La pensée-magazine a encore frappé ! Civilisation – comment nous sommes devenus américains

26 septembre 2017 à 4:39 | Dans les livres: essais | Laisser un commentaire

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Civilisation – comment nous sommes devenus américains

 

Régis Debray                                                              NRF – Gallimard

                                                                                Avril 2017 – 231 pages

 

Un titre accrocheur, et un sous titre encore plus ! Un auteur dont on connaît le parcours et l’intelligence. Pourquoi pas se laisser tenter (et ce malgré des expériences antérieures décevantes), en ces temps de disette de vraie réflexion ?

 

Autant le dire d’emblée, je regrette mon achat et le temps passé à aller au bout de ce livre que j’ai eu envie de laisser tomber – au sens propre – après une cinquantaine de pages. Car je ne voyais pas encore l’entrée dans le sujet. En fait, quand on arrive à la page 231 et au dernier point de la dernière phrase, c’est encore la même attente exaspérée. Tout ça pour ça ! suis-je tenté d’écrire.

 

Ce livre est écrit par quelqu’un qui a le véritable talent de l’écriture. Il sait tenir son lecteur, le faire sourire, établir une connivence avec lui, le surprendre…Bref, la question purement technique est sans objet. On ne saurait rejeter ce livre par un défaut d’écriture.

 

Ce livre est écrit par quelqu’un qui a une véritable culture. Les citations sont nombreuses, les références judicieuses abondent. Dans le choix argumentaire fait, pas de faute de goût. Le recours à Paul Valéry est très bon, comme celui fait de Samuel Huntington. Je n’ai pas senti trop fortement l’habituel pédantisme des marquis de la République, si prompts à dégainer références et mépris de classe en même temps. Nous avons affaire à un bon connaisseur des Etats-Unis, qui ne tombe pas dans le piège facile que son titre pouvait lui offrir. L’américanisation dont il traite n’est pas superficielle, elle ne se borne pas à dénoncer Coca-Cola et Nike, mais analyse les faits en profondeur. La comparaison avec Rome, qui arme le dernier chapitre est tout à fait intéressante et juste.

 

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Mais ce livre est écrit par quelqu’un qui n’arrive pas à penser sur le sujet qu’il a choisi. L’impression finale ressemblerait un peu à celle qu’on peut avoir après la lecture d’un bon blog ou de carnets de notes. Les éléments de recherche et d’observation sont bien là, les exemples de choix, les hommes à citer, les domaines concernés. Tout y est, mais rien ne se passe. Quel est donc ce mystère ? Je ne puis l’expliquer clairement ; simplement donner mon sentiment de lecteur. L’impression finale est celle d’un gâchis et d’un inachèvement, pour ne pas dire d’une construction qui n’a pas dépassé les fondations. Un peu la même impression qu’avec un livre de Jacques Attali ou de Bernard-Henri Lévy : tant d’intelligence pour si peu de pensée…

 

Celui qui lira cette critique me trouvera sans doute d’une prétention extrême face à l’œuvre publiée de Régis Debray et à son parcours. Je persiste et signe : l’idée est bonne, voire même excellente, mais le breuvage final ne tient pas les promesses de la vendange. J’ai le sentiment d’avoir lu une série d’articles de magazines du jeudi, les fameux News du week-end pour hommes d’affaires pressés. De la pensée-magazine, voilà la meilleure définition que je trouve pour le moment. Il y a toujours quelque chose à retenir de la lecture de ces longs articles qui font les dossiers de l’Express ou du Point, mais cela ce résume en trois lignes et deux idées. Pour être définitivement cruel, je ferais ici référence à l’entretien qu’a donné Régis Debray au Figaro Magazine quelques semaines après la parution de son livre. J’avais déjà lu le dit-livre. En deux pages et demi, il présente tout le contenu de l’ouvrage. Cela suffit et il ne méritait pas plus d’être développé.

 

Les Bordes, le 30 juillet 2017 – Jean-Michel Dauriac

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Etre “Charlie” ou ne pas être “Charlie”: “Nous sommes la France” de Natacha Polony

1 avril 2017 à 7:28 | Dans les livres: essais | Laisser un commentaire

Nous sommes la France

 

Natacha Polony

 

J’ai lu – 2016 –217 pages

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C’est entendu : Natacha Polony n’est pas fréquentable ni recommandable, puisque chroniqueuse au « Figaro », journal de droite notoire de Serge Dassault. Son cas est ainsi réglé pour toute une intelligentsia de gauche ou se prétendant telle. Si vous en êtes, avec un petit clic simple, vous pouvez aisément aller sur le site de Libération ou Les Inrocks, en suivant ce lien.

 

Pour ceux qui sont restés, buvons un coup à la santé de l’ouverture d’esprit et à l’intelligence ! Je lis toujours avec plaisir les chroniques hebdomadaires du Figaro de Natacha Polony – je suis abonné au Figaro de fin de semaine, quelle horreur pour un chrétien libertaire ! – justement parce qu’elles changent des autres chroniques du même journal, dont certaines sont carrément réactionnaires au sens le plus étroit du terme. Jamais chez elle. Le lecteur curieux aura remarqué que c’est maintenant dans les pages débats du Figaro que les voix libres de la pensée de gauche s’expriment, puisqu’ils sont vilipendés et ostracisés par la presse de gauche bobo-capitalo.

 

Ce petit livre est une très stimulante réflexion sur l’après-attentat de Charlie Hebdo et la manifestation monstre du 11 janvier qui suivit. Autant dire que c’est un livre nécessaire, tant il y eut de malentendus et d’inepties proférées à ce moment-là.

 

Avec un très beau style, qui rappelle sa formation de professeur de lettres, elle nous fait d’abord réfléchir sur ce moment particulier et le sens qu’il porte, riche de contradictions et d’ambiguïtés. Il faut se souvenir cet élan moutonnier du « Je suis Charlie » pour apprécier la finesse de son travail. Elle ne se range nullement dans un camp, celui des pro-Charlie absolutistes ou celui des anti, tout aussi virulent. Elle énonce des faits troublants et met en avant, à tête reposée des éléments qui sont passés inaperçus et acceptables sur le moment. Surtout, elle comprend parfaitement la position de beaucoup d’absents –dont j’étais – qui refusaient l’enrôlement grégaire et la fausseté d’une union de papier.

 

Mais au-delà de cette première analyse critique, elle pousse ensuite à réfléchir à ce qui pourrait valider une affirmation comme celle vue sur une pancarte : « nous sommes la France ». Qu’est-ce qu’être ou prétendre être la France ? Elle mène donc un retour au source de la nation, en repassant à juste titre par la superbe réflexion d’Ernest Renan dans sa conférence en Sorbonne de 1882 (à lire ici).

 

Puis elle pose ce qui n’est pas négociable pour que la France ne se délite pas, qu’elle reste ce qu’elle est par son histoire. Discours de bon sens mais pas du tout politiquement correct aujourd’hui. On est vite taxé de « nationaliste », de « fasciste », de « réactionnaire » etc.. dès qu’on aborde ce sujet central.  Tout est dit avec précision, clarté, dans le respect de tous, mais en étant ferme sur ce qu’est la laïcité –le rappel est nécessaire et fort bien fait -, en insistant évidemment sur le rôle central de l’école et son abandon catastrophique en la matière malgré tous les discours officiels. Elle se positionne aussi clairement contre cette mondialisation qu’elle résume par la magnifique formule du « droit des peuples à disposer d’un écran plat ».

 

C’est un livre intelligent, comme son auteur. C’est un livre à faire connaître, car il va bien au-delà du contexte de son écriture et sort des petites considérations électorales, des combines boutiquières de la bande des partis de pouvoir ou aspirant à en faire partie. C’est un livre de combat optimiste. Bravo et merci, madame Polony !

 

Jean-Michel Dauriac

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Auprès de mon arbre: “La vie secrète des arbres” de P. Wolhlleben

1 avril 2017 à 6:40 | Dans les livres: essais | Laisser un commentaire

La vie secrète des arbres

Ce qu’ils ressentent – comment ils communiquent

 

Peter Wohlleben

 

Editions Les Arènes – 2017 –261 pages

 

 

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Ce livre a une couverture magnifique, qui donne vraiment envie d’entrer dans l’ouvrage comme on entre dans une forêt  majestueuse. Cet ouvrage a connu un succès foudroyant en Allemagne où il s’est vendu à plus de 650 000 exemplaires ; il a ensuite été traduit en 32 langues. C’est dire s’il s’agit vraiment d’un très beau parcours éditorial !

 

L’Allemagne a toujours eu une passion pour les arbres : au XIXème siècle, les Allemands ont établi une liste d’un million d’arbres remarquables. La forêt a participé du romantisme allemand, tant en poésie et littérature qu’en peinture. La mythologie germanique exalte la forêt. Rien d’étonnant donc à ce qu’un livre écrit par un forestier amoureux de son métier et de sa forêt séduise ce peuple. Mais le succès est également en train de se propager en France. Toutes les critiques que j’ai pues lire sur cet ouvrage sont très positives.

 

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L’auteur adopte un point de vue qui peut énerver les scientifiques purs et durs, pétris d’immanence et de logique chimique. Il nous décrit le comportement des arbres en termes humains, parlant de l’arbre-mère et de ses enfants. De même décrit-il une collaboration, une entraide, une communication, une défense des arbres entre eux et contre leurs ennemis. Même si vous connaissez bien les arbres, vous serez charmés par cette approche très sensorielle, qui nous permet de mieux comprendre l’arbre et nous le rend très proche. P. Wohlleben pose ainsi la question de la solidarité entre arbres de la même espèce et la compétition entre espèces, confirmant ainsi Darwin. Mais il va plus loin, en nous soumettant des observations précises qui interpellent sur l’éventuelle mémoire des arbres et, pourquoi pas, une forme d’intelligence, ce qui supposerait un cerveau, jusque là non observé car pas du tout envisagé.

 

Ce livre ne pontifie jamais, il ne manie nullement le langage abstrait des techniciens et savants, il explicite toutes les notions théoriques en langue populaire. Pas de leçon de morale et d écologie non plus. Et pourtant le lecteur pourra en retirer de très nombreux enseignements. Par exemple sur la nécessité de laisser du temps long aux arbres, et donc d’accepter que notre vie et le commerce ne soient pas les étalons en la circonstance. Ou alors en nous décrivant le supplice de l’arbre urbain avec toute l’empathie du connaisseur : on a envie d’aller casser les grilles métalliques et le goudron des boulevards et avenues ! Il ne prend pas non plus l’attitude de l’écologiste profond qui préfère l’arbre à l’homme. Il nous remet simplement à notre place, montrant le respect que nous pourrions avoir envers ces géants pacifiques qui nous sont si utiles.

 

Je pense que c’est un livre à conserver et à relire par morceaux. Les chapitres sont courts et très précis ; certains peuvent donner lieu à un vrai débat public et seront utiles aux animateurs ou professeurs sérieux. Le plaisir est réel et jubilatoire à cette lecture. Et je puis vous assurer que vous ne verrez plus jamais les arbres du même œil après avoir lu ce livre.

 

Jean-Michel Dauriac

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