{"id":1071,"date":"2024-01-29T12:47:26","date_gmt":"2024-01-29T11:47:26","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1071"},"modified":"2024-01-29T12:49:15","modified_gmt":"2024-01-29T11:49:15","slug":"1071","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1071","title":{"rendered":"Pourquoi vouloir tuer un concept\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;A propos de&nbsp;: Th\u00e9orie de J\u00e9sus \u2013 Biographie d\u2019une id\u00e9e<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Michel Onfray<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9ditions Bouquins, collection Essai, 2023<\/h3>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Theorie-de-jesus-Onfray-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"628\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Theorie-de-jesus-Onfray-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1073\" style=\"width:340px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Theorie-de-jesus-Onfray-couv.jpg 628w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Theorie-de-jesus-Onfray-couv-188x300.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 628px) 100vw, 628px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1072\" style=\"width:437px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation-300x200.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation-768x512.jpg 768w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/michel-onfray-causeur-occident-guerre-de-civilisation.jpg 1455w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Je connais et je suis le travail de Michel Onfray presque depuis ses d\u00e9buts. Le lecteur trouvera plusieurs de ses livres chroniqu\u00e9s sur mon blog<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. J\u2019ai eu la chance de le rencontrer et d\u2019\u00e9changer avec lui \u00e0 plusieurs reprises, dans le cadre d\u2019une activit\u00e9 commune, les Universit\u00e9s Populaires, lui fondateur-animateur de celle de Caen, et moi fondateur et \u00e9galement animateur de l\u2019UPHG (Universit\u00e9 Populaire des Hauts de Garonne, \u00e0 Lormont, en Gironde). Je ne cacherai pas que j\u2019ai de l\u2019estime et de la sympathie pour lui, que je le crois d\u2019une grande int\u00e9grit\u00e9 et tr\u00e8s diff\u00e9rent de l\u2019image que les m\u00e9dias et ses adversaires veulent donner de lui. Nous avons en commun une jeunesse libertaire et un grand int\u00e9r\u00eat pour les pens\u00e9es minoritaires et alternatives. Chez lui, on sait que cela donna lieu \u00e0 cette formidable aventure de la contre-histoire de la philosophie, pr\u00e9sent\u00e9e en conf\u00e9rences \u00e0 Caen, mais aussi diffus\u00e9e sous forme de livres, d\u2019\u00e9missions de radio et de cd. Chez moi, beaucoup plus modestement, cela m\u2019amena \u00e0 me tourner vers des figures de la pens\u00e9e, marginalis\u00e9es, mais que je consid\u00e8re comme majeures, que ce soit Albert Schweitzer, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou L\u00e9on Tolsto\u00ef penseur<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Et l\u00e0, le lecteur attentif verra poindre la grande diff\u00e9rence entre nous\u00a0: je suis celui qui croit au ciel et lui celui qui n\u2019y croit pas. D\u2019o\u00f9 une attention particuli\u00e8re port\u00e9e \u00e0 ses \u00e9crits sur la religion et, donc \u00e0 ce livre, le dernier en date sur ce th\u00e8me. Pour qui suit l\u2019\u0153uvre d\u2019Onfray, cet ouvrage est tout sauf une surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cela fait bien des ann\u00e9es que Michel Onfray r\u00e9p\u00e8te, dans ses livres, ses interviews, au d\u00e9tour d\u2019une phrase dans ses conf\u00e9rences, que \u00ab&nbsp;J\u00e9sus est un concept&nbsp;\u00bb. Ce qui est tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le sujet de ce livre, comme le montrent le titre et le sous-titre. J\u2019avais don h\u00e2te de lire ce travail qui finalisait une r\u00e9flexion en cours depuis longtemps. \u00c0 l\u2019issue de cette lecture se pose la question de savoir quoi en dire et comment le dire. Je vais \u00e9viter la critique religieuse incendiaire. Je crois qu\u2019elle est inutile et ne sert pas au dialogue&nbsp;: elle est la cristallisation des oppositions irr\u00e9ductibles. Il y aura sans nul doute beaucoup de belles plumes chr\u00e9tiennes pour faire cela. \u00c9videmment, je veux dire ici que je suis en total d\u00e9saccord avec cette th\u00e8se et que je crois que J\u00e9sus a bien exist\u00e9 et fait ce que les \u00c9vangiles et les autres t\u00e9moins du temps rapportent. Je suis convaincu que J\u00e9sus est un personnage historique au m\u00eame titre que Platon ou Socrate. Ce que d\u00e9nie absolument Michel Onfray. Par ailleurs, chr\u00e9tien protestant converti \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-neuf ans, je crois au message du Christ-J\u00e9sus et \u00e0 son r\u00f4le unique dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Ceci me diff\u00e9rencie nettement de Michel Onfray. Ceci \u00e9tant dit, je ne reviendrai pas sur ce point de la foi. Sauf en lien avec ce que dit l\u2019auteur dans son livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour partager mes r\u00e9flexions sur ce livre, je vais passer par le jeu de quelques questions pos\u00e9es par cette lecture. La premi\u00e8re est&nbsp;: <strong>A qui est destin\u00e9 ce livre&nbsp;?<\/strong> et concerne son public et sa r\u00e9ception. La deuxi\u00e8me est&nbsp;: <strong>pourquoi Michel Onfray a-t-il \u00e9crit ce livre&nbsp;?<\/strong> La r\u00e9ponse est tout sauf simple. La troisi\u00e8me, plus critique, est&nbsp;: <strong>comment peut-on en venir \u00e0 une d\u00e9monstration par l\u2019absurde pour \u00e9tayer une th\u00e8se fragile&nbsp;?<\/strong> Suivie par une autre du m\u00eame tonneau&nbsp;: <strong>Peut-on lire beaucoup de textes de la Bible, les citer, et ne pas du tout les comprendre dans leur sens spirituel, pour ne pas dire philosophique&nbsp;? <\/strong>Je me limiterai \u00e0 ces quatre interrogations, qui n\u2019\u00e9puisent pas le d\u00e9bat, mais au contraire l\u2019ouvrent vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 qui est destin\u00e9 ce livre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e9crivain vise \u00e0 \u00eatre lu et, pour ce faire, il cible un public privil\u00e9gi\u00e9 qu\u2019il estime \u00eatre le plus apte \u00e0 s\u2019approprier l\u2019ouvrage. Michel Onfray est un gros vendeur de livres \u2013 ses ennemis le lui reprochent assez, un peu comme ils le faisaient pour Camus, sa grande admiration (et la mienne&nbsp;!). Il n\u2019est pas un \u00ab&nbsp;philosophe pour classes terminales&nbsp;\u00bb, comme on avait cru insulter Camus, mais il est incontestablement un \u00ab&nbsp;philosophe pour le peuple qui r\u00e9fl\u00e9chit&nbsp;\u00bb. Son public rassemble des personnes de tous milieux sociaux et de tous niveaux culturels. Est-ce ce public qui est vis\u00e9 par ce livre&nbsp;? Je n\u2019en sais rien explicitement, mais je ne suis pas convaincu qu\u2019il fasse autant recette que ses pr\u00e9c\u00e9dents titres. Car, pour une grande majorit\u00e9 de nos concitoyens, si je puis me permettre ce jeu de mots, \u00ab&nbsp;La messe est dite&nbsp;\u00bb. Le r\u00eave positiviste et marxiste s\u2019est en partie accompli&nbsp;: le peuple, \u00e9clair\u00e9 par les Lumi\u00e8res et le Parti, a d\u00e9pass\u00e9 le stade primitif de la croyance en Dieu. Du moins est-ce le constat sociologique g\u00e9n\u00e9ral. Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur ce sujet, mais le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour le christianisme est patent, il suffit de se rendre \u00e0 une messe ordinaire ou \u00e0 un culte protestant pour voir des audiences \u00e9tiques et chenues. C\u2019est le quotidien du religieux chr\u00e9tien dans notre pays. Des \u00e9v\u00e8nements exceptionnels peuvent rassembler des foules ponctuellement (JMJ Catholiques, Protestants en f\u00eate), mais ce sont des gens venus de tout le pays. Rien \u00e0 voir avec les messes hebdomadaires de la Ligue 1 de football. L\u2019opium du peuple a chang\u00e9 de nature, mais il est toujours l\u00e0. Ces Fran\u00e7ais agnostiques ou ath\u00e9es, au mieux indiff\u00e9rents, vont-ils se ruer sur ce livre pour conforter leur opinion, ou plut\u00f4t leur non-opinion&nbsp;? Sinc\u00e8rement, j\u2019en doute. Alors, pour qui est ce livre&nbsp;? Sans doute, au premier chef pour les anthropologies et sociologues du religieux, auxquels il fournira une r\u00e9f\u00e9rence bibliographique de plus. Donc des \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb \u00e9tudiant le religieux et les penseurs qui s\u2019y int\u00e9ressent comme un champ disciplinaire, hors de tout affect personnel. Et puis, sans doute aussi, les th\u00e9ologiens et quelques ministres des cultes curieux, qui pourront agr\u00e9menter leurs articles ou hom\u00e9lies d\u2019une petite r\u00e9flexion acide sur Onfray. Et les philosophes&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. Ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 largement pourvus en argumentaire de ce style depuis le XVIIIe si\u00e8cle. Feront-ils l\u2019effort de lire ces pages, hormis ceux qui devront en faire une recension&nbsp;? Bref, ce livre peut avoir du mal \u00e0 trouver un public nombreux. Il est tout \u00e0 fait possible que je me trompe grossi\u00e8rement et qu\u2019il devienne un best-seller&nbsp;; auquel cas je reconnaitrai sans honte mon manque de perspicacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi Michel Onfray a-t-il \u00e9crit ce livre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9ponse primaire serait&nbsp;: parce qu\u2019il en avait envie ou en avait besoin. On peut essayer de pousser plus loin la recherche. En cela la pr\u00e9face du livre est la partie la plus int\u00e9ressante pour nous \u00e9clairer. Elle est construite en deux parties&nbsp;: une sorte d\u2019autobiographie personnelle en lien avec le sujet et des extraits de lettres de Lucien Jerphagnon \u00e0 Michel Onfray.<\/p>\n\n\n\n<p>De la premi\u00e8re section, nous retirons quelques informations int\u00e9ressantes, qui ne sont nullement des r\u00e9v\u00e9lations exclusives pour les fid\u00e8les de l\u2019auteur. Tout d\u2019abord, qu\u2019il a une \u00e9ducation catholique bien traditionnelle, doubl\u00e9e d\u2019une scolarisation dans une \u00e9cole chr\u00e9tienne. Il a donc une base de connaissances, \u00e0 la fois sur les rites religieux, sur les symboles et les textes sacr\u00e9s. Ce qui le diff\u00e9rencie de la grande majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais actuels. Nous reviendrons sur cette connaissance et ce pass\u00e9. Nous apprenons aussi qu\u2019il a song\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire en th\u00e9ologie \u00e0 la Catho d\u2019Angers, apr\u00e8s son bac, mais qu\u2019il choisit finalement Caen et sa facult\u00e9 de philosophie&nbsp;: Nietzsche plut\u00f4t que J\u00e9sus. Mais \u00e0 Caen, il y avait un grand professeur de philosophie, Lucien Jerphagnon. Celui-ci \u00e9tait un des meilleurs sp\u00e9cialistes de Saint-Augustin, dont il fut un des \u00e9diteurs dans l\u2019\u00e9dition de La Pl\u00e9iade. Et c\u2019est ce grand professeur, tr\u00e8s \u00e9rudit, qui initia Michel Onfray \u00e0 la philosophie antique dont on sait l\u2019importance pour sa vie et sa r\u00e9flexion. Jerphagnon \u00e9tait chr\u00e9tien et en s\u2019en cachait pas. Il a \u00e9crit de fort belles choses l\u00e0-dessus dans un de ses derniers ouvrages<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Il fut celui qui devint le ma\u00eetre d\u2019Onfray, le seul qu\u2019il se reconnaisse dans ses \u00e9tudes de philosophie. Extrait de ladite pr\u00e9face&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019avais entre-temps rencontr\u00e9 Lucien Jerphagnon, dont on sait qu\u2019il devint alors mon ma\u00eetre. J\u2019entrais en philosophie antique comme on entre en religion, il \u00e9tait mon Sup\u00e9rieur. Avec lui, j\u2019\u00e9tais moine, avec les avantages, sans les inconv\u00e9nients&nbsp;; Lucr\u00e8ce a pris la place de J\u00e9sus, de Dieu, de la religion chr\u00e9tienne&nbsp;: l\u2019\u00e9picurisme&nbsp; ne r\u00e9solvait pas les probl\u00e8mes de J\u00e9sus, de Dieu, de la religion, il passait outre, \u00e7a n\u2019\u00e9tait plus un probl\u00e8me, mais il r\u00e9solvait les questions du sens de la vie et de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre moral sans croire au Dieu des chr\u00e9tiens&nbsp;; C\u2019\u00e9tait beaucoup, c\u2019\u00e9tait fondamental.&nbsp;\u00bb Pages17-18.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie de la pr\u00e9face pr\u00e9sente un extrait de lettres du vieux ma\u00eetre \u00e0 son \u00e9tudiant sans doute le plus c\u00e9l\u00e8bre. Ces lettres s\u2019\u00e9chelonnent \u2013 pour les morceaux choisis ici \u2013 de 1993 \u00e0 1998. D\u00e8s le premier morceau, le d\u00e9cor est pos\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui, votre antichristianisme\u2026 Vous ferez bien ce que vous voudrez, mais je me demande si vous ne devriez pas d\u00e9passer \u00e7a [\u2026] Vous allez rigoler&nbsp;: et si vous faisiez un J\u00e9sus, un jour&nbsp;?&nbsp;\u00bb Page 19.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici le d\u00e9fi lanc\u00e9. Bien \u00e9videmment, il faut se demander pourquoi Onfray a choisi de publier pr\u00e9cis\u00e9ment ces extraits-l\u00e0. Justement l\u00e0 o\u00f9 son vieux ma\u00eetre lui sugg\u00e8re de d\u00e9passer son antichristianisme pulsionnel. Un des probl\u00e8mes est l\u00e0. Pourquoi Michel Onfray en reste-t-il \u00e0 cette agressivit\u00e9 dont on comprend bien qu\u2019elle renvoie \u00e0 un v\u00e9cu tr\u00e8s douloureux avec l\u2019\u00c9glise catholique romaine&nbsp;? Nous en parlerons plus loin. Dans une autre lettre, dat\u00e9e de 1995, Jerphagnon \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Alors, \u00e9videmment, il faudra vous chapitrer, retenir vos gamineries \u2013 je vous connais&nbsp;! \u2013 vous interdire de pr\u00e9senter J\u00e9sus en cynique, de le montrer en tirant un coup avec la Madeleine&nbsp;, et autres trucs dont votre foutu anticl\u00e9ricalisme est coutumier\u2026&nbsp;\u00bb Page 20.<\/p>\n\n\n\n<p>Jerphagnon souligne ici un des traits caract\u00e9ristiques du style Onfray le plus percutant&nbsp;: la satire ou le pamphlet. Certes, Michel Onfray y excelle, mais le genre en lui-m\u00eame porte ses limites et l\u2019on \u00e9crit plus des pamphlets pour soi-m\u00eame que pour les lecteurs. Dans ce livre, il n\u2019\u00e9chappe pas compl\u00e8tement \u00e0 ses vieux d\u00e9mons ironiques. Une petite vacherie par-ci, un jeu de mots assassin par-l\u00e0, le naturel ancien revient parfois au galop.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne citerai pas davantage ces lettres. Elles mettent en \u00e9vidence une des motivations profondes de l\u2019auteur. Pourquoi Michel Onfray \u00e9crit-il ce livre&nbsp;? Sans nul doute, au moins en partie, par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre. Mais ce serait facile de r\u00e9duire \u00e0 cette seulement reconnaissance scolastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois en une raison beaucoup plus personnelle, inavouable en clair, cependant tr\u00e8s perceptible aux lecteurs fid\u00e8les. La question du christianisme et de J\u00e9sus obs\u00e8de litt\u00e9ralement l\u2019auteur. Si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, l\u2019affaire aurait \u00e9t\u00e9 close lors de la publication du <em>Trait\u00e9 d\u2019ath\u00e9isme<\/em>. Or, c\u2019est justement \u00e0 partir de ce livre que l\u2019\u00e9volution intellectuelle d\u2019Onfray est int\u00e9ressante. Il proclame partout avec constance son ath\u00e9isme, mais il s\u2019int\u00e9resse de plus en plus au christianisme au sens large. Il devient un fervent d\u00e9fenseur de la civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne alors m\u00eame qu\u2019il en annonce la d\u00e9cadence et la fin prochaine. C\u2019est au nom de celle-ci qu\u2019il reste tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9 face \u00e0 l\u2019islam. J\u00e9sus est une fable, le christianisme une escroquerie qui a r\u00e9ussi, mais il d\u00e9fend mordicus ce que cela a produit durant 20 si\u00e8cles. Tout un chacun se bat contre ses propres paradoxes, nul n\u2019y \u00e9chappe. Mais, lorsqu\u2019on est un personnage public lu par des millions de gens, ces paradoxes deviennent \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9bat public. Je crois donc qu\u2019Onfray \u00e9crit sur J\u00e9sus et le christianisme parce qu\u2019il ne peut vivre ce qu\u2019il dit et proclame&nbsp;: savoir, les consid\u00e9rer comme vraiment inexistants. Cela me fait un peu songer aux m\u00e9decins et mandarins m\u00e9dicaux allopathes ricanant devant l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019hom\u00e9opathie, mais lui consacrant livres et articles. Si c\u2019est nul et sans r\u00e9alit\u00e9 , je ne vois pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de continuer \u00e0 en parler. Pour ma part, j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 le marxisme-l\u00e9ninisme et son application criminels, mais p\u00e9rissables (j\u2019avais lu Soljenytsine \u00e0 15 ans, d\u00e8s sa traduction en fran\u00e7ais)&nbsp;; je n\u2019ai pas \u00e9crit une seule ligne sur ce sujet qui a \u00e9tabli tout seul son \u00e9chec et son mensonge. Onfray \u00e9crit sur J\u00e9sus alors m\u00eame que, selon lui, c\u2019est un mirage. \u00c9crit-il pour convaincre les lecteurs ind\u00e9cis&nbsp;? Sans doute aussi. Mais je crois qu\u2019il \u00e9crit surtout pour lui-m\u00eame. Pour \u00e9tablir par son travail une digue contre ce sujet. Et qualifier son livre de \u00ab&nbsp;biographie d\u2019une id\u00e9e&nbsp;\u00bb montre bien qu\u2019il consid\u00e8re celle-ci comme r\u00e9elle en tant que telle. Donc le christianisme ne serait pas sans fondement, J\u00e9sus serait-il seulement une id\u00e9e. Cette belle id\u00e9e aurait chang\u00e9 la vie de milliards de gens depuis deux mille ans, serait-elle une fable sans au-del\u00e0. Dans ce livre, Michel Onfray ferraille avec la personne de J\u00e9sus pour la transformer en id\u00e9e, mais il ne cherche pas \u00e0 d\u00e9truire cette id\u00e9e. Je n\u2019irai pas plus loin dans cette analyse. Je voulais seulement montrer \u00e0 mon lecteur que cette question du pourquoi est tout sauf simple et qu\u2019elle ouvre sur des interrogations plus intimes pour l\u2019auteur. On n\u2019\u00e9crit pas contin\u00fbment sur un sujet imaginaire et sans int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment peut-on en venir \u00e0 une d\u00e9monstration par l\u2019absurde pour \u00e9tayer une th\u00e8se fragile&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais en venir maintenant au contenu lui-m\u00eame. Comme je l\u2019ai dit plus haut, il ne s\u2019agira nullement de reprendre les affirmations souvent hasardeuses de l\u2019auteur et de les r\u00e9duire au plan th\u00e9ologique et herm\u00e9neutique. Je veux me concentrer sur l\u2019angle qu\u2019il a choisi. Je passerai sur la partie g\u00e9n\u00e9alogique qui n\u2019est qu\u2019un hors-d\u2019\u0153uvre pour l\u2019auteur. La pointe de sa d\u00e9marche est dans les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me parties, consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019action suppos\u00e9e et aux paroles putatives que donnent les \u00c9vangiles. Comme toujours chez Onfray, le travail de lecture et d\u2019annotations est consid\u00e9rable. Nul ne peut le nier. Dans une critique parue le 18 janvier dans Le Figaro, Eug\u00e9nie Basti\u00e9 \u00e9crit, \u00e0 propos de cet ouvrage&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il a lu plus de patristique que la plupart de nos \u00e9v\u00eaques.&nbsp;<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><strong>[4]<\/strong><\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je souscris \u00e0 ce jugement. Les r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises et les citations volumineuses de ce livre prouvent qu\u2019il a bien lu la Bible en profondeur et un certain nombre de P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise. C\u2019est d\u2019ailleurs la marque de fabrique Onfray&nbsp;: lorsqu\u2019il aborde un sujet, ce moine-soldat absorbe une quantit\u00e9 de documentation impressionnante. Le reproche se superficialit\u00e9 ne saurait lui \u00eatre fait, sinon de mauvaise foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est donc nullement une question de sources ou de documentation. \u00c0 la lecture, il est ais\u00e9 de mesurer tout le travail de lecture biblique, puis de recherche. Bien s\u00fbr, une bible d\u2019\u00e9tude, du type NBS (Nouvelle Bible Segond) facilite grandement le fastidieux travail de r\u00e9f\u00e9rences crois\u00e9es. Mais ce n\u2019est pas dans ce genre de livre que l\u2019on peut trouver l\u2019argumentaire critique global. Si J\u00e9sus est seulement une id\u00e9e, il faut le d\u00e9montrer. D\u2019autant plus s\u00e9rieusement que cette th\u00e8se de la non-existence de J\u00e9sus est aujourd\u2019hui abandonn\u00e9e par la quasi-totalit\u00e9 des historiens des religions. Mais cela ne g\u00eane pas notre auteur, au contraire. Il y voit le triomphe de l\u2019entreprise de duperie catholique. Il pr\u00e9f\u00e8re avoir tort tout seul que raison avec le troupeau. Comme le disait ironiquement Coluche&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont nombreux \u00e0 avoir tort qu\u2019ils ont raison&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Onfray a donc choisi un plan \u00e0 double h\u00e9lice, comme l\u2019ADN.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re h\u00e9lice est celle de la critique des r\u00e9cits \u00e9vang\u00e9liques, sur un argumentaire depuis longtemps pr\u00e9sent\u00e9 par lui&nbsp;: La vie de J\u00e9sus n\u2019est faite que symboles. Pour lui, il est \u00e9vident que J\u00e9sus ne mange que des symboles&nbsp;: du pain, des poissons, des figues\u2026 Que ce soit la base alimentaire connue des Palestiniens de l\u2019\u00e9poque n\u2019alt\u00e8re pas du tout son opinion. &nbsp;Du simple fait que les \u00c9vangiles ne racontent pas le d\u00e9tail de la vie quotidienne de J\u00e9sus, nous aurions la preuve de l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de cette vie. Et, caract\u00e8re aggravant au plus haut degr\u00e9, ces r\u00e9cits ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par des partisans de J\u00e9sus. Mais il faut avouer que l\u2019on voit mal les adversaires de J\u00e9sus, les Pharisiens ou les Saducc\u00e9ens, par exemple, rassembler les t\u00e9moignages et \u00e9crire la vie de celui qu\u2019ils ont fait condamner et ex\u00e9cuter. Je ne connais pas d\u2019exemples historiques d\u2019une telle d\u00e9marche. Nous disposons par contre de nombreux cas semblables \u00e0 celui des \u00c9vangiles&nbsp;: Ce sont les disciples de Bouddha qui ont \u00e9crit son histoire. Je n\u2019ai jamais lu sous la plume de Michel Onfray l\u2019id\u00e9e que Mahomet serait un concept, alors que la situation est du m\u00eame type. Ce qui peut \u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus ne saurait l\u2019\u00eatre \u00e0 Bouddha ou Mahomet. Mais ce n\u2019est pas ici que r\u00e9side le point le plus discutable, m\u00eame si cette th\u00e8se est extr\u00eamement fragile.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde h\u00e9lice est beaucoup plus probl\u00e9matique et c\u2019est \u00e0 propos de celle-ci que je parle de \u00ab&nbsp;raisonnement par l\u2019absurde&nbsp;\u00bb. Jugez plut\u00f4t. Pour prouver que J\u00e9sus est simplement une id\u00e9e, Onfray s\u2019embarque dans la d\u00e9monstration qu\u2019il est f\u00e9rocement antijuda\u00efque, que tout son discours et son comportement visent \u00e0 nier, d\u00e9truire et remplacer la foi juive traditionnelle. Pour expliquer ce paradoxe, il utilise le verset de Matthieu&nbsp;5&nbsp;:1 7&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l\u2019accomplir&nbsp;\u00bb. Et de d\u00e9montrer qu\u2019au contraire, chacune de ses actions, voire de ses miracles a pour but de transgresser la Loi juive&nbsp;: les violations du Sabbat sont presque toutes relev\u00e9es, le non-respect des r\u00e8gles de purification, la fr\u00e9quentation des Samaritains\u2026 Ce comportement antijuda\u00efque, selon Onfray, montre bien que J\u00e9sus est un concept construit pour abattre la Loi et non un vrai personnage. Je ne rentrerai pas dans la querelle, ce serait valider cet argument sp\u00e9cieux. Je signale seulement deux points pr\u00e9cis&nbsp;: le juda\u00efsme est parcouru depuis son origine par des proph\u00e8tes et des meneurs qui le mettent \u00e0 mal. Le comportement critique de J\u00e9sus s\u2019inscrit dans une pratique plut\u00f4t courante dans le juda\u00efsme.&nbsp; Secondement, J\u00e9sus est un juif \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, qui conna\u00eet les textes sacr\u00e9s, il est au courant des d\u00e9bats et des \u00e9coles de pens\u00e9e tr\u00e8s divergentes de sa religion et il est d\u2018ailleurs consid\u00e9r\u00e9 par les penseurs juifs comme un rabbin et un proph\u00e8te, fait d\u2019ailleurs emprunt\u00e9 par l\u2019islam. La seule chose qui le met en marge absolument est sa pr\u00e9tention \u00e0 \u00eatre le Fils de Dieu. Mais lui-m\u00eame inscrit cette pr\u00e9tention dans le cadre proph\u00e9tique et eschatologique juif. Onfray r\u00e9p\u00e8te aussi un argument \u00e0 sati\u00e9t\u00e9&nbsp;: J\u00e9sus ne fait que r\u00e9citer ou accomplir des actes qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits par J\u00e9r\u00e9mie, Esa\u00efe, Mich\u00e9e et autres proph\u00e8tes juifs. Pour lui, il y a l\u00e0 une preuve indiscutable qu\u2019il est une construction pure, un \u00ab&nbsp;rapport textuel&nbsp;\u00bb, comme le dit plaisamment Onfray. Il est pour lui inenvisageable que la vie de l\u2019homme J\u00e9sus soit v\u00e9ritablement cet accomplissement. Ce ne peut \u00eatre qu\u2019un travail de faussaire, une mythification mystificatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>En refusant de consid\u00e9rer l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une position oppos\u00e9e \u00e0 la sienne, Michel Onfray se condamne \u00e0 un argumentaire tr\u00e8s discutable. Je ne vois pas en quoi, en acceptant sa th\u00e8se, le fait que J\u00e9sus sape syst\u00e9matiquement le juda\u00efsme traditionnel le disqualifierait d\u2019\u00eatre un homme r\u00e9el. On a \u00e9galement le droit de penser que la disqualification sans appel des \u00c9vangiles, au principe que le partisan est toujours un menteur et un affabulateur, est un argument sommaire. Mais il faut maintenant en venir \u00e0 la derni\u00e8re de mes questions, celle qui met le plus en question les th\u00e8ses de ce livre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-on lire beaucoup de textes de la Bible, les citer, et ne pas du tout les comprendre dans leur sens spirituel, pour ne pas dire philosophique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La question peut para\u00eetre insolente ou m\u00e9prisante, elle ne l\u2019est pas du tout. C\u2019est une question \u00e0 la fois technique et spirituelle. On pourrait la d\u00e9velopper, argument contre argument, contre le contenu entier du livre. Je l\u2019ai dit, je ne veux pas entrer ici dans ce jeu, m\u00eame si j\u2019avoue que j\u2019aimerais beaucoup avoir cet \u00e9change direct avec l\u2019auteur. C\u2019est au plan d\u2019abord des outils que je veux me situer.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Onfray fr\u00e9quente les philosophes antiques depuis maintenant plus de quarante ans. Il est incontestable qu\u2019il les conna\u00eet infiniment mieux que moi. Je n\u2019irais donc pas le provoquer sur le terrain de Lucr\u00e8ce ou des sto\u00efciens. Mais, en la mati\u00e8re, je le lis avec attention, afin de garder mon esprit critique en \u00e9veil et je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 aller directement aux sources.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tout le travail critique d\u2019Onfray sur le christianisme, il y a une confusion permanente et un impens\u00e9. La confusion fondamentale est celle entre le christianisme et le catholicisme romain<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. En cela, il est terriblement fran\u00e7ais. Ce peuple continue \u00e0 vouloir faire semblant de croire que le christianisme \u00e9gale le catholicisme. Ce qui peut encore s\u2019admettre \u00e0 la lecture de l\u2019histoire de France, mais s\u2019av\u00e8re intenable en prenant un peu de recul. L\u2019histoire du christianisme est d\u2019une r\u00e9elle complexit\u00e9, d\u00e8s la fin du Ier si\u00e8cle, et il y l\u00e0 mati\u00e8re \u00e0 \u00e9crire une formidable contre-histoire du christianisme<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.&nbsp; Nous passons donc logiquement au stade de l\u2019impens\u00e9. Jamais, dans ses \u00e9crits Onfray n\u2019a abord\u00e9 les deux autres religions chr\u00e9tiennes, l\u2019orthodoxie et le protestantisme. Il se concentre uniquement sur le catholicisme, ce qui est un d\u00e9faut grave de perspective historique. Or, l\u2019exploration de la pens\u00e9e et de la th\u00e9ologie protestante invaliderait une bonne partie de son argumentaire. Mais il me semble qu\u2019il n\u2019a jamais approch\u00e9 cet univers.<\/p>\n\n\n\n<p>Je baigne depuis maintenant soixante ans dans l\u2019univers biblique et protestant. Depuis six d\u00e9cennies je lis et j\u2019\u00e9tudie la Bible, en prenant appui \u00e0 la fois sur la parole vivante des pasteurs et sur la masse des \u00e9crits sur ce vaste sujet. Par souci d\u2019int\u00e9grit\u00e9 personnelle et par go\u00fbt pour la Bible et la th\u00e9ologie, j\u2019ai effectu\u00e9, en sus, un cycle complet d\u2019\u00e9tudes de th\u00e9ologie protestante, cl\u00f4tur\u00e9 par un doctorat. Je peux dire, sans fatuit\u00e9, que j\u2019ai accompli en th\u00e9ologie biblique le m\u00eame travail qu\u2019Onfray sur la philosophie antique, sans doute avec moins de moyens intellectuels. C\u2019est au nom de ce travail de b\u00e9n\u00e9dictin accompli sur les sources en langues originales, sur le juda\u00efsme, sur le catholicisme et sur la th\u00e9ologie biblique et la christologie, que je me permets de poser la question ci-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour approcher certains corpus de textes ou certaines pens\u00e9es, il faut des dizaines d\u2019ann\u00e9es, voire toute une vie de travail assidu. En effet, il ne suffit pas de prendre connaissance des textes pour en p\u00e9n\u00e9trer la signification profonde. Il faut savoir les situer dans le monde culturel dont ils sont issus et, encore plus important pour notre sujet, dans la vie spirituelle des protagonistes. Pour J\u00e9sus, cela implique donc la connaissance du juda\u00efsme, de ses doctrines, de ses d\u00e9bats, de ses courants, du r\u00f4le des textes, de la liturgie du Temple. On ne peut acqu\u00e9rir cette connaissance en quelques entretiens, m\u00eame avec les meilleurs rabbins du monde. On ne peut que contempler la maison depuis le seuil. C\u2019est mon principal reproche \u00e0 ce travail. Il est enti\u00e8rement fond\u00e9 sur une lecture plate, au premier degr\u00e9, sans entrer le moins du monde dans la finesse de lecture de ces textes que des g\u00e9n\u00e9rations de rabbins ont mastiqu\u00e9s \u00e0 la r\u00e9duire en poudre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des exemples les plus frappants de cette lecture d\u00e9cal\u00e9e est l\u2019usage de la proph\u00e9tie et de l\u2019eschatologie messianique que fait (ou plut\u00f4t que ne fait pas) Michel Onfray.&nbsp; Il cite plusieurs fois les proph\u00e8tes, mais fait curieux jamais dans Esa\u00efe (ou Isa\u00efe), qui est le proph\u00e8te le plus important pour le jud\u00e9o-christianisme, ce que l\u2019on appelle les chants du serviteur de l\u2019\u00c9ternel, qui sont trois textes sp\u00e9cifiquement messianiques<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, re\u00e7us comme tels par les juifs et par les chr\u00e9tiens. La diff\u00e9rence est que, pour les chr\u00e9tiens, la proph\u00e9tie d\u2019Esa\u00efe chapitre 53, sur le serviteur souffrant, s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 dans la mort de J\u00e9sus, alors que les juifs attendent encore leur Messie, qui doit \u00eatre triomphant et r\u00e9tablir le royaume d\u2019Isra\u00ebl. Il est aujourd\u2019hui manifeste que cette attente et ce r\u00e9tablissement doivent \u00eatre lus de mani\u00e8re symbolique, le Messie ne venant pas appliquer les accords d\u2019Oslo ou r\u00e9tablir le royaume de Salomon. Pourquoi les juifs religieux n\u2019ont-ils pas accept\u00e9 J\u00e9sus&nbsp;? Pour deux raisons majeures&nbsp;: ils attendaient un chef de guerre et non un charpentier nomade, entour\u00e9 de douze pauvres galil\u00e9ens&nbsp;; ils n\u2019admettaient pas la lecture des proph\u00e8tes que J\u00e9sus faisait et les signes qu\u2019il en donnait (les divers miracles). Non que les juifs ne croient pas aux miracles, leur Bible en est remplie,&nbsp; accomplis directement par Dieu ou par ses envoy\u00e9s, les proph\u00e8tes. Ils voulaient bien admettre que J\u00e9sus soit un proph\u00e8te \u2013encore avec r\u00e9ticence \u2013 mais sa pr\u00e9tention \u00e0 agir en lieu et place de Dieu (le pardon des p\u00e9ch\u00e9s) n\u2019\u00e9tait pas pour eux acceptable. Il faut avoir sans cesse \u00e0 l\u2019esprit ces deux obstacles pour comprendre la vigueur des d\u00e9bats entre J\u00e9sus et les religieux (Pharisiens, Saducc\u00e9ens ou Docteurs de la Loi). Mais choisir comme unique argument que J\u00e9sus est un mauvais juif qui est venu d\u00e9truire le juda\u00efsme emp\u00eache de rentrer dans le fond des \u00e9changes. J\u00e9sus n\u2019est pas venu cr\u00e9er le christianisme, il est venu, exactement comme il le dit, \u00ab&nbsp;accomplir la loi&nbsp;\u00bb (Matthieu 5&nbsp;:17), c\u2019est-\u00e0-dire montrer quelle est sa v\u00e9ritable nature dans un r\u00e9gime messianique&nbsp;: le Sermon sur la Montagne, dans les chapitres 5, 6 et 7 de l\u2019\u00c9vangile de Matthieu en est la brillante d\u00e9monstration. D\u00e9cr\u00e9ter que J\u00e9sus n\u2019a pas exist\u00e9 sur le fait qu\u2019il y a une correspondance \u00e9tonnante entre ses dires et faires et les proph\u00e9ties ant\u00e9rieures, c\u2019est ne rien comprendre au juda\u00efsme et au sens de la vie publique de J\u00e9sus. Oui, il a vivement vilipend\u00e9 les pharisiens, mais on voit aussi des textes o\u00f9 ceux-ci sont tout \u00e0 fait en accord avec lui. On a dit qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 ess\u00e9nien. Affirmation sans aucune preuve. J\u00e9sus vient d\u2019abord pr\u00eacher aux juifs l\u2019accomplissement de la loi et la nouvelle \u00e9conomie de la gr\u00e2ce. Et ses coreligionnaires le rejettent et se d\u00e9brouillent pour le faire condamner, car ils le tiennent pour un blasph\u00e9mateur. Dieu peut envoyer des proph\u00e8tes, des messies \u2013ce n\u2019est pas un nom propre en h\u00e9breu \u2013 mais absolument pas \u00ab&nbsp;son fils&nbsp;\u00bb, car Dieu est Un (alors qu\u2019un des termes qui le d\u00e9signe, d\u00e8s le premier verset de la Gen\u00e8se, Elohim, est un pluriel&nbsp;!). En soutenant cette double th\u00e8se improbable de la conceptualit\u00e9 de J\u00e9sus et de sa destruction du juda\u00efsme, Michel Onfray passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sens profond des textes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il montre aussi \u00e0 quel point l\u2019enseignement de J\u00e9sus est contraire \u00e0 la bonne morale et cite ces versets o\u00f9 J\u00e9sus ignore sa famille venue le voir \u2013 normal, ils le prenaient pour un fou&nbsp;! \u2013 et o\u00f9 il enseignerait \u00e0 ha\u00efr sa famille pour aimer Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Matthieu 12&nbsp;: 47-50&nbsp;: 47&nbsp; Quelqu\u2019un lui dit&nbsp;: Ta m\u00e8re et tes fr\u00e8res se tiennent dehors, et ils cherchent \u00e0 te parler.<\/p>\n\n\n\n<p>48&nbsp; Mais il r\u00e9pondit \u00e0 celui qui le lui disait&nbsp;: Qui est ma m\u00e8re&nbsp;? Qui sont mes fr\u00e8res&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>49&nbsp; Puis il \u00e9tendit la main sur ses disciples et dit&nbsp;: Voici ma m\u00e8re et mes fr\u00e8res&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>50&nbsp; En effet, quiconque fait la volont\u00e9 de mon P\u00e8re qui est dans les cieux, celui-l\u00e0 est mon fr\u00e8re, ma s\u0153ur et ma m\u00e8re. (Version NBS)<\/p>\n\n\n\n<p>Faire de ce texte une lecture plate dans la filiation du \u00ab&nbsp;Familles, je vous hais<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>&nbsp;!&nbsp;\u00bb, c\u2019est \u00e9videmment refuser qu\u2019il existe un autre sens que le sens litt\u00e9ral. Faisons un petit \u00e9cart \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les juifs ont mis au jour, dans leur d\u00e9marche d\u2019\u00e9tude, quatre degr\u00e9s de lecture des textes sacr\u00e9s, qu\u2019ils ont nomm\u00e9s sous un terme acronyme PaRDeS<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Cette gradation va du sens litt\u00e9ral au sens cach\u00e9, que seul l\u2019initi\u00e9 peut saisir (en l\u2019occurrence le kabbaliste). Les deux modes interm\u00e9diaires sont ceux qui sont les plus utilis\u00e9s par les \u00e9tudiants de la Bible. Ils portent sur le sens symbolique et all\u00e9gorique et sur le sens spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ex\u00e9g\u00e8tes chr\u00e9tiens, au Moyen \u00c2ge ont formalis\u00e9 une m\u00e9thode tr\u00e8s proche de celle des juifs, mais en trois ou quatre niveaux, le sens cach\u00e9 \u00e9sot\u00e9rique n\u2019existant pas<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Cette m\u00e9thode reste aujourd\u2019hui pertinente<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, malgr\u00e9 tous les progr\u00e8s de ce que l\u2019on a appel\u00e9 au XIXe si\u00e8cle la m\u00e9thode historico-critique<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que Michel Onfray ignore ou veut ignorer ces niveaux de lecture. S\u2019il en avait un tant soit peu us\u00e9, il aurait bien compris que ce que dit J\u00e9sus dans ces versets de Matthieu, c\u2019est que le Royaume qu\u2019il est venu pr\u00eacher transcende les liens familiaux terrestres et cr\u00e9e une nouvelle fraternit\u00e9 et \u00ab&nbsp;sororit\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce th\u00e8me traverse tous les \u00c9vangiles. J\u00e9sus n\u2019a pas reni\u00e9 sa m\u00e8re&nbsp;; au moment de sa crucifixion, il s\u2019adresse \u00e0 elle et \u00e0 Jean, son disciple pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 et en fait un nouveau couple m\u00e8re-fils<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Faire de J\u00e9sus un destructeur de la famille est un contresens ex\u00e9g\u00e9tique. Il vient remettre la famille charnelle \u00e0 sa place et cr\u00e9er une famille spirituelle. La famille n\u2019est en rien sacr\u00e9e, c\u2019est une des erreurs catholiques que d\u2019en avoir fait une institution d\u2019origine divine, favorisant ainsi le patriarcat et la situation inf\u00e9rieure des femmes, alors que le propos et les actes de J\u00e9sus disent le contraire. C\u2019est quand m\u00eame un comble de voir Onfray, libertaire iconoclaste, se faire le d\u00e9fenseur de la famille pour invalider la personne de J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p>Luc 14&nbsp;: 26&nbsp; Si quelqu\u2019un vient \u00e0 moi et ne d\u00e9teste pas son p\u00e8re, sa m\u00e8re, sa femme, ses enfants, ses fr\u00e8res, ses s\u0153urs et m\u00eame sa propre vie, il ne peut \u00eatre mon disciple.<\/p>\n\n\n\n<p>27&nbsp; Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir \u00e0 ma suite ne peut \u00eatre mon disciple. (version NBS)<\/p>\n\n\n\n<p>Voici un autre des textes cit\u00e9s avec jubilation par Michel Onfray. Donc, J\u00e9sus dit bien qu\u2019il faut d\u00e9tester ses proches et m\u00eame sa propre vie&nbsp;! Quel dommage d\u2019en rester \u00e0 ce stade. Le m\u00eame J\u00e9sus a r\u00e9pondu aux Docteurs de la Loi qui lui demandaient quels \u00e9taient les plus grands commandements&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Matthieu 22&nbsp;: 37&nbsp; \u00ab&nbsp;Il lui r\u00e9pondit&nbsp;: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton c\u0153ur, de toute ton \u00e2me et de toute ton intelligence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>38&nbsp; C\u2019est l\u00e0 le grand commandement, le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>39&nbsp; Un second cependant lui est semblable&nbsp;: Tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>40&nbsp; De ces deux commandements d\u00e9pendent toute la Loi et les Proph\u00e8tes.&nbsp;\u00bb (Version NBS)<\/p>\n\n\n\n<p>Difficile de se ha\u00efr et, en m\u00eame temps, aimer son prochain et soi-m\u00eame. C\u2019est donc qu\u2019il faut lire ces propos \u00ab&nbsp;scandaleux&nbsp;<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>\u00bb autrement. J\u00e9sus pr\u00eache une transformation radicale, et il emploie des termes radicaux. Le but est de frapper les esprits, voire de choquer au sens m\u00e9dical de l\u2019\u00e9lectrochoc. Il faut mettre Dieu et son service au-dessus de tout et ne pas se laisser enserrer dans les rets des liens familiaux et sentimentaux. Le choix est celui de mettre Dieu au premier plan. Cela entra\u00eene souvent des rejets familiaux pour ceux qui agissent ainsi. Mais cela n\u2019est pas un commandement, une condition sine qua non. Le christianisme primitif \u2013 \u00e0 mon sens le seul qui soit rest\u00e9 fid\u00e8le au Christ \u2013 saura parfaitement \u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre entre ces paroles de J\u00e9sus et la tradition patriarcale juive ou romaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Lire ces versets au premier degr\u00e9 c\u2019est agir comme les islamistes lisant le Coran sans recul. La civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, dont Onfray est un d\u00e9fenseur nostalgique, a fait la preuve de son attitude positive pour la vie humaine (comparons-l\u00e0 aux grandes civilisations aux m\u00eames \u00e9poques). J\u00e9sus a initi\u00e9 un message proprement r\u00e9volutionnaire, qui a chang\u00e9 la vie de milliards de gens et du monde d\u2019une certaine fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire de J\u00e9sus une id\u00e9e est une th\u00e8se qui n\u2019a gu\u00e8re de d\u00e9fenseurs aujourd\u2019hui, alors m\u00eame que les \u00e9tudes historiques se sont multipli\u00e9es. L\u2019argumentaire de Michel Onfray est fragile, il le sait bien. C\u2019est pourquoi il a choisi de d\u00e9tourner en partie l\u2019attention de son lecteur vers cet antijuda\u00efsme invraisemblable. Son livre ne convaincra que des convaincus, refusant un dialogue approfondi. Plus int\u00e9ressant est le fait que ce livre soit venu s\u2019ajouter aux pr\u00e9c\u00e9dents sur le sujet du christianisme. Pourquoi s\u2019acharner sur un mort ou sur une id\u00e9e&nbsp;? Peut-\u00eatre parce que l\u2019auteur n\u2019arrive pas \u00e0 \u00e9vacuer l\u2019id\u00e9e de cette id\u00e9e. Je ne citerai pas Pascal et son fameux \u00ab&nbsp;Tu ne me chercherais pas si tu ne m\u2019avais pas d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9&nbsp;\u00bb. Je dirai simplement que cette question taraude l\u2019auteur. \u00c0 lui de savoir pourquoi. Pour moi, je suis heureux d\u2019avoir pu lire ce livre, car il a stimul\u00e9 ma r\u00e9flexion. Merci Michel&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 Les Bordes \u2013 Janvier 2024<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Auquel j\u2019ai consacr\u00e9 une \u00e9norme th\u00e8se de doctorat intitul\u00e9e&nbsp;: <em>Tolsto\u00ef et J\u00e9sus&nbsp;: anarchisme, christianisme ou\u2026 tolsto\u00efsme&nbsp;?<\/em>, soutenue en th\u00e9ologie protestante \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Lucien Jerphagnon, <em>De l\u2019amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles \u2013 entretiens avec Christiane Ranc\u00e9<\/em>, Paris, Albin Michel, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Onfray l\u2019ath\u00e9e et Michel le chr\u00e9tien<\/em>, Eug\u00e9nie Basti\u00e9 in Le Figaro 18 janvier 2024, p. 15.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Cette confusion est li\u00e9e \u00e0 son v\u00e9cu&nbsp;: le christianisme, c\u2019est le catholicisme. Alors que pour un analyste critique, le catholicisme est la secte chr\u00e9tienne qui s\u2019est impos\u00e9e&nbsp; gr\u00e2ce au c\u00e9saropapisme, \u00e0 partir de l\u2019empereur Constantin Ier (voir Jacques Ellul et son chef-d\u2019\u0153uvre&nbsp;: <em>La subversion du christianisme<\/em>). Toute la ranc\u0153ur d\u2019Onfray est aliment\u00e9e par le catholicisme de son enfance. Il n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 aller au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Je connais au moins deux ouvrages qui en font office&nbsp;: <em>l\u2019Eglise ignor\u00e9e ou<\/em> <em>Le p\u00e8lerinage douloureux de l\u2019\u00c9glise<\/em> de Broadbent- Nyons, Editions Je s\u00e8me, 1953et&nbsp; <em>L\u2019Eglise, une esquisse de son histoire pendant vingt si\u00e8cles<\/em>, Adrien Ladrierre (avec des compl\u00e9ments d\u2019Edouard Recordin et Philippe Tapernoux), Vevey, Editions bibles et trait\u00e9s chr\u00e9tiens, 1972, pour la derni\u00e8re version compl\u00e8te. Trois tomes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Esa\u00efe 42&nbsp;: 1-4, pour le premier chant&nbsp;; ch. 49&nbsp;: 5 jusqu\u2019\u00e0 50&nbsp;: 11pour le second chant \u2013parfois coup\u00e9 en deux chants par les ex\u00e9g\u00e8tes&nbsp;; 52&nbsp;: 13 \u00e0 53&nbsp;: 12 pour le troisi\u00e8me, le plus sp\u00e9cifiquement christique. \u00ab&nbsp;<em>Les <strong>Cantiques du Serviteur<\/strong> ou <strong>Chants du Serviteur<\/strong>, ou encore <strong>Po\u00e8mes du Serviteur<\/strong>, sont un ensemble de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P%C3%A9ricope\">p\u00e9ricopes<\/a> du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Livre_d%27Isa%C3%AFe\">Livre d&rsquo;Isa\u00efe<\/a>. Il s&rsquo;agit de quatre passages du \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Deut%C3%A9ro-Isa%C3%AFe\">Deut\u00e9ro-Isa\u00efe<\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;: 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11 et 52:13 &#8211; 53:12. Ce Serviteur, appel\u00e9 par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/YHWH\">YHWH<\/a> \u00e0 apporter la lumi\u00e8re aux \u00ab&nbsp;nations&nbsp;\u00bb, est l&rsquo;objet du m\u00e9pris des hommes. L&rsquo;unit\u00e9 de ces textes ainsi que l&rsquo;identit\u00e9 du Serviteur soul\u00e8vent plusieurs questions en termes d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ex%C3%A9g%C3%A8se_biblique\">ex\u00e9g\u00e8se biblique<\/a>, tant dans l&rsquo;interpr\u00e9tation du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Juda%C3%AFsme\">juda\u00efsme<\/a> que dans celle du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Christianisme\">christianisme<\/a>.<\/em>&nbsp;\u00bb source&nbsp;: <strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cantiques_du_Serviteur\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cantiques_du_Serviteur<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>\u00ab&nbsp;Familles, je vous hais&nbsp;! Foyers clos&nbsp;; portes referm\u00e9es&nbsp;; possessions jalouses du bonheur&nbsp;\u00bb<\/em> \u00e9crivait donc le jeune Gide dans <a href=\"https:\/\/www.ebooksgratuits.com\/ebooks.php\"><em>Les Nourritures terrestres<\/em><\/a>. Source&nbsp;: <a href=\"https:\/\/larepubliquedeslivres.com\/familles-je-vous-hais\/\">https:\/\/larepubliquedeslivres.com\/familles-je-vous-hais\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> PaRDeS est l\u2019acronyme de quatre termes h\u00e9breux qui qualifient le type de lecture&nbsp;: <em>Pshat<\/em>, la lecture litt\u00e9rale, <em>Remez&nbsp;<\/em>: lecture all\u00e9gorique ou allusive, <em>Drash<\/em>&nbsp;: lecture homil\u00e9tique ou m\u00e9taphorique et<em> Sod<\/em>&nbsp;: lecture \u00e9sot\u00e9rique ou secr\u00e8te. Cette lecture \u00e0 quatre niveaux a \u00e9t\u00e9 reprise par Saint Augustin, qui l\u2019a transmise au christianisme m\u00e9di\u00e9val.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> On sait fort bien que ce sens \u00e9sot\u00e9rique est celui qui est \u00e0 la base de ce que l\u2019on appelle la gnose, la connaissance profonde de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne. Il n\u2019est pas reconnu en tant que tel par l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ou redevient pertinente.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir, pour plus de d\u00e9tails, l\u2019article wikipedia&nbsp;: Quatre sens de l\u2019Ecriture&nbsp;; <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Quatre_sens_de_l%27%C3%89criture\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Quatre_sens_de_l%27%C3%89criture<\/a> .<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Jean 19&nbsp;: 25-27.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> D. Meyer, Y. Simoens, S. Bencheikh, <em>Les versets douloureux \u2013 Bible, Evangile et Coran entre conflit et dialogue<\/em>, Lessius, 2008. Ce livre aborde certains textes probl\u00e9matiques des trois monoth\u00e9ismes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;A propos de&nbsp;: Th\u00e9orie de J\u00e9sus \u2013 Biographie d\u2019une id\u00e9e Michel Onfray \u00c9ditions Bouquins, collection Essai, 2023 Je connais et je suis le&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1071\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Pourquoi vouloir tuer un concept\u00a0?<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[],"class_list":["post-1071","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-essais","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1071","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1071"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1071\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1075,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1071\/revisions\/1075"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1071"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1071"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1071"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}