{"id":1108,"date":"2024-04-15T22:48:34","date_gmt":"2024-04-15T21:48:34","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1108"},"modified":"2024-04-15T22:48:35","modified_gmt":"2024-04-15T21:48:35","slug":"quatre-nouvelles-demain-peut-etre-monsieur-v-les-amoureux-de-garches-mame-denis-et-une-affaire-dhommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1108","title":{"rendered":"Quatre nouvelles\u00a0: Demain peut-\u00eatre, monsieur V\u2026, Les amoureux de Garches, \u00ab\u00a0Mame Denis\u00a0\u00bb et Une affaire d\u2019hommes."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Gilbert Cesbron \u2013 Oeuvres romanesques compl\u00e8tes , \u00c9ditions Rencontre, volume 1.<\/h2>\n\n\n\n<p><em><strong>Je commence ici un cycle d\u2019articles critiques sur l\u2019oeuvre romanesque de Gilbert Cesborn, \u00e0 partir de l\u2019ensemble publi\u00e9 par les Editions Rencontre dans les ann\u00e9es 1970. Ce corpus s\u2019enrichira au fur et \u00e0 mesure de mes lectures et pourrait, \u00e0 terme, devenir un petit essai sur cet auteur.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/oeuvres-completes-G-Cesbron.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"201\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/oeuvres-completes-G-Cesbron.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1105\" style=\"width:533px;height:auto\"\/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La publication de ces oeuvres romanesques compl\u00e8tes a \u00e9t\u00e9 supervis\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain Paul Guth, qui jouissait alors d\u2019une grande c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 populaire pour sa s\u00e9rie de romans dits du \u00ab&nbsp;Na\u00eff&nbsp;\u00bb. Il a d\u2019ailleurs livr\u00e9 une tr\u00e8s belle pr\u00e9sentation dont j\u2019aurai l\u2019occasion de reparler. Il a compl\u00e9t\u00e9 le premier volume par quatre nouvelles, non dat\u00e9es, mais sans doute datant des d\u00e9buts litt\u00e9raires de l\u2019auteur<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ces r\u00e9cits courts est in\u00e9gal. Deux sont d\u2019une grande qualit\u00e9 et intensit\u00e9 dramatique (<em>Demain peut-\u00eatre, monsieur V\u2026<\/em> et <em>Une affaire d\u2019hommes)<\/em>, une rel\u00e8ve du registre plut\u00f4t sentimental (<em>Les amoureux de Garches<\/em>), la quatri\u00e8me est plut\u00f4t une satire (<em>\u00ab&nbsp;Mame Denis&nbsp;\u00bb<\/em>), les deux de moindre qualit\u00e9 globale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art de la nouvelle est difficile. Le grand public se trompe souvent en croyant qu\u2019\u00e9crire une histoire courte est plus facile qu\u2019un roman. L\u2019histoire litt\u00e9raire montre bien que ce n\u2019est pas le cas. Certains grands romanciers n\u2019ont jamais \u00e9crit de nouvelles, notamment les Classiques. D\u2019autres ont essay\u00e9 sans grande r\u00e9ussite, leurs nouvelles sont tomb\u00e9es dans l\u2019oubli&nbsp;. \u00c0 l\u2019inverse de grands \u00e9crivains se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la nouvelle&nbsp;; je pense l\u00e0, bien s\u00fbr, \u00e0 Tch\u00e9khov, ma\u00eetre russe incontest\u00e9 du genre. Sur l\u2019\u00e9chantillonnage r\u00e9duit pr\u00e9sent\u00e9 ici, il me semble que Cesbron aurait d\u00fb travailler encore pour arriver \u00e0 une ma\u00eetrise compl\u00e8te de ce genre. Il a cependant pers\u00e9v\u00e9r\u00e9, puisque sa bibliographie affiche plusieurs recueils&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Outremonde<\/em>\u00a0(recueil de 23 contes) (1949)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Traduit du vent<\/em>\u00a0(1951)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Tout dort et je veille<\/em>\u00a0(1959)<\/li>\n\n\n\n<li><em>La Ville couronn\u00e9e d\u2019\u00e9pines<\/em>\u00a0(1964)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Des enfants aux cheveux gris<\/em>\u00a0(1968)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Un vivier sans eau<\/em>\u00a0(1979)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Leur pesant d\u2019\u00e9cume<\/em>\u00a0(1980)<\/li>\n\n\n\n<li><em>Tant d\u2019amour perdu<\/em>\u00a0(1981)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>N\u2019ayant pas lu ces livres, je ne puis dire s\u2019il est parvenu \u00e0 cette ma\u00eetrise r\u00e9guli\u00e8re de la forme qui, ici, n\u2019est pas encore acquise. Ces textes rec\u00e8lent cependant de belles qualit\u00e9s, que l\u2019on trouvera \u00e9closes dans les romans.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Demain peut-\u00eatre, monsieur V<\/em>\u2026 est une histoire encore marqu\u00e9e par la Seconde Guerre mondiale. Le personnage principal, monsieur V\u2026 est un r\u00e9fugi\u00e9 polonais&nbsp;; le lieu principal de l\u2019histoire est un camp accueillant les \u00ab&nbsp;personnes d\u00e9plac\u00e9es&nbsp;\u00bb, qui furent pr\u00e8s de 10 millions \u00e0 l\u2019issue du conflit, partant de l\u2019est pour gagner l\u2019ouest, fuyant les Sovi\u00e9tiques et l\u2019instauration du communisme. Si certains, notamment les Allemands, s\u2019int\u00e9gr\u00e8rent cahin-caha \u00e0 l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest, cela ne fut pas du tout ais\u00e9 pour les Slaves, les Hongrois, les Roumains\u2026 qui pass\u00e8rent parfois de longues ann\u00e9es dans ces camps, avant d\u2019\u00e9migrer plus \u00e0 l\u2019Ouest. Cet homme qui a perdu sa fille dans sa fuite l\u2019attend d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. \u00c0 travers son regard, nous partageons quelques moments de la vie des gens de ce camp, entre espoirs de d\u00e9part et d\u00e9c\u00e8s des plus mal en point. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 il re\u00e7oit un courrier officiel lui demandant de venir pour identifier sa fille. Il se rend en train dans la ville d\u00e9sign\u00e9e, rejoint le centre d\u2019identification, mais au moment de valider ou non l\u2019identit\u00e9 de la jeune femme morte qu\u2019on lui pr\u00e9sente, il refuse de v\u00e9rifier si elle a une tache de naissance derri\u00e8re l\u2019oreille et s\u2019enfuit. Il retourne au camp. Le lecteur comprend que Monsieur V\u2026 ne peut pas renoncer au fol espoir de retrouver sa fille en vie. Il pr\u00e9f\u00e8re nier l\u2019\u00e9vidence. Le r\u00e9cit de Cesbron est poignant et sobre. Il donne assez bien la mesure de la mis\u00e8re cons\u00e9cutive \u00e0 ce conflit hors-norme. Que reste-t-il \u00e0 ces d\u00e9plac\u00e9s s\u2019ils n\u2019ont plus rien \u00e0 attendre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les amoureux de Garches<\/em> se d\u00e9roule dans un maison de convalescence de la r\u00e9gion parisienne, o\u00f9 des accident\u00e9s essaient de retrouver une vie normale apr\u00e8s de graves l\u00e9sions. Le r\u00e9cit met en sc\u00e8ne deux jeunes gens, un gar\u00e7on et une fille qui se rencontrent dans ce contexte. Le gar\u00e7on encourage la jeune fille qui craint de ne pas retrouver l\u2019usage de ses jambes, alors que lui est lourdement handicap\u00e9 par la poliomy\u00e9lite. Une histoire d\u2019amour s\u2019esquisse entre Daniel, l\u2019ancien parachutiste frapp\u00e9 par cette terrible maladie invalidante et la jeune Marie, victime d\u2019un accident de la route. Mais lorsqu\u2019elle recouvre sa motricit\u00e9, elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 un pensionnaire bless\u00e9 et Daniel comprend que l\u2019histoire va s\u2019achever, qu\u2019il a &nbsp;r\u00eav\u00e9 d\u2019un bonheur impossible. Le dimanche suivant, alors qu\u2019il effectue un saut en parachute, gr\u00e2ce \u00e0 son ancien commandant, il n\u2019ouvrira pas son parachute\u2026 Au premier degr\u00e9, c\u2019est une romance triste, une histoire d\u2019amour impossible entre un ancien ouvrier devenu invalide et une jeune bourgeoise superficielle. Daniel l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 reprendre pied, mais ensuite, elle retombe dans son monde, o\u00f9 il n\u2019y a pas de place pour lui. Mais au second degr\u00e9, il s\u2019agit bien d\u2019une satire sociale sur les diff\u00e9rences de classe. Malheureusement, le premier degr\u00e9 l\u2019emporte et le lecteur a l\u2019impression de lire une histoire feuilletonesque de presse f\u00e9minine des ann\u00e9es 1960. C\u2019est plut\u00f4t une affaire d\u2019\u00e9quilibre entre les deux niveaux du r\u00e9cit que de style ou de sujet.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mame Denis&nbsp;\u00bb<\/em> est la moins r\u00e9ussie de ces quatre nouvelles. Je dirais que ce texte s\u2019apparente \u00e0 du Courteline&nbsp;; c\u2019est une farce militaire. On peut ais\u00e9ment oublier cette production. M\u00eame en faisant un gros effort, je ne vois pas comment on peut en tirer un second degr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une affaire d\u2019hommes<\/em> est autrement int\u00e9ressante. Voici une courte histoire qui, avec peu de moyens, aborde un sujet tr\u00e8s grave&nbsp;: la discrimination raciale \u00e0 l\u2019\u00e9cole, aux \u00c9tats-Unis. La famille Parker est bien connue dans sa ville, le p\u00e8re est un ancien combattant m\u00e9daill\u00e9&nbsp;; IL n\u2019a qu\u2019un seul d\u00e9faut, il est noir, et son fils aussi. Il va apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens qu\u2019un \u00ab&nbsp;n\u00e8gre&nbsp;\u00bb est digne d\u2019\u00eatre r\u00e9compens\u00e9 quand il combat pour la nation, mais qu\u2019il ne l\u2019est plus, localement, lorsqu\u2019il veut que son fils fr\u00e9quente une \u00e9cole de blancs. Je passe les d\u00e9tails des pressions exerc\u00e9es sur la famille et l\u2019enfant&nbsp;; le final est tristement classique&nbsp;: le p\u00e8re retire son enfant de l\u2019\u00e9cole blanche et renvoie sa m\u00e9daille aux autorit\u00e9s. Ce texte, que l\u2019on peut dater de la grande \u00e9poque des combats contre la s\u00e9gr\u00e9gation (fin des ann\u00e9es 1950, d\u00e9cennie 1960) marque l\u2019\u00e9chec du r\u00eave am\u00e9ricain et de celui de Martin Luther King ou John Kennedy. Et nous savons que cet \u00e9chec perdure, des d\u00e9cennies plus tard. Cette nouvelle est une r\u00e9ussite. Sobrement \u00e9crite, elle frappe juste et laisse un go\u00fbt amer au lecteur. Celui de la b\u00eatise humaine invincible.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces quatre textes donnent un aper\u00e7u du talent de nouvelliste de Gilbert Cesbron. Il est regrettable que les \u00c9ditions Rencontre n\u2019aient pas incorpor\u00e9 les recueils de nouvelles \u00e0 leur ensemble. Cela aurait permis d\u2019avoir une vision plus juste de cet aspect de l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n<p>JM Dauriac \u2013 Avril 2024&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> La pr\u00e9sence de la derni\u00e8re des quatre nouvelles invalide en partie cette impression.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gilbert Cesbron \u2013 Oeuvres romanesques compl\u00e8tes , \u00c9ditions Rencontre, volume 1. 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