C’est beau, un chanteur populaire!

22 mai 2006 à 8:26 | Dans la musique | Laisser un commentaire

Que les cuistres élitistes et autres ennemis du peuple passent leur chemin, cet article n’est pas pour eux.

Samedi 20 mai 2006, 21 h 10 La Coupole, à Saint Loubés (la plus belle salle de spectacle de la Rive Droite de la Garonne, la rive prolétarienne). Entrée en scène de Michel Delpech, ex-star des seventies française, soixante ans pétant cette année. Dans la salle, la moyenne d’âge est à peu près celle-ci, je suis donc très jeune ce soir.

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Michel Delpech est ce que l’on appelle un « chanteur populaire ». Pour les fins intellectuels français, c’est une forme de maladie incurable qui consiste à vendre beaucoup de disques minables à un populo de crétins qui ne reconnaît même pas le talent quand il le croise. Le chanteur populaire vend de la « soupe », et eux crachent dedans ! Pour moi, et pour des millions de gens avec, un chanteur populaire est un artiste qui a accompagné assez longtemps leur vie de ses refrains pour faire partie de la famille et cela de manière indéfectible. Peu de chanteurs atteignent ce stade qui est la consécration d’un vrai talent qui dure. Brel y est arrivé ; et une fois installé là-haut, il a eu peur de ce que ça signifiait. Et quoi donc ça signifie, mon bon monsieur ?

Etre un chanteur populaire, c’est posséder le rare privilège de transcender les générations. Les grands-parents l’ont refilé à leurs enfants qui l’ont partagé avec leur progéniture. Résultat : on va les voir en famille.

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Etre un chanteur populaire, c’est réussir une alchimie rare que les impuissants du stylo ne peuvent comprendre. Réussir à écrire en trois strophes, deux refrains, quelques accords simples et un langage commun une histoire qui parle à tout le monde de sa vie réelle ou rêvée. Ainsi nous sont venues « Les feuilles mortes », « La mer », « Mon vieux », « Nuit et brouillard » ou « Ne me quitte pas ». Et, pour notre histoire présente j’ajouterais « Les divorcés » « Wight is Wight », «Chez Laurette » ou « Pour un flirt », toutes chantées par Michel Delpech.

Etre un chanteur populaire, c’est soulever une ferveur quasi-religieuse chez ses fans. Et ce que j’ai vu samedi soir dans cette salle de grande banlieue relevait à la fois de la piété et du respect. Et on comprend que Brel ait eu peur de cette vénération ! Toucher la main du chanteur, lui faire une bise, avoir droit à son regard qui croise le vôtre… tout cela fait partie de la cérémonie, du culte inoffensif où communient une heure et demie durant l’artiste et son public. Et on comprend que les vedettes déchues aient du mal à vivre sans cette admiration !

 Etre un chanteur populaire, c’est se permettre de laisser le public chanter une chanson à sa place : Bruel, Cabrel ou Delpech peuvent le faire, ça fait des décennies que les gens chantent leurs chansons en toutes circonstances.

Etre un chanteur populaire, c’est être invité au mariage des gens, orchestrer leurs rencontres, leurs premiers émois, leurs premiers baisers, endormir leurs enfants, chanson chantonnée à mi-voix ; c’est effacer le gros coup de blues dès qu’on est mis sur la platine. C’est mouiller leurs yeux de grosses larmes le soir où l’on ferme les yeux pour de bon. Et pourquoi serait-il plus honteux de verser de chaudes larmes pour la mort de Brel, Nougaro ou Claude François que pour la mort d’un homme d’Etat ? Lequel a le plus aidé l’homme lambda dans sa difficile existence ?

Etre un chanteur populaire, c’est beau ! et peu importe que certains nous abusent et ne soient que des ersatz, que les médias nous fassent croire qu’ en quelques semaines passées dans un château à Dammarie-Les-Lys on le puisse devenir. Le vrai chanteur populaire gagne sa vénération en tournée, sur toutes les scènes de France et d’ailleurs. Il n’existe que par ce travail de longue haleine. Et quand nous regardons en arrière pour mesurer le chemin fait ensemble, nous sommes tout surpris de compter en dizaines d’années ! A cette échelle, on ne peut faire illusion. Bien sûr nous ne pouvons pas aimer tous les chanteurs populaires, nous avons nos goûts et nos haines. Mais cette formidable diversité fait sans doute de la France le pays qui a la chanson la plus vivante et variée. Les chansons bercent notre vie, les révolutions, les guerres, elles nous accompagnent dans notre dernière demeure… Ces petites bricoles, cette sous-poésie portée par des mélodies de quatre sous sont de ces petits bonheurs vraiment démocratiques.

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Michel Delpech a fait sérieusement son métier d’artisan samedi soir, bien soutenu par trois excellents musiciens de la scène de variété française, dont Gérard Bikialo au clavier et René Lebar à la guitare (j’ai oublié le nom du batteur, ça doit être l’âge.. faut que je pense à mes comprimés.) Il a traité le public à sa dévotion avec gentillesse et respect. Une heure et demie, près de trente chansons et puis s‘en va…

En repartant chercher son automobile endormie non loin de là, chacun fredonnait une chanson, celle qu’il avait préférée, celle qui avait ravivé une jeunesse consumée en même temps que celle du chanteur. La nuit était plus claire et plus douce la séparation. Wight is Wight, Dylan is Dylan, and forever young…

21 mai 2006 ; J.M. Dauriac - Photos C. Dauriac - droits réservés

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Le dépérissement de l’Etat enfin d ‘actualité!

4 mai 2006 à 11:42 | Dans dans l'actualité | 2 commentaires


Et si la chiraquie agonisante offrait au peuple ce que le marxisme attend depuis cent cinquante ans?

La crise des banlieues à l’automne, le conflit éternisé du CPE au printemps ont sapé durablement l’autorité de l’Etat, mettant en évidence des carences et défauts majeurs jusque là superbement ignorés par les “experts” qui fabriquent l’opinion. La coupure totale de nos dirigeants avec les “vrais gens” est apparue lors de ces deux moments de tension de manière éclatante. Que les populations reléguées dans des cités à l’abandon ou communautarisées puissent souffrir à la fois de leur marginalité et de la répression policière n’avait pas interpellé les ministres (l’interpellation c’est pour les délinquants et criminels!). Qu’elles n’aient pas, pour la jeunesse d’autre exutoire que le cramage de voitures et de poubelles, peut choquer mais ne surprend pas celui qui a gardé un contact ordinaire avec les gens ordinaires de notre pays. Quand on propose, avec une morgue de fin de race, de faire le bonheur des gens sans les consulter, par l’octroi régalien d’un contrat de travail qui n’en est pas un, faut-il s’étonner du pavé qu’on prend dans la vitrine? Lorsque les deux “présidentiables “de l’UMP se livrent à tout propos une guerre médiatique, sont-ils conscients qu’ils enfoncent encore un peu plus sous l’eau la tête de l’Etat qu’ils ont confisqué et veulent gérer pour eux et leurs affidés? Quand le pôle alternatif, la fameuse gauche de gouvernement (et ses alliés timides de l’extrême-gauche), ridiculise le débat politique en situant l’enjeu au niveau du sexe de leur candidat (ce qui évite de montrer le vide sidéral du non-projet de société), les “progressistes” comprennent-ils qu’ils agissent également pour la destruction de l’Etat? Envisagent-ils de faire encore plus vite le lit de l’extrême droite raciste et fasciste? Evidemment non; puisque leur réflexion n’envisage pas que l’Etat puisse disparaître…

Si l’on ajoute ce qui va être le scandale de l’été naissant, “l’affaire Clearstream”, on atteint des sommets dans cet art destructif. Que le bas peuple, les gueux comprennent que, de toute part, leurs élus se gobergent, détournent des sommes colossales, pratiquent népotisme et corruption sans être inquiété, cela va finir par avoir une conséquence ultime connue: un antiparlementarisme jusqu’auboutiste, qui fait le lit du Front National ou du MPF. Or ce sont toujours les partisans du totalitarisme qui tirent profit de l’antiparlementarisme, pas les anti-étatistes. Car la pulsion autoritaire est plus commode que la démarche autogestionnaire.

Il est clair que l’Etat est dans une phase de décrépitude, de dépérissement avancé; les Français apprennent à survivre sans lui, mais continuent à subir ses outrages policiers. Les forces vives de la nation ne sont pas au Sénat, ce refuge de gérontocrates pour aristocrates reconvertis. Pas plus au Palais-Bourbon où siègent des députés-godillots qui n’ont souci du cochon votant que quelques mois avant le renouvellement de leur chèque en blanc. Le jeu stérile des ministres montre aussi toute leur inutilité foncière. A quoi sert Thierry Breton, par exemple? A Rien, si ce n’est à enfoncer le clou du grand patronat dans l’esprit crétinisé des spectateurs du 20 heures de TF1..

Oui, cet Etat qui pourrait trouver un semblant de justification dans le bonheur, la justice et la sécurité qu’il offrirait à tous ceux qui ont envie de résider en France (et pas aux seuls indigènes), cet Etat est stalinien dans ses procédures et profondément inique dans son traitement du peuple (souvenez-vous, camarades -c’est un joli nom -, des retraites bradées, de la sécurité sociale laminée, de la santé privatisée à outrance, de l’école à plusieurs vitesses…). Alors le voir affaibli et ridicule doit-il nous faire peur et nous amener à choisir le pire (le Front national ou Sarkozy)? Non, nous n’avons rien à perdre à son effondrement, à la différence de ceux qui le vampirisent sans vergogne de l’intérieur et de l’extérieur, ceux qui nous ont convaincu que sans eux il n’y pas de vie possible, que sans leur expertise technocratique rien ne pourrait fonctionner. Le peuple de France ce n’est pas l’énarchie, c’est l’ensemble des travailleurs de toutes conditions mais d’égale dignité. On peut encore rêver d’une société plus juste, plus fraternelle, plus libre, où chacun pourrait trouver “son” bonheur, et pas nécessairement, voire pas du tout dans la seule marchandisation. L’affaiblissement de cet Etat injuste et de plus en plus inutile ne m’attriste pas. Mais je ne raisonne pas en libéral, je ne crois pas à la régulation par la main “invisible” du marché. Un vieux slogan jeté aux orties disait “L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre de travailleurs eux-mêmes”. Le veulent-ils? Comprennent-ils que l’autre alternative à l’Etat ultra-sécuritaire s’appelle le fédéralisme, le mutuellisme, le solidarisme et non le capitalisme? Ou bien, les beaux jours arrivant, préfèreront-ils Paris-sur-Plage ou les petits week-ends au vert? Et tout continuera comme avant.

Dormez! Je le veux!

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Les gens de Chiusa

4 mai 2006 à 10:37 | Dans les livres: littérature, les critiques | 1 commentaire

Les gens de Chiusa – Andreas Maier – traduction de Florence Tenenbaum – 197 pages - Actes Sud – 2006

Une vallée de montagne dans le Tyrol du Sud ou Haut Adige (selon les points de vue, et cela est capital dans ce roman). Une petite ville appelée Chiusa. Une population germanophone très largement dominante mais italienne, dans un espace qui fut l’enjeu de rivalités guerrières entre l’Autriche-Hongrie et l’Italie. Quelques jours de la vie de cette communauté. Le genre choisi : la farce littéraire.

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Voici comment on pourrait situer rapidement ce roman allemand. De l’intrigue, il est difficile de faire un résumé. Car il ne se passe pratiquement rien de réel. Tout le contenu du livre rapporte des rumeurs, propos insipides de taverne ou supputations d’imbéciles. Les personnages sont des ectoplasmes caricaturaux, des sortes de vignettes de BD. Si l’on veut cependant donner un thème au lecteur, il serait le suivant. Il semble que la vallée soit partagée entre partisans d’une croissance économique moderne destructrice de l’environnement spécifique, dont le symbole serait l’autoroute du Brenner et son viaduc, et adversaires de celle-ci, défenseur d’une virginité montagnarde idéalisée. Le clivage est également ethno-linguistique, puisque les « nostalgiques » sont germanophones et se sentent toujours autrichiens alors que les « progressistes » sont italiens ou collaborateurs de ceux-ci. L’acte suprême de l’action sera une tentative ridicule de faire sauter le viaduc autoroutier. Le toute st raconté sous la forme littéraire de la farce. Il est donc légitime que les traits soient grossis à l’excès et que tout soit caricatural.

Ce qui me gêne vraiment dans ce roman réside dans un double défaut, du moins de mon seul point de vue de lecteur assez chevronné.

D’abord, le parti pris formel. Tout le roman est écrit au style indirect, d’une seule traite, sans aucun chapitre. Ce double choix rend la lecture indigeste, ne permet pas de faire des pauses repérables, comme dans un texte chapitré. Mais comme l’essentiel du livre consiste en des échanges de propos, le procédé devient rapidement insupportable. Andreas Maier n’est pas G. Pérec, capable de maîtriser un procédé aussi contraignant que l’absence des « e » dans « La disparition » ; très vite la lecture est pénible. En plus, le style n’est guère alléchant, assez pauvre, peu varié dans ses ressources. Je ne crois d’ailleurs pas ici que ce soit un défaut de la traduction. Plutôt une marque de fabrique et un choix de l’auteur.

Ensuite le contenu du livre . On a bien vite compris que nous sommes à la croisée des chemins entre « Clochemerle » et « La guerre des boutons », mais en beaucoup moins drôle. La répétition incessante des mêmes portraits ridicules lasse très vite. Et j’avoue n’être allé au bout que pour savoir s’il n’y avait pas une rédemption finale de l’auteur. Eh bien non ! Personnages caricaturaux et absence d’intrigue réelle sont certes des éléments de post-modernité, mais que c’est ennuyeux ! Alors vive Flaubert, Blazac ou Tolstoï. La fascination évidente que Kafka exerce sur Maier est hélas ! improductive. On n’écrit pas « Le procès » comme cela ! L’absurde monde de la vallée de Chiusa ne nous interpelle pas ; il est ridicule, il ne suscite aucune peur, aucune réminiscence en nous. On peut légitimement être vite indisposé par ce mépris affiché des discussions banales qui font le quotidien des gens ordinaires. On ne peut pas passer sa vie à disserter au café sur « l’ontologie d’Heidegger », comme aurait pu le faire Zanetti, un des protagonistes italiens du roman.

Au total, si je devais résumer trivialement mon opinion sur ce livre : un roman chiant ! Un bon reflet de la diarrhée éditoriale française. On peut éviter ce roman sans aucun remords.

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