{"id":1096,"date":"2024-04-01T18:34:09","date_gmt":"2024-04-01T17:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1096"},"modified":"2024-04-01T18:35:22","modified_gmt":"2024-04-01T17:35:22","slug":"le-premier-homme-albert-camus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1096","title":{"rendered":"Le premier homme &#8211; Albert Camus"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier homme<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"> Folio Gallimard \u2013 2000 1r<sup>e<\/sup> \u00e9dition. 380 pages<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le-premier-homme-albert-camus-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"643\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le-premier-homme-albert-camus-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1097\" style=\"width:246px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le-premier-homme-albert-camus-couv.jpg 643w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/le-premier-homme-albert-camus-couv-193x300.jpg 193w\" sizes=\"auto, (max-width: 643px) 100vw, 643px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>ATTENTION CHEF D\u2019\u0152UVRE&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La cat\u00e9gorie chef-d\u2019\u0153uvre, en litt\u00e9rature, comme en art en g\u00e9n\u00e9ral, se doit d\u2018\u00eatre mani\u00e9e avec pr\u00e9caution, \u00e0 l\u2019instar du terme \u00ab&nbsp;g\u00e9nie&nbsp;\u00bb. Seul le temps long peut valider ce que la presse ou le public qualifie h\u00e2tivement de g\u00e9nial ou de chef-d\u2019\u0153uvre du si\u00e8cle&nbsp;! Le terme chef-d\u2019\u0153uvre renvoie \u00e0 un travail \u00e9m\u00e9rite d\u2019artiste ou d\u2019artisan, notamment chez les Compagnons du Tour de France. Un chef-d\u2019\u0153uvre est appel\u00e9 \u00e0 rester comme la preuve du talent de celui qui l\u2019a r\u00e9alis\u00e9. J\u2019emploie donc dans ce sens-l\u00e0 le terme en l\u2019appliquant \u00e0 ce livre d\u2019Albert Camus. Je consid\u00e8re ce roman autobiographique comme la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de son art fictionnel, au-dessus m\u00eame de ses deux autres chefs d\u2019\u0153uvres que sont la peste et L\u2019\u00e9tranger. C\u2019est peu dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage est posthume, publi\u00e9 tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s la mort accidentelle de l\u2019\u00e9crivain. Il en portait avec lui, dans sa serviette, le manuscrit en cours lorsque la Facel-V\u00e9ga de Michel Gallimard alla s\u2019encastrer dans un arbre au bord de la Nationale 5. Il aura fallu attendre plus de trente ans avant que les ayant-droit d\u00e9cident de le porter \u00e0 la connaissance du public. On comprend fort bien leurs scrupules en lisant ce livre&nbsp;: il est v\u00e9ritablement inachev\u00e9, avec des erreurs de nom des personnages, des contradictions, parfois des r\u00e9p\u00e9titions que Camus aurait sans aucun doute corrig\u00e9es, tant il \u00e9tait perfectionniste. Il est toujours d\u00e9licat de livrer au public un document que l\u2019auteur n\u2019a pas approuv\u00e9 ou, comme ici, qu\u2019il n\u2019a pas pu achever. Mais on sait aussi que certains de ces textes sont devenus des r\u00e9f\u00e9rences majeures&nbsp;: citons le <em>Lucien Leuwen<\/em> de Stendhal, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/albert-camus-portrait.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"274\" height=\"184\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/albert-camus-portrait.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1098\" style=\"width:700px;height:auto\"\/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Une fois signal\u00e9 ce caract\u00e8re manifeste d\u2019\u0153uvre encore en chantier, je ne reviendrai pas dessus. Les erreurs sont mineures, toutes signal\u00e9es en note par l\u2019\u00e9diteur, et elles ne nuisent en rien \u00e0 la lecture. Elles ont, bien au contraire, la vertu de nous montrer comment progresse le travail sur une \u0153uvre. Les plus significatives sont les erreurs sur les pr\u00e9noms, lorsque Camus redonne \u00e0 un protagoniste son pr\u00e9nom r\u00e9el. Car nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9cit \u00e0 fort caract\u00e8re autobiographique. Pour la premi\u00e8re fois, Camus s\u2019autorise \u00e0 parler vraiment de lui et de sa vie alg\u00e9rienne. Il y avait bien les nouvelles de <em>L\u2019envers et l\u2019endroit<\/em>, qui d\u00e9voilaient certains d\u00e9tails, mais c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s partiel. De m\u00eame, <em>Noces<\/em> ou <em>L\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> levaient le voile sur un aspect de la vie du jeune auteur, mais de mani\u00e8re tr\u00e8s discr\u00e8te. Ici, le r\u00e9cit de vie est revendiqu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but. Par convention autant que par discr\u00e9tion, l\u2019auteur a donc chang\u00e9 les pr\u00e9noms des personnages. Mais il est tellement impliqu\u00e9 dans son r\u00e9cit que, parfois, cessant de se contr\u00f4ler, il revient au pr\u00e9nom r\u00e9el. Cela nous permet d\u2019imaginer \u00e0 quel point ce texte devait lui importer. Il \u00e9tait enfin arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge et au moment de sa vie, o\u00f9 il pouvait se raconter. Il \u00e9tait Prix Nobel de litt\u00e9rature et auteur reconnu dans son pays et bien au-del\u00e0. Le temps des \u00ab&nbsp;doubles&nbsp;\u00bb fictionnels&nbsp;\u00bb \u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"607\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus-1024x607.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-1099\" style=\"width:700px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus-1024x607.webp 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus-300x178.webp 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus-768x455.webp 768w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/facel-vega-accidentee-camus.webp 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il reste de la Facel-V\u00e9ga o\u00f9 se trouvaient Albert Camus et son pilote, M. Gallimard<\/p>\n\n\n\n<p>En quoi ce livre serait-il plus un chef-d\u2019\u0153uvre que tant de r\u00e9cits \u00e0 caract\u00e8re autobiographique&nbsp;? Simplement parce qu\u2019il a la gr\u00e2ce. J\u2019ai lu beaucoup de r\u00e9cits romanc\u00e9s de vies d\u2019auteurs. Il y a toujours \u00e0 apprendre, mais c\u2019est souvent assez convenu, faute d\u2019un talent sup\u00e9rieur. Car il faut \u00e9norm\u00e9ment de talent pour savoir rendre passionnante la vie personnelle de quiconque, et encore plus lorsqu\u2019on se risque \u00e0 parler de la sienne. Le risque le plus courant est la mi\u00e8vrerie. Le risque d\u2019\u00e9dulcorer est grand, comme celui de la banalit\u00e9. Seuls les plus grands auteurs ont su passer l\u2019\u00e9cueil. Je donne toujours en exemple <em>La gloire de mon p\u00e8re<\/em> de Marcel Pagnol, qui a enchant\u00e9 des millions de lecteurs et, plus tard, des millions de spectateurs de cin\u00e9ma. Cette simplicit\u00e9 apparente est tout le sommet de l\u2019art de l\u2019\u00e9criture. Un autre exemple magnifique est la trilogie de L\u00e9on Tolsto\u00ef, <em>Enfance<\/em>, <em>Adolescence<\/em> et <em>Jeunesse<\/em>, d\u2019autant plus superbe qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par un auteur d\u00e9butant qui avait environ vingt-cinq ans&nbsp;!<em>Le premier homme<\/em> rentre imm\u00e9diatement dans ce cercle tr\u00e8s restreint de ces chefs-d\u2019\u0153uvre narratifs. Comme ses illustres devanciers, Camus a su trouver le style parfaitement ad\u00e9quat et la bonne distance. Sa vie devient un beau sujet de roman universel. Sous le nom de Jacques Cormery, il entreprend de venir voir la tombe de son p\u00e8re, inconnu de lui, dans le cimeti\u00e8re de Saint-Brieuc, en Bretagne. Et dans cette ville, il rend visite \u00e0 un homme qu\u2019il nomme ici Victor Malan, mais qui est la repr\u00e9sentation de Jean Grenier, le professeur de philosophie qui fut si important pour la suite de la vie d\u2019Albert Camus. Mais avant cette plong\u00e9e dans le pr\u00e9sent du livre, il y avait eu un prologue narrant l\u2019arriv\u00e9e du p\u00e8re dans la propri\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne o\u00f9 il venait d&rsquo;\u00eatre embauch\u00e9 comme r\u00e9gisseur, accompagn\u00e9 de son \u00e9pouse enceinte, qui allait justement accoucher dans ce trou perdu d\u2019Alg\u00e9rie appel\u00e9 Mondovi. Peu de temps apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e9clate et le p\u00e8re est mobilis\u00e9 et quitte sa femme et son petit b\u00e9b\u00e9&nbsp;: il ne reviendra jamais, bless\u00e9 et mort peu apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre. Quarante ans plus tard, le fils se lance dans la recherche de ce p\u00e8re inconnu. Et il a cette r\u00e9v\u00e9lation tr\u00e8s concr\u00e8te&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il avait quarante ans. L\u2019homme enterr\u00e9 sous cette dalle, et qui avait \u00e9t\u00e9 son p\u00e8re, \u00e9tait plus jeune que lui.&nbsp;\u00bb (P.34)<\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9alise alors que son p\u00e8re n\u2019a pas eu de vie. Est-ce ce qui le pousse \u00e0 se retourner sur la sienne&nbsp;? La suite du livre sera un grand retour en arri\u00e8re au pays de l\u2019enfance, au double sens du terme&nbsp;: l\u2019Alg\u00e9rie et l\u2019enfance. Et l\u00e0, le talent pleinement mature de Camus \u00e9clate \u00e0 chaque page (nonobstant les erreurs signal\u00e9es plus haut). Il r\u00e9ussit avec une beaut\u00e9 \u00e9blouissante \u00e0 peindre la pauvret\u00e9 (bien r\u00e9elle) qui fut celle de sa famille, sans jamais tomber dans le mis\u00e9rabilisme et utiliser les ficelles m\u00e9lodramatiques. La pauvret\u00e9 n\u2019est jamais une excuse pour les erreurs de Jacques-Albert. Elle doit au contraire \u00eatre un moteur surpuissant pour toujours faire mieux et plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est un des plus beaux hommages rendus \u00e0 l\u2019\u00e9cole et, singuli\u00e8rement, aux hussards noirs de la R\u00e9publique, ces instituteurs qui furent si d\u00e9cisifs pour ces fils de pauvres qu\u2019ils sauv\u00e8rent de leur destin tout trac\u00e9. Il y eut, bien s\u00fbr, Charles P\u00e9guy. Il y aura maintenant Albert Camus et la rencontre de cet instituteur, Monsieur Germain, dont il dresse un portrait actif magnifique, sous le nom de Monsieur Bernard (un autre pr\u00e9nom en guise de nom). On sait combien Camus fut, toute sa vie reconnaissant \u00e0 son instituteur, qui lui ouvrit, au forceps, les portes du lyc\u00e9e, en r\u00e9ussissant \u00e0 vaincre l\u2019opposition de la grand-m\u00e8re illettr\u00e9e. Le dossier qui accompagne la publication de ce livre se cl\u00f4t d\u2019ailleurs par deux lettres\u00a0: une d\u2019Albert Camus \u00e0 son instituteur, dat\u00e9e de 1957, et une autre de Monsieur Germain, dat\u00e9e de 1959. Germain l\u2019appelle \u00ab\u00a0<em>Mon cher petit<\/em>\u00a0\u00bb. Qui peut se vanter d\u2019avoir appel\u00e9 ainsi le grand Albert Camus, si ce n\u2019est sa m\u00e8re et, sans doute, les femmes qui l\u2019ont aim\u00e9. En ce temps-l\u00e0 l\u2019\u00e9cole de la r\u00e9publique faisait au mieux son travail de promotion de tous les talents (y compris chez les peuples colonis\u00e9s, sous le triste nom belge des \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9s\u00a0\u00bb). A quoi tient un destin\u00a0? A une rencontre, au bon moment, au bon endroit. Combien sommes-nous \u00e0 pouvoir en t\u00e9moigner\u00a0? Sans doute beaucoup plus qu\u2019on ne le croit. Nous n\u2019aurions jamais eu les grandes et belles \u0153uvres d\u2019Albert Camus sans Louis Germain, modeste mais indispensable ma\u00eetre de l\u2019\u00e9cole primaire alg\u00e9roise d\u2019un quartier populaire. Il y aura une autre rencontre capitale pour Albert Camus, un peu plus tard, et toujours dans le cadre de l\u2019\u00e9cole\u00a0: celle de Jean Grenier, son jeune professeur de philosophie au lyc\u00e9e. Ce sera la seconde des bonnes personnes au bon moment, celle qui d\u00e9cidera le jeune homme \u00e0 poursuivre des \u00e9tudes de philosophie. Et philosophe il devint, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 la bande \u00e0 Sartre, qui fit tout pour le disqualifier (vous vous rendez-compte, il n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas Normalien, lui\u00a0!), jusqu\u2019\u00e0 le faire surnommer par un de ses spadassins de \u00ab\u00a0philosophe pour classes terminales\u00a0\u00bb, ce qui dans le jargon de cette secte du Caf\u00e9 de Flore \u00e9tait la supr\u00eame insulte disqualifiante. Mais l\u2019histoire a de l\u2019humour\u00a0! car celui qui est devenu une sorte de ma\u00eetre de libert\u00e9 pour des g\u00e9n\u00e9rations de lyc\u00e9ens, c\u2019est bien Camus, toujours aussi lu et de plus en plus aim\u00e9 et reconnu, alors que les jeunes gens ne savent plus qui \u00e9tait Sartre, devenu rapidement illisible.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Camus, gr\u00e2ce \u00e0 Monsieur Germain-Bernard a pu passer le concours des bourses et aller au lyc\u00e9e d\u2019Alger. Il faut lire avec d\u00e9lice ces pages consacr\u00e9es \u00e0 sa d\u00e9couverte de cet univers plut\u00f4t bourgeois et mesurer le d\u00e9paysement violent que cela repr\u00e9sentait. Car, dans sa maison de mis\u00e8re, il n\u2019y avait pas un livre, aucun \u00e9l\u00e9ment culturel. Tout le modeste revenu du travail de sa m\u00e8re et de sa grand-m\u00e8re passait dans les d\u00e9penses \u00ab&nbsp;contraintes&nbsp;\u00bb \u00e9l\u00e9mentaires. Le lyc\u00e9e fut un univers \u00e0 la fois merveilleux et un peu traumatisant pour ce jeune adolescent qui se sut alors vraiment pauvre \u00e0 tous \u00e9gards. Il fut n\u00e9anmoins son passeport pour la m\u00e9tropole et son entr\u00e9e dans le monde des livres. Ces pages pourront r\u00e9sonner chez ceux qui ont connu le m\u00eame choc social (ce fut mon cas aussi), et auxquels il ne restait que d\u2019\u00eatre dans les meilleurs pour s\u2019inclure dans ce milieu inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>On lira avec autant de plaisir tout ce qui concerne sa vie dans le quartier et le monde du travail, \u00e0 partir du portrait de son oncle. Le plus remarquable est que, devenu un grand auteur reconnu et riche, Albert Camus n\u2019ait jamais reni\u00e9 ses racines et les ait, au contraire, magnifi\u00e9es. On se souvient de la pol\u00e9mique lanc\u00e9e \u00e0 propos de sa phrase sur la justice et sa m\u00e8re, dans son discours de r\u00e9ception du Nobel. Pol\u00e9mique artificielle, due \u00e9galement toujours \u00e0 ce m\u00eame lobby sartrien.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pigraphe du <em>Premier Homme<\/em> est bouleversante&nbsp;: \u00ab&nbsp;A toi qui ne pourras jamais lire ce livre&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de sa m\u00e8re. La boucle est boucl\u00e9e&nbsp;: d\u2019une famille o\u00f9 l\u2019illettrisme \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sent au prix Nobel de litt\u00e9rature, on revient \u00e0 cette m\u00e8re bien-aim\u00e9e. Cela s\u2019appelle la fid\u00e9lit\u00e9. C\u2019est une des vertus camusiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019en d\u00e9voilerai pas plus ce livre&nbsp;: il faut ABSOLUMENT le lire, en le d\u00e9gustant doucement, comme un vieil Armagnac hors d\u2019\u00e2ge. On se prend alors \u00e0 imaginer, avec nostalgie, ce que Camus aurait encore pu nous donner comme chefs-d\u2019\u0153uvre litt\u00e9raires. Mais il nous reste les quatre volumes de La Pl\u00e9iade, pour \u00e9tancher notre soif de Camus.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes avril 2024<\/p>\n\n\n\n<p>PS&nbsp;: Si vous le pouvez, allez \u00e9couter la magnifique chanson que Serge Lama consacre \u00e0 Camus dans son dernier album&nbsp;: <em>Camus<\/em>.<\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le premier homme Folio Gallimard \u2013 2000 1re \u00e9dition. 380 pages ATTENTION CHEF D\u2019\u0152UVRE&nbsp;! 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