{"id":1214,"date":"2024-10-09T09:51:25","date_gmt":"2024-10-09T08:51:25","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1214"},"modified":"2024-10-09T09:52:02","modified_gmt":"2024-10-09T08:52:02","slug":"le-noeud-gordien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1214","title":{"rendered":"Le N\u0153ud Gordien"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Noeud gordien\u00a0&#8211; Georges Pompidou (1974)<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"> <\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Le-noeud-gordien-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"500\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Le-noeud-gordien-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1216\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Le-noeud-gordien-couv.jpg 500w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Le-noeud-gordien-couv-300x300.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Le-noeud-gordien-couv-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Paris, Editions Plon, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1970, j\u2019avais 16 ans et le peuple fran\u00e7ais des citoyens de plus de 21 ans venait d\u2019\u00e9lire un pr\u00e9sident, qui n\u2019\u00e9tait pas du tout un inconnu, puisqu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 premier ministre du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle durant 6 ans&nbsp;: Georges Pompidou. C\u2019est peu dire que ce bonhomme-l\u00e0 ne m\u2019emballait pas. D\u00e9j\u00e0, physiquement, avec ses sourcils broussailleux, il avait un aspect sauvage que ne pouvait \u00e9videmment pas effacer son minois de renard. Je ne pense pas que la jeunesse de l\u2019\u00e9poque, quelles que soient ses id\u00e9es politiques, ait \u00e9t\u00e9 enthousiasm\u00e9 par Pompidou&nbsp;: il incarnait la poursuite de la vieille France de De Gaulle, dont nous \u00e9tions alors incapables de saisir toute la grandeur (mais ce temps viendrait&nbsp;!). Sa pr\u00e9sidence fut interrompue par sa maladie, qui le faisait changer \u00e0 vue d\u2019\u0153il, son cou enflant \u00e0 chaque apparition t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, puis, un jour, on nous annon\u00e7a sa mort\u2026 Et il passa dans les oubliettes de l\u2019histoire, ringardis\u00e9 par les Kennedy fran\u00e7ais que r\u00eavaient d\u2019\u00eatre Jacques Chaban-Delmas et Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing. On sait comment le premier fut politiquement assassin\u00e9 par le second qui devint le Pr\u00e9sident suivant. Et la poussi\u00e8re de l\u2019oubli tomba sur Pompidou qui ne surv\u00e9cut dans la m\u00e9moire collective que gr\u00e2ce \u00e0 Beaubourg. L\u2019histoire pourrait s\u2019arr\u00eater l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette ann\u00e9e 2024, on vient de comm\u00e9morer les cinquante ans de sa mort \u2013 c\u2019est fou ce que l\u2019on comm\u00e9more quand on n\u2019a plus d\u2019id\u00e9es pour l\u2019avenir&nbsp;! \u2013 et il est clair que l\u2019on a assist\u00e9 \u00e0 une forme de r\u00e9\u00e9valuation de la personne et de son action. C\u2019est peu dire que nous avions \u00e9t\u00e9 injustes avec lui&nbsp;! Mais la jeunesse n\u2019est pas r\u00e9put\u00e9e pour son sens des nuances et sa grande culture. Nous n\u2019\u00e9chappions pas \u00e0 la r\u00e8gle. C\u2019est avec le temps que je me suis rendu compte de mon erreur. Non que je sois devenu pompidolien, mais les ann\u00e9es passant et les pr\u00e9sidents se succ\u00e9dant, je n\u2019ai pu que constater que leur qualit\u00e9 se d\u00e9gradait progressivement, jusqu\u2019\u00e0 toucher le fond avec les trois derniers (Sarkozy, Hollande et Macron). R\u00e9trospectivement, Pompidou appara\u00eet enfin comme un homme int\u00e9ressant et un pr\u00e9sident digne. Ce sera le travail des historiens de le remettre en son juste rang dans la Ve R\u00e9publique. Les Am\u00e9ricains se sont ainsi livr\u00e9s au m\u00eame travail envers Jimmy Carter.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/pompidou-portrait.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"528\" height=\"400\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/pompidou-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1215\" style=\"width:636px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/pompidou-portrait.jpg 528w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/pompidou-portrait-300x227.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 528px) 100vw, 528px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Peu apr\u00e8s la mort de Georges Pompidou paraissait une livre intitul\u00e9 <em>Le n\u0153ud gordien<\/em>. D\u00e8s le titre s\u2019impose l\u2019\u00e9vidence d\u2019un choix de haute culture. Le n\u0153ud gordien fait allusion \u00e0 la l\u00e9gende sur la ville de Gordius, o\u00f9 se trouvait un chariot enserr\u00e9 par un n\u0153ud de branches de cormier&nbsp;; il se disait que celui qui pourrait d\u00e9nouer ce n\u0153ud serait un jour roi de toute la terre. Alexandre (le grand) passant par l\u00e0, prit connaissance de la l\u00e9gende&nbsp;; voyant qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9nouer ce lacis de racines, il tira son \u00e9p\u00e9e et trancha le n\u0153ud par son milieu. G. Pompidou place donc ses r\u00e9flexions sous ce patronage, montrant ainsi la difficult\u00e9 \u00e0 exercer le pouvoir et \u00e0 d\u00e9nouer les liens qui l\u2019emp\u00eachent.<\/p>\n\n\n\n<p>A la lecture du contenu du livre, ce titre devient une \u00e9vidence. Le livre permet de d\u00e9couvrir un homme d\u2019une grande lucidit\u00e9 et assez modeste pour reconna\u00eetre les limites de son r\u00f4le et de celui des politiques en g\u00e9n\u00e9ral. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9flexion sur certains moments de sa vie politique et sur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de son temps, avec une vision prospectives tr\u00e8s lucide.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre commence par \u00ab&nbsp;<em>R\u00e9flexions sur les \u00e9v\u00e9nements de mai<\/em>&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit \u00e9videmment de mai 1968 et de ses gr\u00e8ves et manifestations, de la situation pr\u00e9-insurrectionnelle et de ses acteurs. Pompidou se trouva pr\u00e9cipit\u00e9 dans cette temp\u00eate et fut appel\u00e9 \u00e0 y jouer le r\u00f4le principal, celui qui permit de d\u00e9nouer la crise, en n\u00e9gociant et signant les accords de Grenelle avec les gr\u00e9vistes. Le texte ne pr\u00e9tend pas \u00eatre un compte-rendu de ce moment, mais une suite de r\u00e9flexions personnelles. Pompidou met en avant deux faits majeurs de cette p\u00e9riode agit\u00e9&nbsp;: l\u2019ennui d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9riellement satisfaite et le malaise d\u2019une jeunesse \u00e9tudiante privil\u00e9gi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ces \u00e9tudiants il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>Oui, au regard de tant d\u2019autres jeunes, ces r\u00e9volutionnaires de Mai \u00e9taient des nantis, des privil\u00e9gi\u00e9s. Mais beaucoup de r\u00e9volutions sont le fait de privil\u00e9gi\u00e9s insatisfaits. Le probl\u00e8me est de savoir pour quoi les n\u00f4tres \u00e9taient insatisfaits<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (p. 37).<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les t\u00e9moignages et travaux sur Mai 1968 lui donnent raison. Des fils de bourgeois qui ne manquaient de rien voulaient tout casser, mais pour quoi mettre \u00e0 la place&nbsp;? L\u00e0 est la vraie question, qui n\u2019a pas de r\u00e9ponse&nbsp;: il n\u2019y avait aucun projet s\u00e9rieux alternatif, et on se souvient de l\u2019embarras de la gauche face \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un renversement du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le climat g\u00e9n\u00e9ral, voici une remarque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<strong><em>\u00a0Mais il serait imprudent d\u2019oublier cette lassitude, cet ennui provoqu\u00e9 par l\u2019existence d\u2019un r\u00e9gime stable et la pr\u00e9sence du m\u00eame homme \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat, signe de la maladie end\u00e9mique de la France et surtout de Paris\u00a0: la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9<\/em><\/strong>.\u00bb (P. 32).<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que le G\u00e9n\u00e9ral ne comprit absolument pas ce qui se passait, sauf qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9cal\u00e9 par rapport \u00e0 ces jeunes contestataires. Et que c\u2019est sans doute \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il prit la d\u00e9cision de se retirer \u00e0 la premi\u00e8re occasion opportune.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, pour le plaisir, il faut lire les quelques lignes vachardes que Pompidou \u00e9crit sur la sociologie, facult\u00e9 qui fut \u00e0 l\u2019origine de l\u2019embrasement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une science balbutiante, dont beaucoup de sp\u00e9cialistes ont d\u2019autant plus d\u2019assurance que leurs connaissances sont plus incertaines et bien souvent, en France au moins, mal assimil\u00e9es. [\u2026] Ne menant pratiquement \u00e0 rien et les bourses aidant, ces \u00e9tudes n\u2019ont pas de raison de finir\u00a0: il est caract\u00e9ristique de constater que la plupart des leaders du mouvement de Nanterre avaient pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 un homme normal d\u00e9serte la facult\u00e9 pour un m\u00e9tier et l\u2019\u00e9tude pour l\u2019action.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (P. 22).<\/p>\n\n\n\n<p>Oserais-je dire, sans choquer mes lecteurs que je partage assez ce point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Georges Pompidou a cependant compris qu\u2019il ne serait plus possible, apr\u00e8s mai 68, de gouverner de la m\u00eame fa\u00e7on, il le dit express\u00e9ment. Il avait pleinement raison. Sous les pav\u00e9s du BoulMich\u2019 furent ensevelis les pratiques r\u00e9publicaines usuelles et les rep\u00e8res des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Ce texte assez court montre, d\u2019entr\u00e9e, le ton du livre&nbsp;: une acuit\u00e9 de jugement remarquable et un net recul sur les \u00e9v\u00e9nements. Apr\u00e8s ce texte, il ne sera plus gu\u00e8re question d\u2019\u00e9v\u00e9nements pr\u00e9cis, sauf peut-\u00eatre dans le second chapitre, \u00ab&nbsp;<em>Du dialogue<\/em>&nbsp;\u00bb, dont on comprend qu\u2019il s\u2019inspire de l\u2019exp\u00e9rience de Grenelle. Il y livre quelques pens\u00e9es sur les h\u00e9ros et le lien avec le peuple. Mais, par la suite, il va prendre de la hauteur et aborder des sujets g\u00e9n\u00e9raux sans les relier directement \u00e0 la politique gouvernementale. Il abordera ainsi la question des institutions, de l\u2019universit\u00e9, des politiques \u00e9conomiques et sociales et le cr\u00e9puscule du marxisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas l\u2019intention de r\u00e9sumer chaque chapitre, il faut les d\u00e9couvrir. &nbsp;Je me bornerai \u00e0 relever quelques citations ap\u00e9ritives.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le texte \u00ab&nbsp;<em>Du gouvernement des Fran\u00e7ais et l\u2019avenir des institutions&nbsp;<\/em>\u00bb, Pompidou se livre \u00e0 une d\u00e9fense et illustration du syst\u00e8me politique de la Ve R\u00e9publique. Il affirme clairement que le Premier Ministre est sous la d\u00e9pendance du Pr\u00e9sident et qu\u2019il est normal qu\u2019il en soit ainsi. Il loue d\u2019ailleurs ce syst\u00e8me pour sa stabilit\u00e9. Il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour un Pr\u00e9sident de choisir un Premier Ministre qu\u2019il connaisse et appr\u00e9cie, car de leur compl\u00e9mentarit\u00e9 d\u00e9coule le bon fonctionnement des institutions. Il faut relire ce texte dans le contexte politique d\u2019aujourd\u2019hui pour mesurer \u00e0 quel point le peuple fran\u00e7ais a chang\u00e9 et combien sa d\u00e9fiance envers le personnel politique et les institutions est grande.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le chapitre sur l\u2019universit\u00e9, on peut lire ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<strong><em>\u00a0Le baccalaur\u00e9at \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb est une absurdit\u00e9, de plus en plus difficile d\u2019ailleurs \u00e0 organiser, m\u00eame pratiquement. [\u2026] Pour parler clair, je suis partisan de la suppression du baccalaur\u00e9at national. J\u2019estime que chaque \u00e9tablissement secondaire, ou \u2013 \u00e0 titre de transition \u2013 chaque acad\u00e9mie d\u00e9partementale, devrait attribuer aux \u00e9l\u00e8ves ayant suivi les cours de l\u2019enseignement secondaire un dipl\u00f4me indiquant qu\u2019il a fait ses \u00e9tudes dans des conditions bonnes, moyennes ou m\u00e9diocres.\u00a0<\/em><\/strong>\u00bb (P. 92-93).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait il y a cinquante ans. C\u2019est devenu une \u00e9vidence criante aujourd\u2019hui que l\u2019on feint de ne pas voir. Et on ne peut pas accuser G. Pompidou de m\u00e9priser le syst\u00e8me scolaire et l\u2019ascenseur social qu\u2019il repr\u00e9sente&nbsp;: il en est une parfaite illustration. La fiction de valeur de cette pelure est battue en br\u00e8che \u00e0 chaque instant dans le parcours de formation et la recherche d\u2019emploi. Il est un colifichet offert aux familles populaires qui, pour certaines, y croient encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Cr\u00e9puscule du marxisme&nbsp;\u00bb<\/em> est fort int\u00e9ressant et montre bien la perspicacit\u00e9 de Pompidou. Il annonce en effet la mort prochaine du marxisme, alors que dans le pays, le PCF p\u00e8se encore fort lourd et que le bloc sovi\u00e9tique impressionne encore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>Sans forcer la dose, je crois pouvoir dire ceci\u00a0: en d\u00e9pit des succ\u00e8s consid\u00e9rables remport\u00e9s par l\u2019U.R.S.S. dans quelques domaines privil\u00e9gi\u00e9s et spectaculaires, l\u2019\u00e9conomie de type marxiste est en train de perdre ouvertement la partie dans la comp\u00e9tition avec les \u00e9conomies occidentales.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (P. 111).<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait d\u00e9j\u00e0 une grande lucidit\u00e9 pour affirmer cela \u00e0 cette \u00e9poque tant la propagande et le trucage des statistiques faisaient de l\u2019U.R.S.S. le grand rival des Am\u00e9ricains. Mais tout cela \u00e9tait une \u00e9conomie Potemkine, un d\u00e9cor pour abuser les Occidentaux. En 1978, quatre ans plus tard, la Chine rouge d\u00e9cr\u00e9tait l\u2019invention du \u00ab&nbsp;socialisme de march\u00e9&nbsp;\u00bb, soit un virage \u00e0 180\u00b0 et une option pour un capitalisme contr\u00f4l\u00e9 par le Parti. Il faudra 17 ans au bloc sovi\u00e9tique pour s\u2019effondrer et l\u2019on d\u00e9couvrira alors le d\u00e9sastre \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derniers chapitres sont des consid\u00e9rations sur l\u2019\u00e9conomie et la politique sociale fran\u00e7aise, non pour une apologie de la politique pompidolienne, mais pour tracer des perspectives. On sera surpris, l\u00e0 encore, par la finesse de certains remarques pr\u00e9dictives. Je voudrais, pour terminer, citer quelques phrases du dernier chapitre intitul\u00e9 <em>De la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/em> On y d\u00e9couvre un auteur inquiet devant le contenu m\u00eame de cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0 <strong><em>D\u2019autre part, il est clair que pour ceux qui se donnent la peine de penser et aussi pour une grande partie de la jeunesse, le mat\u00e9rialisme de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abondance ne satisfait pas les aspirations de l\u2019homme et ne donne pas un sens suffisant \u00e0 la vie.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (P. 177).<\/p>\n\n\n\n<p>Georges Pompidou est l\u2019auteur d\u2019une tr\u00e8s belle <em>Anthologie de la po\u00e9sie fran\u00e7aise<\/em>, devenue une r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Un homme qui aime la po\u00e9sie ne peut pas \u00eatre mat\u00e9rialiste pur et dur&nbsp;! Le constat qu\u2019il dresse dans cette phrase est bien vrai en 1974, il l\u2019est encore plus en 2024&nbsp;! La soci\u00e9t\u00e9 de consommation et la seule aspiration mat\u00e9rielle sont une impasse sociale et morale. Il poursuit, un peu plus loin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Quoi qu\u2019il en soit, il faudra bien remettre en place des valeurs qui puissent servir de fondement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019assurer l\u2019\u00e9quilibre moral des individus. Il est inutile de chercher \u00e0 ralentir le progr\u00e8s scientifique, technique et mat\u00e9riel. On ne peut que s\u2019en accommoder et chercher \u00e0 pr\u00e9server ou \u00e0 recr\u00e9er les valeurs \u00e9l\u00e9mentaires dont chacun a besoin pour se satisfaire de ses conditions de vie. Le progr\u00e8s mat\u00e9riel, loin d\u2019aider \u00e0 la solution, la rend plus difficile, car il \u00e9tend le champ de la r\u00e9flexion et donc d\u2019une certaine angoisse.\u00a0<\/em>\u00bb (P. 179).<\/p>\n\n\n\n<p>Le gros mot est l\u00e2ch\u00e9, \u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb. Nos beaux esprits de gauche ont, depuis plus de trente ans, d\u00e9cid\u00e9 que la notion de valeur sociale ou morale \u00e9tait une notion r\u00e9actionnaire et de droite. Et il est vrai qu\u2019ils ont prouv\u00e9 par l\u2019action qu\u2019ils n\u2019en \u00e9taient pas, en sapant et d\u00e9truisant m\u00e9thodiquement ce qui cimentait notre soci\u00e9t\u00e9. Il leur faudrait relire Jean Jaur\u00e8s ou L\u00e9on Blum, ils en seraient scandalis\u00e9s&nbsp;! Pompidou voit bien, d\u00e8s 1974, que le syst\u00e8me de valeurs fran\u00e7aises est en train de s\u2019\u00e9crouler, Mai 1968 en a \u00e9t\u00e9 le grand \u00e9branlement. Il sait aussi qu\u2019une nation ne peut exister que si elle partage des rep\u00e8res communs, des envies et des ambitions. C\u2019est ce qui s\u2019\u00e9tiole \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970. Nous en sommes arriv\u00e9s \u00e0 un paysage moral et social qui est un champ de ruines. Nous avons, en cons\u00e9quence, la soci\u00e9t\u00e9 qui va avec, et qui va mal. La perception du malaise et du risque est donc vieille d\u2019un demi-si\u00e8cle pour qui savait r\u00e9fl\u00e9chir. Mais il n\u2019y a pas eu de mobilisation en ce sens et on peut se demander, par exemple, quelles valeurs ont donc bien pu repr\u00e9senter pour les Fran\u00e7ais, les pr\u00e9sidents Sarkozy et Hollande, sans parler du d\u00e9sastre Macron. A c\u00f4t\u00e9 de ces ectoplasmes intellectuels, Georges Pompidou fait figure de g\u00e9nie&nbsp;! On trouve, un peu plus loin dans le texte cette phrase pour le moins surprenante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Dans quel sans agir\u00a0? Je ne saurais aborder ici le probl\u00e8me le plus profond qui est \u00e9videmment spirituel et religieux. L\u2019option fondamentale est bien de savoir si l\u2019on consid\u00e8re la vie terrestre comme une fin en soi ou comme un passage, et du point de vue moral, si l\u2019homme sera ou non jug\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb (P. 181-182).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avoue avoir \u00e9t\u00e9 fort surpris de lire cela sous la plume de Pompidou. Je partage tout \u00e0 fait ce diagnostic de l\u2019importance vitale de la transcendance et de l\u2019esp\u00e9rance. Mais avouons que ce n\u2019est vraiment pas un propos tendance. Mais il s\u2019av\u00e8re que cette phrase n\u2019est pas une sorte d\u2019erreur d\u2019\u00e9criture, mais bien la preuve d\u2019une v\u00e9ritable conviction en la mati\u00e8re. La preuve&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>La conviction qu\u2019il existe une puissance qui s\u2019impose aux hommes constitue pour ceux-ci et donc pour ceux qui les dirigent une sorte de garde-fou d\u2019autant plus utile que les moyens dont nous disposons aujourd\u2019hui sont plus terrifiants. Il appartient aux Eglises de rendre aux hommes la foi dans l\u2019Eternel\u00a0: elles n\u2019y parviendront pas, selon moi, en se s\u00e9cularisant et en se plongeant dans le temporel. Mais cela n\u2019est pas de mon sujet, ni de ma comp\u00e9tence<\/em><\/strong>.\u00a0\u00bb (P. 190).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur est donc bien convaincu qu\u2019il existe une puissance sup\u00e9rieure aux hommes, dirig\u00e9s et dirigeants. Il a, dans la phrase cit\u00e9 plus haut, \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019un jugement de nos actes. Il s\u2019agit bien, sans aucun doute, de r\u00e9f\u00e9rences au christianisme et \u00e0 sa doctrine. Et il va plus loin, en \u00e9gratignant les Eglise qui, selon lui, se fourvoient et abandonnent leur mission. Elles cherchent \u00e0 se fondre dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne pour continuer d\u2019exister, alors que leur devoir est de d\u00e9velopper la foi dans l\u2019Eternel. Elles sont donc coresponsables de la d\u00e9bandade morale quand elles se fondent dans la doxa dominante. Leur devoir est dans la transmission et l\u2019entretien de la foi, et dans la mise en \u0153uvre de la charit\u00e9 (traduction du mot amour en grec). Il l\u2019affirme un peu plus loin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>La notion de charit\u00e9, forme la plus \u00e9lev\u00e9e de la solidarit\u00e9, reste donc n\u00e9cessaire et doit \u00eatre revivifi\u00e9e et la solidarit\u00e9 des peuples riches vis-\u00e0-vis des peuples pauvres est une exigence fondamentale de l\u2019avenir humain.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (P. 191).<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne parle pas l\u00e0 de colonialisme ou de n\u00e9o-colonialisme, mais de v\u00e9ritable fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne, sous la forme de la charit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique. Tr\u00e8s \u00e9tonnant pour un pr\u00e9sident de la r\u00e9publique la\u00efque fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ach\u00e8ve sur un petit texte appel\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Le n\u0153ud gordien&nbsp;<\/em>\u00bb, qui est une mise en garde contre la mont\u00e9e des p\u00e9rils politiques. C\u2019est encore une fois extr\u00eamement pertinent.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai lu avec beaucoup de plaisir ce petit livre (par la pagination) qui s\u2019av\u00e8re grand par son contenu. On peut, bien s\u00fbr, le lire comme un t\u00e9moignage historique dat\u00e9. Mais on doit aussi le lire comme une r\u00e9flexion de fond sur l\u2019\u00e9volution de notre pays et notre soci\u00e9t\u00e9. On y trouvera alors quelques accents proph\u00e9tiques. Je dois donc dire que cette lecture a chang\u00e9 radicalement mon appr\u00e9ciation de Georges Pompidou.&nbsp; Bien entendu ce livre n\u2019est pas r\u00e9\u00e9dit\u00e9, il faut le chiner sur internet.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 octobre 2024.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Noeud gordien\u00a0&#8211; Georges Pompidou (1974) Paris, Editions Plon, 1974. En 1970, j\u2019avais 16 ans et le peuple fran\u00e7ais des citoyens de plus de 21&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1214\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Le N\u0153ud Gordien<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10,4,5],"tags":[],"class_list":["post-1214","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dans-lactualite","category-les-critiques","category-les-livres-essais","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1214"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1214\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1217,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1214\/revisions\/1217"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}