00e9crivains oubli\u00e9s du XXe si\u00e8cle : Le centaure de Dieu \u2013 Jean de La Varende \u2013"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p> \u00c9ditions Rencontre, Lausanne (premi\u00e8re \u00e9dition 1938, Grasset)<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Le-cantuare-de-Dieu-De-La-Varende-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"210\" height=\"336\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Le-cantuare-de-Dieu-De-La-Varende-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1491\" style=\"width:297px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Le-cantuare-de-Dieu-De-La-Varende-couv.jpg 210w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Le-cantuare-de-Dieu-De-La-Varende-couv-188x300.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Je d\u00e9bute avec ce court essai une nouvelle s\u00e9rie de textes qui mettront en avant des \u00e9crivains (romanciers ou essayistes) qui ont connu le succ\u00e8s de leur vivant, puis sont rapidement tomb\u00e9s dans l\u2019oubli, dont ils ne sont jamais ressortis. Cette \u00ab&nbsp;r\u00e9surrection&nbsp;\u00bb momentan\u00e9e sous ma plume se fera toujours \u00e0 partir d\u2019un seul ouvrage et ne visera pas \u00e0 donner une vision compl\u00e8te de ces auteurs et de leur \u0153uvre. C\u2019est un coup de projecteur isol\u00e9, comme une poursuite sur une sc\u00e8ne de music-hall, mon id\u00e9e \u00e9tant de simplement donner envie de revenir vers ces auteurs et ces livres qui ont souvent ravi nos grands-parents et leurs contemporains. Je n\u2019ob\u00e9is pas \u00e0 un plan pr\u00e9\u00e9tabli, mais aux joies d\u2019un certain hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier auteur, illustration parfaite de \u00ab&nbsp;hasard certain&nbsp;\u00bb \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus est Jean de La Varende. Tout simplement parce que, passant il y a quelques semaines pr\u00e8s d\u2019un d\u00e9p\u00f4t de livres gratuit \u00e0 disposition des lecteurs, j\u2019ai trouv\u00e9 une petite collection d\u2019ouvrages \u00e9dit\u00e9s par les \u00c9ditions Rencontre, dont je suis un grand admirateur historique (j\u2019y reviendrai en d\u00e9tail une autre fois). Dans ce lot, entre autres auteurs se trouvait le livre dont je vais vous entretenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nom de La Varende m\u2019est familier depuis ma jeunesse, pour la simple raison qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque une de mes lectures pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es et r\u00e9currentes \u00e9tait les catalogues du Livre de Poche, qui m\u2019ont permis de me familiariser avec les auteurs et leur \u0153uvre. Dans la fin des ann\u00e9es 1950 et les ann\u00e9es 1960, ces \u00e9crivains \u00ab&nbsp;inconnus&nbsp;\u00bb aujourd\u2019hui faisaient les belles heures du Livre de Poche qui \u00e9ditait un grand nombre de leurs livres, qui avaient connu de beaux succ\u00e8s en \u00e9dition princeps. Pierre Beno\u00eet, Herv\u00e9 Bazin, Anatole France, Jules Romains ou Andr\u00e9 Maurois \u00e9taient des auteurs-phares de cette collection. La Varende faisait partie de ces auteurs t\u00eate de liste. Si son nom m\u2019\u00e9tait connu, je n\u2019ai jamais \u00e9prouv\u00e9 l\u2019envie ou eu l\u2019occasion de le lire. C\u2019est ainsi&nbsp;: dans la vie de tout grand lecteur se trouvent nombre de rendez-vous manqu\u00e9s. Il aura donc fallu que j\u2019atteigne un \u00e2ge chenu pour d\u00e9couvrir la prose de La Varende.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9vidence&nbsp;: on ne vend pas autant de livres durant tant d\u2019ann\u00e9es sans savoir \u00e9crire. Cet auteur a un style bien ma\u00eetris\u00e9. Une \u00e9criture classique, qui ne cherche pas l\u2019innovation, mais se met enti\u00e8rement au service de l\u2019histoire qu\u2019elle raconte. Car La Varende est de cette famille de romanciers qui racontent des histoires. Il me semble qu\u2019il est vain et absurde d\u2019opposer un \u00ab&nbsp;nouveau roman&nbsp;\u00bb qui serait porteur de qualit\u00e9s de r\u00e9flexion et d\u2019invention \u00e0 un roman classique \u2013 donc de fait d\u00e9valoris\u00e9 \u2013 au simple fait qu\u2019il s\u2019inscrit dans la tradition du r\u00e9cit. Comme si les g\u00e9nies romanesques du monde (Hugo, Tolsto\u00ef, Cervant\u00e8s, Dosto\u00efveski, Stendhal etc.) n\u2019avaient pas exprim\u00e9 de pens\u00e9es personnelles dans leurs \u00e9crits&nbsp;! Ceci est aussi stupide que la pr\u00e9tention de ladite \u00ab&nbsp;Nouvelle Vague&nbsp;\u00bb (avec ses variantes nationales diverses) \u00e0 inventer le cin\u00e9ma et son langage en face d\u2019un \u00ab&nbsp;cin\u00e9ma \u00e0 la papa&nbsp;\u00bb de t\u00e2cherons sans id\u00e9es. Pr\u00e8s de soixante-dix ans apr\u00e8s, dans les deux cas cit\u00e9s, nous pouvons juger les r\u00e9sultats et faire les bilans&nbsp;: qui lit encore les auteurs de \u00ab&nbsp;nouveaux romans&nbsp;\u00bb, malgr\u00e9 une pression critique encore forte&nbsp;? Qui peut regarder sans sourire avec commis\u00e9ration les films de Godard et de sa suite&nbsp;? Il suffit de consid\u00e9rer les chiffres de vente des romans contemporains et les entr\u00e9es de cin\u00e9ma pour voir que le public va d\u2019abord vers ce qui lui raconte une histoire. Et que c\u2019est en racontant une histoire qu\u2019un bon auteur peut \u00ab&nbsp;faire passer&nbsp;\u00bb des messages, incarner des id\u00e9es en des personnages, parler parfois par leurs bouches (c\u2019est le r\u00f4le des fameux \u00ab\u00a0doubles\u00a0\u00bb romanesques ou filmiques). Et c\u2019est ici que nous retrouvons Jean de La Varende.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je vais dire ne concerne que le livre dont je parle ici, mais je crois pouvoir poser l\u2019hypoth\u00e8se que mon analyse pourrait \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 l\u2019ensemble de son \u0153uvre litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le centaure de Dieu<\/em> est d\u2019abord le destin d\u2019un homme, Gaston de La Bare. D\u2019un homme dont la vie ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de celle de sa famille et de son milieu. Gaston ne cr\u00e9e pas sa vie, il en h\u00e9rite, assez douloureusement d\u2019ailleurs.&nbsp; Ce livre est aussi une radiographie de la noblesse provinciale normande au milieu du XIXe si\u00e8cle. L\u2019auteur n\u2019a jamais cach\u00e9 ses opinions monarchistes et son attachement aux valeurs aristocratiques. Ceci irrigue absolument tout ce livre. Cette lecture sera donc insupportable aux d\u00e9vots de l\u2019arasement r\u00e9publicain et de la cr\u00e9olisation de notre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: il d\u00e9crit tout ce qu\u2019ils ex\u00e8crent. Je me dois que pr\u00e9ciser, \u00e0 toutes fins utiles, que je ne suis pas un nostalgique de la monarchie, mais un authentique r\u00e9publicain, dans le sens le plus noble de ce terme (origine romaine incluse). Mais je suis capable de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui m\u2019est \u00e9tranger, \u00e0 titre culturel et humanitaire&nbsp;: \u00e9couter et savoir, ce n\u2019est pas approuver, il faut le rappeler encore et encore, mais c\u2019est donner sa place \u00e0 l\u2019autre, avec ses id\u00e9es et sa parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Hordon de La Bare sont une vieille famille qui remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Croisades et m\u00eame un peu avant. Ici tout est li\u00e9 \u00e0 cette dynastie&nbsp;: un homme h\u00e9rite du nom et de la responsabilit\u00e9 d\u2019incarner, un moment durant, cette famille, puis de passer le relais \u00e0 ses propres enfants m\u00e2les. Voici r\u00e9sum\u00e9 le c\u0153ur m\u00e9taphysique et historique de ce livre. Ce n\u2019est pas sans rappeler un autre roman que j\u2019ai chroniqu\u00e9, <a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1103\"><em>La tradition Fontquernie<\/em><\/a>, de Gilbert Cesbron, auquel je renvoie aussi le lecteur. Le drame qui nous est narr\u00e9 a plusieurs entr\u00e9es&nbsp;: il y a d\u2019abord les deux fr\u00e8res, Gaston et Manfred, l\u2019a\u00een\u00e9. Puis les rapports des parents \u00e0 leurs enfants&nbsp;; les rapports de la m\u00e8re et du p\u00e8re.&nbsp; Je ne d\u00e9crirai pas le d\u00e9tail de cette \u00e9tude, je dirai simplement qu\u2019elle est bien men\u00e9e, entrecroisant intelligemment les fils narratifs. On s\u2019attache ainsi \u00e0 chacun, en d\u00e9pit de ses faiblesses ou d\u00e9fauts. Nous comprenons bien, au&nbsp; fur et \u00e0 mesure que le destin avance que ces nobles ont us\u00e9 et abus\u00e9 des femmes et sem\u00e9 des b\u00e2tards dans tout le pays, que la fid\u00e9lit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas leur souci et leur qualit\u00e9 premi\u00e8re, qu\u2019ils ont accompli des actes sordides au nom du devoir aristocratique et de la fid\u00e9lit\u00e9 au roi. Et l\u2019\u00e9ducation que re\u00e7oivent les deux enfants les pr\u00e9pare \u00e0 s\u2019inscrire dans cette continuit\u00e9. Sauf, \u00e9videmment, que les temps ont chang\u00e9, que le roi a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de France et que c\u2019est un Bonaparte qui est empereur, que la guerre de 1870 am\u00e8ne la Prusse \u00e0 envahir la France et qu\u2019il faut faire des choix. Le monde n\u2019est pas immobile, comme le voudrait le Marquis de La Bare.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le plan dynastique du Marquis un grain de sable est venu se glisser&nbsp;: la foi de Gaston. Cet enfant a pris de sa m\u00e8re une hypersensibilit\u00e9 religieuse et un amour, que son p\u00e8re trouve excessif, des choses de la religion. L\u2019auteur, autour de ce th\u00e8me m\u00e8ne une r\u00e9flexion sur la place de la religion dans le monde aristocratique qu\u2019il d\u00e9peint et le lecteur sent bien qu\u2019il parle de lui. La religion chr\u00e9tienne est une partie constitutive de la vie aristocratique&nbsp;; en cela monsieur de La Bare est bien h\u00e9ritier de la tradition. Il pratique sa religion avec s\u00e9rieux, aide ses paysans qui veulent devenir pr\u00eatres en finan\u00e7ant leurs \u00e9tudes, il fait des dons \u00e0 l\u2019\u00c9glise et compte des pr\u00e9lats dans sa famille. Mais, au fond du fond, tout ce qui est transcendantal lui \u00e9chappe. \u00c0 l\u2019inverse de sa femme, tr\u00e8s pieuse, et plus port\u00e9e \u00e0 la d\u00e9votion spirituelle.&nbsp; Manfred adoptera le comportement de son p\u00e8re, Gaston celui de sa m\u00e8re. Pas par simple mim\u00e9tisme, bien s\u00fbr, mais surtout par disposition de caract\u00e8re et de c\u0153ur. Gaston est profond\u00e9ment religieux, c\u2019est le centre de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Gaston a aussi un don absolument remarquable, qui fait l\u2019admiration de tous, pour les chevaux. Tout enfant, il apprend \u00e0 monter \u00e0 cru, avec une assise exceptionnelle. De plus, il \u00ab&nbsp;sent&nbsp;\u00bb le cheval, il sait instinctivement les approcher, les calmer, leur parler et m\u00eame, tr\u00e8s vite, dans son adolescence, comment les soigner. Il est \u00e0 moiti\u00e9 cheval. L\u2019auteur nous livre des pages magnifiques sur ces rapports avec les chevaux et sur les chevauch\u00e9es de Gaston. Il fait preuve dans ces pages-l\u00e0 d\u2019une v\u00e9ritable po\u00e9sie de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>De ces deux qualit\u00e9s si \u00e9troitement li\u00e9es en lui est n\u00e9 le surnom que l\u2019auteur donne \u00e0 Gaston&nbsp;: le centaure de Dieu. Mi-cheval, mi-homme de Dieu. Et le titre tient toutes ses promesses.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaston , au terme de p\u00e9rip\u00e9ties familiales et spirituelles, choisit de devenir pr\u00eatre, au grand dam de son p\u00e8re, et m\u00eame de sa m\u00e8re. Ils lui voyaient un autre destin, d\u2019autant plus qu\u2019il&nbsp; avait h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un cousin un haras magnifique et r\u00e9put\u00e9 o\u00f9 il pouvait faire la preuve de ses talents \u00e9quins. Le drame se noue lorsque son a\u00een\u00e9, Manfred est tu\u00e9 \u00e0 la guerre. Il ne reste que lui pour \u00ab&nbsp;relever&nbsp;\u00bb le nom des La Bare. Or, s\u2019il est pr\u00eatre, il n\u2019y aura pas de descendance. Une sc\u00e8ne m\u00e9morable d\u00e9crit l\u2019entrevue entre le p\u00e8re et le fils, apr\u00e8s l\u2019annonce de la mort du fr\u00e8re, o\u00f9 le p\u00e8re lui demande de renoncer \u00e0 la pr\u00eatrise (il n\u2019a pas encore prononc\u00e9 ses v\u0153ux) pour assurer la survie du nom. Apr\u00e8s une longue, belle et dure confrontation, il persiste et renvoie son p\u00e8re. C\u2019est la fin de la lign\u00e9e mill\u00e9naire des La Bare. Gaston deviendra pr\u00eatre missionnaire et mourra en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci ne donne qu\u2019une id\u00e9e incompl\u00e8te du roman, le but \u00e9tant de vous inciter \u00e0 le lire. Bien que n\u2019\u00e9tant plus \u00e9dit\u00e9 (comme beaucoup de textes que je commente), ce livre se trouve assez facilement chez les bouquinistes internet \u00e0 un prix abordable. Sa qu\u00eate fait partie du plaisir de le lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019histoire qu\u2019il raconte fort bien, l\u2019auteur nous invite \u00e0 la r\u00e9flexion sur plusieurs th\u00e8mes. La religion catholique est un de ces sujets. Il est manifeste qu\u2019elle est importante pour l\u2019\u00e9crivain. Sans doute de la m\u00eame mani\u00e8re que pour Am\u00e9lien, le Marquis de la Bare. Un h\u00e9ritage autant qu\u2019un devoir. H\u00e9ritage des p\u00e8res qui avaient combattu pour la Croix en Palestine et partout o\u00f9 il le fallait, souvent \u00e0 l\u2019appel du Roi. On \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 par cet h\u00e9ritage, il fallait absolument l\u2019assumer. Mais quelle \u00e9tait cette religion&nbsp;? Une sorte de compl\u00e9ment de la noblesse du sang. Dieu et le Roi&nbsp;! Il ne semblait pas n\u00e9cessaire \u00e0 Am\u00e9lien d\u2019aller plus loin que ce qui devait \u00eatre fait selon la tradition. C\u2019est pourquoi il comprenait mal la foi de Gaston, absolue, d\u00e9vorante, exigeante et premi\u00e8re. \u00c0 travers le p\u00e8re et le fils, c\u2019est l\u2019opposition d\u2019une religion formelle et d\u2019une foi personnelle qui est d\u00e9crite. Pour le p\u00e8re, on doit sacrifier cette foi \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de la race \u00e0 pr\u00e9server. Pour le fils, on ne peut qu\u2019ob\u00e9ir \u00e0 Dieu, quelle que soit la cons\u00e9quence terrestre. Et Gaston ira ainsi au bout de son destin, avec lui mourant sa lign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre grand th\u00e8me du livre est celui du don naturel et de sa place dans la vie. Gaston a re\u00e7u ce privil\u00e8ge \u00e9norme de tout comprendre des chevaux, ce qui, en Normandie et dans sa caste, est un cadeau magnifique. Et Gaston sait tout cela et en jouit, certes sobrement, mais pleinement. Quand il est \u00e0 cheval, il est transfigur\u00e9. Il devient en effet un centaure, et l\u2019image est fort belle. Tel l\u2019albatros de Baudelaire, il vole magnifiquement sur son cheval, mais redevenu pi\u00e9ton il est gauche, emprunt\u00e9 et un peu inadapt\u00e9 au monde. Il apprend \u00e0 profiter de ce don extraordinaire, qui lui ouvre la perspective d\u2019une vie \u00e9panouie \u00e0 la t\u00eate du haras. Mais voici que ce don et tout ce qu\u2019il implique percutent frontalement&nbsp; sa foi. Car, confus\u00e9ment, il le sent, il le sait, il sera alors un La Bare comme les autres, et il craint par-dessus tout de reproduire les d\u00e9bordements sexuels de sa race. Parmi les plus belles pages du livre sont celles qui traitent de cet \u00e9veil de la sensualit\u00e9 et du combat qu\u2019elle entra\u00eene en Gaston. Pour se sauver, il renoncera donc \u00e0 son don et acceptera m\u00eame, par ob\u00e9issance \u00e0 son \u00e9v\u00eaque, de ne plus monter \u00e0 cheval. Tout cela est dit sans donner de le\u00e7ons, sans pontifier, au travers du r\u00e9cit. C\u2019est le propre des grands romanciers de savoir faire ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se rencontre \u00e9galement ce que j\u2019appellerais des th\u00e8mes secondaires. Par exemple celui de la guerre et de l\u2019engagement. Gaston ne peut rester dans sa neutralit\u00e9 eccl\u00e9siastique&nbsp;; il va se livrer \u00e0 un acte courageux de r\u00e9sistance, qui le fait basculer dans le camp des soldats&nbsp; en lutte contre les Prussiens. R\u00e9action tout \u00e0 fait inattendue, qui surprend totalement le lecteur et pr\u00e9cipite un moment le livre dans le roman d&rsquo;aventures. Ou le th\u00e8me de l\u2019enfance, abord\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, par petites touches impressionnistes. Gaston est un \u00e9ternel enfant qui a grandi dans un corps qu\u2019il habite maladroitement, sauf \u00e0 cheval. Il aime les enfants et sait communiquer avec eux, sans doute mieux qu\u2019avec les adultes. Citons pour finir le th\u00e8me de la sensualit\u00e9, de la chair et de l\u2019amour. Voil\u00e0 un domaine qui fait tr\u00e8s peur \u00e0 Gaston, car il se sait vuln\u00e9rable sur ce terrain. Alors, il faut pratiquer de la mani\u00e8re la plus brutale possible&nbsp;: la rupture. Gaston partira missionnaire en Afrique et ne reverra plus les siens.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-de-La-Varende-portrait.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"440\" height=\"612\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-de-La-Varende-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1490\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-de-La-Varende-portrait.jpg 440w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-de-La-Varende-portrait-216x300.jpg 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Jean de La Varende en 1947<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re avoir montr\u00e9 la richesse de ce livre. Mais il est d\u2019abord une tr\u00e8s belle histoire qui trouve sa beaut\u00e9 dans l\u2019authenticit\u00e9 de ce qui est racont\u00e9. On comprend assez vite que l\u2019auteur met beaucoup de lui et de ses id\u00e9es dans ces personnages. Et la fin de cette lign\u00e9e aristocratique, tr\u00e8s caract\u00e9ristique des hobereaux normands, annonce clairement la fin de l\u2019aristocratie. En effet, elle n\u2019a pas surv\u00e9cu, en tant que groupe social majeur, au XIXe si\u00e8cle. Elle ne subsiste aujourd\u2019hui que comme reliquat et sujet de reportage de la presse \u00e0 sensation. Son temps historique est r\u00e9volu. Et pourtant, nous murmure Jean de La Varende en 1938, un peu de l\u2019ordre moral du monde venait de cette caste, quand elle jouait vraiment son r\u00f4le. On peut ne pas \u00eatre d\u2019accord et ne pas regretter les \u00ab&nbsp;aristos&nbsp;\u00bb. Mais furent-ils plus nocifs que les grands nababs de la Tech actuelle ou les ma\u00eetres de forges des XIX-XXe si\u00e8cles&nbsp;? Par la dur\u00e9e de leur r\u00e8gne sans nul doute, mais pas n\u00e9cessairement par les valeurs qu\u2019ils repr\u00e9sentaient. C\u2019est d\u2019ailleurs la m\u00eame question qu\u2019il faut se poser sur la monarchie. Bref, ce roman stimule beaucoup notre r\u00e9flexion. Preuve s\u2019il en est qu\u2019il est r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, faut-il ressusciter des morts litt\u00e9raires Jean de La Varende&nbsp;? Peut-\u00eatre. En tout cas,<a><\/a> il m\u00e9riterait que les lecteurs puissent le lire encore. Pour cela, il faudrait qu\u2019il soit \u00e9dit\u00e9 et que la presse litt\u00e9raire en parle, ce qui semble assez improbable.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Beychac \u2013 janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Rencontre, Lausanne (premi\u00e8re \u00e9dition 1938, Grasset) Je d\u00e9bute avec ce court essai une nouvelle s\u00e9rie de textes qui mettront en avant des \u00e9crivains (romanciers&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1489\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">S\u00e9rie Les \u00e9crivains oubli\u00e9s du XXe si\u00e8cle : Le centaure de Dieu \u2013 Jean de La Varende \u2013<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-1489","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1489"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1489\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1492,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1489\/revisions\/1492"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}