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Le Blog à Jean-Mi ! Posts

De l’oreille à l’œil Méditations de confinement 6

Voici le lien pour l’écoute audio:

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Lecture de base : Job 42 : 5

 

«  Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t’a vu. » (version NBS)

«  Par ouï-dire je te connaissais, mais maintenant mon œil t’a vu. » (version Ostie-Trinquet)

 

Notre méditation de cette semaine nous amène dans ce formidable et étrange livre de Job. Voici un texte proprement unique dans la Bible juive. Son originalité saute aux yeux du lecteur, comme celle, par exemple, du Cantique des Cantiques. De Job nous ne savons rien d’autre que ce que le livre nous en dit, dans le chapitre 1 du prologue. C’est un grand propriétaire, éleveur très pourvu et chef de famille comblé, avec dix enfants, trois filles et sept fils. Il a aussi « un très grand nombre de serviteurs », comprenez d’esclaves. Rien ne nous permet de dire que c’est un israélite, surtout pas le lieu de sa résidence, le pays d’Outs, que l’on n’a pas réussi à localiser avec précision (Ammon, Syrie ?), qui n’est pas en Palestine, mais en Arabie selon les dénominations antiques.

Nous avons là une première interrogation : pourquoi cette histoire d’un oriental, sémite mais non hébreu, est-elle dans le canon de la Bible juive ? Le livre est écrit en hébreu, par un israélite, il a un langage totalement israélite, mais l’histoire remonte au temps des Patriarches : Job est un patriarche non hébreu des temps lointains. Or, il est très rare que le héros d’un livre de la Bible hébraïque ne soit pas un hébreu. Une clé de compréhension nous est donnée au chapitre 1, verset 1 : «  Il y avait au pays d’Outs un homme nommé Job. Cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et s’écartait du mal. » (version NBS)

Job connaissait Elohim, le Dieu des patriarches et du début de la Genèse. Sa vie était marquée par l’honnêteté et la droiture, donc l’amour de la vérité, c’était un homme de bien, car « il s’écartait du mal ».

Nous trouvons ici un premier enseignement : se tenir éloigné du mal, c’est manifester la crainte biblique de Dieu, donc le respecter comme un père, ce qui est le sens réel du mot « crainte », dans le contexte vétéro-testamentaire. Nul n’a besoin pour cela d’appartenir au peuple d’Israël. Job est le type du croyant issu du monde païen. Il ne se rattache pas concrètement à la religion du Sinaï. Cependant, il pratique le sacrifice d’expiation pour ses fils (chapitre 1, verset 5) et le Seigneur, à la fin du livre en fait l’intercesseur par la prière, sur le sacrifice de ses trois amis, qui ont mal parlé de Dieu (chapitre 42, versets 7 à 9). C’est dans la Bible juive la preuve du salut universel qu’Elohim offre à tous les hommes, un peu comme il a offert le pardon aux Ninivites dans le petit livre de Jonas (voir ma méditation sur ce sujet).

 

Le prologue nous raconte aussi la discussion qui eut lieu « devant le Seigneur », verset 6 du chapitre 1 et 1 du chapitre 2. L’Adversaire, ou le Satan, l’accusateur en hébreu, pose une question cruciale au Seigneur (le mot employé n’est ici plus Elohim, mais YHWE, tétragramme imprononçable pour un juif) : «  Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? » (verset 9). Il est le spécialiste des question ambigües. Souvenons-nous du « Dieu a-t-il vraiment dit ? » de Genèse  3 :1.

Cette question, Dieu l’entend bien et accepte qu’elle soit l’enjeu de son affrontement avec l’accusateur, par la personne interposée de Job. Dieu est certain de l’amour pur de Job, mais le Mauvais est là pour suggérer un amour intéressé, lié aux grandes bénédictions accordées à Job. Il va donc obtenir de Dieu la permission de ruiner la vie et la santé de Job, afin de démontrer que sa foi est intéressée. C’est tout le sens du livre. Car le livre de Job est autant un livre sur la relation de foi solide à Dieu qu’un livre sur la douleur et l’épreuve.

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Job et ses amis – Gillot Saint Evre (1791_-1858)

Entendons-nous la question du Satan ? Pourquoi donc craignons-nous Dieu ? Pourquoi affirmons-nous que nous avons la foi ? Cette question, nous ne pouvons l’éluder, il nous faut y répondre. Ceux qui sont les adversaires du christianisme, je pense ici aux philosophes Nietzsche et Marx, disent que c’est contre la promesse d’une vie éternelle paradisiaque que les hommes acceptent cette « religion d’esclaves », comme dit Nietzsche et s’enivrent de cet « opium du peuple » comme le formule Marx. Ont-ils toujours tort ? Chez certains d’entre nous, n’y-a-t-il pas dans notre religion une sorte d’ « assurance contre la mort » ? Or, si nous sommes dans cette position, notre foi ne pourra pas résister à l’épreuve. C’est tout le défi proposé à Job. Sa femme ne lui est pas vraiment un soutien, quand elle lui dit, à la suite de tous ses malheurs « Maudis Dieu et meurs ! », au verset 9 du chapitre 2. Madame Job ne semble pas partager la foi de son époux ! Il lui répond très sèchement : «  Tu parles comme une folle ! Nous recevrions de Dieu le bonheur, et nous ne recevrions pas aussi le malheur ! » (verset 10). Il y aurait beaucoup à dire sur cette réponse, mais contentons-nous de dire que Job sait que la vie humaine est toute entière dans cette liberté face à ce qui nous arrive. Job refuse cette tentation du reniement. Sa foi n’est pas basée sur des avantages attendus. Ce qui se résume à son propos, devenu proverbial, du chapitre 1, verset 21 : «  Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté ; que le nom du Seigneur soit béni. » Je vois dans cette formule bien plus que le fatalisme chrétien ou oriental qu’on a voulu y voir. J’y lis au contraire la vraie foi de Job, tournée vers Dieu seulement, une détermination à toute épreuve, à proprement parler.

Nous pouvons nous inspirer de l’exemple de Job pour sonder notre foi. Croyons-nous seulement quand tout va bien ou, au contraire, quand ça va mal et que nous avons besoin de la béquille de Dieu pour continuer à marcher ? La foi est indépendante de la météo de notre existence, des circonstances, car elle est don et révélation de Dieu. Relisez le passage de Matthieu 16-13-17 : « 13   Jésus, arrivé dans la région de Césarée de Philippe, se mit à demander à ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ?

14  Ils dirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres encore, Jérémie, ou l’un des prophètes.

15  — Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?

16  Simon Pierre répondit : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

17  Jésus lui dit : Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ! »

 

Venons-en maintenant au verset lu au début de notre partage. Nous enjambons tous les échanges de discours, qui sont le cœur de ce livre, du chapitre 3 au chapitre 37. A partir du chapitre 38, le dialogue se noue directement entre Dieu et Job. Dieu ramène Job à sa condition humaine, en lui montrant toutes les choses qu’il ne peut comprendre et maîtriser. Ce sont les superbes chapitres 38 et 39, que tous les scientifiques, politiques et grands esprits autoproclamés devraient lire et relire régulièrement. Job répond très humblement à Dieu, au début du chapitre 40. Dieu « enfonce le clou » de la faiblesse humaine dans ces descriptions extraordinaires du Béhémoth et du Léviathan. L’homme n’est rien face à ces créatures divines. Et nous arrivons à ce début du chapitre 42, qu’il faut alors relire :

« 1  Job répondit au SEIGNEUR :

2  Je sais que tu peux tout, et qu’aucune pensée ne t’échappe.

3   […]Ainsi j’ai parlé, sans comprendre, de choses étonnantes qui me dépassent et que je ne connais pas.

4   […] 

5  Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t’a vu.

6  C’est pourquoi je renonce : je me repens sur la poussière et la cendre. (version NBS). »

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Nous pouvons mesurer combien l’épreuve a formé Job. Il a énormément progressé, tandis qu’il restait confiné à son tas de fumier, à gratter ses ulcères. Il sort du confinement avec une véritable vision de Dieu. Jusqu’alors, il reconnaît avoir eu une foi de tradition, fondée sur le ouï-dire. C’est la foi dont nous héritons par tradition familiale et culturelle. Mais par son cheminement, ses errements, reconnus dans le verste 3, Job a pu arriver à une vision : son œil spirituel a vu Dieu, il a dialogué en direct avec lui. Sa foi est maintenant personnelle, en prise directe avec Dieu.

 

Saurons-nous agir comme Job ? Ce temps de retrait imposé face à la maladie, parfois pour certains, dans la maladie elle-même, est l’occasion de faire évoluer notre foi. Qui n’a pas envie de pouvoir dire comme Job : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t’a vu. » Et la bénédiction suit. Job est restauré, par la grâce de Dieu. Faisons nôtre l’affirmation de Proverbes 1 : 22 :

«  C’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit, Et il ne la fait suivre d’aucun chagrin. (version NEG) »

 

Jean-Michel Dauriac

21 avril 2020

 

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La double libération Méditations de confinement 5

La version audio est ici:

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Lecture de base : Marc 2 :1-12 (version NEG)

 

« 1  Quelques jours après, Jésus revint à Capernaüm. On apprit qu’il était à la maison,

2  et il s’assembla un si grand nombre de personnes que l’espace devant la porte ne pouvait plus les contenir. Il leur annonçait la parole.

3  Des gens vinrent à lui, amenant un paralytique porté par quatre hommes.

4  Comme ils ne pouvaient l’aborder, à cause de la foule, ils découvrirent le toit de la maison où il était, et ils descendirent par cette ouverture le lit sur lequel le paralytique était couché.

5  Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.

6  Il y avait là quelques scribes, qui étaient assis, et qui se disaient au-dedans d’eux :

7  Comment cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?

8  Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit ce qu’ils pensaient au-dedans d’eux, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées dans vos cœurs ?

9  Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit, et marche ?

10  Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés :

11  Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison.

12  Et, à l’instant, il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde, de sorte qu’ils étaient tous dans l’étonnement et glorifiaient Dieu, disant : Nous n’avons jamais rien vu de pareil. (version NEG) »

 

Voici un récit qui illustre parfaitement l’art de l’auteur de l’Evangile selon Marc. Dans une forme très ramassée, il réussit à communiquer un message fort riche. Nous sommes au début du ministère de Jésus, quand il commence à parcourir la Galilée. Il procède de manière itinérante, mais possède des points de chute : on lit le verset 1 comme un retour « à la maison ». Il est donc déjà en terrain connu et le début du récit le prouve : le verset 2 nous précise que des personnes si nombreuses viennent l’écouter « annoncer la parole » qu’on ne peut plus entrer dans la maison ni s’en approcher. Marc possède un vrai talent pour nous faire vivre l’action. Nous visualisons très bien ce qui se passe.

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Ici, c’est Jésus qui est en quelque sorte confiné dans la maison par la petite foule venue l’écouter. Le foule ne peut s’approcher de lui, sans doute seuls quelques-uns sont directement à son contact. Voici qu’arrive un brancard porté par quatre hommes, avec un paralytique couché dessus.

Cet homme n’est pas seul ; il n’aurait jamais pu venir près de Jésus sans ses quatre amis dont nous ne saurons rien, sauf ce qu’ils ont accompli (ce sont les humbles qui font que le malade peut aller au devant de la guérison : toute ressemblance avec la situation actuelle  et « l’héroïsme des humbles », comme l’a si bien dit le philosophe Robert Redeker[1], est tout à fait intentionnelle). Leur motivation est très forte, ils ont le souci du prochain, donc manifestent une forme d’amour. Ils savent que Jésus guérit, car il a rétabli la belle-mère de Simon (Marc, chapitre 1, versets 29 à 31) et chassé un démon dans la synagogue, dans la même bourgade, et le téléphone sémite a bien fonctionné.

Le paralytique est ses amis viennent voir celui qui guérit. C’est le faiseur de miracles qui les attire, car ils ne savent que cela de lui. Cet attrait a toujours fonctionné, et toutes les religions chrétiennes ont valorisé les miracles et le merveilleux, y compris dans le culte des saints et des grands hommes de Dieu, après la résurrection de Jésus ; je renvoie l’auditeur-lecteur au livre La légende dorée du dominicain Jacques de Voragine. Les quatre amis sont vraiment convaincus que leur ami paralytique doit être mis en présence de Jésus et qu’il en sera guéri. Ils ont donc la foi, une belle foi, qui se traduit par leur prise d’initiative. Devant l’obstacle infranchissable de la foule, ils ne rebroussent pas chemin mais ils inventent une stratégie alternative de réussite. Le verset 4 est tout a fait surprenant : nous les voyons qui découvrent la toiture de la maison. L’architecture simple de l’époque permet de faire cela rapidement. On peut imaginer la surprise de ceux qui sont à l’intérieur, en voyant apparaître le ciel et un brancard qui descend un paralytique que beaucoup connaissaient. Il y a une totale inversion : d’habitude, c’est la grâce ou le signe de Dieu qui descend du ciel : songeons au baptême de Jésus ou, dans la bible juive, au songe de Jacob et son échelle reliant ciel et terre. Ici, c’est exactement l’inverse qui se produit. C’est la condition humaine et la maladie qui descendent vers la grâce incarnée sur terre par Jésus. La foi permet à ces hommes de manifester quelque chose de Dieu dans leur comportement. Leur foi et leur amitié sont des sentiments qui font triompher le bien, pour le vaincre le mal. C’est cette trace de Dieu en eux qui descend du toit de la maison.

 

Jésus reconnaît immédiatement leur foi, le verset 5 le dit clairement. Et, à partir de là, le récit bascule de l’histoire sainte du catéchisme, ce qui n’est pas du tout péjoratif, à la théologie évangélique. Capernaüm n’est pas choisie par hasard comme lieu de cet épisode . Il y avait dans cette ville une communauté juive savante et active et une synagogue réputée (après la destruction de Jérusalem et du Temple, en 70 par Titus, les érudits juifs réfugiés dans cette ville y rédigeront l’un des deux Talmuds de référence). Ceci explique la présence de quelques scribes dans la troupe venu écouter Jésus. Car son début de ministère intriguait ces savants de l’écriture, ceux-ci étant les véritables gardiens de la Torah et des textes qui l’accompagnaient (Haggadah, Michna, Gemara…). Ils connaissaient la Bible sur le bout de leur plume ou de leur stylet.

Et voici que Jésus prononce une parole proprement incroyable : « Tes péchés sont pardonnés ». C’est la première affirmation de puissance divine de Jésus dans cet Evangile. Et les scribes comprennent parfaitement ce qui se passe : cet homme dit quelque chose que seul  Dieu peut dire. Le verset 7 montre bien leur affolement. : cet homme blasphème, il se prend pour Dieu..

Essayons de ne pas rester enfermés dans la tradition de nos Eglises et mettons-nous un instant à la place des scribes et des gens qui sont là. Que pourrions-nous penser d’un Galiléen comme nous qui prétend pardonner les péchés, ce qui pour les juifs relève de toute une ritualisation fixée par la Loi, de sacrifices et de gestes de purification ? N’est-ce pas une pure provocation ? Jésus n’aurait-il pas pu guérir ce paralytique comme il avait guéri la belle-mère de Simon ? Tout le monde aurait été content et sa réputation en aurait encore été grandie. Pourquoi cette phrase blasphématoire ? La réponse est partiellement donnée dans les versets qui suivent.

Au verset 8, Jésus connaît « par son esprit » ce que pensent les scribes. Il a cette capacité surnaturelle de savoir immédiatement leurs pensées et il le leur dit. Voici une deuxième preuve de son ministère. Cela relève de ce que les juifs appelaient le voyant ou le prophète. Jésus prouve par cette simple parole qu’il a un ministère d’origine divine.

Mais il va plus loin et prend les scribes dans un piège rhétorique terrible. Le verset 9 l’énonce : « Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : tes péchés sont pardonnés, ou de dire : lève-toi et marche ? »

Les scribes ne pourraient que répondre que la première phrase est la plus facile à prononcer, car elle n’a pas besoin de preuve matérielle à fournir. La seconde phrase oblige à un résultat, les scribes ne peuvent donc rien dire. Et Jésus fait alors ce que les quatre amis, le paralytique et la foule venue attendent : il prononce une parole d’autorité : « Lève-toi, prends ton lit et marche ! »  et, grâce au talent de Marc, nous voyons véritablement cet homme se lever, prendre son brancard et rentrer chez lui.

Jésus ne lui dit rien de personnel ou de spécial. Il sait que cet homme à la foi : à lui de la cultiver à la suite de ce qu’il vient de vivre.

Le verset 10 donne la raison du miracle : «  Or afin que vous sachiez que le fils de l’homme a  sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés… »  C’est un miracle strictement théologique. Face à des scribes sidérés et figés dans leur tradition, Jésus prouve par la guérison la validité de la question du verset 9. Il peut guérir le paralytique, ce qui semble le plus difficile aux hommes, donc, à plus forte raison, peut-il pardonner les péchés. Le vrai miracle, celui du pardon des péchés, est caché derrière le miracle de guérison.

Qu’est-ce que pardonner les péchés ? C’est supprimer la séparation qui existe entre Dieu et les hommes à cause de l’existence du Mal dans leurs comportements. Tout le message de Jésus vise à cela. Le christianisme n’est que cela. Tous les dogmes, les commentaires, les rites, les sacrements, que sais-je encore, ne sont que des outils dans cette œuvre de Jésus, pour pardonner les péchés.

 

Que venons-nous voir et entendre quand nous venons écouter la parole ? Nous devrions venir écouter le message de salut. Mais, souvent, nous préférons voir le miracle visible plutôt que le miracle caché. Le paralytique a été doublement libéré, mais sa première délivrance est spirituelle, c’est la plus capitale, celle du corps est venue après, elle ne concerne que sa vie présente. Sa liberté retrouvée lui a permis de sortir de la maison par la porte, sans le soutien de ses quatre amis. Ce temps de retrait que nous vivons actuellement est l’occasion de venir écouter Jésus. Même si l’accès est difficile, ne nous décourageons pas. Nous avons des amis qui peuvent nous porter près de Jésus. Ce sont les pasteurs, les prêtres, les diacres et tous ceux qui ont reçu la grâce et la répandent. De ce temps, nous pouvons sortir debout, en portant les vestiges de notre infirmité. Jésus a encore, par le Saint-Esprit, le pouvoir de pardonner nos péchés, en intercédant auprès du Père pour nous et en offrant sa vie en gage de notre pardon.

 

Jean-Michel Dauriac – 15 avril 2020.



[1] Dans un article du Figaro Magazine, en date du 27 mars 2020.

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Jonas, le grand poisson et Ninive Méditations de confinement 4

Voici le lien pour la version audio:

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Lecture de base :

Jonas Ch. 2 : 1-3a, 8 – 3:10 – 4 : 11

 

“ (2-1) L’Eternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits.  (2-2) Jonas, dans le ventre du poisson, pria l’Eternel, son Dieu. (2-3) Il dit : |…]

 (2-8) Quand mon âme était abattue au-dedans de moi, Je me suis souvenu de l’Eternel, Et ma prière est parvenue jusqu’à toi, Dans ton saint temple [….]

3 : 10  Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. |…]

4 : 11  Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre ! ‘version NEG) »

 

On a souvent réduit le court livre de Jonas à une historiette pour les enfants. Ce récit est un must des Ecoles du dimanche protestantes. Tous ceux qui les ont fréquentées ont entendu cette histoire paraphrasée avec plus ou moins de bonheur par les moniteurs, pour aboutir à une morale devenue canonique sur l’amour de Dieu malgré la désobéissance de Jonas et sur le plan de salut universel de Dieu. Je ne renie nullement cet enseignement simplifié. Mais je crois qu’il serait vraiment regrettable de réduire le livre de Jonas à un conte pour enfants. Il a des enseignements pour toute personne et toute communauté qui veut être à l’écoute de Dieu.

 

On ne connaît absolument pas l’auteur de ce livre et la référence à un prophète cité dans 2 Rois 14 :25 est purement fantaisiste. Jonas, comme le beau livre de Ruth, est un récit édifiant, un petit roman à portée pratique et théologique. L’accumulation des miracles doit nous interpeller : est-ce bien crédible ? On peut le lire de façon littérale et tout prendre pour argent comptant. Je ne me range pas dans ce camp-là. Pour moi, tout le livre de Jonas est symbolique et vise l’édification, du peuple juif d’abord, puis du peuple chrétien. Je ne cherche pas à connaître l’espèce du poisson ou la variété de Ricin capable de pousser en un jour. Je saisis les leçons que Dieu a voulu transmettre par les rédacteurs de ce livre.

 

Nous connaissons l’histoire : Dieu missionne Jonas pour aller « crier contre Ninive », ville où règne le vice et l’injustice. Jonas a peur de cette mission et s’enfuit, par bateau, vers Tarsis (l’Espagne), dans la direction opposée à celle de Ninive. Dieu provoque une tempête étrange, qui amène les marins à chercher le bouc émissaire, Jonas, et à le faire passer par-dessus bord (chapitre 1).

Nous en arrivons alors au chapitre 2 et aux versets que je veux méditer avec vous.

 

Dieu choisit de confiner Jonas dans le ventre d’un grand poisson, au fond de la Méditerranée. Nous savons qu’une des symboliques de la mer est celle de l’espace du péché. Jonas est immergé au milieu du monde humain du péché, y compris le sien propre. Je rappelle que le péché est l’état de séparation d’avec Dieu. Durant 3 jours et 3 nuits, comme Jésus au tombeau, selon le fameux « signe de Jonas » de Matthieu 12 :40, Jonas peut réfléchir. Et, prophète revenu à la raison, il prie : les versets 3 à 11 sont un psaume crié à Dieu. Il s’agit d’ailleurs d’un assemblage de morceaux de divers psaumes bibliques hébreux. L’étude complète de cette prière serait une méditation très enrichissante en elle-même. Mais j’en viens au verset 8. Après avoir décrit sa descente dans l’abîme (symbole de la détresse et de la mort), Jonas saisit la bouée de la foi : « Je me suis souvenu de l’Eternel ». Sa fuite était un reniement. Il a fallu tous ces évènements graves pour qu’il revienne vers l’Eternel. Et alors, sa prière peut atteindre son but arriver dans le saint temple, donc à Dieu.

Peut-être, comme Jonas, avons-nous tourné le dos plus ou moins violemment au désir de Dieu ? Peut-être avons-nous eu peur de ce qu’il attendait de nous ? Le croyant doit parfois aller au combat spirituel – je crois qu’il ne doit jamais aller au combat physique – et cela peut l’effrayer. Nous ne nous sentons pas armés pour affronter les moqueurs, les athées, les ennemis de Dieu. Nous ne saurions pas quoi leur dire : Jonas, souvent,  c’est nous, avec des variantes innombrables. Nous nous précipitons dans le doute, nous voulons vivre comme les autres, mais nous ne pouvons faire taire la voix de la foi. C’est quand Jonas est confiné, sans rien pour le distraire qu’il adresse sa plus belle prière à Dieu. Ce temps de retraite imposée est une bénédiction pour nos âmes si nous savons nous en saisir. Plus rien ne nous distrait, ne nous divertit, au sens que le grand écrivain Pascal évoque dans un texte cité à tort et à travers ces jours-ci, sur la difficulté de savoir garder la chambre, sans succomber au divertissement qui a pour but de cacher la question essentielle de notre mortalité. Jonas est face à lui-même et il trouve alors en lui les ressources pour repartir (on dirait « rebondir » dans le langage actuel). Il découvre que Dieu ne l’a pas abandonné. Si nous avons traversé les affres du doute et de la peur, sachons faire de ces jours de confinement le moment pour crier à Dieu et sortir des abîmes.

Dieu entend Jonas et le poisson le rejette sur le rivage. Commence alors le deuxième temps.

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Le confinement est fini. Jonas reçoit à cet instant le contenu précis de son message pour Ninive, formulé au verset 4 du chapitre 3 : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ».  Jonas va s’acquitter de sa mission cette fois-ci. Il va diffuser par sa voix l’avertissement de Dieu aux habitants de la ville. Il est devenu un serviteur obéissant. Mais il garde en lui une haine pour Ninive et son péché. Et au chapitre 4, nous le voyons très en colère devant la repentance des Ninivites. Le verset 10 du chapitre 3 proclame en effet que Dieu a décidé de ne pas détruire Ninive, devant les actes de repentance des habitants et du roi. Jonas devrait se réjouir, mais au lieu de cela, il est irrité. Il devrait rendre gloire à Dieu pour cette repentance, mais il ne le peut. Pourtant, dans sa colère,, il rend un magnifique témoignage à Dieu au verset 2 du chapitre 4 :

« Car je sais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. »

 

Ninive, c’est le symbole du monde sans Dieu, livré à ses désirs et ses penchants bons et mauvais, ses « passions tristes » selon Spinoza. Jonas ne veut pas leur salut ! Il est heureux d’être membre du peuple de Dieu et sauvé, mais il ne veut pas que le salut aille aux païens. Ce qu’il sait de Dieu (voir le verset cité précédemment), il ne l’a pas fait sien. Il a besoin de se convertir dans cette direction. Et Dieu doit alors faire de la pédagogie avec lui, lui apprendre la compassion (on ne saura d’ailleurs pas si cela a marché). C’est le sens du chapitre 4. Ne sommes-nous pas parfois des Jonas, refusant l’accès à la grâce de Dieu pour les gens sans Dieu autour de nous et que nous jugeons trop pécheurs pour être graciés.

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Jonas et le ricin 

 

  

Et pourtant, si nous savons écouter et voir, nous pouvons comprendre que, depuis le début de cette épidémie, les valeurs s’inversent, les hommes et les femmes retrouvent la solidarité, le souci de l’autre, l’importance de la relation personnelle de proximité (l’épicier de quartier), la futilité de la consommation à outrance et les pièges de la mondialisation matérialiste. Ne seraient-ce point les signes que Ninive est touchée dans son cœur ? Nous avons le message de pardon, d’amour et de fraternité de Jésus. Agissons, dans la mesure de la loi. Soyons présents au monde par toutes les petites choses possibles : téléphoner pour réconforter, faire des courses pour des personnes fragiles, nous porter volontaire pour aider quand c’est possible. Il serait trop facile et très stupide de voir dans cette épidémie une punition de Dieu (que n’avons nous entendu comme stupidités pour l’émergence du SIDA !), comme le proclament les intégristes de toutes les religions, lesquels sont les vecteurs les plus efficaces de la contagion, par leur refus fanatique de respecter les règles de prudence. Relisons le dernier verset du livre de Jonas :

«  Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre ! »

C’est la compassion qui doit nous habiter, comme elle habitait Jésus, face à Jérusalem. Rejoignons les hommes et les femmes de notre pays dans leurs belles et bonnes actions et soyons simplement des témoins du Christ à leurs côtés. Réjouissons-nous de chaque occasion où le bien triomphe du mal, car là est la volonté de Dieu.

 

Jean-Michel Dauriac

6 avril 2020

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