La ferme des animaux, de George Orwell, glaçante fable politique

3 août 2018 à 6:56 | Dans les livres: littérature, les critiques | Laisser un commentaire

La ferme des animaux

 

George Orwell                    Folio Gallimard

                                            1945 première édition anglaise

                                            1981 traduction française (2017)

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George Orwell a écrit deux fictions dénonçant le totalitarisme de son siècle ; l’une est un ouvrage de science-fiction, « 1984 », et l’autre une fable animalière, « La ferme des animaux », qui est le sujet de cette chronique.

 

On le sait depuis l’Antiquité, rien n’est plus efficace que le conte ou l’historiette pour dénoncer les abus des puissants. Le genre de la fable en est l’illustration la plus populaire et la plus évidente à comprendre. La Fontaine n’a pas écrit des histoires sur le loup, le renard ou la belette. Il n’est pas un auteur animalier ou pour enfants. Il a saisi toute la puissance de ce style et l’impunité relative qu’elle pouvait lui accorder dans sa critique des travers sociaux de son temps. On n’arrêterait pas de citer ce genre d’écrits cryptés que la censure ne peut pas censurer sans se rendre totalement ridicule. J’ai souvenir d’un court métrage roumain sur l’élevage industriel des poulets, apparemment à la gloire du socialisme agricole de Ceaucescu et qui était en réalité un pamphlet impitoyable sur le régime déshumanisant du « Danube de la pensée » roumain. Tout est affaire de degré. De telles œuvres sont redoutables justement parce qu’elles sont compréhensibles simultanément à des niveaux différents par des publics mêlés.

 

« La ferme des animaux » a cette redoutable qualité de toucher tous les âges. On peut la lire avec des enfants, ils y verront un conte plutôt cruels sur la vie des animaux de la ferme.  Il n’auront aucune difficulté à entrer dans cette histoire de révolte des animaux de la Ferme du Manoir, car l’auteur a observé les règles de simplicité du récit ; les animaux et les hommes se comprennent sans difficulté, sans faire intervenir une quelconque fée. Un enfant sera sensible au terme de la souffrance initiale des bêtes et à l’idée de révolte. Il prendra pour héros selon ses goûts, le solide cheval Malabar, le cochon Boule de Neige ou l’âne Benjamin. Il s’émoeuvra des ennuis des bêtes avec leur moulin à vent et sera révolté par la trahison des cochons de Napoléon. Et ce sera formidable ainsi, car c’est une lecture satisfaisante d’un enfant de dix ans.

 

L’adulte qui lira la Ferme des animaux, s’il a trouvé ce livre sans avoir jamais entendu parler de lui, sera surpris de cette histoire qui démarre comme le dessin animé « Chicken », où la volaille d’une ferme se révolte Il faut évidemment dire qu’ils se sont inspirés d’Orwell, dont le livre est édité pour la première fois en 1945. Mais assez vite, il comprendra le double sens politique de la fable. Et il sera pris au piège d’Orwell, qui nous fait adhérer complètement à son propos.

 

Il n’est pas question ici de résumer l’histoire, mais de comprendre ce que l’auteur, en 1945 veut dire aux lecteurs anglais. Il s’agit d’une réflexion sans concession ni aveuglement sur l’utopie révolutionnaire communiste.  On pourrait bien sûr relever les expressions directement empruntées à la rhétorique soviétique. Ce qui est passionnant dans ce court récit, c’est de voir les diverses approches que le lecteur peut en faire.

 

Il y a d’abord le récit dans sa globalité ; Il commence par la révolte utopique et optimiste des animaux et se termine par le retour à une situation de domination et exploitation, mais avec la différence notable que les nouveaux maîtres sont les anciens dirigeants de la révolte, qui finissent par devenir comme leurs voisins jadis honnis. Les cochons, leaders de la révolution animale, à un moment donné se mettent à marcher sur leur pattes arrières, puis à se vêtir des fringues de l’ancien propriétaire. A la fin, dans un épilogue d’une cruauté sans pareille, Orwell achève sur cette phrase :

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de  nouveau du cochon à l’homme ; mais il était déjà impossible de distinguer l’un de l’autre. » (p.151)

La révolution s’achève dans une retour à l’identique, c’est bien le sens premier du terme « révolution », terme astronomique désignant le tour complet d‘une orbite d’un satellite ou d‘une planète autour de son soleil. Pour l’avoir oublié ou ignoré, des centaines de millions d’hommes ont été leurrés comme les animaux de la ferme du Manoir. Mais avant ce retour, Orwell aura eu le temps de nous faire voir les trahisons aux faits historiques (comment on réécrit l’histoire de la bataille de l’étable et on transforme le rôle de Boule de neige, le vrai héros de la révolte initiale. Boule de neige, c’est l’image de tous les héros de la Révolution de 17 trahis peu à peu par Lénine et Staline). La modification cachée des commandements initiaux de la Révolution animale est une belle trouvaille qui matérialise les trahisons successives des cochons. L’ultime maxime unique qui remplace les autres est magnifique et devenue depuis proverbiale, sans savoir que c’est à Orwell qu’on la doit :

 

« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que les autres ». (p. 144.)

 

Il nous aura, entre temps, fait vivre l’espoir fou des premiers moments où tout semblait possible et où l’honnêteté régnait vraiment, puis les premiers renoncements au nom du réalisme et de l’adaptation au réel.  Il faut bien comprendre tout ce que cette œuvre a de prophétique pour son époque. En 1945, l’URSS est auréolée de sa victoire sur le nazisme, Staline est déifié et « petit père des peuples », et George Orwell balance son pavé dans la mare de  la ferme européenne. Beaucoup n’ont pas voulu entendre. D’autres n’ont pas pu. Ecouter Orwell était reconnaître que le rêve de révolution socialiste en Russie était une imposture tragique, une bouffonnerie. Evidemment le cochon Napoléon nous rappelle Staline, mais il est le nom de tous les dictateurs ridicules, tels que Chaplin en 1942 les a ridiculisés dans le film « Le dictateur ».

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C’est donc un livre majeur que ce petit opuscule au titre inoffensif. Preuve, s’il en était besoin, de l’immense talent de son auteur, il l’est aussi de sa lucidité. Orwell reste une des grandes consciences de ce XXème siècle si tragique. Et d’autant plus qu’il n’a jamais renoncé à être socialiste, mais pas de celui des dictateurs. Il faut lire, relire Orwell et le faire lire. Si vous avez des enfants, offrez-leur ce petit roman et voyez comment ils réagissent.  Mais faîtes-le surtout lire autour de vous, car ce livre ne parle pas du passé, il nous conte aussi comment l’utopie numérique va finir. A ce titre il reste prophétique.

 

JM Dauriac – Août 2018 

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Un conte sur le règne du Bien et du Mal ; sur « Le règne de l‘esprit malin » de C.F. Ramuz (1914).

7 mars 2018 à 1:43 | Dans les livres: littérature, les critiques | Laisser un commentaire

 

En tapant ce titre sur un moteur de recherche, voici que l’on trouve :

« Avec Le Règne de l’esprit malin, Ramuz commence une série de romans où il invente et découvre des mythes 1 paysans mettant en scène des forces cosmiques, le Bien et le Mal, le jeu entre la vie et la mort. Suivront La Guérison des maladies (1917), Les Signes parmi nous (1919), Terre du ciel (1921) et Présence de la mort (1922). »

  1. « le poète est lui-même un trouveur de mythes et [qu’]il n’est même que cela ». Charles-Ferdinand Ramuz

source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Règne_de_l’esprit_malin_(roman)

On y apprend donc que ce roman ouvre un cycle qui produira cinq histoires publiées à la suite. C’est donc un projet important. Je laisse à l’auteur de cet article le terme « mythes » qui ne s’applique pas, en tous les cas, à ce roman précis.

 

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Ramuz est souvent considéré comme un auteur français, car ayant résidé à Paris entre 1904et 1914 et publié chez Grasset l’essentiel de son œuvre. Mais Suisse il était et il le demeurait dans ses choix éditoriaux, la plupart de ses livres ayant d’abord été publié en Suisse romande avant d’être repris à Paris. Il est Suisse rural par sa langue maternelle, ce Français d’outre-Léman, qu’on lui a reproché de mal  écrire . N’a-t-on pas fait ce reproche à Céline que l’on célèbre aujourd’hui comme un formidable inventeur de la langue française (et qui admirait Ramuz pour sa langue !) ? La querelle, typiquement française et parisienne, a agité le marigot dans les années 1926-1929 ; Ramuz a eu la politesse de répondre à ses détracteurs. L’affaire est close : les lecteurs avaient choisi de lire cet auteur ; or c’est le public qui est le seul arbitre. Pour reprendre l’exemple de Céline, les lecteurs en ont fait ce qu’il est, en dépit de sa vie personnelle assez misérable en sa fin, un des géants du XXème siècle. Que sont d’ailleurs devenus ceux qui attaquaient Ramuz sur sa langue ?

Ce roman est situé en montagne, comme nombre de ses récits. Le cadre est très bien limité, voire borné : un village de huit cents âmes au fond d’une vallée. Là vivent des paysans avec leurs familles. Le village compte aussi des boutiques et des artisans, une auberge et une église et son curé. Un petit monde clos à la vie rythmée par les saisons ; on les verra passer au court de l’histoire. Ce récit est comme un bon film fantastique. Tout commence dans la banalité du quotidien. Les hommes redescendent des terres et viennent boire le coup à l’auberge. Arrive un homme qui n’est pas du pays et qui demande à boire et à manger. Il est ignoré par tous les autres, jusqu’à ce qu’il demande un renseignement précis pour s’installer au village comme cordonnier et qu’il paie trois litres de vin à le société ici réunie. Il est aussitôt adopté et dès le lendemain on lui montre l’échoppe du cordonnier qui vient juste de mourir. Il signe un bail et s’installe à neuf . Il a de l’argent et fait venir du matériel neuf pour ouvrir son commerce. Il travaille très bien, très vite et pour pas cher. Il n’en faut pas plus pour qu’il séduise la population. Et la vie continue. Mais dérape rapidement. Le malheur s’abat sur le village de diverses manières : les enfants ont les membres noués, des femmes meurent de douleur au ventre, des mères en couche décèdent avec les bébés… les animaux ne sont pas épargnés et les vaches peu à peu se font rares. Des maisons brûlent, d’autres s’effondrent. Du jamais vu avec une telle intensité.

 

Et là, Ramuz entraîne son lecteur dans le fantastique. Que le malheur soit n’a rien d’extraordinaire, mais qu’il soit si dense dans le temps et l’espace, voilà qui n’est pas « naturel », les villageois le sentent bien, surtout un,  Luc, qui parcourt le village en dénonçant Branchu, le cordonnier comme le responsable du mal et l’esprit mauvais installé au village. Le décor est en place et Ramuz va développer son histoire selon les canons bibliques de l’Ancien Testament ou de l’épopée antique.

L’ensemble dessine une parabole, bien plus qu’un mythe, car la référence est chrétienne sans nul doute. L’auteur sème des indices au fil de son récit. Ainsi quand l’homme arrive au village et qu’on finit par lui demander son nom il répond énigmatiquement : «  Branchu, comme qui dirait Cornu… » (p22). Le Diable est donc dans le détail. Le lecteur ainsi mis en vigilance va alors décoder les évènements sous cet angle.

Branchu manifeste une générosité hors du commun, avec laquelle il s’attache la population du village. Mais cela n’empêche pas le malheur de continuer à frapper. Et là, Branchu va faire un véritable miracle, en guérissant la mère de Lhote, un de ses amis du début. Dès lors pour Lhote il est le Christ.  On comprend donc bien la polarisation que Ramuz met en place entre Luc et Lhote. Mais Luc va mourir et laisser le champ libre au camp du Mal. Le curé du village, qui apparaît comme le dernier recours de villageois qui ont compris l’origine du mal , les renvoie au nom de leurs péchés et les invite à corriger leurs défauts pour mettre fin à ces catastrophes. Il est manifeste qu’il ne comprend nullement la situation et qu’il agit en fonctionnaire de Dieu. Les habitants sont donc livrés à eux mêmes. Ramuz va pousser au maximum sa logique narrative et fracturer la population en deux camps : ceux qui vont rejoindre Branchu à l’auberge désertée par ses propriétaires et mener la belle vie et le reste des habitants, terrés chez eux et mourant peu à peu de faim et de froid. Le dénouement semble inévitable. Mais survient la Grâce.

 

Elle est représentée par une petite fille appelée Marie qui redescend de sa cabane de montagne où elle s’est réfugiée avec sa mère, pour chercher son père, une des premières victimes de l’esprit malin qui en a fait un voleur de terrain, déplaçant les bornes de propriété pour agrandir son domaine. Et la pureté de cette enfant vient à bout du Mal et guérit le village.

Ce récit oblige son lecteur à une réflexion sur les traits que peut prendre le Mal et sur ce qu’est le bien. Quelle est la part de la justice dans ce phénomène ? Pourquoi ceux qui vivent le plus dignement sont-ils plus frappés que les autres ? Le refus de l’Eglise est évidemment choquant, mais nous découvrons tout à fait à la fin du roman que le curé est retrouvé pendu : il a donc été incapable de résister au Mal et ne pouvait d’être aucune utilité pour les villageois. Ce que l’auteur réussit à rendre magnifiquement est ce que Hannah Arendt appellera plus tard la « banalité du mal ». Le démon est un homme ordinaire. D’ailleurs, significativement, à partir d’un certain point du récit, celui où il est identifié comme l’origine du mal, Branchu n’est plu nommé que l’Homme avec une majuscule. Ce livre illustre le combat des forces invisibles qui agitent le monde et que Saint Paul a évoquées dans ses épitres ( Lettre aux Ephésiens chapitre 6 verset 12 ), ramené dans un petit espace à taille humaine. Ramuz est un vrai moraliste car il ne délivre pas une leçon de morale mais la donne à voir en action, laissant chaque lecteur en tirer les conséquences.

Un livre passionnant et inoubliable, comme les romans de Ramuz que j’ai déjà lus jusqu’ici.

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Cézanne peint et la montagne brûle: à propos de “L’incendie de la Sainte Victoire” de Bernard Fauconnier

1 mars 2018 à 12:23 | Dans les livres: littérature, les critiques | 1 commentaire

L’incendie de la Sainte-Victoire

Bernard Fauconnier                                         Grasset - 1995 -   377 pages

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Que voici un grand roman ! Le lecteur expérimenté ne saurait s’y tromper : il en a tant lu, avant, de médiocres ou même, quelquefois, de carrément mauvais qu’il reconnaît la beauté et la qualité au bout de quelques pages. Cela faisait au moins deux ans que j’avais acheté le livre et que je l’avais mis en réserve pour des jours fastes : ceux où notre esprit est libre de toute préoccupation mercantile et matérielle et peut se glisser dans une histoire comme on se love sous une couette duveteuse les jours de grand froid.
Grand roman, d’abord parce qu’il raconte une et ici même plusieurs histoires Je continue à croire que la littérature est d’abord une histoire. Si elle est bonne c’est déjà à moitié gagné. On ne fait pas de bons livres sans histoires ou avec des mauvais récits. Pour l’avoir oublié, toute une école d’écrivains des années 1960 à 1980 se sont coupés du vrai public pour n’être plus lus que par leurs amis ou ennemis critiques. Ici Bernard Fauconnier nous narre trois récits en parallèle. Le point commun est la Montagne Sainte-Victoire, cette énorme barre calcaire qui surgit devant le visiteur comme un mur infranchissable à des kilomètres de là déjà. Mais, au moins autant que la Montagne, le point nodal est la maison, la Bastide Rose. Et enfin, en pointillé, comme l’Arlésienne, un tableau inachevé de Paul Cézanne sur un imaginaire incendie de la Montagne. L’auteur nous promène de l’époque où vivait encore Cézanne et où il peignait sa chère Montagne à tout va. C’est l’histoire du Baron Blache, un dandy très riche qui s’éprend de la maison et du tableau acheté à un braconnier local qui l’avait trouvé là où Cézanne l’avait abandonné, déçu par son travail, d’ailleurs inachevé. Puis commence un récit des années 1970, autour du musicien-compositeur Friedrich Balmer, qui achète la maison et s’y installe pour y vivre retiré. Mais ici prend naissance l’origine du troisième récit, des années 1990, autour de Thomas et Sarah, la fille et le gendre de Balmer. Point n’est besoin d’en dire plus, si ce n’est que jamais le récit ne tombe et qu’il nous teint jusqu’à la dernière page.

Mais, racontées platement et linéairement, ces trois histoires auraient composé un roman très ordinaire. Ce qui en fait un grand livre est justement l’agencement des récits, leur imbrication, soit tout l’art démiurgique du romancier. Si le premier moment est construit en une seule séquence, semblant nous conduire à un roman classique dans sa forme, la suite nous chahute sans cesse. Cependant cette construction en écailles n’est pas gratuite, elle n’est pas destinée à faire étalage de virtuosité vide. Elle est toujours au service de l’histoire, autant d’ailleurs que l’histoire est à son service. Le passé éclaire le présent et le présent reflète un certain passé. C’est certes le moment contemporain qui est le coeur du livre, les années 90 (le livre sort en 1995). Mais il nous serait incompréhensible sans les aller-retour aux diverses époques antérieures. Par un joli clin d’oeil d’ailleurs, l’auteur fait surgir dans le présent le descendant du Baron Blache qui vient brièvement tenter de s’imposer au premier plan, mais c’est une fausse piste. Beaucoup plus sérieuse est l’analogie entre le tableau de Cézanne et l’incendie réel de la Montagne. Pourquoi ce tableau inachevé a-t-il fasciné successivement tous ses propriétaires ou ceux qui l’ont approché ? Est-il vision prophétique de l’artiste ? Fallait-il que cela advienne puisque Cézanne l’avait peint ?  A toutes ces questions le livre ne répond qu’implicitement dans l’imagination du lecteur. Et c’est bien là le rôle de la littérature.

Le style est comme la mise en scène : c’est quand on ne s’extasie pas devant qu’il est bon. L’écriture de Fauconnier est fluide, ce qui ne signifie pas qu’elle est lisse. On peut dire la même chose de Stendhal ou Flaubert. Ce n’est que lorsqu’on se penche avec attention sur les phrases que l’on y voit toute la dentelle. Le style, et il y en a dans ce livre ne cache pas le vide de l’histoire comme c’est trop souvent le cas dans la littérature au kilomètre. Il se met au service du récit et contribue largement à l’attrait de lecture.

Les personnages des romans sont réussis quand ils sortent des pages de papier pour entrer dans notre tête. Certains de ce livre resteront en vous si vous le lisez. Thomas est incontestablement celui qui m’a le plus marqué, car il nous est le plus proche à tous égards. Mais Friedrich Balmer est aussi une belle création, dessinée à la manière impressionniste, à petites touches imperceptibles qui finissent par faire sens. Mais j’avoue avoir aussi beaucoup aimé Vincent, l’ami de jeunesse de Thomas. Il y a chez lui une complexité réelle, une authenticité de vie, avec sa souffrance et une forme de résignation au bonheur ordinaire. La Baron Blache m’est resté plus étranger, plus romanesque et moins vivant. En définitive, ce qui contribue à faire perdurer l’effet d’une lecture, ce sont d’abord les personnages. Le Bardamu hante littéralement tout lecteur de Céline, comme le Julien Sorel de Stendhal. Il faudra y ajouter le Thomas de Fauconnier. Les détails des histoires s’estompent avec le temps ; les traits de caractères des acteurs demeurent beaucoup mieux gravés en nous. Il arrive parfois que de très beaux personnages sauvent une intrigue mal fagotée ou rudimentaire : c’est le cas chez Bernanos par exemple, dans « Nouvelle histoire de Mouchette » ou, de Meursault dans « L’étranger » de Camus. Le personnage porte tout le livre sur ses épaules. Dans le livre de Bernard Fauconnier la charge est bien répartie sur plusieurs têtes et, sans parler de « roman choral », cette pluralité assure l’équilibre du tout.

Un grand et beau livre est celui dont, à peine la dernière phrase achevée et le marque-pages retiré, le lecteur pense déjà à le relire. C’est le serment que je me suis fait à propos de « L’incendie de la Sainte Victoire ».

Jean-Michel Dauriac – 28 février 2018 – Beychac et Caillau

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