31 juillet 2007 à 11:54 | Dans les livres: essais, les critiques | Laisser un commentaire

Traité de savoir-survivre par temps obscurs

 

Philippe Val                                                                                                                                                              Grasset – 241 pages

                                                                                                                                                                                            Paris – 2007

 

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Ce livre est le « palais idéal du facteur Cheval » de Philippe Val. J’entends par là qu’il y a mis tout ce qu’il a récolté comme petits et gros cailloux tout au long de son existence. Et en cela le projet est estimable. Mais en cela seulement.

 

Car ce livre est, de mon avis de lecteur habitué à lire des essais, un livre soit raté, soit inutile, ce qui, dans les deux cas est assez dommage pour l’auteur et pour les lecteurs qui ont passé des heures à le lire.

 

Le projet, d’abord, n’est absolument pas clair. Le titre est sans doute une référence à l’auteur fétiche de Val, Spinoza. Mais l’analogie s’arrête là. Il serait bien sûr injuste d’exiger de Val qu’il atteigne à la grandeur de Spinoza, et ce n’est pas du tout ainsi que je juge le livre. Mais même Spinoza est trahi dans ce livre . En premier lieu par l’absence de rigueur dans la construction, en second lieu par l’absence de vrai projet.

 

Car la vraie question qui m’a occupé durant toute la lecture fut : « Où veut-il en venir ? ». Un livre n’a de sens que s’il est identifiable, si, lorsque nous le refermons, la dernière page lue, nous pouvons in petto nous le résumer d’une phrase ou deux. Or, ici cela est proprement impossible. Le titre pouvait laisser croire qu’il y aurait une ligne de conduite sur les « temps obscurs » , mais ceux-ci ne sont jamais définis. Les rares allusions permettent cependant de voir que les idées politiques de Val se rapprochent du néant. Il est « démocrate », c’est tout ! Ce qui n’a aucun sens historique, car Staline et Mao étaient démocrates aussi. En fait Val n’a plus aucune vision de ce monde et de ces temps qui sont effectivement « obscurs ». Mais pour lui la seule obscurité vient de la religion et de la nature. Une seule idée traverse tout le livre et aurait pu servir à construire un vrai traité : le rôle de la force naturelle qu’il appelle l’ « espèce », qui est l’animalité physique de tous les être vivants complexes. A cette espèce tyrannique, il oppose la culture et la civilisation, mais sans prendre le temps ou la peine d’ordonner ses idées ; Des notations impressionnistes parsèment le livre, mais tout cela ne fait pas un construit solide. Le premier chapitre donne d’ailleurs la clé de ce désordre. Philippe Val s’y définit comme un autodidacte qui a construit un savoir au fil de ses nombreuses lectures. Or, ce qui caractérise souvent les autodidactes est l’incapacité à organiser leur pensée, alors même qu’elle peut s’avérer intéressante et originale. Ce livre en est un bonne illustration.

 

Ainsi la réfexion est placé sous un double patronnage intellectuel majeur, celui de Baruch de Spinoza et de Sigmund Freud. Pour Val, ce sont deux génies qui ont fondé le monde moderne et libéré l’homme de tous les dieux et les traditions. Ce n’est évidemment pas faux d’un point de vue athée matérialiste, mais un juif pratiquent ou un catholique érudit auront un tout autre point de vue sans qu’il soit plus faux  que celui de notre auteur. Si la pensée de Spinoza est incontestablement une pensée majeure de l’Occident, à côté de celles de Saint-Augustin, Thomas d’Aquin, Montaigne ou Marx, on peut se montrer plus sceptique sur l’apport de Freud, une fois l’engouement initial passé. Certains concepts et outils  sont incontestables, comme le rôle de l’inconscient ou la définition des troubles mentaux et comportementaux. Par contre les interprétations sont discutables et Val en reprend certaines sans nuances, ce qui ne peut que faire sourire. Mais, encore un fois, il y avait là un parrainage dual qui donnait matière à une réflexion intéressante. En réalité cette occasion est ratée. Il manque vraiment une pensée qui pense l’ensemble, une pensée qui ait conscience de la nécessité de penser le tout, comme le répète à satiété Val. Au bout du compte, il ne reste qu’un patchwork extrêmement inégal qui part dans tous les sens. Le lecteur qui aurait acheté le livre sur son titre en sera donc pour ses frais, car il n’aura pas là matière à mieux survivre, même s’il aura pu glaner quelques idées et quelques jolies formules au cours de sa lecture. Pour ce faire, il aura dû également avaler des chapitres de niveau terminale littéraire faible, comme celui sur la pédophilie ou le langage de la nature, voire des parties tout bonnement insignifiantes, du style « Comment la foi vient aux athées » ou « Gauche et droite face à l’espèce ». Au final les bons passages, comme « La mélancolie » ou « La fragilité » sont noyés dans l’insipide général.

 

Ce livre ressemble donc à la fois au « Palais Idéal » et au brouillon du livre qu’il pourrait être. Il est d’ailleurs surprenant qu’une maison d’éditions réputée comme Grassetr ait laissé passer cela ; il y a là confirmation que le monde éditorial est lui aussi gangréné par la recherche du profit à court terme et n’a plus beaucoup d’ambition intellectuelle, à quelques heureuses et notables exceptions. C’est un livre-foutoir où l’auteur juxtapose aussi bien un  étalage de savoir tout neuf qui fait « nouveau riche » et une banalité de pensée qui fait pitié. Au total un traité à éviter.

 

Jean-Michel Dauriac – Juillet 2007

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Comment les riches détruisent la planète - Hervé Kempf - Le Seuil

24 juillet 2007 à 11:11 | Dans les livres: essais, les critiques | Laisser un commentaire

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Ce petit livre (125 pages de texte rédigé) traite en fait d’une seule idée, importante, à laquelle le titre ne rend pas forcément justice. En le lisant, en effet, j’ ai plutôt songé à un ouvrage des Editions Sociales (éditions du PCF) de la grande période Georges Marchais. Il y a comme un relent de lutte des classes dans ce titrage. Or, la lecture de l’ouvrage ne correspond nullement à une quelconque approche nostalgo-marxiste de la question traitée. Le sujet est extrêmement contemporain, mêlant mondialisation et crise de l’environnement mondial. L’ouvrage a le grand mérite d’apporter une pierre au débat qui doit avoir lieu et de mêler de manière indissoluble le social (pour ne pas dire clairement le politique) et l’écologie.

L’idée de ce livre: la croissance est à remettre en question car elle mène à la ruine finale de la planète. Or, ce sont les dirigeants de tous types, l’oligarchie mondiale, qui consomment le plus et fixent les modèles que s’évertuent à copier les strates sociales inférieures de proche en proche. Il faut donc réduire la consommation des hyper-riches et de leurs copieurs pour infléchir le modèle et couper une croissance liée au gaspillage.

Sur l’idée principale, telle que résumée ci-dessus, je n’ai rien à redire: il s’agit d’un constat d’évidence. Revenons un peu sur la démarche et sur le contenu, avant de formuler un avis global sur ce livre.

« Mais on ne peut comprendre la concommitance des crises écologique et sociale si on ne les analyse pas comme deux facettes d’un même désastre. Celui-ci découle d’un système piloté par une couche dominante qui n’a plus aujourd’hui d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie » page 9

Il y a effectivement un évident lien entre les menaces diverses et cumulables sur la Terre, notre cadre de vie et la façon dont nous vivons, c’est à dire en sociétés organisées plus ou moins coordonnées. C’est la grande faiblesse, et pour tout dire la vanité, de la démarche de Nicolas Hulot de ne pas vouloir voir ce lien manifeste et de faire croire que tout le monde est responsable également et que l’on va s’en sortir par un effort commun. Le livre de Kempf dynamite le pseudo- consensus de Hulot.

Le premier chapitre déroule le scénario catastrophiste, celui qui hérisse tant les poils hirsutes de Claude Allègre. « La catastrophe. Et alors? » est son titre.Il place cette réflexion sous le double patronage de Michel Loreau, biologiste, et de James Lovelock, physicien et inventeur de l’hypothèse « Gaïa », qui considère la Terre comme un être vivant, avec toutes les conséquences possibles. Suivent ensuite les présentations des diverses composantes de la grande crise que nous sommes en train de fabriquer par notre oeuvre:le réchauffement climatique, la crise de la biodiversité, l’empreinte écologique globale, le choc pétrolier final… Il liste les divers scénarios possibles et montre que les réponses actuelles sont dérisoires, notamment en ce qui concerne cet objet non identifié qu’est le développement durable.

« Car personne ne peut croire que la célébration du « développement durable », qui se traduit par le mitage des paysages par les éoliennes, la relance du nucléaire, la culture des biocarburants, l’ « investissement socialement responsable », et autres démarches des lobbies en quête de nouveaux marchés puisse ne serait-ce qu’infléchir le cours de choses. Le « développement durable » est une arme sémantique pour évacuer le gros mot « écologie ». » page 33.

Et un peu plus bas:

« Le « développement durable n’a pour fonction que de maintenir les profits et d’éviter le changement des habitudes en modifiant, à peine, le cap. » page 33.

Ceci est vérifié par la défense de ce concept mou faite par des pseudo-écologistes comme Al Gore ou Claude Allègre, lesquels n’envisagent pas un instant de remettre en cause la croissance et donc les profits des bénéficiaires du système. Pour cela on minorise la crise par trois type de facteurs. D’abord, une approche économique qui se cache derrière la croissance du PIB, ensuite l’ignorance crasse des élites en écologie scientifique et enfin le mode de vie des décideurs complètement coupés de la nature et des problèmes concrets que rencontrent déjà les masses en lien avec cette crise écologique. Les défenseurs théoriques des masses, les partis de gauche, en l’espèce les socialistes sont également disqualifiés:

« Par ailleurs, le socialisme, devenu le centre de gravité de la gauche, est fondé sur le matérialisme et l’idéologie du progrès du XIXème siècle. Il a été incapable d’intégrer la critique écologiste. Le champ est ainsi libre pour une vision univoque du monde, qui jouit de sa victoire en négligeant les nouveaux défis. » page 36

Conclusion de cette présentation:

« Si rien ne bouge, alors que nous entrons dans une crise écologique d’une gravité historique, c’est parce que les puissants de ce monde le veulent. […] Candides camarades, il y a de méchants hommes sur terre. Si on veut être écologiste, il faut arrêter d’être benêt.

Le social reste l’impensé de l’écologie. Le social, c’est-à-dire, les rapports de pouvoir et de richesses au sein des sociétés. […]

Il faut sortir de ce hiatus. Comprendre que crise écologique et crise sociale sont les deux facettes d’un même désastre. Et que ce désastre est mis en oeuvre par un système de pouvoir qui n’a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes. » pages 36 & 37

Tout à fait d’accord, camarade Kempf, mais pourquoi ne pas employer le bon mot pour désigner « les rapports de pouvoir et de richesses au sein des sociétés », à savoir le mot « politique ». Le problème évoqué est en effet clairement un problème de gouvernement, le social n’en étant que la traduction vécue. Je ne sais pas cette prudence sémantique.

Le chapitre suivant s’attache donc à lier crise sociale et crise écologique à partir de divers exemples vécus par l’auteur dans ses reportages pour « Le Monde ». Il commence par décrire la pauvreté à partir d’un exemple au Guatemala, puis à Paris. Il élargit ensuite cette analyse à l’Europe, en montrant ainsi les différentes facettes de la pauvreté. Puis il établit le constat de la progression inéluctable de la richesse depuis une vingtaine d’années. Autrement dit, le monde devient de plus en plus inégalitaire. Il introduit alors la notion, incontestable d’ « oligarchie mondiale ». Face à ce constat il n’y a donc qu’une seule solution pour atténuer les inégalités, « abaisser les riches ».

« D’abord mécaniquement, en abaissant le revenu médian: si le revenu global des riches diminue, ou si le nombre de riches diminue, le revenu médian s’abaisse. […]Ceci, qui heurte le sens commun, doit se compléter par une autre remarque: une politique visant à réduire l’inégalité chercherait aussi à renforcer les services collectifs qui sont indépendants des revenus de chacun. » page 54

Il fait ensuite le lien entre pauvreté et misère écologique:

« Deuxième constat: la pauvreté est liée à la dégradation écologique. » page 54

En Chine par exemple, le ministre de l’Environnement déclare en 2004, « L’environnement est devenu une question sociale qui stimule les contradictions sociales. »

Les pauvres sont en première ligne des victimes écologiques:

« L’impact du changement climatique s’exercera surtout sur les parties les plus pauvres du monde – par exemple en exacerbant la sécheresse et en réduisant la production agricole des régions les plus sèches – alors que l’émission de gaz à effet de serre provient essentiellement des populations riches. » page 56

Dans le chapitre suivant, Hervé Kempf s’intéresse aux puissants de ce monde, aux membres de cette oligarchie mondiale définie précédemment comme celle qui bloque toute évolution vitale du système-monde. Les grands patrons sont évidemment les premiers visés, avec des chiffres hallucinants d’augmentation de salaires, primes, retraites dorées et stock-options. En 2004 déjà on en était à 15 000€ par jour en moyenne pour les patrons du CAC 40.

« Entre 1995 et 2005, le revenu tiré des dividendes a crû de 52% en France, selon une enquête de l’hebdomadaire Marianne ; dans le même temps, le salaire médian a augmenté de 7,8% soit sept fois moins […] « Ce bénéfice ne résulte d’aucune prise de risque, d’aucun comportement entrepreneurial. C’est bien un enrichissement de rentier qui s’est fait sans effort », commente Robert Rochefort dans La Croix. » page 61.

Il y a même des personnes qui arrivent à gagner plus d’un milliards de dollars par an en revenu : il s’agit des dirigeants des meilleurs fonds spéculatifs américains. Ce phénomène touche tous les pays, y compris la Russie, la Chine, l’Inde. La planète compte actuellement environ 9 millions de millionnaires en dollars et tous les continents sont touchés, certes inégalement, car ils ne sont que 100 000 en Afrique. Cette classe verrouille totalement l’accès à son club, en particulier en rendant les études supérieures de haute qualité intouchables pour les revenus moyens. Elle se lance dans une course ostentatoire aux biens symboliques commes les yachts ou les résidences. On atteint là le ridicule le plus achevé mais dans un gaspillage coupable et scandaleux

Dans le chapitre suivant, l’auteur présente les travaux de Thorstein Veblen, américain né en 1857, professeur et chercheur en sociologie. Il publia en1899 un ouvrage appelé « Théorie de la classes de loisir » qui connut un grand succès, puis son auteur fut oublié. La théorie de Veblen est fondée sur le postulat que toute société humaine voit les classes sociales rivaliser entre elles et créer des besoins purement ostentatoires. Pour Veblen, il n’est nul besoin d’augmenter toujours la production, il faut au contraire fixer les règles de la consommation. La classe supérieure définit un type de comportement social et celui-ci est directement copié par la classe juste au-dessous de celle-ci ; de proche en proche tous les groupes agisssent de même. Sa théorie retrouve aujourd’hui une actualité aigüe et semble avoir été écrite pour notre oligarchie et ses imitateurs. Kempf décrit ensuite les riches du début du XXIème siècle, et plus particulièrement celle des Etats-Unis qui donne le la mondial. Après cela, il en vient à la question-clé :

« Pourquoi, dès lors, les caractéristiques actuelles de la classes dirigeante mondiale sont-elles le facteur essentiel de la crise écologique ? Parce qu’elle s’oppose aux changements radicaux qu’il faudrait mener pour empêcher l’aggravation de la situation. […]

Pour échapper à sa remise en cause, l’oligarchie rabâche l’idéologie dominante selon laquelle la solution à la crise sociale est la croissance de la production. Celle-ci serait l’unique moyen de lutter contre la pauvreté et le chômage. La croissance permettrait d’élever le niveau général de richesse, et donc d’améliorer le sort des pauvres sans –mais cela n’est jamais précisé- qu’il soit besoin de modifier la distribution de la richesse. » page 86

Ce constat est couplé aux dégat dûs à la croissance dans le champ environnemental. L’auteur en vient donc à poser les bonnes questions sur la croissance et la pauvreté.

« Alors ? La croissance réduit-elle l’inégalité ? Non, comme le constatent les économistes pour la dernière décennie.

Réduit-elle la pauvreté ? Dans la structure sociale actuelle, seulement quand elle atteint des taux insupportables durablement, comme en Chine, où même ce progrès atteint ses limites.

Améliore-t-elle la situation écologique ? Non, elle l’aggrave.

Tout être sensé devrait, soit démontrer que ces trois conclusions sont fausses, soit remettre en cause la croissance. Or on ne trouve pas de contestation sérieuse de ces trois conclusions dont conviennent mezzo voce plusieurs organismes internationaux et nombre d’observateurs. Et pourtant, personne parmi les économistes patentés, les responsables politiques, les médias dominants, ne critique la croissance, qui est devenue le grand tabou, l’angle mort de la pensée contemporaine.

Pourquoi ? Parce que la poursuite de la croissance matérielle est pour l’oligarchie le seul moyen de faire accepter aux sociétés des inégalités extrêmes sans remettre en cause celles-ci. La croissance crée en effet un surplus de richesses apparentes qui permet de lubrifier le système sans en modifier la structure. « pages 88-89

Si la croissance se réalisait dans l’immatériel, sans toucher aux ressources et au cadre de vie, elle pourrait alors être défendue, mais ce n’est pas le cas, quoiqu’on en dise, avec le discours sur le tertiaire et la nouvelle économie. Donc :

« Si l’humanité prend au sérieux l’écologie de la planète, elle doit plafonner sa consommation globale de matières, et si possible la diminuer. » page 90

Conclusion on ne peut plus limpide. « Mais les hyper-riches, la nomenklatura, se laisseront-ils faire ? » dit notre auteur. Là est la question.

Le chapitre suivant est sobrement titré « La démocratie en danger ». Dans ce chapitre Kempf démontre ce que des observateurs attentifs ont signalé depuis plus de cinquante ans, notamment Jacques Ellul, Cornelius Castoriadis ou Claude Lefort. Il y a autant à redouter de démocraties dévoyées que de dictatures.

« Plutôt que de dictatures aussi violentes [que celles d’Hitelr ou Staline], la classe dirigeante préfère l’abâtardissement de la démocratie. » page 93

Suit alors, après cette phrase, une longue citation d’Alexis de Tocqueville, d’une formidable clairvoyance sur l’individualisme développé par le capitalisme américain (pages 93-94). Kempf montre comment depuis le début du XXIème siècle, le terrorisme fournit un formiodable alibi à des masses effrayées par les médias au service de l’oligarchie. Les masses en venant elles-mêmes à réclamer ces mesures qui détruisent peu à peu les libertés fondamentales. De nombreux exemples sont cités, dont le Patriot Act des Etats-Unis, mais aussi les lois liberticides françaises depuis une dizaine d’années. La Russie ou l’Allemagne ont également la même démarche, tout comme le Royaume-Uni. La seconde arme des puissants est la prison. Les chiffres cités sont éloquents, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou Allemagne. En brandissant le terrorisme comme menace, on en vient donc à criminaliser un peu partout la contestation politique. On élargit ainsi le fichier des prélèvements ADN selon le bon vouloir des autorités. La vidéo-surveillance apparaît alors comme le remède sécuritaire universel et tout le monde renchérit sur le Royaume-Uni et ses millions de caméras. Les diverses puces électroniques, cartes, téléphones portables organisent un gigantesque flicage de la société. Evidemment, Kempf est bien placé, étant journaliste, pour décrire la trahison des médias et leur rôle asservisseur dans cette caricature de démocratie. Il prend les deux exemples de la guerre en Irak et la presse américaine et du référendum sur la Constitution Européenne en France. Dans les deux cas, les médias reproduisaient des avis qui n’avaient rien à voir avec ce que les gens du pays pensaient vraiment. La conclusion de ce chapitre est donc que le capitalisme actuel et l’oligarchie n’ont plus besoin de la démocratie et qu’elle devient même un boulet. Il faut donc détourner l’attention de masses par une actualité catastrophisée, avec la complicité active des dirigeants ; mais pendant ce temps l’enrichissement continue. Or, la crise écologico-sociale (que Kempf traite dans un chapitre politique !) nécessite un processus décisionnaire démocratique pour réussir. Il faut un effort équitable de tous, ce que l’oligarchie ne veut absolument pas. On peut même craindre une forme de dictature volontaire sur la grave question écologique.

Il y donc urgence à agir et en premier lieu à débusquer trois principaux obstacles qui bloquent le chemin :

  1. la croyance en la croissance doit être combattue ;
  2. renoncer à croire que le progrès technologique va résoudre les problèmes écologiques
  3. Il n’y a pas de fatalité du chômage qui est aujourd’hui une variable d’ajustement du capitalisme.

Pour les dégâts mentaux de ces croyances, voir ma critique du livre de Claude Allègre, « Ma vérité sur la planète ».

Pour Kempf il y a un quatrième point à débloquer, la croyance entre une communauté de destin entre Europe et Amérique du Nord, croyance largement créée et soutenue par le lobby économique capitaliste des fMN.

Kempf liste ensuite les forces en présence, l’oligarchie d’abord, qui semble difficile à déstabiliser, puis les médias, leurs vassaux objectifs, vivant de la publicité pour le système, enfin la gauche, qui semble incapable de repenser sa place.. Il termine sur une petite note d’optimisme en mettant en avant la prise de conscience de plus en plus massive de la gravité de la situation écologique dans le monde. Il achève le livre par une parodie des chroniques de Marcel Dassault dans « Jours de France » qui n’apporte rien au propos.

Enfin, une vingtaine dep ages, (127 à 148) sont consacrées à des références, mélangeant articles de presse, livres… C’est confus et mal référencé, on n’a absolument pas envie de chercher à lire cela. Kempf aurait intérêt à revoir cette partie en reprenant les critères bibliographiques classiques dont il a, semble-t-il voulu se détacher à tort.

Un petit livre qui pose une bonne base de discussion, même s’il ne va pas bien loin sur les solutions : comment refaire de la démocratie, comment reprendre de le contrôle du pouvoir politique ? Quels moyens concrets de limiter ou désarticuler les oligarchies ? Quelle échelle de temps ? Pourquoi ne pas dire que c’est d’une révolution socio-politique qu’il s’agit ? Bref, un livre intéressant mais qui ne fera pas date.

Jean-Michel Dauriac – juillet 2007

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Ma vérité sur la planète - Claude Allègre - Plon/Fayard : une vérité qui dérange mais par son incongruité

22 juillet 2007 à 10:21 | Dans les livres: essais, les critiques | Laisser un commentaire

Ma vérité sur la planète

Claude Allègre                                     Plon/Fayard 2007 – Paris – 237 pages

 

 

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Voici donc le dernier ouvrage de notre unique grand savant national, le dernier mammouth du savoir solide. Le titre à lui tout seul est un poème. « Ma vérité » affiche d’emblée une certitude de l’auteur, qui est confirmée par le contenu du premier chapitre, qui je dois le dire m’a estomaqué. Stupidement titré « Terre patrie », il devrait en fait s’appeler « Exercice d’autocélébration ». J’ai déjà derrière moi une longue vie de lecteur, mais je n’ai pas souvenance d’avoir lu un tel chapitre de valorisation personnelle dans aucun des livres lus. La personnalité de son altesse sérénissime Allègre Ier y éclate au grand jour. Voici donc un monsieur qui a vraiment fait tout ce qui est important dans le domaine des sciences de la Terre qui ne pourraient avoir avancé sans son aide. Qui plus est, depuis tout petit, le génialissime Claude aime la nature, la connaît et la comprend. Il adore aussi les cartes et le désert. Ce ne doit pas être le même désert que son ancien collègue Théodore Monod, car le moins que l’on puisse dire est qu’il n’en a pas retiré les mêmes leçons ! On est loin de l’humilité de Monod, qui avance sur la pointe des lèvres ses rencontres ou ses publications (1000 en tout !). Là, faites place, Monseigneur Allègre arrive ! Un chapitre bouffi d’orgueil, qui m’a donné envie de jeter immédiatement le livre, mais, hormis le fait qu’il m’a été prêté, je me dois de poursuivre la lecture pour en connaître le contenu et le discuter. Je ne nie pas que, dans sa spécilaité, Monsieur Allègre soit une « pointure », mais cela nous apporte la preuve que le savoir et l’intelligence sont deux choses dissociables.Après s’être autocélébré dix pages durant, le ci-devant auteur conclut son chapitre par ce petit paragraphe :

« La Terre est ma Patrie. Je me suis battu pour la connaître ; voilà pourquoi je me battrai contre ceux qui voudraient, sous prétexte de la défendre, détruire notre civilisation. » page 20

Le chevalier blanc qui a pour mission de sauver la civilisation, c’est donc lui ! Face à Claude Allègre, seul ou presque, vaillant Bayard du XXIème siècle, se dresse une horde d’écologistes, d’économistes, de dangereux gauchistes, altermondialistes, croyants divers qui veulent détruire l’Homme et sa civilisation ! Rien que ça !

Après ce morceau de bravoure personnelle, notre héros embraye sur un chapitre deux appelé « N’ayons pas la mémoire trop courte » où il entreprend de nous narrer quelques histoires de savants dont il compte tirer des principes moraux qui le confortent. Successivement sont décrites les recherches et les vies de Wegener, Patterson, les forfaits du Club de Rome, la délicieuse histoire du trou dans la couche d’ozone et l’amiante de Jussieu. C’est une litote que de dire que les versions données sont tournées de manière à aboutir à la conclusion recherchée. C’est d’ailleurs une pratique courante, et on ne peut plus surprenante d’Allègre que de conclure après l’introduction, sans avoir rien démontré. Bizarre pour un scientifique de ce niveau. Il en fait une belle démonstration dans le chapitre 3, pages 48-49. De ce chapitre d’histoires choisies (les histoires de l’oncle Claude), il tire la conclusion que la Science est pure et constitue la seule réponse aux problèmes de nos sociétés, face à la puissance d’une économie prête à changer d’avis si elle y trouve son profit. Dans cette optique, la morale, la culture, les mentalités et oserais-je le dire, le bonheur, n’ont pas de rôle à jouer. Le savant détient la clé, il suffit de lui laisser les rênes et si on le fait pas , ce n’est que temps perdu. Passons sur le fait que ses récits sont parfois erronés sur des détails, tout le monde, même Claude Allègre a le droit à l’erreur.

Le chapitre trois permet à nouveau de mieux cerner la personnalité de l’auteur qui, de mon point de vue, comme le dirait un autre grand penseur du siècle passé, Thierry Rolland, ne donne pas envie de « partir en vacances avec lui ».Nous découvrons un Allègre plein d’humour qui titre ce chapitre « Les vacances de Monsieur Hulot ». Il n’a pas pu résister à ce qu’il doit tenir pour un trait d’esprit, mais qui s’avère n’avoir pas de vrai rapport avec le contenu, car de vacances pour Nicolas Hulot, il n’est nulle part question ! Ce chapitre est un démolition systématique de l’animateur-écologiste, de son livre et de son « pacte écologique ».Certains des reproches faits à Hulot sont tout à fait justifiés, notamment sur la faiblesse réelle des propositions et le refus de prendre position en termes politiques. C’est toute la limite de la démarche de Nicolas Hulot ! Mais Allègre en profite pour répéter de manière circulaire que le programme de Hulot ramènerait la France au Moyen Age et créerait des centaines de milliers de chômeurs par an. On y trouve de belles saillies qui en disent long sur l’argumentation, comme celle-ci, page 54 :

« Pour arrêter les émissions de méthane, va-t-on équiper le cul des vaches de filtres absorbants ou va-t-on simplement les éliminer ? »

Ce genre de propos subtil voisine avec des contre-vérités très parisiennes, comme :

« L’agriculture bio de proximité généralisée ne fera qu’accentuer l’exode rural et notre dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur » page 55

Dommage qu’il n’ait pas eu connaissance des conclusions de la Conférence Internationale « Agriculture biologique et sécurité alimentaire » tenue en mai 2006 sous l’égide de la FAO, qui conclue que la conversion totale de l’agriculture mondiale en biologique permettrait d’augmenter les rendements de 56%, nonobstant les arrêts de pollution et les maladies liées à l’empoisonnement lent consécutif à l’agriculture productiviste chimique ! Mais la FAO doit appartenir au complot judéo-maçonnique mondial qui se dresse contre la clairvoyance d’Allègre ! Je vous fais grâce d’autres attaques contre Hulot et les membres de sa fondation, présentés comme de vrais imbéciles ou des ayatollahs, c’est selon ! Je suis d’accord avec Claude Allègre que la démarche d’Hulot a plutôt stérilisé le débat environnemental des dernières présidentielles, car un pacte signé par tous perd toute pertinence, il ramène la discussion à un consensus mou qui ne peut amener des choix discriminants. De même, certaines propositions concernant le passage de la route au rail sont réalistes. Par contre l’intransigeance vis-à-vis de la croissance est grave. Voilà un monsieur qui n’accepte pas de discuter des points nodaux du débat, alors même qu’il écrit ailleurs dans ce livre que le propre de la discussion scientifique est de comparer des arguments et de trancher après sans chercher le consensus. Cela signifie donc que Claude Allègre considère que la croissance et le profit capitaliste ne sont même pas discutables ; intéressant pour un militant du parti socialiste (mais en fait pas du tout surprenant) !

« Car, sans croissance, il n’y a aucune politique de l’emploi ni aucune politique socilae possible, ni même aucune politique qui serait accpetée par les citoyens. » page 51

La pensée unique totalitaire est là, pas dans le fait de proposer un arrêt de croissance. Allègre n’est absolument pas compétent en économie, mais il se permet d’asséner ce propos comme un vérité révélée, reprenant ainsi l’antienne de tous les hommes politiques, tous formatés par les diverses formes de groupes de pression des dirigeants du capitalisme. Et pour détourner le propos, il se permet même d’écrire en concluant le chapitre 3 :

« L’idéal serait-il un régime écolo-totalitaire ? Certes, je ne pense pas que Nicolas Hulot ait en tête l’instauration d’un tel régime, mais je dis que la logique de son programme y conduit. Vladimir Illitch Oulianov ne pensait probablement pas, en 1917, que le régime qu’il instaurait allait devenir un régime de fer, privant les citoyens de liberté. C’est la logique des programmes qui donne ce genre de résultats. » page 56

Bravo, monsieur Allègre, cela s’appelle l’amalgame, c’est un procédé de tyran classique pour anéantir un adversaire en évitant de débattre du fond. Non, Hulot n’est pas Lénine, cette comparaison est scandaleuse de la part de quelqu’un qui se gargarise de la démocratie (mais que les manifestation démocratiques de ses administrés ont fait virer de son ministère, à la suite d’amalgames multiples stigamtisant le milieu enseignant !). La dernière phrase, si je la comprends bien, monsieur Allègre, dit clairement que pour éviter le risque de totalitarisme, il vaut mieux éviter d’avoir un programme. De ce côté-là vous êtes paré, votre seul programme est votre glorification.

« La secte verte », c’est le titre du chapitre suivant. Après s’être acharné sur Nicolas Hulot, notre savant s’en prend à l’ensemble du mouvement écologiste. Il commence par poser le principe d’équivalence entre la religion, qu’il exècre (voir un autre de ses chefs d’œuvre « Dieu et la science ») et l’écologie et ses adeptes. Le moins que l’on puisse dire est que c’est une démarche discutable. Mais il a besoin de cela pour développer ensuite sa vindicte. Il attaque donc le mouvement écologiste sur la supériorité accordée à la nature sur l’homme, reprend son refrain sur le retour à l’âge des cavernes, retape un coup sur la décroissance, ridiculise la position anti-nucléaire en apportant comme argument la seule distinction entre le nucléaire militaire, très dangereux, et le nucléaire civil inoffensif. Argument totalement fallacieux quand on voit les cas coréens et iraniens. Argument qui fait absolument fi des risques d’accident et du probléme de la rémanence des déchets. Il s’en prend ensuite aux OGM et balance là toute son agressivité primitive et finit pas s’en prendre à l’aspect religieux de l’écologie et propose même les futurs Dix Commandements qui seront appris par cœur à l’école dès que la secte verte aura pris le contrôle de l’Education Nationale. C’est un peu long mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer ce morceau de bravoure :

« Les Dix Commandements (selon le pacte de M. Hulot)

La nature tu aimeras, plus que l’Homme assurément,

Nucléaire tu combattras, sans relâche continûment,

OGM tu détruiras, sans coup férir obstinément,

Effet de serre tu abhoreras, sans comprendre évidemment,

Désormais tu mangeras légumes bio uniquement,

Le mouton tu sacrifieras pour les loups et ours sauvagement ;

Economie : tu ignoreras ses contraintes naturellement,

Du bois tu te chaufferas en croyant bien faire tout bonnement,

Progrès technique tu combattras, sans états d’âme et constamment,

la Planète tu vénéreras, sans les Humains évidemment.

A apprendre par cœur, obligatoire au bac ! »

Je crois que cela se passe de commentaires détaillés ; le lecteur remarquera simplement à la fois le mépris pour les écologistes censés ne rien comprendre et la pratique de l’amalgame de la totalité du mouvement écologiste à sa fraction la plus dure, effectivement totalitaires, la Deep Ecology, très bien identifiée mais minoritaire.

Il s’en prend ensuite à ceux qu’ il appellent les gourous de l’écologie. Avec son incomparable humour, il parodie Sergio Leone et les surnomme « Le bon, la brute et le truand ». ils sont donc trois à subir son ire. Le bon, c’est Nicolas Hulot, dont il déjà réglé le cas dans le chapitre précdent. Il va donc s’occuper des deux autres : José Bové et Al Gore. Bové, pour lui, c’est la brute. Le casseur violent, l’abruti anti-OGM. Visiblement, ce puits de culture qu’est Claude Allègre n’a pas lu les livres de José Bové, sinon il saurait qu’il est capable de penser et parfois fort subtilement. Le truand, c’est Al Gore, pour lequel il a le plus profond mépris, qu’il considère comme un nul. Certes sur l’aspect financier de la démarche de Gore, il n’a pas fondamentalement tort : Al Gore a trouvé un créneau porteur, créé des sociétés de conseil environnemental, délivre des conférence facturées au prix fort, consomme de l’énergie à tour de bras et compense carbone des pérégrinations incessantes. Bref, pour lui, comme pour moi, ce n’est pas vraiment le modèle à suivre. Mais au-delà de cet avis, il y a la forme de la mise en cause, tant pour Bové que pour Gore ; On retrouve dans ces lignes la caractéristique principale de Claude Allègre, la rusticité. Que cet homme aussi fruste, rustre et sans courtoisie aucune ait pu atteindre les sphères les plus hautes de l’Etat laisse perplexe, mais en même temps confirme la piètre opinion que l’on a des dirigeants politiques quand on se met à gratter sous le vernis public. Lui n’a même pas le vernis.

« La brute, c’est sans conteste José Bové. Son mode d’expression, c’est d’abord et avant tout la violence. Il a hérité cela de l’activisme qu’il pratique depuis mai 68. [Bové avait 14 ans en 68 !]… Bové c’est le far west écologique….Il doit être en prison et y rester. » pages 65-66

Voilà comme Allègre traite les gens avec qui il n’est pas d’accord ! Sans commentaires !

Ensuite Allègre glose sur l’agressivité des Verts qui seraient des dangereux terroristes menaçant de mort tous les gens en désaccord avec eux, semant la peur partout… Et évidemment la victime innocente est ce malheureux Claude Allègre, persécuté depuis sa chronique de l’Express où il remettait en cause la part anthropique du réchauffement climatique. Il s’autorise ensuite à faire une petit histoire de l’écologie où il n’y a que deux camps, ses amis, comme Edgar Morin ou George Charpak, et les autres, tous des intégristes ! Ces pages sont malhonnêtes et nauséabondes, encore plus que ce qui précède, ce qui n’est pas peu dire. Enfin nous arrivons à la partie élégamment titrée : « Principe de précaution : piège à cons ». Ca a au moins le mérite d’être clair et révélateur, encore une fois, de la finesse argumentative du personnage. Pour lui, il ne sert à rien de se méfier, la science ne peut errer, il n’est visiblement pas assez intelligent pour associer en même temps deux idées, comme la science et le capitalisme et voir que c’est l’alliance des deux, couplée à l’impuissance politique assumée qui rendent le principe de précaution nécessaire ; Il n’est pas assez cultivé non plus pour savoir que la réflexion sur le principe de précaution émane de deux penseurs français d’un autre calibre que lui, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, et ce dès les années cinquante. Pour lui, il est né en Allemagne en 1976 ! Bref, il fait preuve dans cette partie d’une stupidité éclatante mais pas innocente, car elle établit clairement qu’il est en fait tout à fait réactionnaire, libéral et donc un pur produit de la droite classique, ce qui rend tout à fait légitime ses contacts récents avec Nicolas Sarkozy. Enfin, ce merveilleux chapitre se clôt sur des considérations sur l’inutilité des élus et hommes politiques écolos, surtout en France. Bref, si Allègre souhaite se faire des amis, il n’a pas vraiment la manière. Un chapitre-poubelle qui devrait être distribué aux lycéens et étudiants en début de cours de biologie ! Au total quatre-vingt pages ahurissantes de vanité grenouillesque et de haine primaire, le tout écrit sans aucune grâce, car entre autres défauts, Claude Allègre n’a aucun talent d’écriture, il se contente d’aligner les phrases, les jeux de mots grotesques et les insultes basiques. Et ça se vend, grâce à la complicité du système médiatique pour lequel Allègre est un bon « client », car capable de dire quasiment n’importe quoi à n’importe qui en direct ! Après ces quatre-vingts pages minables, il attaque enfin le contenu réel du livre.

Le chapitre 4 aborde donc enfin un thème précis, il s’agit du réchauffement climatique. C’est un chapitre assez volumineux de 40 pages qui présente nettement deux parties. La première est à la fois une charge contre ceux qui croient au « Global Warming » et les médias qui diffusent cette croyance. Allègre y fait l’éloge du doute scientifique. Certes, on retrouve la propension du savantissime à mépriser les autres, mais ce qu’il écrit sur le doute et les méthodes de calcul des faits climatiques est intéressant. Il cite évidemment en priorité ceux qui remettent en cause le phénomène anthropique, mais son propos est ici plus nuancé que dans certains entretiens qu’il a pu donner récemment. Il n’évite pas les approximations et les bourdes, ou bien tranche des questions en débat depuis des années, comme lorsqu’il affirme :

« Songez qu’il y a 65 millions d’années, une énorme éruption volcanique en Inde fut le principal responsable d’une extinction énorme des espèces, dont les fameux dinosaures. » page 107

Ceci est la position de Claude Allègre, absolument pas un fait établi scientifiquement. Il n’existe en la matière que des hypothèses. Dans cette première partie, il critique le GIEC, groupe de travail international sur l’étude du climat, à l’initiative de l’ONU. Seuls ceux qui en ont démissionné ont eu raison. La charge est lourde, mais elle n’est pas fausse, surtout quand on se souvient des tractations récentes pour arriver à publier une synthèse pour les décideurs qui soit acceptée par les grands pays ! La critique de Kyoto est tout à fait valide sur le fond, mais la forme est toujours aussi peu raffinée. Dans la seconde partie de ce chapitre, il évoque à la fois les faits incontestables et les remèdes possibles. Sur les faits, il est assez précis et exact, hormis le long débat qu’il a mené sur le C02 dont il conteste la montée anthropique (ce qui est une absurdité au moins partielle, quand on connaît les chiffres produits annuellement par notre mode de vie occidental). Sur les solutions proposées, je suis assez en accord avec lui lorsqu’il dit que la meilleure stratégie est de s’adapter aux changements en cours. Il écarte ainsi les hypothèses farfelues de certains savants. Il a même cette phrase assez étonnante :

« Ces propositions sont à classer avec celle de l’homme démiurge. L’homme est assezpuissant pour menacer les équilibres naturels, donc l’homme est assez puissant pour les contrôler ! L’homme est un dieu. » page 126

Les propositions évoquées sont celles qui consisteraient à envoyer des composés souffrés dans la stratosphères, à répandre du fer dans les océans, à mettre des pompes sur le trajet du Gulf Stream… Je suis heureux qu’il n’adhère pas à ces projets complètements fous. Les solutions qu’il propose dans les pages de fin du chapitre sont censées et se retrouvent dans de très nombreuses démarches écologiques. La seule exception notable est ce culte de la croissance qu’il ne peut visiblement pas remettre en cause. Il répète encore plusieurs fois qu’il est hors de question de changer le mode de vie des Français et d’empêcher les pays émergents d’y accéder, alors que tous les calculs d’empreinte écologqiue démontrent le contraire, mais sans doute ne croit-il pas non plus à l’empreinte écologique ? Dans le bilan que l’on peut tirer de ce chapitre il faut dire que le contenu infiormatif est assez correct, que la discussion sur le doute est salubre et que les propositions sont à considérer. Au total, ce chapitre n’est pas du tout iconoclaste, sauf sur la question du lien CO2/élévation de température, qui est effectivement discutable. Et pourtant il essaie à tout prix, par un style agressif parfois de mettre en avant sa perspicacité et son originalité. Dans ce cas précis c’est raté.

Nous trouvons ensuite un chapitre titré « L’énergie: quelles mutations? Quelles échéances? ». Dans ce développement, Claude Allègre énumère les réserves supposées en pétrole, gaz, charcon, uranium et analyse à peu près correctement l’avenir proche. Il est d’accord pour dire que le pétrole commencera à faire défaut vers 2070, que le charbon est garanti plus longtemps mais pose un problème de CO². Les énergies renouvelables ne l’emballent pas, sauf la géothermie(réflexe de géologue) et le solaire. Il ne compte pas sur elles pour prendre le relais.Il appuie son argumentation personnelle sur trois points: la séquestration du CO², les voitures hybrides et le nucléaire. Sur le premier point, il est plus solide que sur les autres car il est réellement compétent dans l’étude des lieux où séquestrer le CO² sous terre. Il soutient l’enfouissement souterrain de CO² combiné avec des solutions salines pour fabriquer ainsi du calcaire. Ce n’est pas une mauvaise solution, même si elle ne saurait être exclusive du mainitient d’un boisement important et d’un océan propre et actif. Sur la consommation d’énergie en automobile, sa seule réponse est la voiture hybride, car il pense que la voiture à hydrogène est pour dans pas mal de temps. Le développement des transports en commun n’est guère évoqué car une des obsessions du bon Professeur Allègre est de ne pas toucher au niveau de vie des Français qui doit toujours progresser (donc la croissance est obligatoire). La voiture hybride est donc la panacée. C’est quand même un argument un peu court face à l’importance de la crise énergétique en vue. De plus, il n’est jamais fait une seule allusion aux générations futures dont il semble se battre l’oeil éperdument. Le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’encombre pas de soucis moraux! C’est d’ailleurs ce qui fait de lui un fan du nucléaire; il propose même que l’on motorise les super-tanker au nucléaire. Il évacue d’une périphrase les risques d’accident qui ne sont jamais sérieusement évoqués, pour lui Tchernobyl n’existe pas! Quand au délicat problème des déchets à longue durée de radiation, on les enterre, mais mieux encore, grâce aux surgénérateurs il n’y en a plus: tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes d’Areva. Ce chapitre surprend par la faiblesse de son analyse de fond et son absence de considérations éthiques.

Le suivant, sobrement titré « Organismes génétiquement modifiés », est du même tonneau. Allègre nous a déjà dit très crûment ce qu’il pensait du principe de précaution, il ne sera donc jamais évoqué ici. Les OGM sont posés comme absolument non problématiques, alors que de très nombreux autres savants, dont Jean-Marie Pelt, qui n’est pas un âne, sont très prudents et ont des arguments réels pour cela. Pour Allègre, l’OGM est quasiment miraculeux. Son texte mène deux tâches de front: ridiculiser les faucheurs et les opposants d’une part, et de l’autre faire l’apologie du futur estampillé OGM.Il présente donc l’ensemble de l’argumentaire des industriels du secteur, à tel point que l’on peut s’interroger sur d’éventuels liens financiers entre eux et lui, tant la flagornerie est forte. Ce chapitre est sans nul doute celui qui montre le mieux le caractère scientiste borné de notre savant. Le doute dont il fait un argument pour son livre ne l’effleure pas une seule fois. Il n’a visiblement pas eu connaissance des cas de barrière des espèces qui ont été franchies, de modifications perverses. Il croit dur comme fer que la famine sera éradiquée par les OGM (cela a-t-il été le cas lors de la Révolution Verte?), que les savants cherchent avant tout à guérir les maladies orphelines par la génétique. Il n’ccepte donc aucun compromis en la matière. Son argument le plus fort est que la France ne doit pas être distancée dans la course à l’innovation et à la production agricole. Qu’il y ait des risques absolument non soupçonnables et soupçonnés ne le concerne pas. Il écarte d’un revers de main l’argument de « Terminator » qui oblige les paysans à racheter chaque année leurs semences, en niant le fait que cela soit très grave pour des millions de paysans pauvres. Il prétend que toute l’histoire de l’agriculture est OGM, mettant sur le même plan les croisements-sélections des paysans depuis le néolithique et les manipulations génétiques de laboratoire des dernières décennies. Voici un vrai mensonge proféré sans vergogne. Dans ce chapitre-là aussi, l’argumentation relève plus de l’incantation que de la démonstration et néglige tous les points qui fâchent.

Le chapitre suivant, « L’eau et la Terre » est de loin un des meilleurs, avec celui qui le suit, « Biosphère, biodiversité ». là, notre grand homme ne peut nier les évidences. Il donne donc, assez sobrement des informations connues qu’il n’altère pas et propose des solutions non-originales qui font largement consensus dans le milieu écologique. Ce n’est pas du vrai Allègre comme on l’aime!

Il écrit ensuite un chapitre sur l’ « Ecologie des villes », qui reprend un livre de lui paru en 1993. Ce chapitre est à vrai dire assez insignifiant. Il reprend des thématiques ultra-connues, commes les diverses pollutions urbaines de l’air, de l’eau, des sols et sous-sols, ainsi que le problème des déchets urbains. Cela ressemble à un assez laborieux devoir imposé. Il n’y a, là aussi, pas l’ombre d’une réflexion de fond sur la ville et l’urbanité comme signifiant. Visiblement cela dépasse ses capacités spéculatives et ne l’intéresse nullement. Il y a pourtant une vraie réflexion à mener sur ce qui est en passe de devenir le modèle dominant mondial..

Mais le meilleur est pour la fin, avec le chapitre « L’économie écologique ». En soi, Claude Allègre n’innove nullement, je dirais même qu’il est un peu ringard par rapport à ses grands amis américains qui ont pris en 2006 le grand virage vert de leur industrie et adopté comme slogan explicite « Green is gold » (ce qui est vert est de l’or!). Il veut démontrer que la croissance à venir va se faire sur le besoin écologique et que la solution à tous les problèmes évoqués précédemment est simplement technologique. Pour ce faire, il se lance dans un exercice qu’il ne maîtrise absolument pas, celui d’unedémonstration à partir d’auteurs de la discipline. Là on est carrément dans le ridicule lorsqu’il essaie d’utiliser Léontief pour étayer sa démarche. Visiblement il n’a lu que Daniel Cohen (ce qui est une excellente référence), mais seulement son dernier livre, ce qui est bien dommage! Le chapitre se termine par une liste des secteurs industriels qui vont se développer sur les bases de l’écologie allégrienne. C’est un simple résumé des quelques propositions qui ont été faites au cours des chapitres précédents. Rien d’original, juste les obsessions du monsieur, déjà citées. Il termine par des conseils politiques au plus haut niveau, lui qui s’est avéré être un fin tacticien quand il fut ministre!

Faisons le bilan de ce livre que je vous déconseille d’acheter, car il vaut mieux protéger la forêt que d’enrichir Claude Allègre (il n’a même pas fait imprimer son livre sur du papier recyclé, le bougre!). Un livre dont le premier tiers est un vil règlement de compte avec tous ceux qu’il méprise, et ça fait du monde. Des pages-torchons. Ensuite 150 pages sur des thèmes où il se borne à reprendre des faits extrêment bien connus, à procéder parfois à des approximations, à promouvoir des positions sans démonstration. Bref, un livre vraiment pas rigoureux, surprenant pour un aussi grand savant. Il y a vraiment de nombreux livres que je vous conseille de lire à la place de celui-ci si vous êtes concernés par l’avenir de notre espèce et de notre planète.

Jean-Michel Dauriac – juillet 2007

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