Une mission et un programme : en marche avec Jésus

26 septembre 2017 à 4:49 | Dans Bible et vie | Laisser un commentaire

 

 

Le cœur de ce message est dans le livre d’Esaïe, au chapitre 58. Ce magnifique texte –qui fait partie pour moi des vingts plus beaux textes bibliques – de la troisième partie du livre de ce prophète, celle du messianisme, devrait être méditée régulièrement par toutes les communautés, églises et croyants.

Comme souvent dans la bible juive, il est construit sur une opposition double : un dialogue d’abord entre Dieu et son peuple, avec des arguments opposés, puis une opposition totale entre deux vies religieuses. Nous partirons de cette opposition, rapidement présentée, pour en venir à la nouvelle alliance et à ce que Jésus fait de ce texte. Nous y trouverons alors la base du programme qu’il a lui-même mis en œuvre lors de son ministère et qu’il a ensuite transmis à ses disciples pour tous les temps et tous les lieux. Ce programme est aussi la clé qui ouvre le Royaume pour l’éternité.

 

Premier temps : Esaïe 58 : la fausse route des rites sans conscience ni conversion

 

Lecture : Esaïe 58, versets 3 à 5 version NEG

 

3 ¶  Que nous sert de jeûner, si tu ne le vois pas ? De mortifier notre âme, si tu n’y as point égard ? — Voici, le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants, Et vous traitez durement tous vos mercenaires.

4  Voici, vous jeûnez pour disputer et vous quereller, Pour frapper méchamment du poing ; Vous ne jeûnez pas comme le veut ce jour, Pour que votre voix soit entendue en haut.

5                     Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, Un jour où l’homme humilie son âme ? Courber la tête comme un jonc, Et se coucher sur le sac et la cendre, Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, Un jour agréable à l’Eternel ? »

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Nous avons donc là le dialogue entre Dieu et le peuple d’Israël, énoncé par le prohète. Le peuple récrimine contre Dieu à cause d’un jeûne improductif. Le jeûne n’est pas ici le sujet premier, bien que ce soit un sujet par ailleurs digne d’intérêt. On peut remplacer ici jeûner par prier, faire des réunions ou toutes activités pieuses au nom de Dieu.

 

Or cela ne produit rien . Tout ce qu’ils font est stérile.

 

Bien souvent les églises accumulent les rites, les cérémonies, les pénitences, sans aucun résultat. Les plus anciennes historiquement sont les mieux pourvus de ce côté-là, mais les mouvements récents sont très forts pour inventer leurs propres rites. Il n’y a donc aucun résultat à ces rites pour l’immense majorité des croyants ou églises, et pourtant elles continuente encore et encore, car ceci est devenu le sens propre de la religion : la religion, c’est du rite collectif. La religion est devenue sa propre fin, peu lui  importent les résultats, elle occupe les fidèles.

 

Dans ce texte, la réponse de Dieu est sans équivoque : ce n’est pas le jeune (ou la prière, ou le culte ou toute autre activité) qui est stérile, mais la nature du cœur des fidèles et leurs comportements. Il ne s’est produit aucune conversion, aucune régénération, aucun changement fondamental. Ils vivent comme avant, comme toujours, dans la haine, la dispute, la violence. Ils jouent simplement un rôle – le « sac et la cendre » sont des costumes de théatre – et ne connaissent qu’une humilité factice, c’est seulement un rite vide de sens.

 

«Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, Un jour agréable à l’Eternel ? « 

 

Ceci n’a aucun sens et le peuple s’abuse lui-même. Rien de cela ne plaît à Dieu, car il y a de la duplicité, voire du mensonge dans ces actes.

 

Dieu va alors donner sa version du jeûne tel qu’il l’entend et son programme d’action.

 

Temps deux : Esaïe 58 : Un programme pour tous les temps, les lieux et les créatures humaines

 

Lecture : Esaïe 58, versets 6-12

 

« 6  Voici le jeûne auquel je prends plaisir : Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug ;

7  Partage ton pain avec celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable.

8 ¶  Alors ta lumière poindra comme l’aurore, Et ta guérison germera promptement ; Ta justice marchera devant toi, Et la gloire de l’Eternel t’accompagnera.

9  Alors tu appelleras, et l’Eternel répondra ; Tu crieras, et il dira : Me voici ! Si tu éloignes du milieu de toi le joug, Les gestes menaçants et les discours injurieux,

10  Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, Si tu rassasies l’âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l’obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi.

11  L’Eternel sera toujours ton guide, Il rassasiera ton âme dans les lieux arides, Et il redonnera de la vigueur à tes membres ; Tu seras comme un jardin arrosé, Comme une source dont les eaux ne tarissent pas.

12                  Les tiens rebâtiront sur d’anciennes ruines, Tu relèveras des fondements antiques ; On t’appellera réparateur des brèches, Celui qui restaure les chemins, qui rend le pays habitable. »

 

Le verset 6 est clair : « voici le jeûne auquel je prends plaisir… » La suite prouve sans ambiguïté que le mot « jeûne » est ici employé au sens général d’acte religieux. Ce qui est décrit ensuite est pour le moins en contradiction avec la pratique du jeûne stricto sensu ou tout autre rite religieux.

C’est un code d’action que l’Eternel donne à son peuple, et donc à nous, qui sommes, si l’on suit Paul, l’Israël spirituel. Quelle est cette mission et que sommes-nous, à la suite des Juifs, appelés à être pour plaire à Dieu ?

 

  • Des libérateurs : contre l’esclavage, contre l’oppression, contre « toute espèce de joug » - ce qui symbolise tout ce qui nous prive de notre liberté, tout ce qui nous asservit. Paul y met aussi les passions triomphantes.

 

1 Corinthiens 6 : 12

 

« 12   Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit. »

 

Ce qui implique de combattre contre toutes les formes de privations de liberté, intimes comme collectives.

  • Des « partageux » : versets 7a et 10 « 7  Partage ton pain avec celui qui a faim,[…] 10  Si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, Si tu rassasies l’âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l’obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi. » Très concrètement, il s’agit de donner à manger et non de distribuer de belles paroles ; cf Jacques 2 : 15-16 :                      15  Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour,

16                 et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? ». C’est tout le contraire de l’égoïsme et du regard qu’on détourne. Soyons comme Jésus, ému par la foule qui avait faim. Ne cherchons pas de prétexte ou de fausses excuses. Personne ne devrait souffrir de la faim en ce monde riche, surtout en France !

 

  • Des hospitaliers accueillants : verset 7 bc : « Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable. » . Comment un chrétien peut-il laisser mourir de froid des frères humains ? Tous ces SDF, ces migrants, avec ou sans papiers, sont ces « malheureux », ces « pauvres » du texte d’Esaïe, et la nationalité ou la religion n’ont rien à voir là-dedans, c’est la misère qui est déterminante.Si on ne peut le faire directement, ce qui est assez courant, il est toujours possible d’aider ici et ailleurs ceux qui le font, en donnant du temps ou de l’argent. Je songe à ces femmes et ces hommes qui ont fait preuve de charité évangélique, même sans être croyants, à Calais ou ailleurs envers ces êtres déracinés par la guerre ou la misère. Aujourd’hui, le sort des chrétiens d’Orient devrait nous empêcher de dormir ! Les puissants détournent pudiquement la tête pour ne pas créer de problèmes diplomatiques avec les alliés musulmans. Pourtant ils sont nus, misérables et traqués  parce qu’ils sont chrétiens !

 

  • Des rassasieurs pour les âmes indigentes : verset 10 : « Si tu rassasies l’âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l’obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi. » Là, on passe au registre spirituel par le choix du mot « âme ». Combien d’âmes affamées nous entourent ? Avons-nous seulement senti cette faim de l’âme ? Avons- nous essayé de les rassasier ? Non par notre propre discours, mais par la Parole de Dieu, proposée avec discernement, grâce à l’Esprit Saint. Tout croyant peut le faire ; nul n’en est incapable. Il n’y a pas besoin d’avoir fait des études de théologie ou suivi des cours. Le Christ a demandé à ses disciples de la faire, lors de l’épisode de la multiplication des pains : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Chacun peut partager le peu qu’il sait de la Parole et de l’amour de Jésus pour lui.

 

  • Nous remarquons qu’il y a une progression dans les actions demandées, comme dans les dix paroles du Sinaï :

 

1/ Nourrir de pain l’affamé

2 / Loger le sans toit et le vêtir

3 / Répondre à sa faim spirituelle

Il ne faut jamais inverser cet ordre.

 

Si ce programme est mis en œuvre (avec plus ou moins de réussite et d’objectifs, car on ne peut tout faire), les conséquences sont très positives pour le peuple de Dieu :

·        La lumière poindra

·        La guérison s’effectuera

·        Dieu entendra quand la prière montera (et là le jeûne peut être efficace !)

·        Nous serons rassassiés à notre tour dans les moments difficiles

·        L’eau vive coulera sans cesse (une vie de l’Esprit active)

·        Les ruines pourront être relevées, la vie revenir…

 

Quel programme et quelles promesses !

 

Mais cela s’adressait aux Juifs du VIIIème siècle avant JC. Est-ce aussi pour nous ?

 

Temps deux : L’ordre de mission de la nouvelle alliance

 

Jésus est venu accomplir la loi et non l’abolir : tout ce qui est dans la Bible juive nous concerne aussi, mais avec la connaissance donnée par l’Esprit et la rédemption par Jésus.

 

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Jésus se situe complètement dans le sillage de cette prophétie. Nous n’avons pas le temps ici de citer toutes les paroles dee Jésus qui reprennent l’un ou l’autre de ces impératifs. Il a mis en œuvre ce programme durant son court ministère. Jésus n’est pas un théologien, il est un homme qui marche, bientôt rejoint, sur son appel, par douze hommes qui marchent avec lui, sans d’ailleurs savoir où ils vont, qui le suivent par la foi qu’il suscite.

 

Jésus va missionner ses disciples à leur tour.

 

Luc 9 :1-2 : « 1   Jésus, ayant assemblé les douze, leur donna force et pouvoir sur tous les démons, avec la puissance de guérir les maladies.

2  Il les envoya prêcher le royaume de Dieu, et guérir les malades. »

Ils sont envoyés munis de la puissance et de l’autorité sur tous les esprits mauvais et peuvent guérir (on retrouve l’idée de guérison vue dans Esaïe 58 au verset 7) Mais ils ont aussi la mission de prêcher le royaume de Dieu.

 

Puis Jésus envoie ensuite 70 disicples, par paire :

 

Luc 10 :1 et 9 : » 1 ¶  Après cela, le Seigneur désigna encore soixante-dix autres disciples, et il les envoya deux à deux devant lui dans toutes les villes et dans tous les lieux où lui-même devait aller. […]

9  guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : Le royaume de Dieu s’est approché de vous. »

Ils ont toujours la même mission : guérir et prêcher. Mais dans cet envoi, il y a une parole étonnante : « Le royaume de Dieu s’est approché de vous. » . ce verset parle évidemment de la personne de Jésus et de son rôle, envoyé sur terre pour racheter les hommes et les réconcilier avec le Père.

Il faut bien comprendre que les douze et les soixante-dix ont une connaissance très rudimentaire du Royaume : ils ne peuvent parler que de ce qu’ils ont vu faire à Jésus et de ce qu’ils l’ont entendu dire, avec le peu qu’ils ont compris de ses paroles, les Evangiles nous le montrent souvent. Et pourtant ils sont envoyés.

Ils reviennent galvanisés par leur expérience.

 

Luc 10 : 17-20 : « 17   Les soixante-dix revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom.

18  Jésus leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair.

19  Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ; et rien ne pourra vous nuire.

20  Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. »

 

Enfin, cet ordre de mission est donné à tous les disciples et pour toute la terre :

 

Matthieu 28 :19-20 : « 19  Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

20  et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

 Jésus, après sa résurrection, n’est plus un Juif qui prêche aux Juifs, mais il élargit le champ de la mission à « toutes les nations » ; « Le monde entier » est concerné. Mais le programme est toujours le même, Esaïe 58 :6-12.

 

Conclusion :

 

Ce programme concret semble laisser peu de place à la prédication, à l’enseignement. Mais c’est ne pas le lire correctement que de penser cela.

 

Matthieu 28 : 20 dit bien d’enseigner les nations à garder tout ce qu’a prescrit (commandé, ordonné) Jésus. C’est le sens de « rassasier les âmes indigentes ». L’action humanitaire est inséparable de la parole prêchée ou de l’enseignement biblique. Elle la précède le plus souvent. Souvenons-nous de la devise seconde de l’Armée du Salut, fixée par le fondateur William Booth : « Soupe, Savon, Salut », l’ordre respecte celui du programme d’Esaïe 58.

 

Mettre en œuvre ce programme, c’est donner du plaisir à Dieu le père, (verset 6 d’Esaïe). Mais pas seulement, même si ceci doit être notre première motivation : parce que nous aimons Dieu, nous voulons accomplir « un jeûne auquel il prend plaisir ». Mais, ce faisant, nous avons aussi une clé du salut, au moment du jugement final de l’humanité.

 

Matthieu 25 :34-36 : « 34  Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.

35  Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ;

36  j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. »

 

C’est parce que ce programme aura été mis en œuvre que nous pourrons particper au royaume de Dieu. Mais n’inversons pas les choses : on ne saurait mettre en œuvre ce programme pour être incorporé au royaume. Nous le mettons en œuvre parce que nous sommes déjà saisis par le Royaume qui s’est approché de nous.

 

Soyons fiers de ce programme inaltérable et universel, promulgué non par un homme faillible comme nous, mais par Dieu lui-même. Il ne saurait nous décevoir et nous tromper.

 

Alors, en marche, peuple de Dieu !

 

Soli Grati Deo

 

 

 

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La pensée-magazine a encore frappé ! Civilisation – comment nous sommes devenus américains

26 septembre 2017 à 4:39 | Dans les livres: essais | Laisser un commentaire

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Civilisation – comment nous sommes devenus américains

 

Régis Debray                                                              NRF – Gallimard

                                                                                Avril 2017 – 231 pages

 

Un titre accrocheur, et un sous titre encore plus ! Un auteur dont on connaît le parcours et l’intelligence. Pourquoi pas se laisser tenter (et ce malgré des expériences antérieures décevantes), en ces temps de disette de vraie réflexion ?

 

Autant le dire d’emblée, je regrette mon achat et le temps passé à aller au bout de ce livre que j’ai eu envie de laisser tomber – au sens propre – après une cinquantaine de pages. Car je ne voyais pas encore l’entrée dans le sujet. En fait, quand on arrive à la page 231 et au dernier point de la dernière phrase, c’est encore la même attente exaspérée. Tout ça pour ça ! suis-je tenté d’écrire.

 

Ce livre est écrit par quelqu’un qui a le véritable talent de l’écriture. Il sait tenir son lecteur, le faire sourire, établir une connivence avec lui, le surprendre…Bref, la question purement technique est sans objet. On ne saurait rejeter ce livre par un défaut d’écriture.

 

Ce livre est écrit par quelqu’un qui a une véritable culture. Les citations sont nombreuses, les références judicieuses abondent. Dans le choix argumentaire fait, pas de faute de goût. Le recours à Paul Valéry est très bon, comme celui fait de Samuel Huntington. Je n’ai pas senti trop fortement l’habituel pédantisme des marquis de la République, si prompts à dégainer références et mépris de classe en même temps. Nous avons affaire à un bon connaisseur des Etats-Unis, qui ne tombe pas dans le piège facile que son titre pouvait lui offrir. L’américanisation dont il traite n’est pas superficielle, elle ne se borne pas à dénoncer Coca-Cola et Nike, mais analyse les faits en profondeur. La comparaison avec Rome, qui arme le dernier chapitre est tout à fait intéressante et juste.

 

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Mais ce livre est écrit par quelqu’un qui n’arrive pas à penser sur le sujet qu’il a choisi. L’impression finale ressemblerait un peu à celle qu’on peut avoir après la lecture d’un bon blog ou de carnets de notes. Les éléments de recherche et d’observation sont bien là, les exemples de choix, les hommes à citer, les domaines concernés. Tout y est, mais rien ne se passe. Quel est donc ce mystère ? Je ne puis l’expliquer clairement ; simplement donner mon sentiment de lecteur. L’impression finale est celle d’un gâchis et d’un inachèvement, pour ne pas dire d’une construction qui n’a pas dépassé les fondations. Un peu la même impression qu’avec un livre de Jacques Attali ou de Bernard-Henri Lévy : tant d’intelligence pour si peu de pensée…

 

Celui qui lira cette critique me trouvera sans doute d’une prétention extrême face à l’œuvre publiée de Régis Debray et à son parcours. Je persiste et signe : l’idée est bonne, voire même excellente, mais le breuvage final ne tient pas les promesses de la vendange. J’ai le sentiment d’avoir lu une série d’articles de magazines du jeudi, les fameux News du week-end pour hommes d’affaires pressés. De la pensée-magazine, voilà la meilleure définition que je trouve pour le moment. Il y a toujours quelque chose à retenir de la lecture de ces longs articles qui font les dossiers de l’Express ou du Point, mais cela ce résume en trois lignes et deux idées. Pour être définitivement cruel, je ferais ici référence à l’entretien qu’a donné Régis Debray au Figaro Magazine quelques semaines après la parution de son livre. J’avais déjà lu le dit-livre. En deux pages et demi, il présente tout le contenu de l’ouvrage. Cela suffit et il ne méritait pas plus d’être développé.

 

Les Bordes, le 30 juillet 2017 – Jean-Michel Dauriac

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Communauté et individu : le mystère de l’Eglise de Jésus-Christ

26 septembre 2017 à 4:32 | Dans Bible et vie | Laisser un commentaire

 

 


 

Le culte de ce matin est le rassemblement de l’église locale, ce que l’on peut appeler une communauté de croyants. Une communauté est un ensemble de gens qui ont des choses en commun, ce qui est le cas des chrétiens, protestants évangéliques, comme ici.

 

Cette communauté n’est pas une invention des hommes, un moyen de contrôle des chefs, même si cela s’avère aussi réel. Cette communauté est une institution de notre Seigneur. Nous allons, dans cette première partie, nous remémorer certaines de ses paroles et leurs conséquences pour nous.

 

Dès le début de son minstère, Jésus s’entoure d’un collectif, d’une équipe dirions-nous aujourd’hui. Les Evangiles racontent tous l’appel des disciples :

Jean 1 : 35-50 ; Matthieu 4 : 18-22 ; Marc 1 : 16-20 ; Luc 5 : 8-11. Les textes évangéliques les appellent « les disciples » de manière indistincte la plupart du temps.

Qu’est-ce qu’un disciple ? littéralement, d’après le sens grec, c’est « celui qui apprend, qui se rend familier de quelque chose ou quelqu’un ». Tout croyant est donc appelé à être disciple et doit être appelé ainsi : « disciple du Christ », tel est notre titre spirituel.

 

Il annonce à ses disciples qu’il va les rassembler en une assemblée : Matthieu 16 : 16-20 fait le récit de cette institution prophétique.. Jésus n’instaure pas un système, une adminsitration, fusse-t-elle spirituelle. Le mot grec ekklésia désigne simplement l’assemblée. Ce que Jésus instaure est donc la communauté rassemblée des croyants. Il ne donne aucune forme, ce sont les hommes qui ont construits, à leur image, des structures de plus en plus complexes. Ce qui inétresse Jésus, c’est le rassemblement communautaire pour le culte, ce que nous faisons ce matin.

 

 

Il va aller plus loin dans ce souci de la communauté de ses disciples ; il va prier pour eux, nous laissant sans doute la plus belle prière fraternelle de toute la Bible, dans ce chapitre merveilleur de Jean 17, que l’on appelle « La prière sacerdotale ». Jean 17 : 6-9 ;20-23.

Nous voyons Jésus prier en deux temps : d’abord pour les disciples qui sont auprès de lui, verset 6-9, puis prophétiquement prier pour nous, verset 20-23. Nous sommes déjà inclus dans cette prière faite il y a deux millénaires : « pour ceux qui croiront en moi par leur parole ». La communauté s’agrandit par la parole : la prédication oui, mais pas seulement et loin de là la seule manière ; le témoignage personnel, la prière avec celui qui souffre, la parole de connaissance apportée à une âme perdue…

 

Après sa mort et sa résurrection, il apparaît à des groupes importants : Jean chapitres 20 & 21 sont consacrés à ces apparitions collectives. Le Nouvea Testament dit que 500 personnes le virent lors des quarante jours entre la résurrection et l’ascension, mais toujours collectivement, pour fortifier le témoignage des disciples. L’Eglise est d’abord l’assemblée de ceux qui ont vu de leurs yeux le christ ressuscité ; elle est est aujourd’hui l’assemblée de ceux qui proclament chaque année à Pâques : « il est vraiment ressuscité ! Ceci crée une véritable famille, qui célèbre le miracle de la résurection et de la rédemption..

 

 

Avant d’obéir jusqu’à la mort de la Croix, Jésus a tenu à partager le repas de la Pâque avec ses disciples, leur laissant un mémorial pour tous les temps, avec sa symbolique ; C’est le sacrement de la Sainte Cène. Ce mémorial est au cœur du culte chrétien, il est l’apogée du rassemblement, ce qui explique tout, ce qui déverouille tout et ouvre à toutes les perspectives.

Matthieu 26 :26-29 en fait un récit succinct mais très clair. On ne communie jamais seul, cela n’a aucun sens. La communion aux souffrances du Christ est associée à la xommunion fraternelle des commensaux. La dimension verticale, de l’homme vers Dieu, est inséparable de la dimension horizontale, les humains entre eux. La communauté est donc transfiguré par le partage du pain et du vin. Non que ce pain et ce vin soient magiques – nous n’admettons pas la transsubstantiation soutenue par l’Eglise catholique – mais ils sont des symboles au sens premier de mot, c’est à dire des liens avec le miracle de la résurrection. Dès l’église primitive, cette sainte cène a été en scandale aux incroyants, comme la prédication de la Croix est une folie pour ceux qui périssent. Lorsque je participe au repas du Seigneur, j’affirme que j’appartiens à la communauté des croyants, que je crois à cette folie qu’est la mort du Christ pour nos péchés et à celle de sa Résurrection pour notre justification ; Romains 6 : 4 résume parfaitement cette position.

 

 

 

Transition avec la prédication : de la communauté à la personne individuelle

 

Cette communauté de croyants est un peuple de rachetés, dont l’Ancien testament, a Bible juive nous donne une image tout au long de ses livres historiques. Le salut des Juifs a été collectif. « Si mon peuple s’humilie.. » dit Dieu en 2 Chroniques 7 : 14.

La venue de Jésus change la donne. Le salut devient une affaire individuelle/ Jean 3 :16 doit être lu ainsi : le « quiconque » est une personne unique et distincte de toutes les autres, même si elle appartient au même peuple. Ce n’est plus la communauté qui sauve. Le Nouveau Testament est clair, sans aucune ambiguité là-dessus ; la prédication de Pierre est le repère le plus connu : Actes 2 : 37-39.

La communauté découle du salut individuel et des commandements de la Parole. Elle est là pour notre croissance personnelle et notre sécurité spirituelle.

Mais chacun de nous est responsable de sa vie chrétienne.

 

Message

 

La lecture d’un magazine durant ce mois de juillet m’a interpelé et a servi de déclencheur à ce court message.

L’article traité d’une notion apparue assez récemment dans la psychologie et devenue un outil utilisé par les recruteurs de cadres ou les coaches de tout poil. Il s’agit du QE, le quotient émotionnel, qui vient aujourd’hui contester ou compléter le fameux ou quotient intellectuel, qui a été le Saint Graal des psychologues-recruteurs.

Je ne veux pas rentrer dans le détail de cette notion, dont je ne suis pas spécialiste, mais simplement présenter la chose. Le QE est l’ensemble des qualités qui définissent ce que l’on appelle l’intelligence émotionnelle. On est train de se rendre compte au niveau des entreprises que le QI ne suffit pas et peut aboutir à de grosses erreurs de recrutement de nomination. Quelles sont les qualités de cette intelligence émotionnelle ? j’emprunte au psychologue Daniel Goleman les caractères cités ci-dessous.

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Il distingue cinq éléments à l’intelligence émotionnelle.

 

 

CONSCIENCE DE SOI

Les personnes douées d’une bonne conscience d’elles-mêmes sont « conscientes de leurs humeurs au moment où elles lesvivent » Concentrez-vous sur le présent, sur ce que vous ressentez. Tenez un journal pour analyser vos forces et faiblesses émotionnelles. Demandez l’avis de ceux que vous estimez.

 

AUTOREGULATION

L’autorégulation s’appelle aussi maîtrise de soi. Pour développer cette compé­tence, apprenez à gérer vos émotions. Si vous vous énervez souvent, notez ce qui déclenche ce senti­ment. Employez des tech­niques comme la respiration profonde et prenez une pause avant de répondre aux demandes d’une manière que vous pourriez regretter.

 

MOTIVATION

Quand vous êtes distrait par vos émotions, vous trouvez peut-être certaines tâches difficiles. Regonflez votre motivation par l’auto-discipline et en célébrant les petites victoires qui vous donnent un senti­ment d’accomplissement. Établissez aussi des objec­tifs à plus long terme. Se concentrer sur ce qui vous importe vraiment est très motivant.

 

EMPATHIE

Songez au point de vue des autres. Imaginez ce qu’ils éprouvent, et entraînez-vous à les écou­ter lorsqu’ils partagent leurs émotions. Ne les interrompez pas et soyez attentif à leur langage corporel. Si vous les regar­dez et les écoutez, vous serez bientôt sensible à ce qu’ils ressentent.

 

APTITUDES SOCIALES

Même si vous n’êtes pas naturellement sociable, vous pouvez vous amélio­rer. Apprenez à gérer les conflits et autres situations négatives. Travaillez à augmenter votre confiance en vous tranquillement, puis recherchez des occa­sions d’entraîner vos apti­tudes dans de plus grands groupes

 

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Tout ceci participe de ce qui s’appelle depuis une vingtaine d’années, le « développement personnel », notion uniquement marchande, qui remplit des rayons entiers de librairie. Les Grecs ont inventé uen méthode remarquable de développement personnel il y a vingt-cinq siècles au moins, qui s’appelle la philosophie. Rien de nouveau sous le soleil, sauf l’étiquette donc. Mais voyons cela d’un point de vue chrétien, ce qui est le cœur de ce message.

 

Lecture biblique :  1 philippiens 4 :13 :

« Je puis tout par celui qui me fortifie »

 

Cette phrase peut paraître extrêmement prétentieuse ou utopique si on la lit mal.

-         la clé est « par celui qui me fortifie » et on peut inverser la phrase pour en goûter le sens chrétien. Celui qui nous fortifie est celui que Paul a entendu sur le chemin de Damas, celui que les cinq cents ont vu après sa résurrection. Paul nous donnera la raison de ce « par » dans un autre texte où il écrit : « car vous êtes mort, et votre vie est cachée en Christ avec Dieu » (colossiens 3 :3). Rien qui nous permette de nous glorifier personellement

-         « Je puis tout » est plus ici à prendre comme l’affirmation d’une liberté nouvelle face à nos limites et au péché que le fait concret. Puis-je faire décoller un immeuble ? puis-je dire à une montagne d’aller se jeter dans la mer ?(Marc 11 :23). Jésus lui-même qui a formulé cet exemple savait que cela n’avait aucun intérêt en soi, si cen’est justement de montrer que l’impossible devient possible. Le « tout » évoqué » ici est principalement lié à notre vie intérieure, à notre « développement personnel » de chrétien. Il n’y a plus rien qui puisse nous barrer la route du progrès, la marche vers le Bien. Mais ce travail est long et demande une vraie persévérance. Ce n’est pas de la magie.

 

Pour terminer, je voudrais reprendre les cinq éléments présentés auparavant et montrer en quoi la vie chrétienne pourvoit depuis l’origine à cette intelligence émotionnelle que l’on croit découvrir aujourd’hui.

 

-         « conscience de soi » : c’est le christianisme qui a développé l’idée de conscience en même temps que celle de Bien et de Mal et de péché. La philosophie antique connaissait l’âme, mais pas la conscience. La conscience est cette capacité psychique à savoir ce que l’on fait, vit et à le rapporter à la notion de bien et de mal, sous diverses appelations. D’où la notion double de « bonne conscience » et de « mauvaise conscience ». Chaque chrétien qui s’est engagé avec Jésus reçoit l’Esprit qui éveille alors sa conscience. Nous somme conscients parce que nous avons une vie de l’Esprit. La même notion existe dans toutes les religions ou sagesse. C’est un invariant psychique. Etre conscient ne signifie pas, hélas, toujours bien agir. Mais cela nous aide à faire le point et à corriger notrecomportement. Et là, la prière et les autres chrétiens sont très utiles.

-         « Autorégulation » : elle déroule du précedent. La « maîtrise de soi » est présentée par Paul comme un des fruits de l’Esprit. Il faut donc cultiver la relation avec l’Esprit Saint pour qu’il porte du fruit en nous. Cette maîtrise de soi n’est jamais complètement acquise. On peut « craquer »  à tout moment. Dans une très belle nouvelle intitulée « Le Père Serge », Léon Tolstoï raconte l’histoire d’un ermite orthodoxe très révéré qui, après des années de vie d’ascèce a brutalement cédé au désir sexuel, voyant ainsi toute sa vie d’efforts ruinés. Il faut avoir conscience justement que nous ne sommes et ne serons jamais maîtres de nous à 100% !

-         « Motivation » : Le salut reçu par grâce donne envie de la partager ; de même, la réalité des expériences spirituelles que l’on peut faire est une puissante motivation de partage. La motivation principale s’appelle l’amour, et plus particulièrement la compassion des âmes, ce sentiment que Jésus manifestait en étant ému jusqu’aux entrailles face aux malheureux de tous types. Nous sommes les messagers terrestres du Christ et cela doit nous motiver sans cesse à tendre vers le mieux, à aimer le prochain, à passer par dessus les mesquineries, les jalousies, les méchancetés, la calomnie, la haine parfois… On garde sa motivation par la prière, la lecture de la Parole et la communion fraternelle , qui rechercge nos batteries souvent fatiguées

-         « Empathie » : la capacité à comprendre ce qui se passe en l’autre et à l’écouter, est une belle qualité qui repose sur l’attention, ce que les juifs appellent le « souci de l’autre ». Si j’ai souci de lautre, alors je puis l’écouter et el comprendre, me mettre à sa place sans être lui. Cette belle qualité mène ensuite à la sympathie, étape plus profonde, qui marque un attachement, une capacité à partager les épreuves. N’est-ce pas là ce que la Parole nous enseigne à vivre les uns avec les autres . Paul a écrit là-dessus de forts beaux passages. « Si ton frère… » est une formule-clé du Lévitique, livre de la Loi qui établit une société fraternelle, donc empathique et sympathique. Un chrétien ne saurait rester indifférent à ce qui arrive à autrui. Sans pour autant, par excès se croire seul le sauveur de tous. Il y a un équilibre à respecter entre égoïsme et mégalomanie.

-         « Aptitudes sociales » : Cette aptitude tient à deux choses que nous devons concilier, notre nature et hisoire personnelle et la vocation chrétienne. Certains sont plus naturellement portés vers les autres, sont plus sociables que d’autres, renfermés, timides, un peu sauvages. Il faut alors travailler à partir de notre motivation, l’amour du prochain et la compassion des âmes. Chacun de nous a un parcours propre à réaliser et il ne faut jamais imiter, mais trouver sa voie, son équilibre. La communauté ecclésiale est un bon moyen de développer ses aptitudes sciales, de même que le travail bénévole associatif. Il y des moments où il faut savoir se faire violence pour ensuite recevoir les fruits de son travail sur soi.

 

On le voir, la foi chrétienne authentique –que j’oppose à la religion sociale – mise sur « l’intelligence émotionnelle » bien avant qu’elle n’existe. Chacun de ces aspects participe au « je puis tout.. » de notre verset du jour. Nous avons une marge de progression spirituelle qui occupera toute notre vie. Donc un potentiel, donc une volonté de pouvoir toujours. Mais rappelons-nous que c’est toujours en passant « par celui qui me fortifie » que ce potentiel illimité existe. A Lui soit toute la gloire !

 

 

Jean-Michel Dauriac

Août 2017

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