{"id":1040,"date":"2023-11-13T17:50:48","date_gmt":"2023-11-13T16:50:48","guid":{"rendered":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1040"},"modified":"2023-11-13T17:50:49","modified_gmt":"2023-11-13T16:50:49","slug":"les-heritiers-de-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/?p=1040","title":{"rendered":"Les h\u00e9ritiers de l&rsquo;avenir"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Trilogie romanesque russe<\/h2>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><em>Le cahier<\/em>, <em>Cent un coups de canon<\/em> &amp; <em>L\u2019\u00e9l\u00e9phant blanc<\/em>&#8211; Editions J\u2019ai lu, 1974 &amp; 1976.<\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Les-heritiers-de-lavenir-trilogie-couv.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"908\" height=\"573\" src=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Les-heritiers-de-lavenir-trilogie-couv.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1041\" srcset=\"https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Les-heritiers-de-lavenir-trilogie-couv.jpg 908w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Les-heritiers-de-lavenir-trilogie-couv-300x189.jpg 300w, https:\/\/blogjeanmi.danslamarge.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Les-heritiers-de-lavenir-trilogie-couv-768x485.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 908px) 100vw, 908px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Voici une trilogie que j\u2019ai lue il y a plus de quarante ans et que j\u2019ai eue envie de relire, car j\u2019en avais gard\u00e9 un souvenir positif. De plus, ayant beaucoup travaill\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es sur la Russie de Tolsto\u00ef et la belle&nbsp;biographie d\u2019Henri Troyat, je voulais v\u00e9rifier mes impressions, avec une meilleure connaissance de ce pays et de son histoire que lors de ma premi\u00e8re lecture. Mais il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que j\u2019avais eu le tort de pr\u00eater un des volumes et qu\u2019il ne m\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 rendu. Il a fallu un concours de circonstance pour que je fasse cette relecture&nbsp;: j\u2019ai trouv\u00e9 les trois volumes dans une bo\u00eete \u00e0 livres, en bon \u00e9tat, dans la collection <em>J\u2019ai lu<\/em>, au format de poche (voir photographie ci-dessus).<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le point commun entre le Camus de <em>La peste<\/em>, le C\u00e9line de <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> ou le Houellebecq de <em>Soumission&nbsp;<\/em>? Ils racontent d\u2019abord une histoire. Bien s\u00fbr, ils ne racontent pas qu\u2019une histoire, mais chemin faisant peuvent exposer leurs id\u00e9es, donner \u00e0 voir leur vision du monde ou exposer leurs doutes. Un grand roman est l\u2019alliage d\u2019une histoire et d\u2019id\u00e9es. S\u2019il n\u2019y a que l\u2019histoire, c\u2019est un roman de gare&nbsp;; s\u2019il n\u2019y a que des id\u00e9es, c\u2019es le Nouveau Roman, et \u00e7a vous tombe des mains. Ensuite la palette est tr\u00e8s ouverte et va de grands narrateurs comme Troyat, B. Clavel ou R. Barjavel \u00e0 des auteurs plus ambitieux, comme Milan Kundera ou Paul Auster. C\u2019est la grande force du roman de pouvoir prendre toutes ces formes. Mais, \u00e0 la base, il y a une ou des histoires. Henri Troyat a fait partie de ces auteurs extr\u00eamement populaires des ann\u00e9es 1960 \u00e0 leur mort, comme Clavel, Bazin, Michelet\u2026 Le peuple lecteur aime \u00eatre emport\u00e9 par un r\u00e9cit, il est pr\u00eat \u00e0 d\u00e9vorer des tomes entiers. Troyat, comme Clavel ont \u00e9crit des s\u00e9ries romanesques qui ont fid\u00e9lis\u00e9 des millions de lecteurs. <em>Les h\u00e9ritiers de l\u2019avenir<\/em> en est un exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faut-il pour faire un bon roman populaire&nbsp;? Deux bases essentielles&nbsp;: de bons personnages et un contexte int\u00e9ressant. Le peuple fran\u00e7ais adore l\u2019Histoire et, donc, les romans inscrits dans un cadre historique&nbsp;: qu\u2019on se souvienne du succ\u00e8s massif d\u2019Alexandre Dumas en son temps&nbsp;! Troyat sait poser ces deux fondements avec beaucoup de s\u00fbret\u00e9. Dans cette trilogie, le contexte est sa ch\u00e8re Russie entre deux dates-cl\u00e9s de son histoire&nbsp;: l\u2019abolition du servage (1861) et la Premi\u00e8re Guerre Mondiale (1914). C\u2019est, en gros le r\u00e8gne litt\u00e9raire de Tolsto\u00ef. C\u2019est la dur\u00e9e d\u2019une longue vie pour l\u2019\u00e9poque. Pour les personnages, il va choisir un bin\u00f4me assez improbable, et l\u2019\u00e9largira \u00e0 un trin\u00f4me pour la plus grande partie de l\u2019\u0153uvre. Son bin\u00f4me associe un noble, fils de barine (grand propri\u00e9taire terrien), et un serf, n\u00e9 dans sa maison et grandi avec lui. A ce duo improbable, il ajoutera un ami du jeune noble, qui partagea son existence pendant pr\u00e8s de cinquante ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me principal de cette trilogie est le militantisme r\u00e9volutionnaire russe vu d\u2019en bas. Nos h\u00e9ros vont pratiquer l\u2019attentat, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les r\u00e9volutionnaires croyaient que la terreur qu\u2019ils inspiraient pourrait cr\u00e9er les conditions de la R\u00e9volution. En Russie, ce fut une \u00e9poque d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9e. Troyat fait \u00e9voluer ses personnages dans ce milieu et nous le fait, par la m\u00eame occasion d\u00e9couvrir, un peu comme l\u2019avait fait Dosto\u00efevski avec <em>Les poss\u00e9d\u00e9s<\/em>. Le livre s\u2019ouvre et se referme sur le personnage central, Klim, le serf du domaine de Znamensko\u00ef\u00e9, serviteur du barine Vassili Petrovitch Variaguine. Il a le m\u00eame \u00e2ge que son fils, Vissarion. Les deux enfants joueront ensemble toute leur enfance, mais chacun dans son r\u00f4le. Klima aura la chance que son ma\u00eetre lui apprenne \u00e0 lire, \u00e9crire et calculer, ce qui est tr\u00e8s rare pour un serf. Cela lui sera fort utile, toute sa vie durant. Entre les deux enfants se cr\u00e9e un lien ind\u00e9fectible mais assym\u00e9trique&nbsp;: Klim sera toujours l\u2019oblig\u00e9 de Vissarion, m\u00eame quand le servage aura \u00e9t\u00e9 aboli. Il se sentira toujours li\u00e9 ind\u00e9fectiblement \u00e0 lui, m\u00eame quand celui-ci le perdra au jeu (fin du premier volume, Le cahier). Il se retrouveront des ann\u00e9es apr\u00e8s, alors que Klim, masseur dans une \u00e9tuve, est sur le point d\u2019\u00e9pouser la fille du propri\u00e9taire et d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un nouveau statut social. Il d\u00e9cide alors de partir avec son ancien ma\u00eetre qu\u2019il appellera toute sa vie le <em>bartchouk <\/em>(le petit barine), m\u00eame s\u2019il d\u00e9couvre alors qu\u2019il est un militant clandestin recherch\u00e9 par la police, suite \u00e0 un attentat dont il connaissait l\u2019auteur. Le second tome est le r\u00e9cit de la vie errante des trois personnages, sans cesse changeant d\u2019adresse, tentant d\u2019\u00e9duquer les masses paysannes, sans succ\u00e8s, puis pr\u00e9parant des attentas contre des agents du gouvernement. Au bin\u00f4me Klime-Vissarion s\u2019est joint l\u2019ami de celui-ci Stopia, et sa s\u0153ur Ida. Stopia est le type m\u00eame du militant froid et d\u00e9termin\u00e9 qui sacrifie tout \u00e0 la cause. Troyat nous fait partager cette existence de fuyard perp\u00e9tuel, sans cesse traqu\u00e9 ou suppos\u00e9 l\u2019\u00eatre. Klim suit son batchouk par absolue fid\u00e9lit\u00e9, mais il ne saisit pas les subtilit\u00e9s des discussions r\u00e9volutionnaires&nbsp;; il est l\u00e0 pour servir&nbsp;; Et bien qu\u2019il soit libre, Vissarion le traite toujours comme son domestique, ce dont l\u2019autre est ravi. Le Tsar Alexandre II est assassin\u00e9 et notre trio (qui a perdu Ida, morte de maladie) est rep\u00e9r\u00e9 par la police (fin du second volume). Le dernier tome nous fait retrouver nos personnages bien des ann\u00e9es apr\u00e8s, \u00e0 Paris. Ils ont d\u00e9pass\u00e9 les soixante-dix ans, sont de vieux militants que personne n\u2019\u00e9coute plus gu\u00e8re et vivent chichement en cousant des parapluies. Troyat va user de la technique du flash-back, par le biais du cahier de Klim. On se souvient que c\u2019\u00e9tait le titre du premier volume. Ce cahier \u00e9tait celui que Klim s\u2019\u00e9tait fabriqu\u00e9 avec des feuilles r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es et o\u00f9 il tenait son journal. Il a continu\u00e9, m\u00eame pendant les ann\u00e9es clandestines \u2013 il d\u00e9truisait les feuillets apr\u00e8s les avoir \u00e9crits -, et install\u00e9 \u00e0 Paris a entrepris de mettre au clair tous ses souvenirs. C\u2019est par cette r\u00e9daction que Troyat nous fait revivre les ann\u00e9es qui se sont \u00e9coul\u00e9es entre la fin du tome II et le d\u00e9but du tome III. Ce sont les ann\u00e9es de bagne, car ils ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s tous els trois et condamn\u00e9s \u00e0 vingt ans de bagne en Sib\u00e9rie. Apr\u00e8s avoir purg\u00e9 leur peine, alors qu\u2019ils \u00e9taient assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence, ils se sont \u00e9vad\u00e9s par Vladivostock, allant au Japon, puis aux Etats-Unis et, enfin, \u00e0 Paris, tout cela avec le r\u00e9seau des militants. Le troisi\u00e8me volume est gris, d\u00e9clinant comme l\u2019est une vie avanc\u00e9e. Troyat en profite pour faire appara\u00eetre plus clairement la psychologie de ses personnages&nbsp;: Stopia est aigri, born\u00e9 et sans nul doute malheureux&nbsp;; Vissarion est \u00e9go\u00efste, sans grande personnalit\u00e9 et sans noblesse humaine&nbsp;: Klim est simple, naturel, g\u00e9n\u00e9reux et toujours sinc\u00e8re. Il a, par exemple, toujours gard\u00e9 sa foi orthodoxe, dans un milieu d\u2019ath\u00e9es vitup\u00e9rant. Nous partageons leur cr\u00e9puscule, avec ses mesquineries et ses d\u00e9ceptions. Ils ne sont plus dans le coup et s\u2019en rendent bien compte. Ils se retrouvent, pauvres exil\u00e9s, feignant toujours d\u2019attendre le Grand soir. La maladie frappe, m\u00eame Klim, solide comme un roc, qui a une congestion pulmonaire qui le met \u00e0 genou. Durant celle-ci, Vissarion r\u00e9v\u00e8le sa petitesse d\u2019\u00e2me en souffrant des soins que l\u2019on donne \u00e0 \u00ab&nbsp;son&nbsp;\u00bb domestique. Son seul r\u00eave est d\u2019abord, d\u2019acheter une baignoire, ce qu\u2019il fait, \u00e0 cr\u00e9dit, en d\u00e9tournant des fonds du travail commun&nbsp;: c\u2019est elle, \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9l\u00e9phant blanc&nbsp;\u00bb du titre. Puis il se met en t\u00eate d\u2019acqu\u00e9rir un chauffe-bain \u00e0 gaz et en r\u00eave secr\u00e8tement sans y parvenir. Stiopa meurt brutalement d\u2018un arr\u00eat cardiaque. Vissarion et Klim s\u2019ennuient, seuls, et prennent des \u00e9tudiants en location, mais aucun ne trouve gr\u00e2ce aupr\u00e8s de Vissarion, qui le renvoie tous. Vissarion meurt. Klim est seul, le livre s\u2019ach\u00e8ve. Soixante ans de vie racont\u00e9e sur fond de soci\u00e9t\u00e9 russe en \u00e9bullition .<\/p>\n\n\n\n<p>Troyat aurait-il des id\u00e9es \u00e0 partager&nbsp;? Les intellectuels ne le pensaient pas&nbsp;: il suffit de voir avec quels m\u00e9pris nos professeurs nous regardaient quand nous leur disions, jeunes, lire ces auteurs. Le syndrome \u00e9litiste a toujours coll\u00e9 \u00e0 la peau des intellectuels&nbsp;: c\u2019est leur seul quartier de noblesse. Un auteur qui vend beaucoup de livres et r\u00e9guli\u00e8rement est forc\u00e9ment un d\u00e9magogue (au mieux) ou un pi\u00e8tre \u00e9crivailleur. Notez que le m\u00eame raisonnement s\u00e9vit dans la musique, la chanson ou le cin\u00e9ma. Il \u00e9tait donc inutile de perdre du temps \u00e0 chercher des id\u00e9es et une vision du monde chez des auteurs \u00e0 succ\u00e8s. J\u2019ai senti, d\u00e8s mon adolescence, \u00e0 quel point cette posture \u00e9tait fallacieuse. J\u2019ai donc suivi mon chemin sans tenir compte des diktats de la bien-pensance litt\u00e9raire, et arriv\u00e9 au soir de ma vie, j\u2019en suis vraiment heureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais faire une comparaison avec un autre auteur russe que je connais fort bien&nbsp;: L\u00e9on Tolsto\u00ef. Dans ses trois grands romans, <em>La Guerre et la Paix<\/em>, <em>Anna Kar\u00e9nine<\/em> et <em>R\u00e9surrection<\/em>, il raconte des vies, souvent inspir\u00e9es par des faits divers appris d\u2019amis magistrats. Tout lecteur attentif de ces ouvrage sait \u00e0 quel point il su y faire passer ses doutes, ses critiques et ses r\u00eaves, notamment par le biais de ce qu\u2019on a appel\u00e9 ses \u00ab&nbsp;doubles romanesques&nbsp;\u00bb. Mais sans la force de l\u2019histoire racont\u00e9e, toutes ses id\u00e9es n\u2019auraient jamais atteint la grande masse russe. Lui-m\u00eame a d\u2019ailleurs dit, apr\u00e8s sa conversion chr\u00e9tienne, en 1879, que ces romans \u00e9taient des amusements sans int\u00e9r\u00eat, avec son exc\u00e8s habituel. Je ne prendrai qu\u2019un seul exemple. Dans La Guerre et la Paix, il brosse en quelques pages le portrait d\u2019un homme du peuple, Platon Karata\u00efev, un prisonnier des Fran\u00e7ais, emmen\u00e9 en otage lors de leur retraite depuis Moscou. Ce personnage simple parle avec le h\u00e9ros du roman, Pierre B\u00e9zoukhov et, \u00e0 travers lui, on entend la voix de Tolsto\u00ef exprimer sa vision du monde. Platon K. est devenu une grande r\u00e9f\u00e9rence de la litt\u00e9rature russe, alors que ce n\u2019est qu\u2019un personnage de passage, sur quelques pages du roman. C\u2019est l\u00e0 toute la force du romancier de savoir choisir un moment et un personnage, dans l\u2019histoire, pour nous interpeller. Troyat n\u2019est certes pas Tolsto\u00ef, mais il sait parfaitement faire cela. Et j\u2019ose dire que le personnage de Klim est tolsto\u00efen \u00ab&nbsp;par destination&nbsp;\u00bb. Sa figure d\u2019homme simple, de moujik serf, illumine toute la trilogie et l\u2019auteur sait el faire sans appuyer sur tel ou tel trait, sans d\u00e9livrer de longues tirades. C\u2019est le journal, fort simple, de Klim qui nous ouvre son c\u0153ur, et ce c\u0153ur est simple et pur. Ici, Troyat rejoint \u00e9videmment Tolsto\u00ef et sa passion pour les moujiks, qui d\u00e9plaisait tant \u00e0 son \u00e9pouse, Sophie. Klim ne croit pas \u00e0 la violence, il la r\u00e9cuse, m\u00eame si, par fid\u00e9lit\u00e9 absolue \u00e0 son bartchouk, il en est le complice involontaire et en paiera un prix lourd. Il n\u2019a jamais fait souffrir quelqu\u2019un volontairement et on le voit m\u00eame prier pour les victimes des attentats que commettent Vissarion et Stopia. Cette trilogie est un \u00e9loge de la simplicit\u00e9 du c\u0153ur. En face de quoi, Vissarion et Stopia sont des \u00eatres sans piti\u00e9 ou sans empathie, des \u00e9go\u00efstes de leur cause ou de leur personne. Le bartchouk est d\u00e9peint, \u00e0 petites touches, comme une sorte d\u2019hypocrite inconscient, qui milite pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, amis ne sera jamais capable de la mettre en \u0153uvre avec l\u2019\u00eatre qui lui est le plus n\u00e9cessaire et qui l\u2019aime le plus, Klim. Il garde toute sa vie ses pr\u00e9jug\u00e9s de classe et sa fa\u00e7on de traiter Klim et de lui parler est absolument scandaleuse, surtout dans un milieu social-r\u00e9volutionnaire. Le lecteur n\u2019\u00e9prouve aucune sympathie pour lui, car il n\u2019offre rien \u00e0 autrui. Quant \u00e0 Stopia, son ami, avec lequel il ne cesse de se disputer, c\u2019est l\u2019arch\u00e9type du fanatique. A aucun moment, durant les deux volumes o\u00f9 il est un personnage majeur, on ne le verra faire preuve d\u2019affect, d\u2019altruisme. La Cause justifie absolument toutes les turpitudes et rejets. C\u2019est un personnage dosto\u00efevskien, au mauvais sens du terme, sans aucune place pour le doute ou l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre. Klim \u00e9crase ces deux \u00e9go\u00efstes de tout son amour et sa bont\u00e9&nbsp;; c\u2019est sa belle figure qui reste devant nous quand nous arrivons au point final&nbsp;: il est d\u2019ailleurs le seul encore en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois romans ne manquent pas de souffle. M\u00eame si l\u2019on peut trouver le second volume un peu long (il y a au moins cent pages de trop&nbsp;!), l\u2019ensemble se lit avec passion. Le style de Troyat est efficace, parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 son objectif. Certes,&nbsp; ce n\u2019est pas un innovateur, ni en mati\u00e8re stylistique, ni en mati\u00e8re narrative. C\u2019est du travail classique d\u2019artisan talentueux. C\u2019est l\u2019exemple m\u00eame des livres que l\u2019on a envie de lire pour se d\u00e9tendre, s\u2019\u00e9vader et cesser de porter toute la mis\u00e8re du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Michel Dauriac<\/p>\n\n\n\n<p>P.S&nbsp;: on trouve tr\u00e8s facilement ces ouvrages en occasion sur les sites de bouquinerie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trilogie romanesque russe Le cahier, Cent un coups de canon &amp; L\u2019\u00e9l\u00e9phant blanc&#8211; Editions J\u2019ai lu, 1974 &amp; 1976. 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