{"id":1455,"date":"2025-08-29T22:46:34","date_gmt":"2025-08-29T21:46:34","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1455"},"modified":"2025-08-29T22:46:36","modified_gmt":"2025-08-29T21:46:36","slug":"hardi-les-doux-jean-thomas-de-beauregard-o-p-une-critique-oecumenique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1455","title":{"rendered":"Hardi les doux\u00a0! \u2013 Jean-Thomas de Beauregard (O.P.) &#8211; Une critique \u0153cum\u00e9nique"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hardi-els-doux-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"225\" height=\"350\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hardi-els-doux-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1456\" style=\"width:385px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hardi-els-doux-couv.jpg 225w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Hardi-els-doux-couv-193x300.jpg 193w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Les \u00e9ditions du Cerf, 2024.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Ordre des pr\u00eacheurs (O.P.) fut le premier nom de cette cr\u00e9ation de Dominique de Guzman, lors de la lutte contre les h\u00e9r\u00e9tiques cathares, afin de les ramener, par l\u2019exemple \u2013 et non par l\u2019Inquisition, au d\u00e9part -, au sein de la vraie foi. L\u2019ordre est vou\u00e9 essentiellement \u00e0 la pr\u00e9dication. Celle-ci peut prendre des formes diverses, tant \u00e0 l\u2019oral qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9crit. Depuis toujours cet ordre est une p\u00e9pini\u00e8re d\u2019auteurs, d\u2019enseignants et de grands pr\u00e9dicateurs, comme son rival, l\u2019ordre j\u00e9suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fr\u00e8re Jean-Thomas de Beauregard appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration montante de l\u2019ordre, celle des trentenaires qui fourmillent d\u2019id\u00e9es et s\u2019attaquent \u00e0 des sujets jusque l\u00e0 ignor\u00e9s de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9e, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 chroniqu\u00e9 un autre auteur de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration, Sylvain Detoc et son livre \u00e9tonnant, <em><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1288\">La gloire des bons \u00e0 rien<\/a><\/em>. Leur angle d\u2019attaque est celui de la surprise, du contre-pied, dont on comprend bien qu\u2019il est un moyen d\u2019\u00e9viter de mettre ses pas dans les pas de ses p\u00e8res et de produire un \u00e9ni\u00e8me livre sur la charit\u00e9 ou l\u2019eucharistie. Cela correspond bien au caract\u00e8re des jeunes dominicains que j\u2019ai pu rencontrer. En cela, ils rejoignent la cohorte des auteurs protestants de leur g\u00e9n\u00e9ration, preuve que c\u2019est une d\u00e9marche globale d\u2019adaptation du discours religieux \u00e0 l\u2019\u00e9poque et au public nourri aux r\u00e9seaux (a)sociaux. Ceci \u00e9tant dit, je doute s\u00e9rieusement que ce public de <em>digital natives<\/em>, comme disent les cuistres sans racines, lise ce livre&nbsp;: il est \u00e9crit dans une belle langue fran\u00e7aise, et il n\u2019y a ni images, ni QR codes, ni \u00e9motic\u00f4nes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-thomas-de-beauregard-600px.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-thomas-de-beauregard-600px.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1457\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-thomas-de-beauregard-600px.jpg 600w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Jean-thomas-de-beauregard-600px-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Le fr\u00e8re dominicain Jean-Thomas de Beauregard<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00fb d\u00e9couvrir ce livre dans une revue catholique o\u00f9 il \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9. Comme pour celui de S. Detoc, c\u2019est le titre qui m\u2019a accroch\u00e9, preuve que leur analyse d\u2019auteur est juste. Associer la hardiesse \u00e0 la douceur a quelque chose de l\u2019oxymore dans notre pens\u00e9e actuelle. J\u2019avais h\u00e2te de voir comment notre jeune pr\u00eacheur allait s\u2019en sortir. Alors, disons-le de suite, quitte \u00e0 briser un suspens insoutenable, il s\u2019en sort tr\u00e8s bien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre d\u00e9bute par un avant-propos titr\u00e9 La querelle du romancier et du philosophe, qui s\u2019appuie sur les positions de deux auteurs catholiques du XXe si\u00e8cle, le philosophe Jacques Maritain, thomiste de r\u00e9f\u00e9rence, et George Bernanos, \u00e9crivain flamboyant, toujours r\u00e9volt\u00e9 et merveilleux peintre de l\u2019\u00e2me humaine et de ses m\u00e9andres. Bien que tout \u00e0 fait oppos\u00e9s dans leurs caract\u00e8res, ils aspir\u00e8rent tous deux \u00e0 \u00eatre des doux, \u00e0 leur mani\u00e8re. C\u2019est sur ces diff\u00e9rences d\u2019approche de la douceur que l\u2019avant-propos se d\u00e9veloppe. Je n\u2019h\u00e9siterai pas \u00e0 dire que ces pages sont brillantes. Elles joignent un style impeccable \u00e0 une structure passionnante fond\u00e9e sur une citation du Britannique Chesterton, autre enfant terrible du catholicisme, qui d\u00e9non\u00e7ait les <em>\u00ab&nbsp;vertus chr\u00e9tiennes devenues folles<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 9). Parodiant cette expression, L\u2019auteur utilise la m\u00e9thode de l\u2019anaphore \u00ab&nbsp;La douceur chr\u00e9tienne devient folle\u2026&nbsp;\u00bb pour d\u00e9noncer tout ce que la douceur dont il veut parler n\u2019est pas. C\u2019est de la th\u00e9ologie n\u00e9gative sous forme litt\u00e9raire. Il va au combat d\u2019entr\u00e9e contre Machiavel et Nietzsche, contempteur de la douceur comme vertu des faibles ou des eff\u00e9min\u00e9s. Il cl\u00f4t cet avant-propos par les mots suivants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur est la vertu des forts et l\u2019apanage des saints. Elle se re\u00e7oit et s\u2019apprend. Heureux les doux, hardi les doux&nbsp;!&nbsp;\u00bb (P.20).<\/p>\n\n\n\n<p>Le reste du livre ne se maintient pas \u00e0 ce z\u00e9nith de pens\u00e9e et de formulation, mais c\u2019\u00e9tait quasiment impossible. Le fr\u00e8re de Beauregard reprend alors sa plume de professeur de philosophie et de th\u00e9ologien, pour nous offrir un plan bas\u00e9 sur la Trinit\u00e9. Le P\u00e8re est r\u00e9v\u00e9lateur de la douceur, le Fils est douceur paradoxale, l\u2019Esprit Saint est une onction de douceur. Ces trois chapitres permettent de visiter la Bible et les textes de la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que la douceur de Dieu&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur de Dieu consiste donc \u00e0 rencontrer les cr\u00e9atures et \u00e0 accompagner sa propre action et celle de toutes les cr\u00e9atures pour les conduire vers leur bien.&nbsp;\u00bb (P.25)<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu veut le bien pour sa cr\u00e9ation et c\u2019est par sa r\u00e9v\u00e9lation qu\u2019il veut y conduire l\u2019humanit\u00e9. La Bible nous raconte cette r\u00e9v\u00e9lation et comment Dieu a le souci de ses cr\u00e9atures.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/heureux-les-doux-image.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"350\" height=\"307\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/heureux-les-doux-image.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1459\" style=\"width:586px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/heureux-les-doux-image.jpg 350w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/heureux-les-doux-image-300x263.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;D\u00e8s lors, si Dieu ne renonce jamais \u00e0 accompagner vers le bien toutes ses cr\u00e9atures \u00e0 titre singulier, et le monde g\u00e9n\u00e9ral, le plus souvent sa gr\u00e2ce se coule dans les dispositions naturelles des cr\u00e9atures qu\u2019il vient gu\u00e9rir et sur\u00e9lever pour les faire rayonner d\u2019un peu de sa gloire. C\u2019est ce qui fait qu\u2019il passe inaper\u00e7u.\u00bb (P.33-34).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9v\u00e9lation de Dieu est progressive, comme le montre l\u2019auteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a une progressivit\u00e9 de la R\u00e9v\u00e9lation, depuis Abraham jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incarnation du Christ achev\u00e9e dans le don de l\u2019Esprit-Saint \u00e0 la Pentec\u00f4te. Dieu ne se r\u00e9v\u00e8le pas tout entier en une seule fois.&nbsp;\u00bb (P.35).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi la douceur de J\u00e9sus est-elle qualifi\u00e9e de \u00ab&nbsp;paradoxale&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Charit\u00e9, humilit\u00e9 et douceur. Seules vertus pour lesquelles le Christ se donne explicitement en exemple&nbsp;; ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces vertus qu\u2019il nous commande d\u2019imiter, contre la promesse de nous \u00ab&nbsp;procurer le repos&nbsp;\u00bb, \u00e0 nous qui peinons sous le poids du fardeau (Mt 11&nbsp;:28).&nbsp;\u00bb (P.44).<\/p>\n\n\n\n<p>Le Christ est donc le mod\u00e8le \u00e0 suivre, sur ces trois vertus associ\u00e9es et interd\u00e9pendantes. Sa venue sur terre est faite dans cette optique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur de l\u2019Incarnation se r\u00e9alise dans l\u2019humilit\u00e9 et pour la charit\u00e9.&nbsp;\u00bb(P. 46 ).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette affirmation se doit d\u2019\u00eatre corrobor\u00e9e par l\u2019ensemble de la vie de J\u00e9sus. Il est manifeste qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 humble toute sa vie. Il s\u2019est toujours mis derri\u00e8re le P\u00e8re, il n\u2019a jamais recherch\u00e9 les honneurs, a refus\u00e9 l\u2019idol\u00e2trie du peuple. D\u2019o\u00f9 lui venaient ces qualit\u00e9s&nbsp;? De Beauregard avance une hypoth\u00e8se&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 on peut \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que J\u00e9sus, en son humanit\u00e9, a appris la douceur sur les genoux de la Vierge Marie, quand bien m\u00eame il la poss\u00e9dait parfaitement en vertu de sa divinit\u00e9.&nbsp;\u00bb (P. 51).<\/p>\n\n\n\n<p>On pourra appr\u00e9cier la contradiction&nbsp;: soit il poss\u00e9dait la douceur <em>ab origine<\/em>, soit il l\u2019a apprise. Mais on peut combiner les deux. Sauf, \u00e9videmment, \u00e0 vouloir donner \u00e0 Marie un r\u00f4le de plus, pour \u00e9paissir la l\u00e9gende construite hors de toute base biblique. Le vrai probl\u00e8me est la divinit\u00e9 ou l\u2019adoption divine de J\u00e9sus, d\u00e9bat qui fut tr\u00e8s vif dans l\u2019\u00c9glise primitive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe de J\u00e9sus est celui de la douceur et de la col\u00e8re, deux sentiments ou comportements antagoniques, au moins en apparence. En apparence seulement, car il existe une col\u00e8re positive. Pour la d\u00e9finir, l\u2019auteur cite Aristote et l\u2019\u00c9thique \u00e0 Nicomaque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019homme donc qui est en col\u00e8re pour les choses qu\u2019il faut et contre les personnes qui le m\u00e9ritent, et qui en outre l\u2019est de la fa\u00e7on qui convient, au moment et aussi longtemps qu\u2019il faut, un tel homme est l\u2019objet de notre \u00e9loge. Cet homme sera d\u00e8s lors un homme doux.&nbsp;\u00bb (P. 52).<\/p>\n\n\n\n<p>La douceur n\u2019exclut donc nullement la col\u00e8re pour la philosophie grecque. Ce qui compte est la ma\u00eetrise de soi dans cette col\u00e8re. Il faut donc admettre qu\u2019il existe des circonstances et des gens contre lesquels il <strong>faut<\/strong> \u00eatre en col\u00e8re. L\u2019auteur cite ensuite plusieurs exemples de moments o\u00f9 J\u00e9sus contient sa col\u00e8re ou ne r\u00e9pond pas \u00e0 la col\u00e8re de ses adversaires. \u00c0 l\u2019inverse, il cite trois femmes converties par la douceur du Christ (la Samaritaine, la femme adult\u00e8re et la p\u00e9cheresse au parfum).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 vient cette douceur de J\u00e9sus, inatteignable \u00e0 l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur de J\u00e9sus est le rayonnement sur la terre de la douceur divine qu\u2019il partage avec le P\u00e8re de toute \u00e9ternit\u00e9 au ciel. Elle est d\u2018autant plus grande qu\u2019il est tout entier pacifi\u00e9, conform\u00e9 par tout son \u00eatre \u00e0 la volont\u00e9 du P\u00e8re.&nbsp;\u00bb (P. 60).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus parvient \u00e0 concilier la douceur divine et une col\u00e8re sainte contre le mal et le p\u00e9ch\u00e9. C\u2019est le chemin \u00e0 suivre&nbsp;: non bannir toute col\u00e8re au nom d\u2019une charit\u00e9 mal comprise, mais la contr\u00f4ler et l\u2019accompagner d\u2019une douceur au quotidien. Vaste programme&nbsp;! Tout l\u2019enseignement du Christ doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette mesure. Jusqu\u2019\u00e0 la Passion, tout est transmission aux disciples&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019enseignement de J\u00e9sus sur l\u2019amour inconditionnel des ennemis et la -violence doit \u00eatre m\u00e9dit\u00e9 \u00e0 l\u2019aune du r\u00e9cit de la Passion. Car c\u2019est de Geths\u00e9mani au calvaire que J\u00e9sus accomplit son enseignement.&nbsp;\u00bb (P. 67).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019onction de douceur du Saint-Esprit n\u2019est pas la plus simple \u00e0 comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Des trois personnes de la Trinit\u00e9, l\u2019Esprit-Saint est la plus insaisissable. Son \u0153uvre aupr\u00e8s des hommes et dans le monde se fait sous le signe de la discr\u00e9tion. Pourtant, d\u00e8s lors qu\u2019un acte de foi, d\u2019esp\u00e9rance et de charit\u00e9 est pos\u00e9 ici-bas, d\u00e8s lors que quelque \u0153uvre bonne est produite par un homme, l\u2019Esprit-Saint est l\u00e0 qui en a suscit\u00e9 le d\u00e9sir, soutenu la r\u00e9alisation, et qui lui a donn\u00e9 de porter du fruit.&nbsp;\u00bb (P.71).<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, notre connaissance est, paradoxalement, la plus limit\u00e9e sur le Saint-Esprit, alors m\u00eame que c\u2019est Dieu en nous, donc ce que nous devrions le mieux ressentir et comprendre&nbsp;! L\u2019auteur n\u2019ignore \u00e9videmment pas cette difficult\u00e9, mais il ne l\u2019affronte pas directement. Il pr\u00e9f\u00e8re passer par l\u2019exemple d\u2019Augustin et des extraits des <em>Confessions<\/em>, abordant ainsi la douceur des premiers temps de conversion. Ensuite, dit-il, les choses se corsent, car la douceur suave des d\u00e9buts fait place \u00e0 un chemin plus mitig\u00e9 o\u00f9 la d\u00e9couverte du mal rend les choses plus \u00e2pres. La vie devient plus combat. Mais c\u2019est alors que l\u2019onction de l\u2019Esprit est la plus utile et qu\u2019il faut savoir la rechercher et la cultiver. L\u2019Esprit devient la force qui nous aide \u00e0 saisir la Parole, \u00e0 la m\u00e9diter, \u00e0 la faire esprit et vie en nous. Pour le dominicain, la douceur de l\u2019Esprit se manifeste principalement dans les sacrements.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9difice sacramentel de l\u2019\u00c9glise n\u2019est donc rien d\u2019autre que la mani\u00e8re douce dont l\u2019Esprit-Saint entend communiquer la gr\u00e2ce du Christ \u00e0 tous les hommes pour les amener au P\u00e8re.&nbsp;\u00bb (P. 84).<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une phrase qui vous semblera peut-\u00eatre anodine et sans \u00e9quivoque. Mais elle est pourtant, pour le moins discutable. D\u2019abord par la dimension donn\u00e9e aux sacrements&nbsp;: l\u2019\u00c9glise romaine en reconna\u00eet sept, alors que les protestants n\u2019en comptent que deux&nbsp;! la diff\u00e9rence tient \u00e0 leur historicit\u00e9&nbsp;: pour les r\u00e9form\u00e9s, seuls ceux mis en \u0153uvre par le Christ lui-m\u00eame sont dans cette cat\u00e9gorie. Les autres n\u2019ont en effet pas de racines bibliques, J\u00e9sus ne les ayant pas mis en action (mariage, confession \u2013 ou r\u00e9conciliation en termes modernes -, extr\u00eame onction, la confirmation et l\u2019ordination<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>). Il faut aussi parler de leur administration&nbsp;: pour les catholiques, seuls les ordonn\u00e9s peuvent donner les sacrements, c\u2019est une affaire de religieux exclusivement&nbsp;; pour les protestants, le sacerdoce est universel, donc les sacrements sont \u00e0 disposition de tous les fid\u00e8les, avec discernement \u00e9videmment&nbsp;! Enfin il faut d\u00e9miner le terme \u00ab&nbsp;Eglise&nbsp;\u00bb qui, pour notre auteur, comme pour tous les catholiques est synonyme d\u2019\u00c9glise catholique romaine. Or, ceci est \u00e9galement inacceptable pour les protestants, qui appellent \u00c9glise l\u2019ensemble des croyants du monde entier, soir l\u2019\u00c9glise universelle invisible, par contraste avec l\u2019\u00e9glise locale, visible. Les sacrements sont \u00e0 disposition, par l\u2019enseignement apostolique, de toutes les \u00e9glises locales fond\u00e9es sur la parole du Christ.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces distinctions \u00e9tant pos\u00e9es, je puis accepter le propos de notre auteur, dans un sens bien plus \u00ab&nbsp;inclusif&nbsp;\u00bb que celui qu\u2019il lui donnait, sauf proc\u00e8s d\u2019intention de ma part.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet l\u2019onction de l\u2019Esprit am\u00e8ne le croyant \u00e0 rechercher la communion fraternelle sous toutes ses formes et c\u2019est dans la communaut\u00e9 des croyants qu\u2019elle peut s\u2019accomplir.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9mets donc des r\u00e9serves th\u00e9ologiques et eccl\u00e9siologiques sur ce chapitre, tout en acceptant son contenu g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette \u00e9tude trinitaire de la douceur, l\u2019auteur aborde la question de la gr\u00e2ce et des vertus face \u00e0 la douceur. On rentre donc dans l\u2019\u00e9thique de la douceur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce propos, il pose un principe que je ne puis que partager&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La conversion est la grande affaire des chr\u00e9tiens. Non pas seulement de ceux qui ne le seraient pas encore, mais aussi de ceux qui le sont d\u00e9j\u00e0, mais pas assez.&nbsp;\u00bb (P. 99).<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de discuter ce point, soyons clairs&nbsp;: on n\u2019est jamais assez converti au Christ tant que l\u2019on est sur cette terre des hommes. Je ne puis que me r\u00e9jouir de cette affirmation, car elle n\u2019est pas si \u00e9vidente que cela dans l\u2019histoire du catholicisme. Sans remonter \u00e0 l\u2019antiquit\u00e9 ou au Moyen \u00c2ge, je parlerais simplement de ce que j\u2019ai v\u00e9cu au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 lorsque je rencontrais de jeunes catholiques ou des pr\u00eatres. La conversion \u00e9tait alors une notion non utilis\u00e9e dans la vie courante des croyants. J\u2019ai vu revenir ce mot progressivement \u00e0 partir du pontificat de Jean-Paul II. Il est aujourd\u2019hui courant dans tout discours de l\u2019\u00c9glise romaine. Je pense qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un hasard ou d\u2018une mode. Longtemps religion d\u2019\u00c9tat et ultradominante, l\u2019\u00c9glise catholique n\u2019avait nul besoin de la conversion, on naissait catholique et tout le syst\u00e8me sacramentel s\u2019enclenchait, avec plus ou moins de succ\u00e8s. Ce n\u2019est plus du tout le cas. Si le catholicisme reste statistiquement premi\u00e8re confession de France (pour combien de temps encore face \u00e0 l\u2019islam&nbsp;?), il a connu une d\u00e9crue \u00e9norme que l\u2019on peut mesurer \u00e0 la fr\u00e9quentation des offices ordinaires. La s\u00e9cularisation l\u2019a touch\u00e9 de plein fouet. Les mariages se sont effondr\u00e9s, comme les bapt\u00eames ou communions&nbsp; solennelles. Le recrutement vocationnel des pr\u00eatres est tr\u00e8s probl\u00e9matique (il en va de m\u00eame pour le protestantisme historique). L\u2019\u00c9glise s\u2019accroit surtout maintenant par conversion et bapt\u00eame d\u2019adultes&nbsp;: elle s\u2019est donc \u00ab&nbsp;protestantis\u00e9e&nbsp;\u00bb dans son recrutement. Du coup, la conversion est une exp\u00e9rience qui a gagn\u00e9 droit de cit\u00e9, et je m\u2019en r\u00e9jouis, car je crois qu\u2019il n\u2019est d\u2019\u00c9glise r\u00e9elle que de convertis.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/que-votre-douceur-soit-connue-de-tous-les-hommes-le-seigneur-est-proche-philippiens-45.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"976\" height=\"906\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/que-votre-douceur-soit-connue-de-tous-les-hommes-le-seigneur-est-proche-philippiens-45.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1460\" style=\"width:487px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/que-votre-douceur-soit-connue-de-tous-les-hommes-le-seigneur-est-proche-philippiens-45.png 976w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/que-votre-douceur-soit-connue-de-tous-les-hommes-le-seigneur-est-proche-philippiens-45-300x278.png 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/que-votre-douceur-soit-connue-de-tous-les-hommes-le-seigneur-est-proche-philippiens-45-768x713.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 976px) 100vw, 976px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Mais la conversion n\u2019est pas la fin du chemin, elle en est juste le portail. D\u00e8s que l\u2019\u00e2me a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e par la gr\u00e2ce divine, elle doit se battre contre le mal qu\u2019elle d\u00e9couvre en elle et autour d\u2019elle. C\u2019est ici que les vertus interviennent. Elles seront les armes dans cette lutte de toute la vie. Or, sur le chemin des vertus, l\u2019homme rencontre deux ennemis, nous dit l\u2019auteur, deux ennemis issus du protestantisme&nbsp;: Kant et Luther. L\u2019un pr\u00f4nant le bien comme devoir absolu, avec son imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, qui exclut tout plaisir et toute joie \u2013 il est vrai que Kant n\u2019est pas rest\u00e9 dans l\u2019histoire comme un boute-en-train! -, et l\u2019autre refusant \u00e0 l\u2019homme toute possibilit\u00e9 de sortir de son p\u00e9ch\u00e9, sauf le salut par gr\u00e2ce. Ce qui refuse toute id\u00e9e de progr\u00e8s spirituel et repose enti\u00e8rement sur la foi, comme seule bou\u00e9e de sauvetage. Ce qui, nous dit notre dominicain, enl\u00e8ve tout r\u00f4le \u00e0 la conversion. Et donc tout travail des vertus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9tonnant, au XXIe si\u00e8cle, un homme aussi brillant que notre auteur, se t=retrouve les pires clich\u00e9s sur Luther et le salut pas la foi. Comme si le chemin de la r\u00e9conciliation n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 act\u00e9 par l\u2019\u00c9glise avec ce que l\u2019on appelle la <em><a href=\"https:\/\/museeprotestant.org\/notice\/la-concorde-de-leuenberg-1973\/\">Concorde de Leuenberg<\/a><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>. Il faut malheureusement dire que, chez les dominicains, Luther est trait\u00e9 comme le Diable&nbsp;! Vieille haine qui remonte \u00e0 la R\u00e9forme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amusant dans ce passage est que la conversion a \u00e9t\u00e9 l\u2019apanage des \u00c9glises protestantes depuis leur origine, alors que l\u2019\u00c9glise romaine n\u2019en faisait m\u00eame pas mention, et qu\u2019il a fallu attendre la fin du XXe si\u00e8cle pour que ce moment d\u00e9cisif de la vie chr\u00e9tienne revienne dans le vocabulaire usuel de Rome. Ce pas sage du livre est donc, de facto, obsol\u00e8te et partial.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre auteur revient donc \u00e0 Augustin pour enterrer Kant. Ce sera plus difficile pour Luther, lui-m\u00eame moine augustinien de haute vol\u00e9e. Il est \u00e9vident que tout chr\u00e9tien cherche \u00e0 accomplir le bien et use des gr\u00e2ces divines que notre auteur appelle vertus. Il existe malheureusement depuis toujours de croyants qui refusent ce combat, ou le croient d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9&nbsp;; ils sont aussi bien chez les catholiques, les orthodoxes ou les protestants. Le livre propose une d\u00e9finition de la vertu&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est une disposition \u00e0 agir bien dans un domaine particulier, avec aisance et joie. Or la vertu s\u2019acquiert par r\u00e9p\u00e9tition d\u2019actes dans un sens donn\u00e9.&nbsp;\u00bb (P. 109).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 nous inf\u00e9rons que la vertu est donn\u00e9e par Dieu \u00e0 la cr\u00e9ature, avec l\u2019assistance de l\u2019Esprit-Saint pour la mettre en \u0153uvre. En effet, seul, l\u2019humain ne peut marcher dans le bien sans broncher, c\u2019est la d\u00e9finition m\u00eame du p\u00e9ch\u00e9. Il appartient, en effet, \u00e0 celui qui est b\u00e9n\u00e9ficiaire de cette vertu -soit tout \u00eatre rachet\u00e9 par le christ \u2013 de la faire cro\u00eetre et porter du fruit. C\u2019est le chemin de la douceur \u00e0 cultiver. \u00c0 travers l\u2019exemple de Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, De Beauregard montre que ce combat est difficile, m\u00eame s\u2019il para\u00eet ais\u00e9 vu de l\u2019ext\u00e9rieur. La douceur n\u2019est donc pas une gr\u00e2ce inn\u00e9e, mais un chemin de travail. Mais ce travail, souvent douloureux, se traduit par un progr\u00e8s et une joie qui surpasse largement les douleurs de la lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>De la vertu, on passe quasiment naturellement \u00e0 la saintet\u00e9. La douceur est la voie de la saintet\u00e9. L\u00e0 encore, le mot est pi\u00e9g\u00e9&nbsp;: notre auteur parle l\u00e0 des personnes canonis\u00e9es par l\u2019institution, alors que le bibliste paulinien sait bien que ce terme s\u2019applique, par son \u00e9tymologie du \u00ab&nbsp;mis \u00e0 part&nbsp;\u00bb, \u00e0 tous les croyants. Nous sommes tous des saints du Nouveau Testament, et nous avons tous \u00e0 emprunter le chemin de la douceur, m\u00eame si beaucoup d\u2019entre nous n\u2019ont aucune envie de voir leurs noms dans le calendrier. La lutte est infinie sur cette terre, car les occasions de chute sont multiples&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; La focalisation sur les p\u00e9ch\u00e9s de chair, certes graves mais surtout plus culpabilisants, risque d\u2019obnubiler la conscience et de la rendre aveugle \u00e0 d\u2019autres p\u00e9ch\u00e9s qui peuvent \u00eatre plus importants comme l\u2019orgueil, le refus de pardonner les offenses, la n\u00e9gligence dans la relation \u00e0 Dieu, l\u2019absence de souci des pauvres et des petits ou le manque de serviabilit\u00e9 au quotidien.&nbsp;\u00bb (P. 118).<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord avec cet avis, il faut rappeler que c\u2019est l\u2019\u00c9glise romaine qui a \u00e9tabli la hi\u00e9rarchie des p\u00e9ch\u00e9s et a rendu culpabilisants les p\u00e9ch\u00e9s de chair par son centrage exclusif sur ceux-ci. La lecture de l\u2019enseignement du Chris ram\u00e8ne \u00e0 une doctrine bien plus saine du p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette lutte du p\u00e9ch\u00e9, le dominicain va exposer deux th\u00e9ories sur la mani\u00e8re de combattre et vaincre le p\u00e9ch\u00e9, donc d\u2019avancer sur le chemin de la saintet\u00e9 ordinaire&nbsp;: la \u00ab&nbsp;<em>loi de gradualit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;<em>loi des seuils<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La loi de gradualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 promue par Jean-Paul II&nbsp;; elle peut se r\u00e9sumer ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La \u00ab&nbsp;loi de gradualit\u00e9&nbsp;\u00bb est une p\u00e9dagogie de la douceur au service du meilleur possible pour chacun \u00e0 un moment donn\u00e9. C\u2019est la vertu des petits pas.&nbsp;\u00bb (P. 122).<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re R\u00e9gamey, dans un livre titr\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Portrait spirituel du chr\u00e9tien<\/em>&nbsp;\u00bb (1963) pose une autre loi, celle des seuils.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026il existe un type d\u2019homme plus commun qu\u2019on ne le croit qui dans un m\u00eame domaine s\u2019av\u00e8re incapable d\u2019un petit effort, mais peut se r\u00e9v\u00e9ler parfaitement capable d\u2019un effort bien plus important si on le lui demande ou qu\u2019il se convainc lui-m\u00eame de le faire.&nbsp;\u00bb (P. 122).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux d\u00e9marches se compl\u00e8tent et ne s\u2019opposent pas. Il s\u2019agit seulement de bien savoir fixer le seuil acceptable. Dans les deux cas, le but est de progresser dans la douceur. Toute la difficult\u00e9 consiste \u00e0 ne pas prendre pour travail de l\u2019Esprit-Saint ce qui n\u2019est qu\u2019\u00e9motion sentimentale. Et ce n\u2019est pas facile&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1458\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur-300x169.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur-768x432.jpg 768w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/eloge-de-la-douceur.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/v0GQYUX_Drg\">Pour voir cette vid\u00e9o: https:\/\/youtu.be\/v0GQYUX_Drg <\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ach\u00e8ve par un chapitre qui se veut une s\u00e9rie de conseils pratiques pour d\u00e9velopper la douceur. On se doute bien que ce n\u2019est pas le plus facile \u00e0 \u00e9crire&nbsp;; tant que l\u2019on reste dans un discours pastoral g\u00e9n\u00e9ral ou th\u00e9ologique, on avance dans un cadre balis\u00e9 par tous les grands anc\u00eatres, on peut toujours trouver tel ou tel passage d\u2019Augustin,&nbsp; Ir\u00e9n\u00e9e ou Thomas qui vienne servir d\u2019appui. Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de donner des pistes pratiques, l\u2019auteur avance en terrain vierge et d\u00e9couvert. L\u00e0, le pi\u00e8ge est de ne pas tomber dans le trait\u00e9 de \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement personnel&nbsp;\u00bb, ce gloubi-boulga qui encombre les rayonnages des librairies et fait leur chiffre d\u2019affaires. Un chr\u00e9tien exp\u00e9riment\u00e9 saura d\u2019entr\u00e9e que les conseils seront peu nombreux et empreints de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. C\u2019est obligatoire pour rester dans la pastorale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fr\u00e8re De Beauregard s\u2019en tire plut\u00f4t bien. Il commence par faire un \u00e9tat des lieux de la violence du monde contemporain, en le rapportant au cadre familial et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019individualisme narcissique forcen\u00e9 qui est la n\u00f4tre. C\u2019est en effet \u00e0 partir de ce qu\u2019est le monde o\u00f9 vit tout chr\u00e9tien qu\u2019il faut trouver le chemin de la douceur et la mani\u00e8re de la vivre.&nbsp; L\u2019auteur reconna\u00eet que la douceur ne proc\u00e8de pas de nous seuls&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur est donc une vertu ou bien re\u00e7ue \u2013 de Dieu \u2013 ou bien acquise \u2013 par l\u2019effort _ et le plus souvent un m\u00e9lange des deux.&nbsp;\u00bb (P. 141).<\/p>\n\n\n\n<p>En acceptant cette dualit\u00e9, le chemin va se trouver trac\u00e9 avec deux voies concomitantes&nbsp;: celle qui nous tourne vers Dieu pour la r\u00e9ception et l\u2019entretien de cette gr\u00e2ce et celle qui nous tourne vers nos fr\u00e8res pour la mise en \u0153uvre par l\u2019effort personnel de la douceur envers le prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chemin use des moyens de salut et de gr\u00e2ce, au premier chef la pri\u00e8re. Le dominicain fait ainsi l\u2019\u00e9loge du chapelet, associant J\u00e9sus et Marie comme mod\u00e8les de douceur<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Nous nous contenterons donc de prendre appui, comme il le fait plus loin, sur Fran\u00e7ois de Salles qui recommande chaque matin de prier Dieu \u00e0 ce sujet. Un peu plus loin, il cite Paul en <strong>Philippiens 4&nbsp;: 6-7<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026mais en tout besoin recourez \u00e0 l\u2019oraison et \u00e0 la pri\u00e8re, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es d\u2019action de gr\u00e2ces, pour pr\u00e9senter vos requ\u00eates \u00e0 Dieu. 7&nbsp; Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos c\u0153urs et vos pens\u00e9es, dans le Christ J\u00e9sus.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La paix que Dieu donne au chr\u00e9tien qui le prie est la condition <em>sine qua non<\/em> de la douceur. Mais cette douceur n\u2019exclut pas la col\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La douceur \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autrui n\u2019exclut pas la juste col\u00e8re, qui a ses lettres de noblesse jusque dans l\u2019Ecriture Sainte.&nbsp;\u00bb (P. 146.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de cette col\u00e8re que Lytta Basset (th\u00e9ologienne protestante) a tir\u00e9 un livre fort \u00e9clairant, <em>Sainte col\u00e8re<\/em>, que je recommande \u00e0 mon lecteur. Il faut rester fortement indign\u00e9 par tout ce qui est injuste et mauvais. L\u2019auteur fait allusion au petit libelle de St\u00e9phane Hessel, Indignez-vous, tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre en son temps, qui posait le devoir d\u2019indignation comme force civique. Le chr\u00e9tien a aussi ce devoir de sainte col\u00e8re, \u00e0 condition de rester dans la saintet\u00e9 du cadrage. Ce que l\u2019auteur traduit ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Autrement dit il convient de ne laisser la col\u00e8re s\u2019exprimer qu\u2019en dernier recours et jamais comme exutoire ni sans la r\u00e9gulation de la raison.&nbsp;\u00bb (P. 151).<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit donc de trouver le bon \u00e9quilibre entre la douceur et l\u2019indignation, voire la col\u00e8re. Pour ce faire, l\u2019homme dispose de moyens naturels (ses ressources propres et celles de l\u2019humanit\u00e9) et de moyens surnaturels (ceux de Dieu et de l\u2019Esprit-Saint). C\u2019est uniquement en les combinant que le chemin de la douceur \u00e9vang\u00e9lique est possible \u00e0 emprunter. Donnons une derni\u00e8re fois la parole \u00e0 l\u2019auteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les moyens surnaturels doivent \u00eatre pos\u00e9s en pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019examen des moyens naturels. Et tout d\u2019abord la fr\u00e9quentation des sacrements, la lecture de la Parole de Dieu, la pri\u00e8re du chapelet, ma m\u00e9ditation des myst\u00e8res de la vie du Christ ainsi que la contemplation de la douceur des Trois Personnes de la Sainte Trinit\u00e9. Sont n\u00e9cessaires \u00e9galement l\u2019adoration eucharistique et l\u2019oraison, ainsi que la lecture de la vie des saints. Les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise y ajouteraient la consid\u00e9ration fr\u00e9quente de nos propres p\u00e9ch\u00e9s, qui nous d\u00e9tourne de la col\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard des p\u00e9ch\u00e9s d\u2019autrui. Moins envisag\u00e9e par les auteurs antiques, l\u2019autod\u00e9rision, qui d\u00e9sarme la col\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard du prochain avec souvent plus d\u2019efficacit\u00e9 que la consid\u00e9ration des p\u00e9ch\u00e9s personnels.&nbsp;\u00bb (P. 154).<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne reprendrai pas ici mes remarques restrictives sur certains moyens indiqu\u00e9s. Mais je puis valider la d\u00e9marche d\u2019ensemble qui est propos\u00e9e, car elle repose sur les deux jambes de la marche chr\u00e9tienne&nbsp;: le surnaturel de Dieu et le naturel humain.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la longueur de cet essai, le lecteur aura compris que je consid\u00e8re ce livre comme un travail important sur un sujet assez peu travaill\u00e9 en th\u00e9ologie. Il comprendra aussi que mes remarques critiques de protestant sont destin\u00e9es \u00e0 poser les bases d\u2019un \u0153cum\u00e9nisme r\u00e9el, qui ne tente pas de gommer les asp\u00e9rit\u00e9s, mais se vit malgr\u00e9 elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes \u2013 ao\u00fbt 2025.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019auteur, pour justifier la pertinence des sacrements passe par LA r\u00e9f\u00e9rence incontournable, Thomas d\u2019Aquin et cite une analogie corporelle d\u00e9velopp\u00e9e par le \u00ab&nbsp;docteur ang\u00e9lique&nbsp;\u00bb, pages 86-87. Hormis la po\u00e9sie du texte, je ne suis gu\u00e8re convaincu par la d\u00e9monstration&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Concorde_de_Leuenberg\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Concorde_de_Leuenberg<\/a> donne l\u2019histoire de ce texte, <a href=\"https:\/\/infocatho.cef.fr\/fichiers_html\/oecumenisme\/uniteaccords\/accordleunberg.html\">https:\/\/infocatho.cef.fr\/fichiers_html\/oecumenisme\/uniteaccords\/accordleunberg.html<\/a> pour le texte lui-m\u00eame, sur le site d\u2019information catholique officiel. Il semblerait donc utile que les dominicains se rangent sous la banni\u00e8re de leur propre \u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le th\u00e9ologien protestant est encore oblig\u00e9 de signaler que mettre <strong>sur le m\u00eame plan<\/strong> J\u00e9sus et Marie est une prouesse extrabiblique qu\u2019il ne saurait valider.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions du Cerf, 2024. L\u2019Ordre des pr\u00eacheurs (O.P.) fut le premier nom de cette cr\u00e9ation de Dominique de Guzman, lors de la lutte contre&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1455\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Hardi les doux\u00a0! \u2013 Jean-Thomas de Beauregard (O.P.) &#8211; Une critique \u0153cum\u00e9nique<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,4,19],"tags":[],"class_list":["post-1455","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bible-et-vie","category-les-critiques","category-religion-spiritualite","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1455"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1461,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1455\/revisions\/1461"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1455"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}