{"id":1050,"date":"2023-12-09T00:37:21","date_gmt":"2023-12-08T23:37:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1050"},"modified":"2023-12-09T00:37:23","modified_gmt":"2023-12-08T23:37:23","slug":"pourquoi-le-ciel-est-bleu-une-vie-de-paysan-du-perigord-il-y-a-130-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1050","title":{"rendered":"Pourquoi le ciel est bleu\u00a0? &#8211; une vie de paysan du P\u00e9rigord il y a 130 ans."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Christian Signol \u2013 Le livre de poche<\/h3>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Pourquoi-le-ciel-est-bleu-couv.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"971\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Pourquoi-le-ciel-est-bleu-couv.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1052\" style=\"width:298px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Pourquoi-le-ciel-est-bleu-couv.jpeg 600w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Pourquoi-le-ciel-est-bleu-couv-185x300.jpeg 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Celui qui a pos\u00e9 cette question re\u00e7ut de sa m\u00e8re une magistrale gifle qui lui \u00f4ta d\u00e9finitivement toute envie de se poser des questions un tant soit peu m\u00e9taphysiques. Il \u00e9tait le grand-p\u00e8re de l\u2019auteur et s\u2019appelait Julien Signol et naquit dans les ann\u00e9es 1885-1890, en Dordogne, non loin de Sarlat. L\u2019auteur ne donne quasiment aucun rep\u00e8re chronologique, si ce n\u2019est la Grande Guerre o\u00f9 Julien fut tr\u00e8s gravement bless\u00e9 et perdit l\u2019usage correct de sa main droite, ce qui fut le grand drame de sa vie, car il ne pouvait plus travailler convenablement, lui dont toute la vie et la dignit\u00e9 consistait \u00e0 gagner fi\u00e8rement son pain par son labeur.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en effet d\u2019abord un livre sur le labeur que nous livre ici Christian Signol. En faisant le r\u00e9cit de la vie de ses grands parents paternels, Julien et H\u00e9l\u00e9ne, ce qu\u2019il narre est avant tout l\u2019existence d\u2019\u00eatres esclaves du travail. Par son talent de romancier, il parvient \u00e0 nous rendre presque physique la peine qu\u2019ont pris ces gens seulement pour se nourrir et s\u2019abriter, sans aucun superflu. De ce point de vue, ce r\u00e9cit est sans doute absolument hallucinant pour les g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es apr\u00e8s 1970. Dans une soci\u00e9t\u00e9 et un monde o\u00f9 le loisir est devenu un business et le travail une non-valeur. Or, ce basculement de valeurs s\u2019est produit en moins de 50 ans, entre 1950 et 2000. Pour mes grands-parents et mes parents, le premier souci \u00e9tait d\u2019avoir un travail pour nourrir et v\u00eatir sa famille et lui donner un toit. Si l\u2019on parvenait \u00e0 cela, on avait rempli sa mission d\u2019homme ou de femme sur la terre. Les loisirs et le superflu n\u2019existaient pas, ils \u00e9taient per\u00e7us comme le gaspillage du n\u00e9cessaire. Julien Signol et son \u00e9pouse se seront battus toute leur vie pour survivre et nourrir leurs enfants, mais sans pouvoir leur donner une \u00e9ducation scolaire suffisante pour s\u2019\u00e9lever socialement&nbsp;; les filles allaient servir chez des bourgeois d\u00e8s leur jeune \u00e2ge, les gar\u00e7ons devaient logiquement reprendre le m\u00e9tier du p\u00e8re. Mais Julien a refus\u00e9 d\u2019\u00eatre paysan, il avait trop vu son p\u00e8re humili\u00e9 par les propri\u00e9taires terriens, lui le fils de m\u00e9tayer. Il voulait \u00eatre ma\u00e7on, et il le devint. Sa vie est un long labeur harassant, interrompu par le massacre 1914-18 et son cort\u00e8ge d\u2019infirmes et de \u00ab&nbsp;gueules cass\u00e9es&nbsp;\u00bb. Jusqu\u2019au bout de leurs forces, il y seront all\u00e9s, mourant, comme le <em>Pauvre Martin<\/em> de Brassens, quand ils ne pouvaient plus travailler. On comprend bien que ce qui est d\u00e9crit l\u00e0, et qui n\u2019est que la stricte v\u00e9rit\u00e9 sur la vie d\u2019un p\u00e9rigourdin de cette \u00e9poque, soit proprement incompr\u00e9hensible par un lecteur de moins de soixante ans d\u2019aujourd\u2019hui. C\u2019est exactement comme si on lui parlait d\u2019un paysan du Moyen Age (comme ils n\u2019ont plus du tout de notion de chronologie et d\u2019histoire, les jeunes pensent d\u2019ailleurs que c\u2019est la m\u00eame \u00e9poque). Il faut donc faire lire ce livre et en parler avec le jeune public, pour tenter de le reconnecter \u00e0 son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Car ce livre est aussi un exercice r\u00e9ussi de transmission. L\u2019auteur le dit \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9crire ce livre fut pour lui rendre justice \u00e0 ses grands parents et porter t\u00e9moignage pour les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et future&nbsp;: c\u2019est ainsi que l\u2019on vivait, \u00e0 la campagne, en France au tournant du XIXe et du XXe si\u00e8cle. Savoir cela, c\u2019est mesurer tout le chemin parcouru dans le domaine social et \u00e9conomique, sans parler de l\u2019humain. Il a fallu cent ans de combats syndicaux et politiques pour sortir de l\u2019esclavage qui s\u00e9vissait au XIXe si\u00e8cle dans les usines et les champs. Julien est n\u00e9 pauvre, et il est mort pauvre. Entre les deux, il ne s\u2019est jamais vraiment r\u00e9volt\u00e9, m\u00eame si la col\u00e8re l\u2019habitait depuis son retour de la Grande Guerre. C\u2019\u00e9tait la vie, il fallait la prendre ainsi, il y avait les ma\u00eetres, les patrons, les bourgeois et la grande masse du peuple, dont le destin \u00e9tait de trimer du soir au matin, de l\u2019enfance \u00e0 la tombe. J\u2019ai connu les derniers m\u00e9tayers, dans le vignoble bordelais, lorsque j\u2019\u00e9tais enfant&nbsp;: ils \u00e9taient des mis\u00e9rables totalement d\u00e9pendants des propri\u00e9taires, une survivance m\u00e9di\u00e9vale. Il a fallu une loi pour supprimer ce statut inf\u00e2me. Elle a vraiment fait reculer la mis\u00e8re agricole. Pour le mesurer, il faut lire ce livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre m\u2019a touch\u00e9 tr\u00e8s profond\u00e9ment, \u00e0 deux niveaux. D\u2019abord, comme t\u00e9moignage historique de la mis\u00e8re dans le pays d\u2019origine de ma famille et,&nbsp;plus largement, de la paysannerie sans terre. Mais au-del\u00e0, ce texte a r\u00e9veill\u00e9 en moi des souvenirs d\u2019enfance et des r\u00e9cits de famille recueillis aupr\u00e8s des anciens, qui avaient v\u00e9cu ainsi&nbsp;: mes quatre grands-parents venaient de cette paysannerie de mis\u00e8re et ce que Christian Signol rapporte, je l\u2019ai entendu raconter \u00e0 la premi\u00e8re personne par les anc\u00eatres de ma famille. Je dois dire que cela n\u2019est pas pour rien dans ma r\u00e9volte sociale et politique contre les poss\u00e9dants de toute nature. J\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette soumission existentielle parce que mes parents avaient pu aller suffisamment \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour quitter le monde de la terre ou de l\u2019artisanat traditionnel (sabotiers, ma\u00e7ons, menuisiers\u2026). Je sais ce que ce pass\u00e9 a pes\u00e9 sur le destin m\u00eame de mes parents, qui avaient gard\u00e9 ce complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 sociale et cette tendance \u00e0 courber l\u2019\u00e9chine devant les puissants. Lisez ce livre et vous saurez pourquoi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Christian-Signol.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"926\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Christian-Signol.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1051\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Christian-Signol.jpg 1024w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Christian-Signol-300x271.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Christian-Signol-768x695.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Subject: SIGNOL Christian &#8211; Copyright: Philippe MATSAS\/Opale &#8211; Date: 20121111-<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Christian Signol, un \u00e9crivain non-parisien qui a du succ\u00e8s\u00a0: \u00e9tonnant et suspect\u00a0!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voici donc un petit livre, sign\u00e9 par un auteur suivi par de nombreux lecteurs, un auteur qu\u2019on a affubl\u00e9 du qualificatif de \u00ab&nbsp;r\u00e9gionaliste&nbsp;\u00bb, pour le minorer par rapport aux \u00e9crivains parisiens ou m\u00e9tropolitains. Et encore, lui fait-il partie de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cole de Brive&nbsp;\u00bb, un courant qui a gagn\u00e9 une certaine estime par le vaste public qu\u2019il a conquis. Ce livre est authentique, au sens r\u00e9el du terme, il dit la v\u00e9rit\u00e9, la dure v\u00e9rit\u00e9 d\u2019existences broy\u00e9es par le travail et le m\u00e9pris de classe. Et apr\u00e8s \u00e7a, comme le chantait Brel, on voudrait que \u00ab&nbsp;je crie Vive le Roi et que j\u2019aime le maquereau&nbsp;!&nbsp;\u00bb Lisez ce livre et entretenez la r\u00e9volte contre tout syst\u00e8me d\u2019injustice qui culpabilise les pauvres et les laborieux, il y a encore des raisons de le faire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac \u2013 D\u00e9cembre 2023.<\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christian Signol \u2013 Le livre de poche Celui qui a pos\u00e9 cette question re\u00e7ut de sa m\u00e8re une magistrale gifle qui lui \u00f4ta d\u00e9finitivement toute&#8230;<\/p>\n<div class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1050\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Pourquoi le ciel est bleu\u00a0? &#8211; une vie de paysan du P\u00e9rigord il y a 130 ans.<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-1050","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-critiques","category-les-livres-litterature","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1050","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1050"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1050\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1053,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1050\/revisions\/1053"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1050"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1050"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1050"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}