{"id":1473,"date":"2026-04-06T16:36:01","date_gmt":"2026-04-06T15:36:01","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1473"},"modified":"2026-04-06T16:36:47","modified_gmt":"2026-04-06T15:36:47","slug":"une-sale-histoire-chien-51-laurent-gaude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1473","title":{"rendered":"Une sale histoire \u2013 Chien 51, Laurent Gaud\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Babel poche, Actes Sud 2022.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Chien-51-couverture.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"340\" height=\"340\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Chien-51-couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1475\" style=\"width:458px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Chien-51-couverture.jpg 340w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Chien-51-couverture-300x300.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Chien-51-couverture-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 340px) 100vw, 340px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La vie d\u2019un lecteur se compose, \u00e0 son insu, d\u2019\u00e9res tout \u00e0 fait comparables \u00e0 celles de la g\u00e9ologie qui expliquent l\u2019histoire la terre. Il faut, \u00e9videmment, avoir assez v\u00e9cu pour le pouvoir comprendre. Pour distinguer la grande p\u00e9riode du pr\u00e9cambrien initiale du quaternaire pr\u00e9sent. Chacun doit apprendre \u00e0 distinguer ses propres \u00e8res de lectures. Je ne m\u2019\u00e9tendrai pas sur le d\u00e9tail des miennes ici. Je dirai simplement, pour relier cela \u00e0 la critique de ce livre, qu\u2019il se constitue, au fil du temps, en chacun de nous, une s\u00e9dimentation que reprennent et s\u00e9parent des ruptures que sont les \u00e9tapes de notre vie personnelle, car nous lisons ce que nous sommes et comment nous vivons. Nous avons tous en commun un arch\u00e9en primitif o\u00f9 la \u00ab&nbsp;soupe originelle&nbsp;\u00bb se mijote&nbsp;: c\u2019est le temps de l\u2019\u00e9cole, des premi\u00e8res lectures, de l\u2019apprentissage, des prescriptions obligatoires, des jeux d\u2019influences. Nul n\u2019y \u00e9chappe, certains s\u2019en repaissent et s\u2019en construisent, comme le fit Giacomo L\u00e9opardi de la biblioth\u00e8que familiale. Tous s\u2019y structurent avec ou contre ce qu\u2019ils y vivent. Puis nous entrons dans les \u00e8res personnelles, plus ou moins nombreuses. D\u2019une de ces \u00e8res, sans le vouloir sans doute, j\u2019ai gard\u00e9 une sorte de r\u00e8gle tacite (qui peut s\u2019av\u00e9rer un pr\u00e9jug\u00e9) qui est de se m\u00e9fier des auteurs contemporains qui vendent de gros tirages et sont encens\u00e9s par la presse ou les m\u00e9dias divers. Cette prudence est n\u00e9cessaire, mais pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, elle peut devenir une sorte de r\u00e9flexe d\u2019intellectuel, amoureux du secret non partag\u00e9 et des auteurs maudits. Tout grand lecteur me comprendra. Je n\u2019y \u00e9chappe pas, bien que j\u2019ai une grande dilection pour les auteurs populaires au sens plein du terme (ceux qui parle du peuple au peuple). Tout cela pour dire que Laurent Gaud\u00e9 a \u00e9t\u00e9 victime de cette prudence. Je me suis d\u00e9tourn\u00e9 de lui en raison m\u00eame de son succ\u00e8s. Il a fallu que l\u2019on m\u2019offre ce livre pour que je sois moralement oblig\u00e9 de le lire \u2013 il est toujours tr\u00e8s mal \u00e9duqu\u00e9 de ne pas lire un livre que quelqu\u2019un a pris le temps de choisir pour vous l\u2019offrir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chien 51<\/em> est un \u00ab&nbsp;vrai roman&nbsp;\u00bb, au sens classique, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il raconte une histoire dans un cadre d\u00e9fini et un temps pr\u00e9cis, avec des personnages invent\u00e9s et une action soutenue. Il ressemble, selon la typologie classique, \u00e0 un roman policier. Mais c\u2019est aussi un r\u00e9cit futuriste proche. On appelait jadis cela de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;anticipation&nbsp;\u00bb, pour distinguer Jules Vernes, Ren\u00e9 Barjavel de Ray Bradbury ou Isaac Asimov, auteur de Science-Fiction. C\u2019est donc un roman policier d\u2019anticipation. Cette appellation est simplement destin\u00e9e \u00e0 orienter l\u2019id\u00e9e du lecteur, elle ne rend pas compl\u00e8tement justice au livre, qui est plus que cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Cadrons espace, temps et personnages&nbsp;: Chien 51 est le nom professionnel d\u2019un policier, dont le patronyme r\u00e9el est Zem Sparak&nbsp;; ce r\u00e9cit se situe dans un temps futur, mais assez proche de nous, car les situations d\u00e9crites sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, sans doute \u00e0 la fin du XXIe si\u00e8cle au plus tard&nbsp;; l\u2019espace est double&nbsp;: un espace du pass\u00e9, la Gr\u00e8ce originelle de Sparak, et un espace pr\u00e9sent, Magnapole, variant de M\u00e9galopole, soit une gigantesque cit\u00e9, divis\u00e9e en trois zones d\u00e9limit\u00e9es par des chek-up, la zone 1 est r\u00e9serv\u00e9e aux dirigeants et puissants, la zone 2 aux \u00e9l\u00e9ments actifs du syst\u00e8me et reconnus comme positifs par lui, la zone 3 est celle des r\u00e9prouv\u00e9s, des bons \u00e8 rien, des criminels\u2026 Le cadre est donc classique dans l\u2019approche futuriste, tant au cin\u00e9ma qu\u2019en litt\u00e9rature. Laurent Gaud\u00e9 en d\u00e9veloppe simplement une variation personnalis\u00e9e. L\u00e0 n\u2019est pas l\u2019int\u00e9r\u00eat du livre. Ce sont les personnages et l\u2019action qui sont le v\u00e9ritable sujet, le reste est d\u00e9cor. Deux personnages principaux, deux flics, puis quelques personnages secondaires majeurs (disons deux ou quatre selon la lecture que l\u2019on fait du livre), puis des seconds couteaux \u2013 au sens propres du terme \u2013 et des figurants.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue est classique. Un mort particuli\u00e8rement massacr\u00e9, puis un second du m\u00eame type. En zone 3. Un flic qui travaille en zone 3, associ\u00e9 de force par l\u2019institution \u00e0 une femme polici\u00e8re de la zone 2, pour \u00e9claircir ces crimes. Elle s\u2019appelle Salia Malberg.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurent Gaud\u00e9 respecte les codes du polar. Les deux flics sont au d\u00e9part oppos\u00e9s en tous points&nbsp;; puis, ils se rapprochent, finissent par coucher ensemble et s\u2019appr\u00e9cier vraiment (r\u00e9sum\u00e9 tr\u00e8s grossier). L\u2019enqu\u00eate aussi est codifi\u00e9e&nbsp;: il y a les cadavres, qui posent des probl\u00e8mes s\u00e9rieux (qui, pourquoi ces mises en sc\u00e8ne&nbsp;?), puis peu \u00e0 peu la toile qui se tisse et m\u00e8ne \u00e0 deux hommes politiques puissants en concurrence pour une \u00e9lection majeur prochaine. Les sbires des deux interviennent, Salia est tabass\u00e9e \u00e0 fond et perd momentan\u00e9ment l\u2019esprit, et Zem se met au service de la vengeance, par l\u2019entremise d\u2019un des puissants qui le recrute. L\u2019affaire est r\u00e9solue mais cela ne sert \u00e0 rien, le syst\u00e8me dig\u00e8re cet \u00e9pisode&nbsp;? Et la vie sale et triste continue.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est une sale histoire, dans une sale zone, avec des sales types et des h\u00e9ros qui trimbalent dans leurs m\u00e9moires de sales choses. Et on glisse l\u00e0 du polar au film noir, genre bien plus riche qu\u2019Hollywood a su magnifier dans les ann\u00e9es 1950. Dans le film ou le polar noir, l\u2019action polici\u00e8re est aussi un d\u00e9cor, l\u2019essentiel est ailleurs, dans la vie profonde des protagonistes. Le c\u0153ur du livre est bien Chien 51, ce Zem Sparak, dont le nom est un pseudo chois en entrant dans la police Magnapole. Zem est hant\u00e9 par la Gr\u00e8ce de sa jeunesse, avant sa ruine totale, avant son rachat par la firme GoldTex, qui ach\u00e8te hommes et habitants pour en faire ses sujets-objets. Le monde est alors une lutte concurrentielle entre GoldTex et son concurrent. Une sorte d\u2019apog\u00e9e du capitalisme, avant l\u2019in\u00e9vitable chute. L\u2019auteur se d\u00e9brouille pour brosser, par touches l\u00e9g\u00e8res, le portrait politique du moment&nbsp;; c\u2019est pr\u00e9-apocalyptique dans l\u2019esprit, m\u00eame si l\u2019ordre r\u00e8gne \u00e0 Magnapole.<\/p>\n\n\n\n<p>Zem traine sa vie et sa nostalgie, cache un secret terrible et ne peut que constater qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019espoir, car Salia, qui le repr\u00e9sentait, est cass\u00e9e \u00e0 jamais&nbsp;; il la recueille, mais sans espoir de gu\u00e9rison r\u00e9elle. A travers Zem, c\u2019est l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 libre qui est \u00e9voqu\u00e9e, avec sa part d\u2019ombre. L\u00e0 se trouve la plus belle part du roman qui, par ailleurs est joliment \u00e9crit, dans un style qui ne fait d\u2019esbrouffe et se lit tr\u00e8s facilement.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/chien-51-affuche-du-film.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"310\" height=\"420\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/chien-51-affuche-du-film.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-1474\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/chien-51-affuche-du-film.webp 310w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/chien-51-affuche-du-film-221x300.webp 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 310px) 100vw, 310px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Celui qui voudra lire un simple polar le pourra. Mais le lecteur curieux, qui aime regarder derri\u00e8re les apparences s\u2019appropriera toute la r\u00e9flexion sur la noirceur de la vie, sur la libert\u00e9, sur le pouvoir corrupteur et sur l\u2019amour. En octobre 2025, un film au m\u00eame titre est sorti en France, avec Gilles Lelouche dans le r\u00f4le de Chien 51, ce qui est plut\u00f4t un bon choix. Mais la seule lecture du synopis montre que l\u2019histoire a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e et je vous recommande vivement de lire plut\u00f4t le roman et, si vous voulez aller voir le film, d\u2019y aller ensuite. Un film est toujours une r\u00e9gression par rapport \u00e0 un bon livre\u00a0; \u00e0 cette condition on peut s\u2019y risquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 D\u00e9cembre 2025<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Babel poche, Actes Sud 2022. La vie d\u2019un lecteur se compose, \u00e0 son insu, d\u2019\u00e9res tout \u00e0 fait comparables \u00e0 celles de la g\u00e9ologie qui&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1473\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Une sale histoire \u2013 Chien 51, Laurent Gaud\u00e9<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1473","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1473","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1473"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1473\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1476,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1473\/revisions\/1476"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1473"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1473"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1473"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}